Au bord du Styx

Quatre Coins

Quatre Coins

par Harriet

Fandom : Le Diable s’habille en Prada

Couple : Miranda / Andy

L’histoire en anglaisici

Avertissement : Le Diable s’habille en Prada et ses personnages appartiennent à Lauren Weisberger (auteure du livre) et 20th Century Fox (Producteur du film). Aucun profit n’est tiré de cette fanfic.

Genre : Alt  selon la classification Guerrière & Amazone

Note (de l’auteure) : C’était une sacrée aventure et ma première tentative d’écriture au temps présent. Merci à mon bêta Xander et à tous les autres auteurs qui m’ont inspirée avec leurs merveilleuses histoires.

Mail de l’auteure (qui a étudié le français à une époque) : harrietvane47 at yahoo.com

Note (de la traductrice) : Merci à Fanfan (toujours là même quand elle est surbookée !)

Quatre Coins

A six ans, Caroline et Cassidy partagent leur chambre comme elles le font depuis la naissance. Leurs lits sont étroits et proches l’un de l’autre parce qu’elles n’aiment pas être éloignées l’une de l’autre. Souvent, l’une ira se glisser dans le lit de l’autre quand leurs parents vont se coucher, mais elles s’assurent de ne pas être ensembles au matin pour que Maman ne se mette pas en colère. Maman aime que chacune d’elles ait son propre « espace » parce que le Docteur Rosen a dit qu’il le fallait.

De la même façon, elles ne s’habillent plus pareil, même si elles aimaient bien ça. C’était amusant de s’habiller pareil et parfois, leurs maîtresses les confondaient à l’école. C’était génial. Une fois, elles ont même échangé leurs noms toute une journée pour voir ce qui se passerait. La seule personne à avoir remarqué avait été l’autre meilleure amie de Cassidy, Janie. Elle avait cependant gardé le secret. Janie est sympa, même si parfois, elle est jalouse de Caroline.

Mais Cassidy ne choisirait jamais Janie avant Caroline. Elle ne choisirait jamais personne avant Caroline, peut-être même pas Maman et sûrement pas Papa.

Elle et sa soeur sont très semblables, mais Cassidy est la plus courageuse des deux. Elle l’a toujours été. Caroline le sait probablement aussi, mais elles n’en ont jamais discuté. Cassidy est la protectrice et elle prendra Caroline tout contre elle quand celle-ci a un mauvais rêve ou quand elle est malade ou quand elles entendent des bruits désagréables provenant de la chambre de Maman et Papa.

Elles entendent souvent des bruits à travers les murs. Parfois, ce sont des paroles ou de la musique car leur maman aime chanter quand elle est seule. D’autres fois, c’est complètement silencieux.

Ce soir, ce n’est pas comme ça.

Ce soir, il y a des cris de colère, des voix qui hurlent. Même si Cassidy ne peut pas comprendre ce qu’ils disent; elle sait que quelque chose de terrible est en train de se passer. Elle espère qu’elle ne va pas entendre un objet se casser comme la semaine d’avant. Cette fois-là, un de ses parents avait jeté quelque chose de gros et bruyant contre le mur et cela avait fait crier un peu Cassidy et Caroline. Les genoux de Caroline s’enfoncent vraiment fort dans l’estomac de Cassidy, mais elle tient encore plus serrée sa sœur contre elle et jure de prendre soin d’elle. C’est ce qu’elle fait toujours.

Les cris de colère n’ont commencé que lorsque Cassidy et Caroline sont entrées au jardin d’enfants ou, du moins, c’est ce dont Cassidy se souvient. Cela a pu commencer avant aussi, mais elle n’est pas sûre. Elle pense que ses parents ne se rendent pas compte que les murs ne sont pas si épais, particulièrement parce que Caroline et elle essaient d’être très silencieuses quand leurs parents sont dans leur chambre. Pendant un temps, c’était bien quand Cassidy pouvait les entendre parler ensemble. Maintenant, elle souhaite qu’ils puissent la fermer pour que Caroline ne soit pas effrayée.

Ce soir, les bruits sont de plus en plus forts. « Je te tiens, » murmure Cassidy. Elle essaie vraiment de comprendre les mots que prononce sa mère. Maman ne crie jamais après elles, mais elle crie après leur père et lui aussi crie.

Le bruit d’une porte ouverte violement les fait sursauter toutes les deux. Cassidy pense que la poignée de la porte a dû faire un trou dans le mur. « Tu peux aller au diable, Miranda ! » crie leur père. Il n’essaie même pas de ne pas faire de bruit. « J’en ai fini avec cette putain de maison. J’en ai fini avec ce putain de mariage. »

« Je changerai les serrures si tu pars d’ici, » crie Maman. Cassidy se recroqueville. On dirait qu’elle pleure.

« Bon Dieu, fais ce que tu veux… tu fais toujours ce que tu veux de toutes façons. Je prendrai les filles ce week-end. »

« Je ne le permettrai pas, » dit leur mère.

« Va te faire foutre, Miriam. Appelle mon avocat ! » répond leur père d’une voix rageuse. Sa voix est plus éloignée maintenant. Il y a un bruit de pas, puis une autre porte claque. Quelque chose tombe en bas des escaliers et se casse car Cassidy entend le bruit du verre qui se fracasse.

Elle pleure et Caroline aussi. Leur père les quitte. Toutes.

Cassidy sait que « foutre » est vraiment un mot pas beau parce qu’elle l’entend beaucoup à l’école. Elle est furieuse que son papa ait dit ce mot à sa maman. Elle est furieuse aussi qu’il n’ait pas dit bonne nuit avant qu’elles aillent se coucher et maintenant, il n’a même pas dit au revoir.

Cassidy s’est demandée pendant un temps combien de fois ils se sont disputés à son sujet. Elle y pense tout le temps, mais elle ne le dit pas à leur maman. Maman est très occupée et Cassidy ne veut pas la mettre en colère.

Le couloir est silencieux à nouveau jusqu’à ce que leur porte s’entrouvre de quelques centimètres. La lueur bleutée de la veilleuse qui projette la constellation au plafond rend la chambre assez lumineuse pour permettre à Cassidy de voir que sa mère pleure. « Les filles ? »

« Oui ? » répond Cassidy. Elle ne va pas faire semblant de ne pas avoir Caroline dans son lit avec elle. Pas cette fois.

Leur maman s’approche et soupire. Ça sonne drôle, comme un sanglot. Elle les pousse toutes les deux un peu et se met au lit avec elles où elle les tient serrées. Cassidy pleure encore un peu, mais elle aime être tenue. Elle se sent en sécurité ici avec sa mère contre elle. Même si tout n’ira plus bien, elle aime sa maman et elle aime beaucoup que sa maman l’aime. Plus personne ne la prend vraiment dans ses bras sauf Caroline. Elle est trop grande ou du moins, c’est ce que ses parents disent. Mais ça lui manque. Elle en a la nostalgie.

Ce soir, elle est comblée parce que leur maman reste toute la nuit avec elles dans le petit lit.

Plus de deux ans ont passé et deux ou trois choses ont changé depuis que leur papa est parti.

Cassidy pense que sa maman ne sait toujours pas qu’elle peut entendre à travers le mur. Sa maman est maligne alors elle ne peut pas être sûre, mais c’est ce qu’elle croit. La chambre de Caroline est de l’autre côté du couloir, là où se trouvait le bureau de Papa. Stephen a un bureau aussi, mais il est au deuxième étage, à la place d’une chambre d’ami.

