Au bord du Styx

Souvenirs de Vacances

Avertissements :

Cette histoire relève du genre Uber. Les personnages m’appartiennent (si l’on veut), mais je ne nie pas une certaine ressemblance avec deux héroïnes bien connues qui appartiennent, elles, à Universal et Renaisance Pictures.

Violence : non

Subtext : oui. Un peu plus graphique que Missy Good, mais pas de quoi mériter le « Alt + ». Peut-être un demi + seulement ;-)… Enfin, si cette idée vous ennuie, passez votre chemin !

Remerciements : A Fanfan et Fausta, pour leurs encouragements, la correction des fautes d’orthographe (s’il y en reste, j’en assume la totale responsabilité) et le rappel de plusieurs règles de grammaire.

Un peu de promo : cette histoire a été élue « coup de coeur » de la Webmistress du site Fanfixions pour le mois de janvier 2004

Les commentaires sont bienvenus.


Souvenirs de Vacances

Elle est sur le quai, en train de charger les dernières bouteilles, pendant que je vérifie que chacun de nos passagers a bien tout son matériel. Evidemment, l’un d’eux a oublié son masque. Je l’appelle depuis le pont du bateau. Elle tourne la tête vers moi, mais au moment où je vais lui parler, le ferry, de l’autre côté du port, fait mugir sa sirène alors qu’il largue ses amarres et nous assourdit. Elle hausse les épaules avec un petit sourire désolé. Je lève ma main puis la porte à mon visage, traçant une espèce d’ovale devant mes yeux. Elle a compris. Elle court vers la camionnette et revient quelques secondes après avec l’objet requis. Elle le lance vers moi et, quand je l’attrape, me fait son plus beau sourire, celui dont je ne me lasserai jamais, celui qui mêle et ses lèvres et ses yeux et son cœur et son âme. Et je sais que celui que je lui adresse en retour, est son jumeau.

Et pourtant, il y a quinze ans, la première fois que nos regards se sont croisés…

Ile de Bendor (Var), Septembre 1985

Etudiante, j’allais avoir vingt ans à la fin de l’année. Je venais de passer le mois d’août dans un bureau surchauffé à Paris, à tenter de comprendre les subtilités du système bancaire japonais. Que ne fallait-il pas faire pour gagner un peu d’argent ! Mais là, sur cette île qui ressemblait à un décor d’opérette, je ne regrettais rien, alors que je vivais enfin mon rêve « numéro 1 » : faire de la plongée sous-marine ! Cela remontait au temps où, petite fille, ma série télé préférée était « Flipper le Dauphin ». Que n’aurais-je donné pour me retrouver à la place de Bud et Sandy, glissant au milieu des flots, halée par le dauphin !

C’étaient mes premières vacances passées seule : ni famille, ni copains, même pas une formule « club de vacances ». Ce n’était que moi et la mer Méditerranée. Et le club de plongée, bien sûr !

C’est là que je l’ai vue pour la première fois. Elle parlait à Jacques dit « Papy », le directeur du club, dont les cinquante ans bien sonnés et les cheveux plus sel que poivre avaient entraîné le surnom affectueux.

Fabien, mon « binôme » attitré depuis le début du stage, me glissa dans l’oreille. « Regarde, c’est la Pirate ! »

Je le regardais, curieuse. « La Pirate ? »

« Oui. Elle s’appelle Françoise, mais ne répond qu’à Frankie. On dit qu’elle a fait de la contrebande, qu’elle ne pêche pas toujours de façon orthodoxe, et qu’elle a de mauvaises fréquentations. »

J’éclatais de rire. « Et c’est tout ? A mon avis, tu as encore passé ta soirée au café du port ! Et puis, elle me semble un peu jeune pour tout ce que tu lui prêtes. »

« Eh ! Elle a vingt-cinq ans, c’est suffisant ! »

Je haussai les épaules et me dirigeai vers le dépôt pour aller chercher une bouteille d’air comprimé. Avec tout mon matériel, je m’installai à l’ombre, attendant que le reste du groupe s’équipe. Je ne pus empêcher mon regard de se porter à nouveau sur Papy et son interlocutrice. La conversation était animée. Papy semblait tenter de la persuader. De quoi faire ? Je n’en avais pas la moindre idée, mais la jeune femme ne semblait pas heureuse. Elle faisait non de la tête, agitant sa longue chevelure noire.

