Au bord du Styx

Réflexions Nocturnes

Avertissements :

L’histoire qui suit, relève du genre Uber. Les personnages m’appartiennent (si l’on veut), mais je ne nie pas une certaine ressemblance avec deux héroïnes bien connues qui appartiennent, elles, à Universal et Renaisance Pictures.

Violence : non

Subtext : oui, et légèrement graphique. Mais si l’idée vous déplaît, j’en suis désolée et vous conseille de ne pas lire plus avant.

Suite : ce texte est la suite/pendant d’un autre récit Souvenirs de Vacances. Il serait préférable de l’avoir lu, ou peut-être même de le relire, avant de commencer celui-ci.

Remerciements : A Fanfan et Fausta, pour leurs observations et encouragements, la correction des fautes d’orthographe (s’il en reste, j’en assume toujours la responsabilité) et le rappel d’autres règles de grammaire.

Les commentaires sont bienvenus.

Réflexions nocturnes (Souvenirs II)

« Frankie, fais-moi un bébé ! »

Heureusement que je suis couchée car un souffle aurait pu m’abattre. Et je ne peux même pas lui répondre, car elle vient de s’endormir. Sa tête repose sur mon sein droit, elle a un bras drapé sur mon ventre, une jambe coincée entre les miennes, sur le visage, son sourire d’ange qui me laisse penser que je suis aussi dans ses rêves.

« Frankie, fais-moi un bébé ! »

Elle a le don de prononcer ce genre de phrase, puis de me laisser ruminer toute la nuit. Car le lendemain, je sais qu’elle n’aura pas oublié.

Je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête depuis ce matin. D’abord, je l’ai surprise à rêver sur le bateau alors qu’on se préparait à appareiller. Elle m’a observée, puis m’a embrassée….Hmmm…Quand elle m’embrasse, elle ne le fait jamais à moitié, sauf peut-être quand j’ai fait quelque chose que je n’aurais pas dû. Mais là, c’était…Encore plus ! Ce baiser a commencé doucement comme un remerciement, puis s’est fait plus violent comme une affirmation ou une revendication, avant de devenir tendre comme une promesse.

Après avoir repris mes esprits, je l’ai regardée, curieuse. Elle m’a juste dit en souriant : « Bendor, il y a quinze ans ! » Et ce soir….

« Frankie, fais-moi un bébé ! »

« Papa, Maman ! Arrêtez de rire, vous allez tomber de votre nuage ! »

Je me demande encore comment la même année a pu me faire connaître ma seconde plus grande tristesse et mon plus grand bonheur à quelques mois d’intervalle.

« L’année avait plus que mal commencé parce que tu étais parti, Papa ! »

Les médecins, à l’hôpital, ont dit que tu avais le cœur usé. Ils n’y connaissent rien ! La vérité est que ton cœur s’était brisé treize ans plus tôt, le jour où Maman et Luc avaient été fauchés par une voiture alors qu’elle le ramenait de l’école. Tu as tenté une réparation de fortune parce que j’avais besoin de toi. Et je réalise maintenant combien j’ai dû tirailler sur ces réparations dans les années qui ont suivi.

« Au début, j’étais comme assommée. Je ne comprenais pas combien tu me manquais, Maman ! »

Garçon manqué, toujours à courir partout, j’étais plus souvent qu’à mon tour cachée sur le bateau, pour éviter d’avoir à enfiler la petite jupe plissée annonciatrice de visites à de vieilles cousines. J’ai dû faire ton désespoir, Maman ! Tu ne peux le nier, j’étais loin d’être la fille idéale.

Et Luc, diablotin de six ans mon cadet, qui me suivait partout, qui voulait tout faire comme moi…

« Je me souviens, Papa, au début, quand tu m’emmenais avec toi le soir ! »

Quand je me repliais encore plus sur moi-même que d’habitude et que tu avais peur de me laisser seule. Nous allions faire une pêche miraculeuse, tu disais. J’ai mis du temps à comprendre la nature de la cargaison que nous ramenions.