A présent, sa soeur et elle ne partagent un lit qu’une fois de temps en temps, principalement quand Caroline a fait un mauvais rêve. Cassidy fait des cauchemars également, mais elle ne demande jamais à Caroline si elle peut la rejoindre. Au lieu de ça, elle se lève et elle écrit dans un journal qu’elle garde fermé à clef et fourré sous une lame du parquet en sachant que sa mère la tuerait pour avoir défait cette planche. Personne, y compris Caroline, ne sait où elle garde son journal ou bien la clef. Même si elle et Caroline savent presque tout l’une de l’autre, Cassidy aime avoir une chose qui n’est qu’à elle. Cass soupçonne que Caroline tient un journal aussi, mais elle n’en a pas parlé. Pour l’instant. Bientôt, elles en parleront, mais maintenant, elles s’habituent à avoir des choses rien que pour chacune d’elles.

Caroline n’a vu aucun inconvénient à déménager de leur chambre. Après que leur papa est parti, elles entendent parfois leur maman pleurer à travers le mur. C’était pire que ce qui avait pu se passer avant, pire encore que les disputes. Mais Cassidy voulait rester et elle est contente d’être restée. Elle aime savoir ce qui se passe avec Maman, aussi difficile que ce soit. C’est important de savoir.

Cela n’a pas pris trop de temps après que Papa soit parti pour que leur maman cesse de pleurer. Les choses sont redevenues normales ou aussi normales qu’elles pouvaient l’être alors que tout était devenu différent. Quand leur maman parlait au téléphone, c’était bon d’entendre sa voix tout en s’endormant.

Puis Stephen a commencé à venir. Cela fait un an qu’il va et vient. Cassidy les entend parler le soir, mais doucement et pas pour très longtemps.

Ça ne l’ennuie pas. Stephen est sympa avec elles et il apporte tout le temps des fleurs à leur maman. Du moment que ça peut faire sourire leur maman, Cassidy est d’accord, même si Stephen ne fait pas trop attention à Caroline et elle.

Ce soir, Cassidy ouvre son placard et regarde d’un air mauvais la robe de demoiselle d’honneur qu’elle portera pour leur mariage dans deux semaines. Elle pense que c’est stupide d’être demoiselle d’honneur parce qu’elle et Caroline sont trop vieilles pour être demoiselles d’honneur. Mais leur maman veut qu’elles participent au mariage et c’est le seul truc qu’elles peuvent faire puisqu’elles sont trop jeunes pour être témoin de la mariée. Alors elles marcheront jusqu’à l’autel tout en jetant des poignées de pétales de rose dans une immense église et leur maman va à nouveau se marier.

Papa était en colère quand il l’a appris, mais il s’est remarié l’année d’avant alors il ne peut pas dire grand chose de méchant. Leur belle-mère, Karen, dit que c’est mieux ainsi car tout le monde a le droit d’être heureux, même leur maman. Mais la chose bizarre est que Cassidy sait que leur papa voudrait qu’il soit toujours marié avec Maman. Il l’a dit à Cassidy un soir, après avoir bu trop de vin alors qu’il commençait à somnoler. Cassidy se souvient comme c’était étrange d’entendre son papa dire qu’il aimait toujours sa maman et détester le fait qu’il ne pourrait plus jamais l’avoir comme il voulait.

Cassidy ne racontera pas ça à Caroline. Caroline ne voudrait pas savoir ça.

Comme belle-mère, Karen est OK. Elle semble un peu bête avec toutes ses discussions sur l’astrologie et son obsession des aliments sans gluten, mais elle est cool. Elle enseigne à Cassidy et Caroline des poses de yoga quand elles sont ensembles et elle essaie de les aider avec leurs devoirs quand leur papa n’est pas dans les parages.

Cassidy pense que Karen veut avoir un bébé à elle et c’est probablement une bonne idée. Cass ne voit pas d’inconvénient à avoir une autre sœur ou un frère, même si ce n’est qu’un demi. Maman n’aura pas d’autre enfant. Elle est trop occupée au travail et Stephen ne semble pas avoir la fibre paternelle.

Elle peut entendre Stephen et leur maman parler maintenant tout bas. C’est sympa. Elle est contente d’avoir une quatrième personne à la maison, même s’il n’est pas parfait ou fantastique ou vraiment spécial. Peut-être qu’il apprendra à mieux les connaître, elle et Caroline et ils formeront une famille.

Caroline ne peut se souvenir quand leur maman a cessé de chanter.

Elle pense que ça a pu se passer avant qu’elle se marie avec Stephen, mais il y a longtemps qu’elle n’a pas entendu sa jolie voix. Ce n’est pas comme si elle chantait tout le temps, mais quand Cassidy et Caroline étaient petites, leur mère leur chantait quelque chose pour les aider à s’endormir. Tous les soirs, vraiment. Elle chantait des vieilles chansons que Cassidy n’avait jamais entendues à la radio ou ailleurs sauf sur la chaîne hi-fi de leur maison. Maman dit que ce sont des chansons que sa propre mère lui chantait quand elle était petite et d’autres qu’elle a apprises à la fac. Celles-ci étaient ses préférées.

Cassidy n’entend plus aucune de ces chansons. Et elle n’entend plus de bruit venant de la chambre de sa maman. Celle qu’elle partage avec Stephen qui n’est pas devenu un papa comme Cassidy l’aurait souhaité. Elle ne les entend pas parler ou crier ou rien du tout.

La chose vraiment épouvantable est que dès le début, Cassidy a su que ça ne marcherait pas. Stephen ne les a jamais aimées comme il aurait dû quand on veut former une famille. Il aimait leur maman et il l’aime toujours parce que qui ne l’aime pas ? Cassidy est assez grande pour savoir que leur mère est spéciale, quelqu’un à part. Elle est unique et importante. Tout le monde l’écoute. A cause de ça, Cassidy et Caroline peuvent faire presque tout ce qu’elles veulent. Elles obtiennent tout ce qu’elles demandent. Elles peuvent négliger leurs devoirs d’école quand elles veulent et les assistantes de Maman préparent leurs exposés quand elles ne sont pas d’humeur à les faire. C’est à dire tout le temps en ce moment.

A part ça, Stephen peut être méchant à un point que ni Cassidy ni Caroline n’avaient cru possible. Des années avant, elles avaient vu leur papa se mettre en colère, avant le divorce. Il disait plein de choses qui n’étaient pas gentilles. Mais Stephen peut franchement être cruel. Cassidy en était arrivée à un point où elle préférait être loin de la maison, avec son père ou sa grand-mère parce que c’est épouvantable d’être autour de sa mère et de Stephen quand ils sont ensemble. Quand ils sont loin l’un de l’autre, Maman est juste triste.

Cassidy et Caroline aiment reporter leur propre tristesse sur les autres. Principalement, les assistantes de Maman. Les assistantes doivent faire tout ce que leur maman dit et Caroline fut la première à réaliser qu’elles devaient également faire tout ce qu’elle et sa sœur disaient. C’est drôle d’obliger quelqu’un à faire ce qu’on veut, même quand on sait que c’est mal. Même quand on sait que c’est la pire chose qui soit.

Il y a quelques jours à peine, Cassidy et Caroline ont fourré la dernière des assistantes de leur maman dans un sacré pétrin. Elles l’ont fait exprès et Cassidy est sûre qu’elles recommenceront à la prochaine opportunité. C’est plutôt triste, vraiment, parce que la fille qui a eu des problèmes semble gentille. Elle est jolie, avec de grands yeux et de longs cheveux sombres qui semblent très doux. Elle a été gentille pour elles pendant une minute. Mais c’était le plus gros problème. La gentillesse de l’assistante donnait envie à Cassidy de lui faire encore plus de mal.

