Au bord du Styx

Light Up

Light Up

par Harriet


Fandom : Le Diable s’habille en Prada

Couple : Miranda / Andy

L’histoire en anglaisici

Avertissement : Le Diable s’habille en Prada et ses personnages appartiennent à Lauren Weisberger (auteure du livre) et 20th Century Fox (Producteur du film). Aucun profit n’est tiré de cette fanfic.

Genre : Alt + selon la classification Guerrière & Amazone

Note (de l’auteure) : Alerte Mélo ! Je n’ai pas pu résister. Merci comme toujours à mon bêta Xander, qui a aidé à garder  cette histoire sur les rails. Xan, tu es une star !

Enfin, une bonne partie de cette fic a été accompagnée par la chanson « Run » de Snow Patrol, si quelqu’un est intéressé.

Mail de l’auteure (qui a étudié le français à une époque) : harrietvane47 at yahoo.com

Note (de la traductrice) : Merci à Fanfan (toujours là, même quand elle est surbookée !)

Sur le titre : Le titre restera en l’état un peu comme “Blow-Up” d’Antonioni.

Light up peut vouloir dire allumer ou illuminer : “allumer la lumière dans une pièce” ou “les feux d’artifice illuminent le ciel”. C’est la même expression dans “le visage de l’enfant s’éclaira quand il vit les paquets sous le sapin”. Le terme est également employé pour “allumer une cigarette”.

Vous comprenez pourquoi il vaut mieux garder “Light Up” ?

1ère Partie

« Bonjour marmotte, » dit une voix très près de l’oreille de Miranda.

Miranda grogna. « N’aie pas l’air si vive ! C’est agaçant. »

« Tu dois être au Café Luxembourg à 8 heures 30 pour voir Diane. »

Bien que les rideaux soient encore en place, il y avait assez de lumière dans la chambre pour reconnaître Andrea accroupie à côté d’elle. « Quelle heure est-il ? »

« Presque 7 heures. »

« Très bien. N’as-tu pas ce… truc… je ne sais où… »

« C’est une interview et oui, je dois être à Washington Heights à 8 heures. » Andrea se pencha en avant et caressa la joue de Miranda avec son nez. « Tu veux qu’on batifole un peu avant que je parte ? »

Miranda ferma ses yeux. Elle voulait dire oui parce que batifoler avec Andrea était l’un de ses passe-temps favoris. Cela étant dit, elle était grognonne. Et fatiguée. « Non. Nous n’avons pas le temps. Et tu sais que j’aime mon café en premier. »

Andrea gloussa, un son profond et séduisant. « Tu sais, mon cœur, l’une des choses que j’aime le mieux chez toi est ta prédictibilité. » Andrea glissa hors du lit, disparut de son champ de vision, puis réapparut avec quelque chose dans la main. Quelque chose en forme de tasse de café. « Juste comme tu l’aimes. »

L’odeur parvint jusqu’à son nez et Miranda se demanda comment elle avait pu ne pas la remarquer avant. Juste la promesse d’un café la faisait se sentir mieux. Elle tendit la main et prit sa première petite gorgée. Chaud, si chaud que cela faisait presque mal, cela brûla depuis sa gorge jusque dans son ventre. Divin. Elle grogna. Elle prit une autre petite gorgée. Cela brûla encore et sa tête se réchauffa tandis qu’un frisson parcourait son corps. Même ses mamelons se dressèrent. Après une autre gorgée, elle ajouta. « Nous n’avons toujours pas beaucoup de temps. »

« Nous n’en avons pas besoin. »

« Oh ? » Et Miranda entendit alors un bourdonnement, qui lui était de plus en plus familier alors que les semaines passaient. Elle mordilla sa lèvre, intriguée. « Oh ! »

« Je ferai tout le travail. Tu n’as juste qu’à t’allonger et à penser à l’Angleterre. »

Miranda éclata de rire. Elle avala à grandes goulées son café avant de poser la tasse sur la table de chevet. Cet adorable visage, en partie dans l’ombre, était près du sien. « Je sens le café. »

Les lèvres fraîches d’Andrea se collèrent contre les siennes et le contraste était merveilleux. « Tu sais que je n’ai jamais trop de café, » murmura Andrea contre la bouche de Miranda.

Miranda passa un bras autour du cou d’Andrea et l’attira à elle.