Tu m’as fait rester à l’école jusqu’à seize ans. Mes résultats étaient médiocres. Je passais mon temps à dessiner des bateaux et des poissons. Le jour de mon anniversaire, je t’ai demandé de m’apprendre tout ce que tu savais de la mer et surtout, de ne plus exiger que je sois enfermée entre quatre murs. Tu m’as demandé vingt-quatre heures de réflexion que je ne pouvais te refuser. Le lendemain, tu m’as donné ton accord et tendu une carte de bibliothèque. Tu voulais que j’y emprunte régulièrement des livres sérieux, c’est-à-dire des classiques de la littérature, des récits de voyages et des livres d’histoire, des biographies. Tu m’as parlé de tête bien faite et de tête bien pleine. Isabelle m’a dit que c’est Montaigne qui avait écrit cela et que tu avais raison. J’ai respecté ma part du marché et j’ai plus appris dans ces livres qu’au cours de ma scolarité.

Entre la pêche et les livres, je trouvais encore le temps de mener une vie que tu ne devais pas approuver. Je traînais avec tout ce que la ville comptait de racaille. J’attendais le retour de la période estivale et des bancs de jeunes femmes que j’attraperais dans mes filets, grand merci à une jeune hollandaise qui m’avait fait découvrir un autre aspect de la vie !

Pourtant, un an avant ta mort, j’avais commencé à m’assagir. J’étais rentrée une nuit, débraillée et complètement ivre. Tu n’étais pas encore couché et le regard que tu m’avais lancé, à moitié dégoûté, à moitié désespéré, m’avait dessoûlée et fait réfléchir.

« Bendor, il y a quinze ans ! »

Ce fameux jour de septembre est gravé à jamais dans ma mémoire.

Je me souviens que j’étais en colère. Un de mes clients, un restaurateur qui se targuait de faire la meilleure soupe de poissons de la région, avait décidé de ne plus payer le prix convenu pour le produit de ma pêche. Ensuite Papy, le directeur du club de plongée, m’avait fait une espèce de chantage pour que je remplace l’un de ses moniteurs dans l’après-midi. Aussi, quand je me suis sentie attrapée par le bras, j’ai explosé. Puis j’ai perdu la maîtrise d’une partie de mon corps. Ma bouche continuait de parler, alors que mon cerveau et mes yeux s’étaient figés sur la petite merveille en face de moi. Elle était toute petite, des cheveux blonds courts et de magnifiques yeux verts. Avant que j’aie le temps de reprendre les choses en main, elle avait tourné les talons et je ne voyais plus d’elle que des jambes superbes et un petit derrière tout rond.

« Papa ! Je suis sûre que tu m’as flanqué une claque à ce moment, car tu ne m’as pas élevée comme ça. »

J’ai pensé me rattraper quelques heures plus tard quand j’ai vu son groupe revenir de plongée. Elle était restée seule sur le bateau à se débattre avec son matériel. Je l’ai aidée à débarquer et lui ai présenté mes excuses, qu’elle a acceptées. Alors que je prenais son équipement pour la raccompagner, j’ai senti son regard sur moi.

J’ai voulu l’inviter à prendre un verre le soir, juste pour la connaître. Je savais que ma technique de drague habituelle ne marcherait pas. En fait, je ne voulais pas utiliser de technique, je voulais juste la voir. Elle a refusé et j’ai obtenu mon premier bout d’information la concernant : le sommeil était très important pour elle. Je ne me suis pas inquiétée de ce refus. Je savais que si le destin le voulait ainsi, nous nous reverrions.

Alors que je cherchais Papy afin de mettre au point la sortie de l’après-midi, j’entendis un type, un petit abruti, venir dégoiser sur moi auprès de ma petite blonde. Mais elle me rendit très fière d’elle car elle ne sembla pas l’écouter.

Le destin m’avait entendue : elle faisait partie des plongeurs que je devais accompagner. Cette après-midi-là, j’appris son prénom : Isabelle. Je décidai que nous plongerions ensemble, au grand dépit du petit abruti du matin qui était là aussi.

Je ne la quittai pas, me tenant souvent bien plus proche d’elle que nécessaire. Elle était comme un aimant qui m’attirait irrésistiblement. J’avais besoin de sentir sa chaleur, respirer son odeur. J’essayais de ne pas me faire trop agressive. Je la sentais troublée et je ne voulais pas l’effrayer.

A notre retour au port, je ne tentai rien. Je rentrai chez moi et y restai tout le week-end.