Ce n’est que le soir, quand Cassidy est seule dans sa chambre, après avoir rangé son journal dans sa cachette, qu’elle pense qu’elle ne devrait pas faire ces choses. Mais elle mérite de pouvoir s’amuser quand elle le peut parce que sa maman ne chante pas et ne l’embrasse pas pour lui souhaiter bonne nuit.

Stephen n’est plus là depuis quelques temps. Cassidy ne s’était pas rendue compte qu’il était parti jusqu’au retour de sa mère de Paris quand elle leur a dit qu’ils divorçaient. Comme d’habitude, Caroline a pleuré. Cassidy a juste croisé les bras et se répète que ça ne fait pas mal parce qu’elle savait que ça allait arriver.

En attendant, c’est moche. Stephen n’était pas vraiment un papa, mais il faisait le quatrième coin du carré parfait que forme une famille comme pense Cassidy. Sans lui, elles ne sont plus qu’un triangle. Et qui plus est, un triangle tout de guingois.

L’humeur de leur maman est toujours la même maintenant : triste, mais prétendant que tout va bien. Cassidy déteste ça. Elle préfèrerait savoir ce que sa maman pense vraiment plutôt que devoir deviner tout le temps.

Mais la chose la plus étrange est qu’hier, Cassidy pourrait jurer qu’elle a entendu sa mère fredonner. Cass a reconnu un bout de la chanson : c’était une chanson que sa maman connaissait de la fac, chantée par une dame avec de longs cheveux blonds et qui jouait du piano. Ou peut-être de la guitare… Cassidy ne pouvait se souvenir de tout. Mais c’était une chanson que Cassidy avait toujours bien aimé et dont elle se souvenait.

C’est pourquoi Cassidy pense que quelque chose de bizarre est en train de se passer. Il y a d’autres raisons qui viennent nourrir ses questions, mais elle ne peut pas encore déterminer ce que ça veut dire. Il y a un lien avec la drôle d’expression sur le visage de sa mère quand elle reçoit un SMS le soir ou le matin. Et Cassidy est sûre qu’elle a vu sa maman rougir quand elle a récupéré un paquet dans la pile de courrier la veille. Cassidy mourait de curiosité de savoir ce qu’il y avait dedans, mais elle n’a jamais pu trouver parce que sa mère a pris le paquet et l’a monté à l’étage dans sa chambre.

Ce soir, Cassidy entend la voix de sa mère à travers le mur de sa chambre pour la première fois depuis très longtemps. Sa maman parle à quelqu’un au téléphone. Cassidy n’a pas idée de qui ça peut être. Mais il y a quelque chose dans la façon dont elle parle, lentement et tranquillement : ça donne à Cassidy une impression étrange dans son ventre. Elle n’est pas en colère alors Cassidy ne pense pas que ça se rapporte au magazine. D’habitude, les conversations de Maman à propos du travail sont très rapides. Elle appelle quelqu’un, lui dit de faire quelque chose et raccroche. Mais maintenant, elle ne fait que bavarder. Cassidy regarde sa pendule, à partir de 21 h 57. Quand elle s’endort enfin, entre 22 h 28 et 22 h 29, sa mère est toujours en train de parler de cette voix lente et calme qui envoie Cassidy au pays des rêves heureux.

Il est 22 heures passées et Caroline est assise avec Cassidy dans sa chambre. Caroline ne la croit pas, mais Cassidy est sûre d’avoir raison.

Andy Sachs, l’ancienne assistante de Maman qui l’a quittée l’année dernière, est venue dîner ce soir. Cassidy est convaincue que c’est la personne avec qui sa mère a discuté au téléphone pendant les trois derniers mois. En fait, elle en est absolument certaine. Leur mère était très nerveuse ce soir pendant le dîner, ne parlant pas beaucoup, mais observant de quelle façon Caroline et elle se comportaient à l’égard d’Andy. Cass pense qu’Andy était nerveuse également parce qu’elle a parlé beaucoup et elle a ri vraiment très fort. Andy pourrait être comme ça tout le temps, mais Cassidy en doute. Si Andy était si ennuyeuse, leur maman ne se serait pas liée d’amitié avec elle.

Et c’est ce qu’a dit leur maman, qu’Andy était une amie. Une amie. Cassidy sait que ça va plus loin.

Le truc vraiment pénible est qu’elle ne peut en parler à personne d’autre en dehors de Caroline. Le Docteur Rosen ne peut pas savoir que leur maman est gay ou bi ou n’importe quoi parce que c’est définitivement un secret. Elle ne fait confiance à personne en dehors de Caroline ou de sa mère ou du Docteur Rosen alors elle est coincée. Elle doit trouver un moyen de convaincre Caroline qu’elle n’est pas folle. Sa mère n’a jamais invité personne du bureau à dîner à la maison. Jamais. Même pas Nigel qu’elle et Cassidy ont rencontré plusieurs fois et qu’elles adorent littéralement. Il est gay. Peut-être est-il au courant pour Maman et Andy.

Cassidy regarde fixement le mur un peu plus et attend.

« Tu es cinglée, » dit Caroline dans un sifflement. « Ce n’est pas possible. Je vais me coucher. »

« Encore cinq minutes, » supplie Cassidy. « Je te jure. »

Elles attendent d’entendre la voix de leur mère. Andy est partie une demi-heure plus tôt. Cassidy sait que quelque chose va se passer ce soir. Elle le croit de tout son cœur.

Elle est récompensée quelques minutes plus tard quand elles entendent le petit bruit de la sonnerie du téléphone portable de leur mère. Il y a trente secondes de silence et Cassidy se demande si elle est cinglée comme le dit sa sœur.

Jusqu’à ce qu’elle entende sa mère rire et rire encore.

Caroline en a le soufflé coupé. Elle porte une de ses mains à son cœur.

Cassidy roule des yeux. « Ce n’est pas comme si elle ne riait jamais. Allez ! »

« Es-tu sûre qu’elle parle à Andy ? »

« Non, » admet Cassidy, « mais je pense que c’est elle. Je l’ai pensé dès qu’elle nous a dit qu’elle l’avait invitée à dîner à la maison. » Pendant des semaines, Cassidy a attendu le moindre indice sur l’identité du correspondant nocturne de sa maman et l’invitation à dîner était la réponse.

« Que fait-on ? » demande Caroline dans un murmure.

« Je ne sais pas, » répond Cassidy. « On va voir ce qui se passe, j’imagine. »

Elles restent assises encore quelques minutes à écouter le rythme agréable de la voix de leur mère.

« Est-ce que je peux rester avec toi cette nuit ? » demande enfin Caroline.

« Ouais, » dit Cassidy. Ça la fait se sentir bien.

Elle et Caroline se préparent pour aller se coucher comme elles font toujours et quand elles sont enfin prêtes à éteindre, elles pensent que leur mère va se taire dans sa chambre. Mais à la surprise de Cassidy, elles continuent de l’entendre à travers le mur, de façon très atténuée. Elles se couchent dans le lit et se blottissent l’une contre l’autre, la tête de Caroline bien calée sous son menton.