« Alors les échantillons sont arrivés tard, mais je les ai regardés la nuit dernière et je pense que nous sommes parés. Tu avais dit que tu en voulais dix pour pouvoir choisir parmi eux ? »

Miranda cligna des yeux. « Mmm..? »

Nigel la regarda. « Les modèles d’Azrouël. Tu en voulais dix ? »

« Oh ! » Miranda agita une main. « Bien. »

« Okaay. Est-ce que maintenant te conviendrait ? »

« Oui, oui, » dit-elle, s’appuyant contre le dossier de son fauteuil et croisant les jambes. Nigel disparut et Miranda frotta son mollet contre son genou, savourant les derniers vestiges de son souvenir. Elle se sentait réchauffée et satisfaite et contente d’elle. Son réveil avait été spectaculaire. Elle se demanda comment avait été celui de Nigel. Pas aussi bon. Personne n’aurait pu avoir un réveil aussi bon que le sien.

Même après des mois… comment dirait sa mère ?… à se faire des mamours, pensa-t-elle. Six mois à se faire des mamours etc… et les choses allaient exceptionnellement bien. Le sexe était fantastique et fréquent. Soit l’arrivée d’Andrea dans sa chambre à coucher avait retardé la ménopause ou bien Miranda n’avait que peu de symptômes malgré les avertissements gaiement austères de son médecin. En dehors du sexe, Miranda était amoureuse. Profondément. Cela ressemblait à un premier amour, lumineux et plein d’espoirs et brillant. Elle avait choisi de ne pas se soucier des conséquences pour une fois dans sa vie, décidant que lorsque les répercussions se présenteraient, elle les gérerait simplement comme elle gérait toutes les crises. Elle passait donc du temps dans l’appartement minuscule et miteux d’Andrea certains week-ends. Mais elles restaient bien plus souvent dans la maison de Miranda. C’était bien sûr à cause des filles qui n’étaient plus aussi méfiantes de la présence d’Andrea dans leur vie. Elles s’étaient mises à l’apprécier énormément malgré leur réticence initiale à accueillir un nouvel adulte dans leur vie. Particulièrement après le brusque départ de Stephen.

Mais Andrea facilitait la vie de Miranda, même encore maintenant. Elle avait été une assistante spectaculaire une fois qu’elle avait appris les tenants et les aboutissants du poste et comme amante, elle était encore meilleure. C’était quelque peu choquant pour Miranda qui ne s’attendait pas à être aussi entichée de quelqu’un à ce stade de sa vie. Etant la plus âgée du couple, elle avait pensé qu’elle ressentirait de l’affection ou même une douce condescendance alors qu’elle guiderait une Andrea jeune et inexpérimentée à travers leur liaison.

Avait-elle été bête !

Andrea s’avéra être particulièrement expérimentée, ben tiens ! Et bien plus mûre que Miranda en ce qui concerne l’aspect pratique d’une relation. Il était essentiel de faire des compromis selon elle, bien que Miranda ait lutté pied à pied contre cette idée. Elle s’était cependant rendue à la raison, même si parfois c’était désagréable.

Elle aimait sincèrement Andrea et elle avait des projets pour son avenir. Alors qu’importe si elle avait tout d’une manipulatrice un peu vieux jeu ? Elle avait droit à sa part de plaisir. Et cela ajouterait à son charme. Enfin, c’est ce qu’elle se disait.

Serrant ses mains l’une contre l’autre, elle se détendit dans son fauteuil et regarda Nigel revenir avec un portant contenant les modèles de vêtements. Elle aurait pu dire immédiatement quelles pièces elle voulait utiliser, mais elle allait permettre à Nigel de la guider à travers ses propres réflexions et faire en sorte qu’il croit qu’il avait eu le dernier mot. C’était son habitude ces temps-ci parce que Nigel avait besoin d’un surplus de confiance. Elle avait décidé qu’il quitterait bientôt Runway. Miranda était tombée sur quelque chose d’intéressant qui pourrait lui convenir, mais elle voulait le façonner avant. De plus, un jour, il prendrait les rênes de Runway et il avait besoin de voir comment ça se passait ailleurs avant que le conseil d’administration ne l’accepte.

Quelque part au plus profond d’elle-même, Miranda pensait que l’influence d’Andrea l’adoucissait. Mais elle ne pouvait trouver aucun motif de regret.