Quand le lundi suivant, Papy m’appela et me dit pourquoi il avait besoin de moi, je crois que j’aurais pu exploser de joie : j’allais la revoir ! Puis je me calmai soudain. J’avais compris, au cours des dernières quarante-huit heures, que mes sentiments pour elle allaient bien au-delà d’une simple aventure de vacances. Je ne savais comment l’expliquer. Je n’avais passé que quelques heures avec elle, sans échanger plus de dix paroles. Mais c’était une certitude qui s’était imposée à moi. La tristesse m’envahit. Je n’avais pour toute fortune que mon bateau de pêche. Mon absence de diplômes m’interdisait de faire autre chose. Je n’avais rien à offrir à une jeune étudiante parisienne qui devait, sans aucun doute, venir d’un milieu plus favorisé que ce que je ne connaîtrais jamais. Sans même relever qu’elle n’était sûrement pas intéressée par moi, troublée peut-être, mais sûrement pas intéressée.

Nous avons fait une longue plongée, sans incident. De retour sur le bateau, je l’ai aidée à retirer sa combinaison. J’essayais de diriger mes mains uniquement sur la tâche à accomplir et surtout de les empêcher de vagabonder sur ce corps magnifique. La première fois que je l’ai vue, j’ai pensé qu’elle était une miniature, mais ce terme donne une impression de fragilité qui ne s’applique pas à elle. Elle est petite mais très bien proportionnée, mince mais suffisamment musclée. Il n’y a rien de faible en elle.

Quand j’ai voulu nous faire rentrer, le moteur a lâché et, à part jurer, il n’y avait rien d’autre à faire qu’attendre que l’on vienne nous chercher.

Je me suis installée tranquillement, et j’ai senti à nouveau son regard s’attarder sur mon corps. Je dois reconnaître que je ne lui facilitais pas la tâche. Je devais porter la quantité minimale d’étoffe sur moi pour que cela puisse encore passer pour un maillot de bain. Je la vis rougir et ne pus résister à la tentation. J’invoquai le soleil et sortis de mon sac un tube de crème solaire. Sans rien lui demander, je commençai à l’appliquer sur son visage. Sa peau était tellement douce, j’aurais pu me perdre à la caresser mais je la vis frissonner, ce qui me fit arrêter. J’avais une petite idée de ce qui l’embarrassait mais je voulais qu’elle le dise elle même. J’eus droit, d’abord, à tout ce qui pouvait se dire sur moi. D’habitude, cela m’était égal. Mais avec elle, je voulais que tout soit clair, enfin… le plus possible. Puis je l’ai un peu taquinée, une façon de lui dire que je savais qu’elle savait à propos de mes préférences. Mais quand elle a passé sa main sur mon estomac, j’ai réalisé que je m’étais laissée prendre à mon propre piège.

Je me suis réinstallée au fond de l’embarcation et nous nous sommes mises à parler. Encore maintenant, je ne peux me rappeler quand je me suis sentie aussi décontractée et en sécurité avec quelqu’un. Je lui ai dit des choses que je n’avais jamais racontées à personne. Je lui ai avoué la réalité de mes mauvaises fréquentations, même si je ne voyais plus personne depuis un an. Quand je lui ai expliqué que c’était la seule façon que j’avais trouvé de me sentir vivante, elle n’a rien dit, n’a porté aucun jugement. Elle a juste pris mes larges mains, calleuses et abîmées dans les siennes, si petites et si douces et les a tenues pendant que je poursuivais le triste récit de mes exploits.

« Papa ! Je sais que ce n’était pas le meilleur moyen de la…courtiser. »

Oui, déjà à ce moment, je ne la draguais pas, je la courtisais, sans savoir où cela me mènerait. Je voulais être honnête avec elle, même uniquement comme amie. Et même cela, n’était-ce pas trop demander ?

Elle me parla longuement de son enfance solitaire, de sa mère morte en la mettant au monde, de son père, banquier, très aimant mais souvent absent, du sentiment qu’elle avait de ne pas être à sa place, de ne pas coller avec le modèle qu’elle était supposée suivre.

La fatigue de la plongée, le mouvement des vagues nous entraînèrent dans une douce somnolence. Sa tête reposait sur mon épaule et mon bras, autour de sa taille.