Elle semblait assez grande, mais tout le monde paraissait grand à côté de mon mètre soixante. Elle portait un tee-shirt noir qui mettait en valeur son teint hâlé, une paire de jeans usée et des docksides aux pieds. Après quelques minutes, elle eut un geste de la main, capitulant enfin à ce que lui demandait Papy. Ils échangèrent encore quelques mots, puis se séparèrent sur une poignée de main.

Alors qu’elle plaçait sur son épaule le sac qui était à ses pieds, il en tomba quelque chose. Voyant qu’elle n’avait rien remarqué, je l’appelai mais elle ne m’entendait pas et repartait déjà vers le petit port. Je m’avançai rapidement et ramassai ce qui s’avéra être un portefeuille. Je courus après la jeune femme et, arrivée à sa hauteur, la saisis par le bras. Elle se tourna brusquement, attrapant mon poignet et le serrant fortement. « Quoi ? » aboya-t-elle.

Je restai silencieuse, transpercée par son regard bleu glacier que je n’avais pas remarqué auparavant. Puis retrouvant un peu de contenance, je glissai. « Votre portefeuille… »

Elle fronça les sourcils, toujours aussi peu aimable. « Quoi, mon portefeuille ? »

Frappée soudain par un sentiment d’injustice, je sentis la colère me gagner. D’un mouvement sec du bras, je me libérai et collai le portefeuille contre son estomac en disant. « Vous l’avez perdu ! » Puis je tournai les talons et me dirigeai vers le club.

La plongée de la matinée se déroula tranquillement. Je me félicitai, une fois de plus, d’avoir choisi cette formule qui permettait d’appendre la technique de la plongée tout en explorant les fonds marins. Après être rentrés au port, je me retrouvai seule sur le bateau à me débattre avec le lourd équipement. Tous les autres étaient déjà sur le quai et remontaient lentement pour déposer le matériel et prendre une douche.

Je tentai une fois de plus de bander mes muscles fatigués pour soulever la bouteille d’air. Je pestais contre la réglementation française qui interdisait les bouteilles en aluminium, plus légères que celles en acier. Quelqu’un m’avait dit que la différence de poids n’était pas si importante que ça, mais à ce moment précis, j’étais persuadée du contraire.

Je commençai à désespérer quand une main, comme tombée du ciel, saisit l’engin et le posa sur le quai. Je levai les yeux pour voir qui était mon sauveteur, mais le soleil, mal placé, m’empêchait de distinguer quoi que ce soit. La main redescendit et m’aida à débarquer avec le reste de mon matériel. Je me tournai légèrement pour remercier convenablement mais m’arrêtai, bouche bée : c’était la Pirate !

Elle baissa la tête, l’air gêné et grommela quelque chose qui ressemblait à des excuses. Devant mon silence prolongé, elle se redressa et répéta. « Pour mon portefeuille, je suis désolée. J’étais énervée…Je n’avais pas à m’en prendre à toi. En fait, tu m’as rendu un sacré service ! Voilà…Excuse-moi ! »

Elle se baissa ensuite pour mettre ma bouteille sur son épaule. Ce simple mouvement, s’accroupir, passer une sangle sur son épaule puis se redresser, me fit réaliser combien elle était grande et musclée. Quand elle se mit en route, je restai là, sur le quai, pétrifiée. Voyant que je ne suivais pas, elle s’arrêta, tourna la tête et leva un sourcil interrogateur. Cela suffit à me faire retrouver mes sens. Je la rattrapai et nous parcourûmes en silence les quelques dizaines de mètres qui séparaient le port du club.