Cassidy est contente que Caroline se soit ralliée à son point de vue, surtout depuis qu’Andy est venue dîner deux autres fois. Cela fait maintenant un mois et leur mère semble la même, mais différente. Elle les regarde dans les yeux quand elles parlent, les écoutant avec attention plutôt que de travailler en même temps. Elle peut très bien mener plusieurs tâches de front, mais c’est bien d’avoir toute son attention.

Elle n’a pas été à la maison davantage qu’avant et elle n’est pas particulièrement joyeuse (sa mère ne fait pas spécialement dans la joie), mais elle ne fronce plus autant les sourcils. Quand elle revient du travail, elle les accueille avec des sourires et des câlins, dont Cassidy a toujours très envie. Elle essaie de les faire durer et parfois, sa mère répond à cette attente avec un baiser ou une nouvelle étreinte.

Elle se demande pourquoi ça se passe ainsi, mais au fond, ça lui est égal. Elle en profite autant qu’elle le peut.

Ce soir, Andy est restée après dîner au lieu de rentrer directement chez elle. Leur mère les a envoyées à l’étage pour faire leurs devoirs à 20 h 30 et même si Cassidy a fini les siens avant que sa maman ne rentre, elle obéit. Cassidy est sûre que Andy est toujours en bas avec leur mère dans le bureau ou dans la cuisine. Elle n’est pas sûre dans quelle pièce mais elle meurt d’envie de se glisser en bas et de voir par elle-même.

Caroline ne serait pas d’accord. Elle est trop nerveuse pour faire quoi que ce soit qui énerverait leur mère, mais la curiosité de Cassidy ne lui permettra pas de rester dans sa chambre le restant de la soirée. Peut-être que si elle va juste dans la cuisine pour se servir un verre d’eau ou une coupe de crème glacée, elle va découvrir ce qui se passe.

Rassemblant son courage, Cassidy se plante en haut des marches et écoute d’où viennent les voix. Pour l’instant, elle n’a pas idée où elles sont. Mais ce n’est pas comme si elle n’avait pas le droit de descendre. C’était sa maison aussi. Elle est parfaitement silencieuse quand elle se faufile en bas des marches et dans ses chaussettes, elle glisse sur le parquet. Et là, assises très près l’une de l’autre, se tenant les mains et se murmurant des choses, se trouvent sa mère et Andy. Après avoir regardé tout son saoul, Cassidy fait semblant de les ignorer alors qu’elle passe à côté d’elles et remarque le petit sursaut de surprise de sa mère. « J’vais me chercher une glace, » dit-elle d’un ton jovial, comme si elle n’avait rien vu d’extraordinaire, du style à changer totalement votre vie ce soir. Maintenant qu’il y a une preuve que sa maman et Andy sont plus que des amies, elle peut se préparer à ce qui va arriver ensuite. Non qu’elle sache ce qui va arriver, mais quoi que ce soit, elle ne va pas essayer de l’arrêter.

Elle prend le pot de crème glacée et essaie de ralentir le battement de son cœur. Des bruits de pas délicats approchent de derrière et elle s’attend à entendre sa mère lui dire d’aller dans sa chambre ou d’arrêter de manger de la glace parce que ça va la faire grossir. Au lieu de ça, du coin de l’œil, elle voit Andy s’appuyer contre le comptoir en marbre, puis se hisser dessus et s’asseoir.

« Eh ! » dit Andy.

« Eh ! » Cassidy transpire maintenant. « Tu en veux ? »

« Et comment ! »

Le sourcil de Cassidy s’envole. Andy n’est pas maigre, pas comme les mannequins qui sont dans le magazine de sa mère. Mais elle est jolie et elle a une silhouette que Cassidy souhaiterait secrètement avoir plus tard. Elle se demande si cela dérange sa mère qu’Andy mange de la glace. Sans trop s’en soucier, elle sert une coupe à Andy avec trois boules parfaites. Elle lui tend la coupe, puis s’en prépare une pour elle sans décider que faire ensuite.

Andy ne bouge pas de son perchoir sur le comptoir. A cause de ça, Cassidy grimpe sur l’autre comptoir et s’assoit en face d’elle. Andy sourit et Cassidy est satisfaite parce qu’elle sent qu’elle a fait ce qu’il fallait. Elle mange de la glace, la goûtant à peine. Elle et Andy sont le reflet l’une de l’autre pendant quelques minutes, leurs cuillères se levant et retombant jusqu’à ce que leurs bols soient presque vides. A ce moment, Andy sourit largement. « Drôlement bon, hein ? » dit-elle tout en dévorant sa dernière bouchée.

« Mm-hmmm, » répond Cassidy.

Elles restent assises encore une minute jusqu’à ce qu’Andy craque. « J’aime bien ta maman, » dit-elle très vite.

Cassidy fait un petit signe de tête. « C’est ce que je pensais. » Il y a une pause et Cassidy n’est pas sûre si elle doit dire plus.

« Tu veux me dire quelque chose ? »

Tout en haussant les épaules, Cassidy répond. « Non, pas vraiment. Maman semble heureuse. » Elle gratte le fond de sa coupe pour une dernière cuillerée. « Tu es celle avec qui elle est toujours au téléphone, n’est-ce pas ? »

Andy semble surprise. « Peut-être ? »

Cassidy fait le même signe de tête. « Ouais, c’est toi. Le soir et parfois le matin avant qu’elle aille travailler. »

« Euh ! J’imagine. » Andy balance ses jambes et cogne ses talons contre les meubles blancs et immaculés de la cuisine. Maman ne serait pas contente si elle pouvait voir ça. « Ça t’ennuie ? »

Cassidy roule des yeux. N’a-t-elle pas déjà répondu que c’était OK ? « Non. » Mais en fait, elle a une question à poser. C’est à cause de Stephen qu’elle demande. « Tu aimes les enfants ? »

Le visage d’Andy se transforme d’une façon que Cassidy ne peut expliquer. Elle semble enthousiaste, ce qui est bizarre. « Ouais, j’aime les enfants. »

« Euh… » répond Cassidy. Andy semble honnête et Cassidy aime ça. Cass aime bien aussi la façon dont Andy leur parle à elle et sa sœur au cours de véritables conversations. Ne disant pas seulement « Oh ! » et « Ouais » et « C’est sympa », puis prétendant qu’elles ne sont pas là. « C’est bien. »

« Je vous aime bien, toi et Caroline. Maintenant que je vous connais un peu mieux en tous cas, » dit Andy avec un sourire ironique.

« Que veux-tu dire ? »

« Tu ne te souviens pas, n’est-ce pas ? »

Cass secoue la tête.

« Toi et ta soeur m’avez mise dans un sacré embarras avec votre mère une fois. »

Cassidy réfléchit. Il y avait un certain nombre de possibilités parmi lesquelles choisir, mais l’une d’elle ressortait. « Tu es celle qui nous a eu le Harry Potter, » dit Cassidy. Elle sait exactement ce qu’elle a fait et elle se sent mal à cause de ça, pire encore quand elle réalise que c’était Andy. Andy lui avait toujours semblée familière, mais elle et Caroline ne l’avaient vue que quelques fois quand elle travaillait pour Maman. Et puis, elle était différente maintenant. Plus grande ? Non. Mais pas aussi ronde ou pas l’air aussi jeune.

Cassidy se souvient plutôt bien de cette époque. Y penser la rend très heureuse que les choses aient changé, parce qu’elle se sentait sombre et triste alors. Elle a beaucoup écrit dans son journal et elle est soulagée que personne ne connaisse son existence. C’est comme si ça s’était passé il y a un siècle.