Quand un bateau est enfin venu nous secourir, nous nous sommes séparées avec réticence.

Pendant le trajet de retour, mon esprit était écartelé entre le désir que j’avais d’elle, nourri par l’attirance qu’elle semblait avoir à mon égard et ma volonté sincère de la protéger, fut-ce de moi-même.

Dès que nous avons débarqué, j’ai senti sa nervosité. Je ne comprenais pas d’où elle pouvait venir, je n’avais tenté aucun geste déplacé… Je pris sa bouteille d’air et la mienne, lui laissant porter les sacs et les combinaisons. Arrivées aux vestiaires, je la débarrassai de mon matériel que je nettoyai rapidement à grande eau puis me dirigeai vers les douches.

Après avoir ôté mon maillot, je me lavai tout en regardant Isabelle. La tension montait en elle. Je pouvais la voir dans son dos, ses épaules, sa nuque. Quand elle rejoignit les douches à son tour, elle me tourna le dos, laissant juste l’eau couler sur elle. J’étais désespérée. Je voulais la prendre dans mes bras, lui dire de ne pas avoir peur, qu’il ne se passerait rien. Mais je sentais aussi que le moindre mouvement de ma part pouvait l’effrayer. J’étais sûre qu’elle devait penser à tout ce que je lui avais dit, de mon passé de conquêtes féminines à ne plus pouvoir les compter. Elle devait se demander comment se sortir des vestiaires sans avoir à batailler contre moi.

Je ne savais plus où j’en étais. Je me dirigeai vers mon casier au fond du vestiaire où je pris une serviette pour me sécher. Peu après, j’entendis le bruit de ses pieds mouillés sur le sol, puis le cliquettement du cadenas contre la porte métallique de son vestiaire. Je me tournai vers elle. Elle semblait respirer avec difficulté.

Je n’y tins plus. Je m’approchai d’elle doucement. Tout aussi doucement, je lui dis de me laisser faire. Me laisser faire quoi ? Je ne savais pas trop. L’essuyer ? L’embrasser ? La prendre dans mes bras ?

Son dos effleura mes seins…Je me retins de crier. Le contact d’un fer rouge n’aurait pas causé de sensation plus intense. Etonnamment, mes mains ne tremblaient pas quand je lui ai ôté son maillot. Puis je l’ai enveloppée dans son drap de bain et j’ai frotté son dos. Elle était toujours tendue mais elle n’avait pas dit un mot, n’avait pas fait le moindre geste pour m’arrêter, m’écarter.

Alors, j’ai franchi un pas supplémentaire et je l’ai prise dans mes bras. La serviette était entre nos corps. Mais c’était mieux ainsi. Je ne voulais pas l’effrayer. Je lui laissais une porte de sortie si, malgré tout, j’avais mal compris ce qui se jouait entre nous. Je la sentis enfin se détendre contre moi après m’avoir avoué qu’elle partageait les tourments qui m’avaient possédée ces dernières heures.

Le premier vrai contact de son corps quand elle prit mes mains pour les poser sur ses seins. Puis le premier baiser échangé quand elle s’est tournée vers moi. La sentir se blottir contre moi. Puis ses mains, ses lèvres sur mon corps. Tout cela me fit croire au paradis arrivé sur terre, comme à chaque fois, depuis lors, quand je la prends dans mes bras.

Ma première exploration d’elle, de son odeur, de la douceur de sa peau, de la saveur de ses seins, du léger galbe de son ventre, de ses trésors cachés…Je ne pouvais me lasser d’elle ! Puis je réalisai soudain qu’elle était vierge. Et j’eus peur car je savais que je n’étais pas digne d’elle.

Alors, je l’ai révérée comme elle le méritait, me gardant bien de retourner là où je n’avais pas le droit. Puis je l’ai tenue dans mes bras, de peur de la voir disparaître, le rêve se dissipant.

Ce n’était pas un rêve mais le début de notre histoire.

Au cours des jours, et des nuits, qui suivirent, nous ne nous quittâmes pas beaucoup.

Mais mon plus cher souvenir, c’est deux nuits après.