Elle déposa la bouteille près des autres, puis me regarda, l’air hésitant. « Je pensais…Pour te remercier…je pourrais peut-être t’offrir un verre ce soir ? »

« Cela aurait été avec plaisir. Mais le soir, je suis tellement fatiguée…Je m’endors dès que je rentre de la deuxième plongée…Il faut que je mette mon réveil à sonner pour être sûre d’aller dîner…Je ne serais pas d’une bonne compagnie, désolée ! »

Elle eut un petit sourire triste. « Ce n’est pas grave, je comprends. Bon, on se reverra peut-être. Salut ! »

Je la regardai se diriger vers le bureau de Papy tout en me demandant pourquoi j’avais refusé son invitation. C’est vrai que le soir, j’étais très fatiguée mais je pouvais faire un effort, non ? Et puis une femme, pas beaucoup plus vieille que moi, qui avait une telle réputation…Rien que d’entendre la vérité, débarrassée des exagérations, ce devait être passionnant… Bien que j’aie l’intuition qu’elle ne devait pas être du genre bavard.

Je me dirigeai vers les vestiaires quand Fabien, qui m’avait abandonnée en débarquant, m’aborda. « Alors, elle t’a draguée ? »

Je m’arrêtai sur place. « Pardon ? »

« Eh bien oui ! Elle en est. Alors, elle t’a draguée ? »

Je commençai à m’énerver. « Elle en est …de quoi ? »

Fabien me regarda, avec l’air de se demander si je ne me moquais pas de lui. « Tu es bête ou tu le fais exprès ? »

Je réalisai soudain ce qu’il voulait dire. « Ca va pas, la tête ? Elle a vu que je n’arrivais pas à me dépêtrer de ce foutu machin qui pèse une tonne et m’a donné un coup de main, c’est tout ! » Puis je me dirigeai vers les vestiaires en espérant qu’il restait de l’eau chaude dans les douches.

En revenant de déjeuner, elle était toujours là, à côté de Papy !

Elle portait le pantalon d’une combinaison de plongée, dont la partie haute restait roulée à sa taille, et le même tee-shirt noir que le matin.

Papy m’appela ainsi que Fabien et Bruno, un autre apprenti plongeur. Il nous expliqua que notre moniteur habituel ne se sentait pas bien et préférait ne pas assurer le cours de l’après-midi. Les autres membres de notre groupe avaient déjà été répartis en fonction de leur expérience. Nous trois devions passer les tests pour obtenir le BE (le brevet élémentaire, première étape pour tous ceux qui veulent faire de la plongée sérieusement). Il nous présenta Frankie qui était monitrice fédérale et avait accepté de s’occuper de nous.

Elle nous jeta un coup d’œil rapide et dit. « Bon, les garçons, vous formez le premier binôme, je nagerai avec…? »

« Isabelle »

« Avec Isabelle. »

Fabien allait ouvrir la bouche pour récriminer, mais Frankie l’arrêta. « Un problème ? »

« Non, M’dame. »

Elle haussa un sourcil et s’adressant à tous, demanda. « Vous ne tutoyez pas votre moniteur ? Si ? Bon, alors moi, c’est Frankie, pas M’dame ! »

Elle nous expliqua ensuite l’exercice que l’on ferait et nous dit d’aller nous équiper.

Le trajet en bateau fut relativement court. Arrivés sur le spot, elle plaça une bouée signalant la présence de plongeurs. Avant de se mettre à l’eau, elle rappela à chacun de contrôler son binôme. Elle me dit de commencer. Je m’approchai d’elle. Vérifier son binôme obligeait un certain contact physique. C’était une condition de sécurité que de s’assurer que celui ou celle qui plongeait avec soi était correctement équipé. Je me sentais légèrement troublée par sa proximité, mais concentrée sur ma tâche, je ne me laissai pas trop affecter.

Ce n’était plus le cas quand, quelques minutes plus tard, elle vérifia mon équipement. Je devinais ses mains sur moi malgré la double couche de néoprène de ma combinaison et j’avais l’impression qu’elle était bien plus près que nécessaire.