« Je suis désolée, » dit Cassidy et elle le pense. « je n’étais pas très gentille à l’époque. Caroline non plus. »

« C’est bon, » dit Andy. « J’ai fait mes preuves devant ta mère ce jour-là. Et tu as eu ton livre. »

Cassidy sourit. « C’était vraiment un bon livre. »

« Je sais. Je l’ai lu aussi. »

« Vraiment ? »

« Mmm-mmm. »

Cassidy est impressionnée. Sa mère n’a pas lu « Les Reliques de la Mort » ou aucun autre livre de la série. Elle plissa les yeux, soupçonneuse. « Sûr que c’était triste de voir mourir le Professeur McGonagall, n’est-ce pas ? J’aimais bien son personnage. »

« Minerva ? » Andy fronça les sourcils. « Elle ne meurt pas. Tu es sûre ? » demande Andy alors que son front se creuse alors qu’elle réfléchit.

« Ah oui, » fait Cassidy, soulagée qu’Andy n’ait pas menti. « J’ai dû confondre. »

Andy ne répond pas, mais son front se déride. « Oh ! » Elle incline la tête. « Ouais. »

Cassidy décide alors à ce moment précis qu’aussi longtemps qu’Andy sera gentille avec elles, ça lui est égal si elle est une fille ou si elle sort avec sa mère. Si on peut vraiment appeler ça « sortir ». C’est bizarre de penser à sa mère avec quelqu’un. « Enfin, je devrais retourner dans ma chambre. Bonne nuit. » Elle descend du comptoir. « A bientôt ? »

Andy descend à son tour et s’avance. « Bonne nuit, gamine, » dit-elle et elle la serre dans ses bras. « Dors bien ! Ta maman est par-là. » Elle tourne la tête vers le bureau. « Tu pourrais aussi aller lui souhaiter une bonne nuit. »

« OK. » Cassidy est surprise de se retrouver dans les bras d’Andy, mais c’est OK. Agréable même. « Salut. »

Elle quitte la cuisine et trouve sa mère en train de parcourir le Book. « Bonne nuit, M’man, » dit Cassidy et va la prendre dans ses bras. Elle reçoit une étreinte en retour et sa mère la tire presque sur ses genoux.

« Bonne nuit, ma chérie. A demain. » Elle embrasse la joue de Cassidy. Sa maman sent super bon et son visage est très doux. Elle est belle. Plus belle que n’importe qui d’autre que connaît Cassidy.

« OK. »

Cassidy monte l’escalier complètement abasourdie, comme si tout avait changé. Caroline va vouloir savoir ce qui s’est passé, mais Cassidy n’est pas prête à lui dire. Elle veut garder ça un peu pour elle, peut-être pour la nuit, avant de partager. Caroline n’y verra pas d’inconvénient. Elle n’y voit jamais d’inconvénient. Mais elle sera heureuse, aussi heureuse que Cassidy l’est. Parce que Cassidy aime beaucoup Andy maintenant. Vraiment beaucoup.

Cassidy va se coucher après s’être brossé les dents et elle regarde le plafond. Elle pense qu’elle va mettre longtemps avant de s’endormir parce qu’elle veut attendre que sa mère monte dans sa chambre. Au lieu de ça, elle s’endort et se met à rêver presque immédiatement. Dans ce rêve, elle marche dans un champ de grandes fleurs jaunes, les mains tendues pour frôler les pétales du bout des doigts.

Trois semaines plus tard, Cassidy se réveille à 7 heures du matin un samedi avec le bruit de voix. Le bruit de deux voix.

Cela signifie qu’Andy a passé la nuit ici.

Cassidy est un peu étonnée même si elle sait que sa maman aime vraiment bien Andy. Après toutes ces années à observer sa mère avec des types, ce truc avec Andy semble entièrement différent. Maman semble elle-même avec Andy, comme une personne normale. Elle peut parler d’un ton mordant parfois, mais Andy a cette façon de dissiper l’irritation de sa mère avec quelques mots ou un grand éclat de rire. Comme si c’était bête pour sa mère de se mettre dans cet état et qu’elle devrait juste se calmer. Observer sa mère ne pas exploser ou fusiller quelqu’un du regard est fantastique. L’énervement la quitte et elle secoue la tête. Problème résolu.

Cassidy dévale les escaliers pour trouver Caroline en train de faire chauffer des gaufres à la cannelle dans le grille-pain. « Andy a passé la nuit ici ! » s’exclame Cassidy d’un ton étouffé. « Tu crois qu’elle va essayer de partir en douce ou elle va descendre pendre le petit-déjeuner ? »

Regardant les gaufres, Cassidy a une idée qui entraînera peut-être sa mort des mains de sa mère, mais elle veut immédiatement mettre cette idée en œuvre. C’est une compulsion. « Je crois qu’on devrait leur apporter le petit-déjeuner au lit. »

Caroline en a le soufflé coupé. « Non ! »

« Si, » répond Cassidy. « Ça sera notre façon de dire à Maman que tout va bien. C’est une super idée. Allez, fais plus de gaufres ! On va leur en apporter une grosse pile. Je sors le sirop d’érable et le café est déjà fait. » Elle se dirigea vers la cafetière électrique dont la mise en marche était programmée tous les soirs par la gouvernante. Elle versa le café, puis prit un petit pot de lait écrémé et quelques morceaux de sucre parce qu’elle ne savait pas encore comment Andy buvait son café. Caroline tremblait devant le grille-pain, regardant fixement  les gaufres comme si elles allaient causer sa destruction éventuelle.

En dix minutes, elles avaient préparé le plateau, la touche finale étant un vase que Cassidy a emprunté au bureau de sa mère. Il contient une rose rouge qui sent merveilleusement bon. C’est un beau geste, pense-t-elle.

Alors que Caroline et elle montent les escaliers, Cassidy doute de sa décision, mais elle veut quand même le faire. Elle veut que sa mère sache qu’elle l’aime et elle veut qu’Andy le sache aussi. C’est sa manière de le dire. Et Cassidy prendra tout le blâme si les choses ne se passent pas bien. Le résultat ne peut pas être pire que de laisser penser à Andy qu’elle doit partir en douce sans voir personne au matin.

Elles s’approchent et Cassidy imagine qu’elle peut entendre le cœur de Caroline battre à quelques pas d’elle. Cassidy fait un mouvement de tête vers la porte et dit. « Frappe ! »

Caroline lève la main et hésite.

« S »il te plait! C’est lourd ! » supplie Cassidy.

Caroline se décide enfin et tape deux fois sur la porte avec le poing fermé. Elle porte sa main à sa bouche.

Quelques secondes s’écoulent, puis encore quelques secondes. Les bras de Cassidy commencent à trembler quand la porte s’entrouvre de quelques centimètres.

Le visage de leur mère, sans maquillage, les accueille. Ses yeux se font tempétueux avant de voir le plateau.

« Oh ! », dit-elle. « Qu’est-ce que c’est ? »

« Le petit-déjeuner. » Cassidy déglutit. « Pour toi et Andy. »

Leur mère porte une main à sa gorge, tirant un peu sur son peignoir. « Mon Dieu ! Andrea, aimes-tu les gaufres ? » La porte s’ouvre en grand alors que leur mère recule pour les laisser passer.