Alors qu’elle bougeait dans son siège, l’un de ses muscles fessiers se plaignit. Pensant à la façon dont elle avait été réveillée ce matin-là, elle ne pouvait pas non plus trouver le moindre motif de regret.

« Emily ! » dit Miranda pour la deuxième fois. Cela devenait ridicule. Elle sortit de son bureau. Où est-elle ? » demanda-t-elle.

« Aux toilettes ? » répondit Monique. Miranda pensa que les mains de la fille tremblaient de terreur.

« Encore ? Souffre-t-elle de quelque maladie ? »

« Je ne suis pas sûre, Madame… Miranda. »

« Eh bien, dites-lui que j’ai besoin d’elle. Maintenant. Sinon plus tôt. »

« Oui Miranda. »

Miranda retourna à son bureau. Elle regarda la pendule. Quand cinq minutes se furent écoulées et qu’Emilie n’était toujours pas là, elle jeta son stylo de frustration. Entre l’absence de sa première assistante et le fait que Nigel soit en retard pour leur réunion de 11 heures, elle était prête à exploser. « Emily ! » cria-t-elle. Monique se précipita, bloc en main.

« Vous n’êtes pas Emily? Où est Emily ? »

« Si vous me laissez deux minutes, je vais la chercher. »

Pas aux toilettes alors. « Allez ! Et je viens avec vous. »

« Oh ! » Monique déglutit. « Ce n’est pas la peine. Cela va me prendre que quelques secondes. »

Miranda inspira et ses narines frémirent.

Monique fléchit. « Euh… je veux dire, OK. » La fille fit demi-tour et parcourut le couloir au claquement de ses talons. Miranda la suivit.

Elles dépassèrent un coin, puis un autre jusqu’à la salle de conférence principale de Runway. Monique ouvrit la porte et Miranda réalisa qu’un quart de son personnel était là, regardant ce qui semblait être un journal télévisé sur le grand écran. « Bonjour, anciens employés ! » gronda Miranda et toutes les têtes se tournèrent dans sa direction. Ils ne semblaient même pas paniqués. « Qu’y a-t-il de si important ? »

Nigel se détendit dans l’une des chaises. « Il y a une prise d’otages. Un type avec une arme s’est barricadé avec quatre personnes dans une maison. Nous… regardons. » Il jeta un coup d’oeil à sa montre.  « Oh ! Bon Dieu ! Je suis désolé. C’est juste que… tu sais… ça se passe en direct. J’arrive. »

Regardant le groupe, elle se demanda si elle avait perdu la main. Un an plus tôt, ceci ne serait jamais arrivé. Le reste de ses employés se leva et ils s’éclipsèrent un par un. « Scandaleux ! » maugréa-t-elle alors qu’ils passaient devant Miranda.

La voix du journaliste était forte maintenant dans la salle devenue silencieuse. « A nouveau, une dépêche est tombée ce matin à 9 h 20 faisant état d’une prise d’otages en cours à Washington Heights, où un homme armé a pénétré dans une maison et retient au moins quatre personnes contre leur gré.

Le journaliste continuait de parler, mais le cerveau de Miranda s’était figé. Les mots Washington Heights sonnaient dans ses oreilles. Mais c’était ridicule. Washington Heights était une énorme banlieue avec des milliers de résidents. La probabilité que ceci soit lié à Andrea était des plus minces. Miranda en aurait entendu parler. Elle aurait eu un appel. Andrea était une femme intelligente. Elle ne se retrouverait pas dans une situation à laquelle elle ne pouvait faire face.

Et de toutes façons, quels étaient les risques ?

Miranda cligna des yeux, le regard collé à l’écran de télévision.

Ce matin-là, Andrea avait dit que la femme avec qui elle devait parler avait été victime de violences conjugales. Si Miranda se souvenait correctement, elle avait déposé une demande pour qu’il soit enjoint à son abusif ex-compagnon de ne pas s’approcher d’elle alors qu’il sortait de prison. Et l’article d’Andrea avait, en fait, pour objet de montrer l’inutilité de ces injonctions. Pendant le dîner, seulement deux soirs plus tôt, elle avait clairement indiqué que les 24 heures suivant la demande d’injonction étaient les plus dangereuses.

« Miranda ? » demanda Nigel.