L’exercice de l’après-midi était le passage d’embout ou comment faire quand quelqu’un n’a plus d’air. On commençait, statique, sur le fond, en respirant sur l’embout de Frankie, trois inspirations pour nous, deux pour elle. Ensuite, le même chose en déplacement avec notre embout. Elle emmena Bruno puis Fabien. Et ce fut mon tour. Nous étions face-à-face. Je posai ma main droite sur mon embout et elle la recouvrit de sa main gauche. De l’autre côté, nous nous tenions par l’avant-bras. Notre regard était fixé dans celui de l’autre…Je crois que j’aurais pu totalement m’abstenir de respirer ! Elle s’assura quand même que j’aie mes deux inspirations régulièrement. A la fin de l’exercice, elle me demanda par signe si tout allait bien. Devant mon absence de réaction, elle me tapota l’épaule et je répondis enfin.

Je n’ai pas de réel souvenir du reste de la plongée, sinon qu’elle était toujours à côté de moi, attirant parfois mon attention d’une pression sur mon bras pour me montrer un poisson, un coquillage, une étoile.

Le retour au port se passa sans incident. Après nous avoir aidés à débarquer, elle nous souhaita bonne chance pour le test et s’éloigna.

Je devais passer mon BE sans problème.

Le samedi, je décidai de ne pas nager. Je me sentais à la fois fatiguée et énervée. Je dormis tout le week-end, rêvant de sirènes, ou plutôt d’une sirène aux longs cheveux noirs et aux yeux plus bleus que n’importe quelle mer des tropiques.

Le lundi, je retournai au club. Je souhaitais faire une plongée par jour pour ma seconde semaine. Papy sembla ennuyé car il avait moins de moniteurs, la saison touristique s’achevant. Il me dit de revenir à 14 heures.

Je ne fus pas étonnée quand il m’annonça, à l’heure convenue, que Frankie m’accompagnerait. Elle avait déjà pris tout le matériel et m’attendait sur un Zodiac. Je n’avais plus qu’à enfiler ma combinaison. Je tentai de paraître aussi peu intéressée que possible mais ne pus empêcher un léger sautillement dans ma démarche en allant me changer.

Nous allions plonger à un endroit appelé « Basse Moulinière ». Après avoir mutuellement vérifié notre équipement, nous plongeâmes. Une fois de plus, elle resta très près de moi, me montrant tout ce qu’il y avait à voir de la faune et de la flore. Au bout de quarante-cinq minutes, nous remontâmes lentement à la surface. Le Zodiac était juste à côté.

Elle m’aida à me déséquiper dans l’eau, attachant ma bouteille à un bout le long d’un des boudins de l’embarcation, et envoyant dedans ma ceinture lestée, puis mes palmes. Je commençai à monter à l’échelle, mais mes jambes, fatiguées, me faillirent. Une main sur mes fesses me retint, puis me repoussa pour me permettre de grimper.

A son tour, elle se défit du lourd matériel et monta à bord. Elle proposa de m’aider à retirer la veste de ma combinaison. Compte tenu de mon petit gabarit, je n’avais pas eu un grand choix de tenue et la seule qui m’allait était un modèle « pro » très près du corps et sans les nombreuses fermetures éclair qui facilitent l’habillage et surtout le déshabillage. Ainsi, dans mon cas, se déshabiller seule relevait de la véritable épreuve de force.

Elle me dit de lever les bras au ciel. Elle fit ensuite rouler, comme une chaussette, le bas de la veste, le faisant délicatement remonter le long de mon torse. Je sentais ses mains partout, sur mon dos, mes flancs, mon ventre, mes seins. Je n’arrivais pas à déterminer si ces attouchements étaient innocents et destinés uniquement à me sortir de mon enveloppe de néoprène ou s’ils avaient une autre motivation.

Je ne m’étais jamais posée de question sur mon orientation sexuelle. J’avais eu quelques vagues petits copains au lycée et à la fac, bien que rien de très sérieux, sachant au fond de moi qu’aucun n’était « le bon ». Mais là, je savais que ces mains sur moi, innocentes ou non, étaient exactement à leur place.

