Au bord du Styx

Ma Peur

Avertissements :

FF dans l’univers de “Le Diable s’habille en Prada” (le film), film produit par Fox 2000 Pictures, réalisé par David Frankel d’après un livre éponyme de Lauren Weisberger. Tous les noms, personnages et situations repris du film leur appartiennent. Aucun avantage financier n’en est tiré.

Genre : romantique

Violence : non

Subtext : non, maintext…

Situation chronologique : après la fin du film

Spoilers : références à des évènements se déroulant dans le film. Ce serait mieux de l’avoir vu, mais je pense que ça reste compréhensible sans.

Orthographe : S’il y a des fautes, j’en suis responsable : Fanfan, mon super-relectrice surbookée fait toujours un super travail.

~*~

Ma Peur

Je n’ai jamais eu qu’une seule véritable peur dans ma vie. Une peur née fort tardivement, mais qui prit immédiatement la première place.

J’ai bien sûr eu les mêmes craintes que tout le monde, ne pas pouvoir préserver mes enfants des dangers de la vie, ne pas pouvoir réaliser mes rêves, me faire un jour un ennemi si puissant qu’il aurait enfin les moyens de me détruire. Mais tout cela finalement n’était rien face à ma vraie grande peur : qu’un jour Andréa m’abandonne.

Elle l’avait fait une fois déjà  même si elle me rappelle régulièrement qu’à l’époque, nous n’étions pas ensemble et qu’elle n’était que ma seconde assistante. Mais compte tenu de la nature de notre relation professionnelle, elle aurait dû être pétrifiée en imaginant les conséquences probables de cet abandon de poste pendant la semaine la plus importante de l’année. Et parce que cette fois-là, elle m’avait tourné le dos, je savais qu’elle pourrait le faire à nouveau.

Elle aime à me rappeler également que si elle n’était pas partie, il n’aurait jamais rien pu se passer entre nous. Elle a probablement raison. Je ne reviendrai pas sur les circonstances de notre réunion, la presse l’a suffisamment couverte à l’époque.

Mon premier réflexe fut pourtant de me préserver. Je connaissais la puissance de mon personnage public, c’était mon premier outil de travail après tout, mais je savais également le prix que je ne pouvais m’empêcher de payer dans ma vie privée. Trois mariages qui avaient échoué et deux filles adolescentes qui se demandaient si elles m’aimaient encore ou si j’avais définitivement gâché leur vie en étaient la preuve.

Mais j’avais trop besoin d’elle et je plongeai la tête la première dans cette relation sans savoir si je n’allais pas m’assommer au fond par manque de profondeur.

Dès ce premier matin où je me réveillai dans ses bras, je me suis demandée si ce serait le jour où je la verrais tourner les talons…

Après une première nuit où elle se rendrait compte que si, habillée, je ne faisais pas mes cinquante deux ans, ils étaient pourtant bien là…

Après chacune de nos disputes où j’avais l’impression qu’elle n’avait qu’une envie, partir en claquant la porte…

Pendant cette grande enquête qu’elle réalisa pendant plus de six mois et qui la mena aux quatre coins du pays avec un collègue fort séduisant qui n’avait d’yeux que pour elle…

Quand elle accepta un poste de grand reporter et se mit à couvrir les points les plus chauds du globe…

Quand je renonçai enfin à ma position de rédactrice en chef de Runway, n’allais-je pas perdre une partie de mon attrait, de mon aura et n’allait-elle pas voir enfin que je n’étais qu’une vieille femme durcie par la vie…

Vous vous demandez comment  j’ai réussi à vivre ces vingt-cinq dernières années avec cette peur au ventre ? Je me suis considérée en sursis permanant et j’ai vécu chaque jour, chaque moment comme si c’était le dernier. Et j’ai fait comme je faisais déjà à Runway, j’ai compartimenté. Ma peur dans un coin tout petit que je ne ressortais que lorsqu’elle n’était pas là.

Mais avec la perspicacité qui avait fait d’elle une exceptionnelle assistante, elle savait que cette angoisse n’était jamais loin.

Au début, elle essaya de m’en détourner, cherchant tous les motifs pour me rassurer. Puis elle se mit en colère, prenant cette angoisse pour un manque de confiance de ma part dans la sincérité de ses sentiments.

Enfin, elle réalisa que c’était une partie de mon amour pour elle et que seule une intense psychanalyse aurait peut-être pu me rassurer… si j’avais accepté de voir quelqu’un.

Alors, elle se mit à multiplier les petits gestes d’affection qui prouvaient que j’étais toujours dans ses pensées. D’un simple bouquet de fleurs sans raison à un complot permanent avec mes assistantes pour la tenir informée de l’évolution de mes journées et ménager, le cas échéant, quelques minutes dans mon emploi du temps surchargé pour qu’Andrea passe me voir. Elle déclarait alors que parler au téléphone n’aurait pas suffi et qu’elle avait besoin de me prendre dans ses bras. Elle savait bien qu’en fait, c’était moi qui avais besoin de me blottir contre elle et que ces quelques minutes volées au reste du monde permettaient à une journée épouvantable de redevenir gérable.

Ma peur a connu des longues périodes de calme, soudain ravivée par un changement dans nos vies. Le dernier grand changement a pourtant définitivement éradiqué ma peur.

J’ai eu une attaque. Trop de tension, de stress, de café, pas assez de sommeil. Même après avoir quitté Runway, raisonnable n’a jamais été l’un de mes qualificatifs. L’épisode m’a laissée légèrement diminuée. Rien que des soins appropriés ne pourront corriger. Mais la vieillesse et la maladie… il y a encore peu de temps, ma peur aurait redressé sa tête.

Cependant, quand je me suis réveillée à l’hôpital, Andrea à côté de mon lit, j’ai vu dans ses yeux la même chose qui s’y trouvait depuis le début. Ni inquiétude ni compassion, encore moins de la pitié ou pire, du dégoût. Non, rien de tout ça. Il n’y avait dans ses yeux que de l’amour, un amour solide.

Alors après toutes ces années, j’ai enfin compris que ma peur n’avait aucune raison d’être.

~ fin

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© Styx63 – Février 2010

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4 commentaires »

  1. Une FF courte, mais excellente. Et une agréable surprise ! Merci.

    Commentaire par Gaxé — 21 février 2010 @ 09:38 | Réponse

    • Court, mais bon…. c’est possible 😉

      Commentaire par Styx — 21 février 2010 @ 11:55 | Réponse

  2. Merci 🙂

    Commentaire par Fausta — 21 février 2010 @ 12:24 | Réponse


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