Le journaliste continuait. « Nous croyons que la police a identifié les otages, mais ils n’ont pas encore rendu publics leurs noms en raison de l’enquête en cours. Il a également été rapporté que des coups de feu avaient été tirés, mais nous n’avons pas de nouvelles informations sur le statut des otages. Walter, je crois savoir que vous avez du nouveau sur la violence des gangs dans le quartier. »

Miranda regarda Nigel. « Donne-moi ton téléphone ! »

Il ne bougea pas pendant un moment, puis fouilla sa veste et tendit l’appareil. Elle composa de mémoire le numéro d’Andrea. Elle s’attendait à ce qu’Andrea décroche après deux sonneries comme elle faisait toujours quand Miranda appelait. Elle s’attendait à ce qu’Andrea s’excuse, mais qu’elle était déjà de retour au bureau où elle couvrait la prise d’otages à Washington Heights et pouvait-elle rappeler plus tard ?

Cependant, le téléphone ne sonna pas. L’appel alla directement vers la boîte vocale. Miranda écouta le message joyeux. « Salut, vous êtes en communication avec Andy Sachs du New York Mirror. Je ne suis pas disponible pour l’instant. Aussi, merci de laisser un message avec votre nom et votre numéro et je serai heureuse de vous rappeler dès que possible. Merci et passez une bonne journée ! »

Miranda raccrocha et recomposa le numéro. Une deuxième fois, elle obtint la boîte vocale.

Elle appela six fois d’affilée avec le même résultat. Finalement, elle laissa un message. « Rappelle-moi ! Immédiatement ! » Elle adoucit sa voix, réalisant qu’elle semblait terrifiée. « S’il te plaît ! Appelle-moi dès que possible ! » Elle raccrocha.

Jetant un coup d’oeil à la télévision, elle vit qu’ils répétaient en boucle la même information, de la façon dont ils procédaient quand ils voulaient conserver leur audience en n’ayant rien de neuf à rapporter. Elle appela le poste d’Emily.

« Nigel, essaies-tu de me… »

« Emily, » aboya Miranda. « J’ai besoin de deux numéros de téléphone. Un : celui de l’inspecteur Marcus Samuelson du commissariat du 22ème secteur. Il est dans ma base de données. Deux : le numéro du rédacteur en chef du New York Mirror. Je crois que son nom est Aaron Edmunds. Apportez-les dans la salle de conférence ainsi que mon Blackberry ! J’ai besoin de ça immédiatement. Immédiatement ! C’est clair ? »

« Oui Miranda. » Emily raccrocha.

Miranda ne bougea pas, regardant le bandeau lumineux qui s’affichait lentement en bas de l’écran de télévision. C’était toujours la même information.

Andrea allait bien. Miranda en était sûre. Elle s’inquiétait pour rien.

Elle recomposa le numéro d’Andrea, sans succès.

Nigel fit un pas vers Miranda. « Le New York Mirror ? »

Miranda ne répondit pas.

« Je connais quelqu’un qui y travaille. » Miranda croisa son regard, confus et incertain. « Tu connais aussi quelqu’un qui y travaille. »

Emily apparut et jeta presque le Blackberry à Miranda. Elle lui tendit un post-it avec les deux numéros. Miranda l’ignora et Emily retourna d’où elle venait. D’abord Aaron Edmunds. La ligne était occupée. Elle réessaya. Occupé. Elle jura. « Est-ce que personne ne travaille le mercredi ? » Elle rit, faisant comme s’il ne s’y mêlait pas une note d’hystérie. Ensuite, elle essaya le numéro de l’inspecteur Samuleson.

« Samuelson, » répondit une voix bourrue.

« Inspecteur, Miranda Priestly à l’appareil. Il est impératif que nous parlions. »

« Eh, content de vous entendre, Miranda. Mais vous tombez mal… Je suis en plein dans… »

« Inspecteur, j’ai besoin de savoir le nom des otages retenus actuellement à Washington Heights. »

Il y eut une longue période de silence. « Je ne vois pas pourquoi vous pensez que je pourrais avoir cette information. Ce n’est pas mon secteur. »

« Cela m’est égal, Inspecteur. Tous les yeux dans la ville sont tournés sur cette histoire et je suis certaine que si vous ne connaissez pas les noms, vous pouvez les obtenir. »

« Miranda, pas question. C’est contre le règlement. »

« Je ne peux accepter cette réponse. Je dois avoir les noms. Tout de suite. »

L’homme soupira. « Nous ne sommes pas sûr de qui est dans la maison… »