M’ayant enfin libérée, elle se déshabilla à son tour. Puis elle tenta de faire démarrer le moteur. Celui-ci, après trois hoquets et un jet de fumée noire, rendit l’âme. J’entendis alors la plus belle série de jurons de toute ma vie, plusieurs dans d’autres langues que je n’ai pu identifier. Elle voulut le réparer mais l’absence d’outils la fit renoncer.

Elle s’installa alors confortablement au fond du Zodiac en déclarant que le club savait où nous étions et que quelqu’un viendrait nous chercher quand notre retard serait noté.

J’essayais de ne pas la fixer, mais le petit bikini noir qu’elle portait, rendait la chose difficile. Je me sentis rougir violemment. Elle se redressa en me disant de faire attention au soleil, puis fouilla dans son sac pour en sortir un tube d’écran total.

Elle s’installa devant moi et entreprit d’appliquer de la crème sur mon visage. Je ne pus éviter de frissonner quand elle me toucha. Elle le remarqua.

« Tu ne sembles pas avoir de coup de soleil, je ne t’ai pas fais mal ? »

« N…Non. »

« Qu’y a-t-il alors ? »

« … »

« Ah ! On t’a parlé de moi. » Et ce n’était pas une question.

« Ce n’est pas ça ! »

« Je crois que si. Raconte-moi et je te dirai ce qu’il en est ! »

Je sortis tout d’une traite. « Tu es la Pirate, contrebandière et pêcheuse pas très « réglo », avec de mauvaises fréquentations ! »

« Je vois. Alors, dans l’ordre, Pirate est le surnom que me donnait mon père et qu’utilisent encore tous les vieux marins du coin. Contrebandière, non. Mais mon père l’était, un peu, quand on vivait du côté de Menton. J’ai dû l’accompagner une fois ou deux, quand j’avais douze ans. Les mauvaises fréquentations, je ne vois pas…A moins que…Si c’est ça, c’est stupide. »

Voyant qu’elle ne continuait pas, j’insistai. « C’est quoi ? »

« Rien d’important. Ah ! Et mes méthodes de pêche sont tout à fait traditionnelles. La seule différence est que je connais la mer, je la respecte et je sais ce que je lui dois. En échange, elle me laisse ramener du poisson quand les autres n’ont pas cette chance. »

« Et tes fréquentations ? »

« Tu ne me lâcheras pas ? »

Je souris. « Non. »

« Je m’en doutais. Je connais un couple d’amis, à Toulon, qui dirigent un centre d’insertion pour des jeunes en difficulté. Et des fois, je leur donne un coup de main. J’en emmène à la pêche, ce genre de chose…Voilà ! C’est tout ce que tu as entendu ? »

Je baissai la tête, un peu gênée. « Euh…Oui. »

Elle posa une main sur mon genou. « On ne t’a pas dit que je mangeais les petites filles trop curieuses pour mon goûter ? »

J’éclatai de rire. « Non, et je ne te croirais pas. Les petites filles sont toutes curieuses, et tu aurais vite une indigestion. De plus, tu n’as pas une once de graisse sur toi ! »

Je ne pus me retenir de passer une main sur son estomac et je rougis à nouveau.

Elle murmura à mon oreille. « Tu sais ce que je veux dire. J’ai entendu ton petit ami te parler l’autre jour. »

« Ce n’est pas mon petit ami ! »

« Ah bon ! Je croyais…Et il y a quelqu’un qui t’attend à ton retour de vacances ? »

« Mon père. »

Après cela, nous parlâmes tranquillement de ce que l’on faisait dans la vie, de ce que l’on aimait et détestait, de nos rêves, de nos premières illusions perdues. Malgré nos parcours différents, nous réalisâmes combien nous avions de points communs, et nos quelques divergences n’étaient pas assez importantes pour jeter une ombre sur cette harmonie naissante.

Vers huit heures, un bruit de moteur nous fit sortir de la somnolence dans laquelle le bercement des vagues nous avait plongées. Papy nous remorqua jusqu’au port et avant de nous quitter, lança la clef des vestiaires à Frankie en lui demandant de la glisser dans la boîte aux lettres en partant.

Les vestiaires ! Je n’y avais pas pensé.