Cassidy respire enfin et Caroline aussi. Elles entrent dans la chambre et voient Andy allongée sur le lit, en train de lire le journal. Elle lève les yeux vers elles et leur plateau, l’air complètement étonné. « Salut ! »

« Salut ! Tu aimes les gaufres à la cannelle ? »

« Tu veux savoir si j’aime les gaufres à la cannelle ? » Andy s’assoit et plie le journal. « Ta mère devra lutter avec moi pour en avoir. » Cassidy peut voir qu’Andy a fait les mots-croisés et un coin a été complété. Son sweat-shirt Northwestern (NDT : Université de Chicago où Andy a fait ses études) est trop grand, mais il semble chaud et confortable. Leur mère, de son côté, a disparu dans la salle de bain. Elle en émerge peu après portant un pantalon d’intérieur fluide et une chemise de couleur crème en laine polaire. C’est sa tenue habituelle pour le matin, mais Cassidy ne la voit pas les porter souvent. Le plus souvent, elle s’habille dans ses habits normaux immédiatement.

Sa mère et Andy s’asseyent côte à côte alors que Cassidy et Caroline s’agenouillent devant elles et le plateau, observant leurs réactions. Andy prend une première bouchée et ferme les yeux de plaisir. « Je n’ai pas eu de sirop d’érable depuis des siècles. C’est super ! » Elle tartine sa part avec du beurre alors que leur mère ajoute juste une goutte de sirop sur le bord de son assiette. Elle coupe sa gaufre en morceaux et pour le plus grand plaisir de Cassidy, elle sourit alors qu’elle prend une bouchée avec sa fourchette et la mange.

Andy mange toutes ses gaufres et la moitié d’une gaufre de sa mère qui, pendant ce temps, boit tout le café et pèle une banane qu’elles avaient ajoutée sur le côté. Andy en prend un morceau quand leur mère lui offre le fruit et pour elle ne sait trop quelle raison, Cassidy ressent une bouffée de chaleur en elle.

« Je vais à Central Park aujourd’hui, » dit Andy. « Vous venez avec moi, les filles ? »

Leur mère jette un coup d’oeil à Andy et Cassidy ne peut pas dire ce qu’elle pense alors, elle répond vite. « Bien sûr ! »

« Votre maman a du travail alors je pensais ne pas rester dans ses jambes. Je veux essayer de patiner à la patinoire Lasker : je n’y suis jamais allée. Vous avez des patins ? »

Caroline fait oui de la tête. « Mais nous ne sommes pas très bonnes. » Caroline ne ment pas. Aucune des deux n’a assez de patience pour apprendre quelque chose qui ne leur vient pas naturellement. Patiner est difficile, mais Cassidy veut y aller quand même.

Andy éclate de rire. « Je n’ai pas essayé depuis le lycée et j’étais épouvantable. Mais je pense quand même que ce serait amusant. Ça te convient, Miranda ? » demande Andy en la regardant.

« Mmm… » dit leur maman tout en faisant oui de la tête. « Du moment que vous êtes prudentes. »

« Je les protégerai de ma vie, » répond Andy en faisant une espèce de salut militaire.

Maman sourit légèrement. « Je parlais de toi. Je crois me souvenir que pas plus tard que la semaine dernière, tu es tombée du bord d’un trottoir en ne faisant rien de plus compliqué que de parler au téléphone. »

Cassidy écarquille les yeux et elle réalise que leur mère est en train de taquiner Andy.

« Eh bien, nous ne pouvons pas toutes être gracieuses comme une gazelle comme toi, Miranda. Mais un jour, j’aimerais bien te voir sur des patins à glace. »

« Tu attendras longtemps, » dis leur maman en finissant sa banane. « C’était un délicieux petit-déjeuner, mes chéries. Merci. Maintenant, Andrea et moi avons deux ou trois choses à finir ici et puis vous pourrez y aller. Pourquoi n’allez-vous pas vous préparer ? »

Cassidy fait un petit signe de tête et descend du lit avant de prendre le plateau. Caroline la suit hors de la chambre et ferme la porte. En bas, elles chargent le lave-vaisselle et se préparent quatre gaufres pour elles. Elles sont assises à la table et mangent silencieusement. Cassidy se demande ce que pense Caroline et si c’est la même chose qu’elle.

C’est à dire qu’elle aimerait qu’Andy reste dans les parages pendant un certain temps. Que leur mère semble plus gentille que d’habitude. Qu’elle n’a rien contre l’idée de faire des gaufres pour toute la famille et Andy, tout le temps. Qu’après le merdier qu’a mis Stephen dans leur vie, elles auraient besoin d’un peu de chance pour changer

Cassidy essaie de se rendormir après s’être réveillée au milieu d’un mauvais rêve. Il y avait des chiens et des oiseaux qui l’attaquaient, ce qui est étrange puisqu’elle aime beaucoup ces animaux. Alors elle se tourne et se retourne pendant quelques minutes jusqu’elle sursaute presque hors de son lit en entendant un gros fracas.

Le bruit en est choquant et rappelle à Cassidy une seule chose : la fois où sa mère et son père ont eu cette énorme dispute et l’un d’eux avait jeté quelque chose à la tête de l’autre. C’était il y a des années, il y a des lustres presque, mais cela emplit le cœur de Cassidy d’une terreur froide.

Elle ne se soucie même pas de réfléchir à la folie de faire ce qu’elle s’apprête à faire, mais si sa maman jette des choses contre le mur, Cassidy veut se préparer à l’inévitable rupture et à la tristesse d’un nouvel espoir perdu. En un instant, elle se tient devant la porte de la chambre de sa mère et tape trois fois. Elle frappe dur en y mettant tout son cœur.

Il n’y a pas de réponse pendant longtemps, soit peut être à peine trente secondes. Pour Cassidy, ça semble une éternité. Une lumière s’allume sous la porte et sa mère ouvre peu après. « Chérie, t’ai-je réveillée ? »

« M’man, as-tu jeté quelque chose à la tête d’Andy ? Est-ce que vous vous disputez ? »

Sa mère semble ne pas croire ce que Cassidy lui demande. « Où as-tu été chercher une idée pareille ? »

Cassidy ne veut pas élaborer, mais elle dit. « Tu as jeté quelque chose à la tête de Papa une fois. Ça faisait le même bruit. »

Le visage de Maman se défait un peu, les commissures de ses lèvres retombant. « Oh ! » Elle regarde par-dessus son épaule derrière la porte et Cassidy pense qu’elle fait un signe de la main ou quelque chose d’autre à Andy. « Ma chérie, c’était un accident. Andrea voulait prendre un verre d’eau sur la table de nuit et elle a renversé la lampe. »

Cassidy lève un sourcil. « Vraiment ? »

« Vraiment. »

Le froissement des draps se fait entendre et Cassidy reste silencieuse jusqu’à ce qu’Andy déboule à la porte. Elle porte un peignoir et ses cheveux sont tout ébouriffés. « Eh ! Je vais bien. Personne ne m’a rien jeté à la tête ou vice-versa. Tu veux voir ? »

Cassidy pénètre à l’intérieur et jette un coup d’oeil à travers la chambre. Le lit est fait alors qu’Andy et sa mère doivent juste l’avoir quitté. Mais au lieu de demander pourquoi, elle regarde la table de chevet et la lampe est par terre à côté d’elle. Elle décide que sa mère dit la vérité parce qu’Andy ne semble pas avoir pleuré et ne porte pas d’œil au beurre noir.

« OK, désolée. Il y a juste que… » Cassidy ne finit pas. Elle ne veut pas dire qu’elle a été effrayée. Ou en colère. Elle l’aurait été si sa mère avait tout foutu en l’air avec Andy.