Pour quelqu’un qui ne pouvait pas aller prendre un verre le soir parce qu’elle avait besoin de dormir, ma petite déesse m’épatait ! Cette journée-là, nous avions fait une plongée un peu difficile car un peu plus technique. Nous avions déjà passé deux nuits où seules très peu d’heures avaient été consacrées au sommeil. Ce soir-là, elle avait pris littéralement possession de mon corps. Elle m’avait aimée passionnément et m’avait fait jouir trois fois. J’étais sur le dos, elle, assise sur mon ventre. Je reprenais lentement conscience de la réalité. Je la regardais avec cet air émerveillé que j’ai chaque fois que je pense au miracle qu’elle est dans ma vie.

Elle jouait inconsciemment avec mes seins, puis plongea soudain son regard dans le mien et me dit. « Fais de moi une femme ! »

L’angoisse me saisit à nouveau. J’essayai de plaisanter. « Mon amour, n’aie aucune crainte ! Tu es une femme. Il n’y a aucun doute à avoir. » Une torsion légèrement appuyée sur mes tétons m’indiqua que ce n’était pas la bonne réponse.

Elle avait les sourcils froncés, comme si elle cherchait le meilleur argument pour me convaincre. Ce n’était pas la première fois qu’elle me le demandait mais j’avais toujours réussi à lui faire oublier cette idée. Cette fois, je n’étais pas en position. Elle prit ma main et la posa entre ses seins. « N’as-tu pas encore compris qu’il ne pourra jamais y avoir quelqu’un d’autre dans mon cœur, dans ma vie ? Il y avait comme un vide en moi et toi seule a pu le combler. Comme je sais que je comble le vide en toi. Je veux que tu me prennes totalement. Je suis à toi ! Oui, je veux que tu fasses de moi une femme, ta femme ! Et ne me dis pas que tu n’es pas digne de moi ! Ce n’est pas vrai ! Il n’y a que toi… »

Elle commençait à s’agiter et ses yeux brillaient de larmes qui menaçaient de couler. Je me suis assise et l’ai serrée contre moi en lui demandant pardon d’être aussi lâche et en lui murmurant des mots d’amour. Elle s’agrippait à mes épaules comme si elle avait peur que je m’enfuie.

J’ai commencé à la caresser et à saupoudrer de petits baisers son visage, son cou, ses épaules. Puis je l’enlaçai de mon bras gauche tandis que ma main droite taquinait un sein. Elle relâcha son étreinte et me regarda dans les yeux. Satisfaite de ce qu’elle y lut, elle prit possession de ma bouche. Je la sentis gémir, plus que je ne l’entendis. Je repris ma liberté et embrassai le lobe parfait d’une oreille adorable, une clavicule, sa gorge. Elle se cambra, m’offrant sa poitrine. Ma main caressait, massait une cuisse, une fesse, le creux de ses reins, puis son flanc pour revenir sur son ventre. Mes lèvres, ma langue, caressaient, embrassaient, goûtaient, léchaient, suçaient. Elle était assise sur mes cuisses et je les écartai légèrement. Le mouvement me donna l’accès que je voulais à son sexe. Mes doigts allaient et venaient, ne restant jamais longtemps au même endroit. Je sentais son plaisir monter. Ses hanches se balançaient d’avant en arrière. Juste avant qu’elle atteigne le bord du précipice, elle attrapa mon poignet et bloqua ma main. Je savais ce qu’elle voulait, je ne pouvais plus reculer. Je glissais un doigt puis un deuxième en elle et les fit glisser lentement, délicatement. Puis un peu plus rapidement, un peu plus profondément. Quand je la sentis se tendre puis planter ses ongles dans mon dos, je repris sa bouche tout en exerçant une ultime poussée de ma main.

Ses cris s’étouffèrent dans ma bouche. Je la serrai fort contre moi, accompagnant les derniers frémissements de son plaisir. Elle baissa la tête sur mon épaule et je sentis ses larmes couler. Je m’inquiétai, mais, en se redressant, elle arborait le plus beau des sourires. Elle essuya de sa main les larmes qui glissaient le long de mes joues et m’embrassa. Je retirai doucement mes doigts de leur précieux fourreau et l’embrassai. Enfin, je m’allongeai et l’entraînai avec moi.