C’était une espèce de hangar aménagé, tout en longueur. Il y avait d’abord, de part et d’autre, près de l’entrée, des stalles de douches ouvertes puis deux bassins où l’on pouvait nettoyer son matériel à l’eau douce. Ensuite, deux cabines d’habillage relativement étroites, une de chaque côté. Enfin, sur chaque mur, et allant jusqu’au fond, deux séries de casiers métalliques superposés. Le sol était grossièrement cimenté.

En revenant de ma première plongée, je ne savais pas trop comment faire. Il n’y avait visiblement pas de séparation hommes/femmes. Tout le monde se déshabillait et se rhabillait près des casiers, le dos tourné, y compris les quatre ou cinq femmes qui étaient inscrites en même temps que moi. Personne n’utilisait les cabines.

Ce soir-là, en m’approchant doucement de la porte, je sentais dans mes tripes qu’il allait se passer quelque chose. C’était un mélange de peur et d’excitation, ce sentiment puissant que j’avais quand je franchissais une étape de ma vie que je savais irréversible, qui me laisserait changée à jamais.

Je me dirigeai d’abord vers un des bassins pour nettoyer ma combinaison, le détendeur, la ceinture lestée, mon masque et mes palmes. J’étais encore plus attentive que d’habitude à chasser les moindres cristaux de sel. J’allai ensuite suspendre ma combinaison pour qu’elle s’égoutte.

Frankie était nue sous la douche où elle se savonnait énergiquement. Une bouffée de timidité me fit garder mon maillot de bain sur moi. Je restai sans bouger sous le jet d’eau, le dos tourné. Cela dura plusieurs minutes. Puis du coin de l’œil, je la vis se diriger vers le fond. Je baissai mon maillot et me lavai rapidement avant de le remettre en place.

J’allai à mon tour vers les casiers. Mes mains tremblaient et j’eus le plus grand mal à ouvrir le cadenas. Je tendais enfin la main pour prendre une serviette de bain sèche quand elle murmura dans mon oreille. « Attends, laisse-moi faire ! »

Je sentais la pointe durcie de ses seins contre mon dos.

Elle baissa les bretelles de mon maillot qu’elle fit glisser le long de mes bras. Je crois ensuite qu’elle a posé un genou à terre pour m’ôter la pièce de tissu mouillé et froid. Elle prit la serviette et la drapa sur mes épaules. Elle frotta mon dos, puis m’attira vers elle. Elle m’encercla de ses bras et cacha son visage dans mon cou. Elle murmura. « As-tu la moindre idée de ce que tu me fais ? »

J’étais jusqu’alors restée passive. Ces quelques mots, à la fois tendres et passionnés, me firent réagir. Je saisis ses mains dans les miennes, et les posai sur mes seins. Dans un souffle, je lui dis : « Si c’est comme ce que tu me fais, oui… » Elle me caressa délicatement, faisant passer une de ses mains sur mon ventre et remonter l’autre le long de ma gorge.

N’y tenant plus, je me retournai, laissant glisser la serviette par terre et je posai mes mains sur ses hanches. Ses bras reposaient mollement sur mes épaules. Elle me regardait avec un tel air émerveillé que j’en eus les larmes aux yeux. Elle s’inquiéta. « Mon cœur, n’aie pas peur ! Il n’arrivera rien que tu ne veuilles ! » Je posai deux doigts sur ses lèvres. « Je n’ai pas peur…Si, j’ai peur. Mais ce n’est pas pour ça… C’est juste que… »

Elle pencha son visage vers le mien et m’embrassa. Cela commença tout léger, à peine un soupçon, puis le contact se fit plus franc. Enfin, la pointe de sa langue demanda à entrer et je me laissai emporter par l’émotion. Elle m’invita ensuite et je lui rendis sa visite.

Nous nous séparâmes, le souffle court. Je me blottis contre elle, savourant la sensation d’être tenue. Puis mes mains se firent curieuses et audacieuses en partant à la découverte de ce corps magnifique. Inspirées par leur exemple, mes lèvres suivirent le mouvement. Leur première découverte, un sein puis un autre, souples, doux, couronnés d’un téton appétissant…Très appétissant.