« C’est bon, » dit sa maman et elle lui fait un câlin. « Je suis désolée qu’on t’ait réveillée. »

Les mots sont hors de sa bouche avant qu’elle puisse les retenir. « J’étais déjà réveillée. »

Sa mère caresse doucement ses cheveux. « Pourquoi ma chérie ? »

Elle hésite, mais dit la vérité. « J’ai fait un cauchemar. »

« Et puis tu as entendu la lampe, » ajoute sa mère en faisant un mouvement de la tête. « Bien. »

« C’est bon. Je suis sûre que je peux me rendormir. » Elle étreint sa mère à nouveau. « Bonne nuit. Bonne nuit Andy ! »

« Je vais te recoucher, » dit sa mère. « Je suis désolée, » dit-elle à Andy, « je n’en ai que pour quelques minutes. »

« Prends ton temps. Je vais attendre. Bonne nuit, Cass. » Andy lui envoie un baiser.

Cassidy retourne dans sa chambre. Elle se glisse sous les couvertures et à sa grande surprise, sa maman s’allonge à côté d’elle. Elle lui coiffe quelques mèches de cheveux derrière son oreille. « Rendors-toi, ma chérie. Tout va bien. »

C’est tout chaud d’être allongée à côté de sa maman et Cassidy rapproche encore sa tête. « Merci, Maman. Je t’aime, » dit-elle parce qu’elle n’a pas souvent l’occasion de le dire.

« Je t’aime, mon bébé, » chuchote sa maman et elle embrasse son front.

Cassidy reste éveillée quelques minutes à écouter le battement du coeur de sa mère et s’endort sans même s’en rendre compte.

C’est dimanche soir et Cassidy est dans sa chambre, traînant sur son devoir d’histoire. Comment est-elle supposée se concentrer en sachant que sa mère sera épouvantable après un voyage de retour de deux jours ? Le temps a été horrible à Milan et leur maman avait prévu de rentrer à la maison la veille. La nuit dernière, elle était montée dans l’avion, avait attendu en bout de piste pendant une heure, puis avait dû retourner à l’hôtel jusqu’au matin. Maman semblait alors de mauvaise humeur au téléphone, mais c’était pire aujourd’hui quand elle a appelé de l’aéroport parce qu’il neigeait à nouveau. « La prochaine fois, Miuccia (NDT : Miuccia Prada, à la tête du groupe Prada) vient à New York, » a-t-elle grommelé. « C’est une plaisanterie. As-tu fini ton exposé en histoire ? »

Cassidy a menti en répondant, « Presque. » Maintenant, elle a deux motifs d’inquiétude : leur mère va rentrer à la maison fatiguée et en colère et elle va devenir folle quand elle va voir que l’exposé de Cassidy est loin d’être fini.

Mais Andy est là et cela calme un peu l’angoisse de Cassidy. Pour elle ne sait quelle raison, Andy s’est mise à les soutenir, elle et sa sœur et ce qu’il y a de formidable est que leur maman semble l’accepter. Stephen faisait peu de choses en matière de discipline, surtout parce que ça lui était égal. Quand il disait quelque chose, ça se limitait à ce qu’il dise « non » beaucoup. Il ne voulait pas être leur père ou même leur ami. Il voulait être le mari de leur mère ou plutôt, qu’elle soit sa femme. Quelle mauviette !

Andy n’est pas comme ça et c’est sympa de traîner avec elle. Leur mère dit que c’est parce qu’Andy avait leur âge il n’y a pas si longtemps, ce qui fait rire Caroline. Mais Andy l’ignore et continue d’insister pour que leur mère soit plus coulante avec elles. Ce qui est encore plus bizarre est que Cassidy se surprend à vouloir faire mieux parce qu’Andy pense qu’elle le peut. La plupart du temps maintenant, elle finit ses devoirs dans les temps ou en avance et elle va même se coucher dès que leur mère le leur dit.

Janie dit que c’est de la psychologie inversée. Cassidy ne sait pas ce que c’est. Mais elle a eu un A en math au dernier semestre et Maman leur a obtenu des laissez-passer pour les coulisses de « Wicked » comme récompense. Maintenant, Cassidy aimerait rencontrer Miranda Cosgrove (NDT : jeune actrice et chanteuse US) et elle doit avoir un A en histoire pour y arriver.

Elle passe vingt minutes à essayer de se concentrer et arrive à faire beaucoup plus qu’elle ne s’y attendait en cette courte période de temps. Jetant un coup d’œil à l’heure, elle recommence à s’inquiéter. Andy a dit, il y a une heure, que l’avion a normalement atterri. Qu’est-ce qui prend tant de temps ?

Cassidy finit les deux premières parties de son exposé à toute allure, prenant des notes sur son bloc et tapant sur son Mac. La présentation Powerpoint prend rapidement forme et elle a presque fini quand elle entend la porte d’entrée claquer. Jetant un coup d’œil sur la pendule, elle découvre que 22 heures viennent juste de sonner. Elle se précipite dans le couloir et rentre dans Caroline qui est aussi excitée qu’elle.

« M’man est rentrée ! » s’exclame Caroline.

A ce moment, Cassidy réalise que leur période de liberté totale à la maison arrive à son terme. Andy est restée avec elles toute la semaine et ç’a été plutôt bien. Andy a fait le dîner les soirs où Sara n’était pas là et elle a même préparé un petit-déjeuner samedi matin. Elle a dit que sa famille faisait ça tous les week-ends dans l’Ohio et elle pensait qu’elle pourrait commencer la même tradition ici. Cassidy a mangé chaque bouchée qu’Andy a posée dans son assiette et elle ne sait pas comment elle va attendre le prochain week-end.

Mais là maintenant, Cassidy a hâte de voir sa maman. Elles déboulent dans l’escalier et Cassidy se cogne dans Caroline quand elle s’arrête sur le palier. Elle regarde par-dessus son épaule et voit sa mère appuyée contre la porte d’entrée dans sa grande cape noire avec Andy dans ses bras. Elle sourit avec ce qui semble être du soulagement et elle cache son visage dans le cou d’Andy. Elles murmurent doucement, trop doucement pour que Cassidy comprenne les mots. C’est comme quand elles se parlent le soir dans la chambre, mais cette fois, de voir le visage de sa mère, elle sait que quoi qu’elles se disent, elles parlent d’amour.

Elle comprend pourquoi Caroline s’est arrêtée sur le palier. C’est un peu étrange d’observer sa mère tenir quelqu’un comme ça, comme si elle ne supportait pas de lâcher. Mais c’est agréable. Nouveau. Beau.

Sa mère lève les yeux et son regard s’agrandit de surprise et de plaisir. Alors que Cassidy fait bonjour de la main, Andy se retourne et regarde par-dessus son épaule. « Descendez donc, petites curieuses, » dit Andy avec un sourire.

Cassidy est collée aux talons de Caroline et en un éclair, elles sont dans les bras de leur mère. Le manteau qu’elle porte est froid, mais leur maman est au chaud en dessous et elles l’étreignent très serré. Cassidy sent la main d’Andy dans ses cheveux et elle sent un petit frisson de bonheur la parcourir.

« Mes filles, » dit leur mère. « Vous m’avez manqué. »

« Tu nous as manqué aussi, » dit Cassidy et elle entend la voix de Caroline en écho à la sienne.

Elles se tiennent dans l’entrée encore une minute jusqu’à ce qu’Andy demande. « Où sont tes bagages ? »

Maman soupire. « J’ai demandé qu’un assistant de la production me les apporte. Je ne pouvais pas supporter d’attendre un moment de plus à l’aéroport. Il devrait être là dans l’heure qui vient. »

« Tu dois être épuisée, » dit Andy.