Rien que d’y penser, j’en ai encore des frissons. Je la regarde alors qu’elle s’agite dans son sommeil. Elle change de position et repose encore plus sur moi.

Comment deux personnes si différentes, si opposées même, peuvent-elles si bien s’accorder ? Rien que notre apparence déjà…Là où elle est, et reste, dorée malgré tout le soleil qu’elle peut prendre, je suis presque noire. Et ses cheveux blonds coupés courts, presque blancs par l’effet du soleil et de la mer, à côté de ma crinière aile de corbeau que je refuse de raccourcir bien qu’elle soit peu pratique et difficile à entretenir.

Et nos origines si éloignées, notre éducation si différente…

Pourtant, après les étincelles de notre toute première rencontre, notre relation a tout de suite été harmonieuse, comme si nous savions déjà tout de l’autre, en tous les cas, ce qui est important.

Nos discussions, mêmes quand elles sont un peu vives, nous trouvent toujours d’accord à la fin. Mais la première d’entre elles fut douloureuse. Le jour prévu de la fin de ses vacances, Isabelle refusa de partir. Mon cœur était d’accord. La simple idée de ne pas la voir le faisait saigner. Mais je savais aussi qu’il me fallait être raisonnable pour nous deux. La vie que je menais alors n’était pas faite pour elle, de même que sa vie n’était pas faite pour moi. Ne pas le comprendre nous auraient, à terme, rendues malheureuses. Il fallait que nous trouvions un nouveau chemin, notre chemin. Et ce n’était pas le bon moment. Encore tenaillée par quelque insécurité, je voulais qu’elle soit sûre de son choix, de son amour pour moi. Mais ce n’est pas ce que je lui ai dit. Elle s’est décidée à partir quand je lui ai expliqué que je croyais, au plus profond de mon être, que nous étions destinées l’une à l’autre depuis la nuit des temps et pour l’éternité. Dans ces conditions, ce n’était pas quelques centaines de kilomètres qui allaient nous séparer !

Le mois qui suivit, fut un cauchemar que nos nombreuses conversations téléphoniques ont à peine calmé. Alors je m’arrangeai pour qu’un de mes cousins jette un coup d’œil à ma maison et mon bateau pendant mon absence et je montai à Paris.

Ah, le bonheur de nos retrouvailles ! Si j’avais encore quelques doutes sur nous, ils sont morts piétinés sur le paillasson, à la porte de son studio où j’avais attendu son retour.

Je restai avec elle tout l’hiver. Ces quelques mois nous virent faire face à quelques épreuves : pour nous deux, apprendre à vivre ensemble. Pour Isabelle, me faire confiance quand je lui ai dit que je n’avais plus besoin de ma poussée d’adrénaline pour me sentir vivante, ce qui lui fut difficile à admettre quand j’ai pris, pour ma « saison d’hiver », un job de coursier à moto, car je ne voulais pas vivre à ses crochets. Pour moi, rencontrer son père et faire qu’il m’accepte… Cette dernière épreuve, je sais que j’ai mis longtemps avant de la gagner. Chose curieuse, ce n’est pas la femme en moi qui le dérangea le plus, mais bien plutôt la pêcheuse sans éducation. Enfin, j’ai gagné des points progressivement, les premiers quand il comprit que j’insistais pour qu’Isabelle finisse ses études et que je n’en voulais pas à son argent, les suivants quand il vit que je la rendais vraiment heureuse.

C’est cet hiver-là qu’Isabelle eut l’idée du club de plongée. Et pour cette idée, comme pour toutes celles qu’elle a pu avoir par la suite, j’ai tout mis en œuvre pour qu’elle se réalise. De même que j’ai toujours tout fait pour la sortir du pétrin les quelques fois où elle ne m’a pas parlé de ses idées !

Alors maintenant, quand je l’entends dire, « Frankie, fais-moi un bébé ! » je ne peux pas faire autrement que de chercher une solution. Et l’idée d’une petite « Isabelle junior » n’est pas pour me déplaire.

« Et oui, Maman, je sais que je n’ai pas l’équipement adéquat !  »

Mais c’est ce que veut ma Belle et sa parole est mon unique loi, son bonheur, mon unique souhait et son amour, mon unique récompense !

FIN
Paris Août 2000

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