Je m’arrêtai soudain, surprise par un bruit. Je réalisai qu’elle gémissait de plaisir, les yeux fermés. Je retournai vers sa bouche que je n’avais pas encore eu le temps de bien apprendre. Ses mains aussi s’étaient faites aventureuses ; elles massaient de la façon la plus sensuelle le creux de mes reins, mes fesses. J’eus l’impression de tomber. Elle me retint puis me dit. « Attends ! »

Elle me lâcha un court instant, encore trop long à mon goût, pour étaler par terre nos serviettes humides. Elle s’agenouilla et m’ouvrit ses bras. Je me jetai contre elle, serrai sa tête contre mon cœur puis glissai lentement le long de son corps pour me trouver à genou devant elle. Nos lèvres se cherchèrent à nouveau et se trouvèrent longuement, passionnément.

Elle m’allongea avec précaution, se plaçant juste à mes côtés. Elle laissa courir ses doigts le long de mes bras, de mes côtes, de mon sternum jusqu’au nombril et plus bas. Puis elle descendit à son tour et fit étape dans mon cou, sur ma poitrine, mon ventre. Elle reposa longtemps sur ma toison, inhalant profondément.

Sa main m’explorait maintenant intimement et je ne savais plus si je devais rire ou pleurer, gémir ou prier. Elle me regarda tout en me pénétrant d’un doigt délicat qu’elle retira brusquement en sentant une légère résistance. J’allais hurler de frustration quand elle m’embrassa…là ! Puis remontant lentement, elle souffla dans mon oreille. « Mon cœur, tu ne m’avais pas dit que… »

Je la coupai de la seule façon possible.

Elle redescendit et m’embrassa à nouveau là…puis entreprit de me cartographier uniquement de ses lèvres et de sa langue. J’explosai bientôt en autant de particules que pouvait en compter mon corps. Ensuite, elle me tint juste serrée contre elle, longtemps, sans dire un mot.

Plus tard, nous quittâmes les vestiaires et fermâmes la porte soigneusement. Après avoir dîné rapidement d’une pizza sur le port, elle m’accompagna jusqu’à ma chambre d’hôtel où j’appris à l’aimer.

Je mis deux jours et une nuit pour la convaincre qu’il n’y aurait jamais personne d’autre qu’elle dans mon cœur et pour qu’elle accepte de me faire sienne, totalement.

Tout le restant de la semaine, nous plongeâmes le jour et nous aimâmes passionnément la nuit.

Le jour de mon départ fut déchirant. Elle dut user de tous les moyens de persuasion, de la promesse au chantage en passant par la menace, pour que j’accepte de rentrer à Paris.

Un mois plus tard, en rentrant d’un cours tard le soir, je la trouvai littéralement sur mon paillasson, endormie, appuyée contre la porte. Elle passa l’hiver avec moi puis redescendit sur la Côte au printemps. Je la rejoignis pour les trois mois d’été après mes examens.

Nous passâmes les trois années qui suivirent de la même façon.

Je m’inscrivis à un club de plongée à Paris pour passer progressivement tous mes échelons et devenir à mon tour monitrice fédérale.

Après la fin de mes études (de Droit International pour les curieux), nous pûment obtenir de nous faire embaucher ensembles dans un club. Et ce fut notre vie pour sept ans.

Puis, grâce à nos économies, et à l’aide de mon père, nous eûmes enfin notre propre club.

Et je suis là, exactement quinze ans après notre première rencontre, à rêver d’elle, les yeux grand ouverts, comme au premier jour.

Je finis de ranger le pont du bateau et je m’apprête à déplacer une bouteille d’air que quelqu’un a laissée dans le passage, quand je sens son souffle sur ma nuque, puis un murmure à mon oreille. « Attends, laisse-moi faire ! »

Je me laisse aller en arrière, certaine qu’elle sera là pour me rattraper…Et je ne suis pas déçue.

FIN
Paris Juillet 2000

Mais que pensait Frankie pendant ce temps ? La suite dans Réflexions Nocturnes

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© Styx63 – 2000

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