« J’ai connu mieux. Je suis contente que ce soit fini. Je voulais rentrer à la maison. Bien que je sois sûre que vous deux, » leur maman pince gentiment leurs joues, « avez eu une merveilleuse semaine. »

Caroline hausse les épaules. « On s’est bien amusées avec Andy. Mais je préfère quand vous êtes là toutes les deux. »

Leur maman cligne des yeux. Ils sont rouges et deviennent un peu vitreux. « Eh bien, » répond-elle. « Je suis d’accord. »

Andy conduit leur maman dans la cuisine et la fait s’asseoir au comptoir. « Là, » dit-elle et elle prépare sa version de repas pour remonter le moral : une épaisse tranche de steak très cuite saupoudrée de persil, un peu de salade et un immense verre de vin rouge. Maman regarde le repas et soupire, commençant à couper lentement. Elle soupire à nouveau en mâchant et Andy fait un clin d’œil à Cassidy de l’autre côté du comptoir.

Toutes trois se sont installées sur des chaises et sont assises avec leur mère alors qu’elle raconte sans s’arrêter combien le personnel de l’aéroport est incompétent et n’était-il pas ridicule de les avoir fait monter dans l’avion la nuit précédente quand il était évident que la météo ne s’améliorait pas ?

Quand leur maman était partie, Andy avait expliqué qu’elle pensait que leur mère parlait comme ça pour décompresser. Au travail, il y a des conséquences, mais à la maison, c’est mieux de juste la laisser parler et de ne pas s’inquiéter de ce qu’elle dit. A la maison, les plaintes de Maman sont juste des mots mis bout à bout et une fois qu’elle les a prononcés, ils s’évaporent dans l’air.

Cassidy sourit tout en écoutant sa mère qui continue de parler. Le son de sa voix est apaisant, même quand elle se plaint des températures frigorifiques et des réunions sans fin. Mais quand elle finit enfin son steak, leur maman est plus calme. Maintenant que Cassidy fait attention à ce comportement, elle réalise qu’Andy a peut-être raison. Leur mère est calme alors qu’elle sirote son vin, écoutant attentivement Caroline raconter sa semaine. Elle ne l’interrompt pas une seule fois jusqu’à ce que Caroline finisse, puis elle se tourne vers Cassidy et demande. « Comment vas-tu, chérie ? »

Cassidy regarde fixement, puis jette un coup d’oeil à Andy qui sourit sereinement  alors qu’elle s’appuie contre l’épaule de leur mère. « Je vais bien. »

Leur maman fait un petit signe de tête. « Bien. Que s’est-il passé pendant que je n’étais pas là ? »

Cassidy se penche en avant et raconte comment elle a gagné une course d’une longueur d’un mile. La victoire était particulièrement agréable car sa principale rivale, Sasha Seaver, était arrivée en 4ème place. Elle raconte combien elle n’aime toujours pas son professeur de science même si elle a eu un A à ses deux dernières interrogations. Enfin, elle demande si elle peut aller à la fête d’anniversaire de Danielle le prochain week-end parce qu’ils iront à la maison du père de Danielle où il y a une salle avec un écran géant et tout un étage où il n’y a que des jeux vidéo.

La bouche d’Andy s’ouvre d’indignation. « C’est scandaleux ! Parlez-moi de consommation ostentatoire ! »

Cassidy ne comprend pas exactement ce que ça veut dire, mais elle déduit du ton employé par Andy que c’est grossier.

« Voyons, voyons ! Le père de Danielle est un producteur de films. Il ne peut pas être raisonnable. » Elle tapote la jambe d’Andy. « Oui, tu peux y aller. As-tu besoin de lui trouver un cadeau ? »

« Non, je m’en suis occupée. Elle aime beaucoup cette série de bouquins alors je lui ai acheté le DVD du film. »

« Quel film ? » demande Andy.

« Anne et je ne sais plus quoi. »

Les yeux d’Andy s’écarquillent à un point que Cassidy n’a jamais vu. « La Maison aux Pignons Verts ? » (NDT : « Anne of Greene Gables » de Lucy Maud Montgomery traduit en français sous le titre de Anne… La Maison aux Pignons Verts » et la série TV qui en a été tirée, a été diffusée sous le titre « Le Bonheur au bout du chemin »)

« Ouais, c’est ça. »

« Vous n’avez pas lu ces livres ? »

Cassidy secoue la tête et regarde Caroline qui hausse les épaules. « Non. »

« Mon Dieu, bande de barbares ! Deux rouquines qui n’ont jamais connu le génie d’Anne Shirley (NDT : nom de l’héroïne). Cet été, vous êtes tout–à-moi. Nous allons lire les trois premiers livres de la série. Le reste est pas mal, mais les trois premiers vont changer votre vie. » Elle se frotte les mains d’enthousiasme.

Cassidy n’est pas convaincue. En dehors d’Harry Potter, elle ne comprend pas pourquoi quelqu’un pourrait être aussi excité à propos d’un livre.

Les bagages de Maman arrivent peu après et Andy monte à l’étage pendant que quelqu’un les apporte à la maison. Personne ne sait qu’Andy reste ici ou qu’elle et Maman sont en couple. Cassidy se demande ce qui va se passer quand les gens vont le découvrir, mais ça lui est franchement égal. Les choses sont vraiment différentes depuis qu’elle a commencé à venir à la maison et il n’y a pas de comparaison possible avec avant. Cassidy ne peut se souvenir d’avoir vu sa maman comme ça avant ou alors peut-être quand Papa vivait encore avec elles. Mais c’était il y a très longtemps et Cassidy a oublié.

Plus tard, elles s’installent dans le canapé, toutes les quatre agglutinées ensembles, parce que Maman veut regarder CNN quelques minutes. Cassidy sait qu’elle se couchera très tard. Elle sera épuisée au matin et ses professeurs vont se plaindre qu’elle ne fait pas attention. Ça ne l’ennuie pas. Ce soir, elle veut rester près de sa mère et de sa sœur et d’Andy. Pour la première fois depuis longtemps, elle se sent comme un coin d’un carré parfait et les choses sont comme elles devraient être.

Le lendemain matin, Cassidy regarde le plafond de sa chambre et sourit.

Le début des cours est retardé de deux heures car près de 18 centimètres de neige sont tombés pendant la nuit. Dans son for intérieur, Cassidy sait que ce report va se transformer comme par magie en annulation des cours pour la journée. Sa maman reste à la maison et Andy travaille pour quelques heures dans le bureau du haut qui est maintenant son bureau. De l’autre côté du couloir, Caroline parle avec des camarades d’école sur Skype, mais Cassidy a fermé la porte quand elle s’est mise à être trop bruyante. Elle veut que rien ne puisse l’empêcher d’entendre le bruit merveilleux qui traverse le mur.

Sa mère est en train de chanter et c’est beau.

Fin

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© Styx63 pour la traduction – 2009

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2 commentaires »

  1. c’est une très belle histoire, j’aime comment tu écris la fiction…
    bonne continuation

    Commentaire par jess — 19 juillet 2011 @ 00:27 | Réponse

    • Merci et je transmettrai ton compliment à l’auteure (Harriet) : moi, je n’ai fait que traduire (ce qui, bien sûr, représente sa propre série de difficultés) 😀

      Commentaire par Styx — 19 juillet 2011 @ 00:35 | Réponse


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