« Je sais tout comme vous quand on me raconte des conneries, Inspecteur. Je sais que vous savez. » Elle attendit, mais sentit qu’il allait rester sur ses positions. « Très bien. Faisons autrement ! Si je vous donnais un nom et que vous me répondiez par oui ou non. Ce n’est pas me donner une information. C’est juste un mot. Oui ou non. Alors ? »

« Miranda… »

« S’il vous plaît, Marcus. Je vous en prie. » Sa voix était irrégulière et elle se sentait elle-même partir en lambeaux. Désespérée. « Je vous serai redevable. Et cela signifie quelque chose, venant de moi. »

Les yeux fermés, elle retint sa respiration. Finalement, l’homme répondit. « Allez-y ! »

Miranda jeta un coup d’oeil à Nigel et dit « Andrea Sachs. »

Il n’y eut pas de réponse. Le cœur de Miranda se glaça et elle crut que son corps se vidait de son sang. Une veine avait dû s’ouvrir sans qu’elle le sache.

« Est-elle connue sous le nom de Andy ? » dit Marcus.

« Oui, » fit Miranda d’une voix étouffée.

« Merde ! »

La pièce bascula et quand elle ouvrit les yeux, Nigel se tenait au-dessus d’elle et la regardait. Elle réalisa qu’elle était assise dans un fauteuil et le téléphone était toujours à son oreille. « Miranda ? » était en train de dire Marcus.

« Je suis là. »

« Je ne peux pas vous en dire plus. »

« Attendez une seconde ! Attendez ! » fit Miranda tout en posant sa main sur la table de conférence. Elle la regarda et s’étonna de la voir si sûre. Toujours attachée au reste de son corps. Cela semblait bizarre. « Attendez ! » répéta-t-elle.

« Je dois y aller… »

Inacceptable. Andrea était en danger. Miranda ne pouvait pas perdre la tête maintenant. « Inspecteur, j’ai besoin que vous veniez me prendre dans 10 minutes au pied de l’immeuble Ellias-Clarke. »

Il y eut un reniflement de surprise. « Miranda, je ne peux pas faire ça. J’ai d’autres affaires… »

« Si vous n’êtes pas là dans les dix minutes pour m’amener là-bas, je vais appeler chacune des stations de TV locales de la zone des Trois Etats (NDT : région autour de New York où les états de New York, New Jersey et Connecticut se rencontrent) et je vais leur dire qu’une journaliste à l’intérieur de la maison suivait une histoire à propos de l’inefficacité des injonctions du Département de la Police de New York ainsi que de la protection inefficace des victimes de violence conjugale… »

« Putain de bordel de merde, Miranda, vous ne pouvez pas faire ça… »

« Neuf minutes, Inspecteur. J’aurai tous les journalistes à travers la ville à votre porte en train de vous poser des questions si vous ne m’aidez pas. »

« Allez vous faire voir, Priestly ! »

« Allez vous faire voir, Samuelson ! » Il y eut une pause et Miranda pria qu’elle n’avait pas raté sa meilleure chance de se retrouver sur les lieux de la prise d’otages.

« Putain ! J’arrive. »

Miranda raccrocha le téléphone. Quand elle regarda à nouveau Nigel, maintenant assis à quelques centimètres d’elle, il la regardait fixement.

« Bien, » fit-elle.

« Tu veux vraiment aller là-bas ? » demanda-t-il.

Miranda l’observa et pensa que peut-être quelque chose d’inhabituel se produisait avec sa vue car la peau de Nigel avait une drôle de couleur. Tout semblait étrange en fait? Peut-être était-ce une crise de panique. « Quoi ? »

« Es-tu sûre que tu veux t’impliquer ? Et comment sais-tu seulement ce qui se passe ? »

Miranda secoua la tête, incrédule. « Andrea est mon amante, » dit-elle. « Je suis impliquée, que je le veuille ou non. »

« Ton amante. Mon Dieu ! » Il se rejeta en arrière et porta une main à son front. « Mon Dieu. Tu ne peux pas aller là-bas, Miranda. »

« Pourquoi ? »

« N’est-ce pas évident ? Tu seras entourée par la presse et les gens vont poser des questions et tu ne pourras rien faire de toutes façons… »

« Qu’en sais-tu ? Et crois-tu vraiment que je me soucie de ce que les gens peuvent dire à mon propos ? » Elle le regarda comme si elle ne l’avait jamais vu avant. « Que ferais-tu si quelqu’un que tu aimes plus que tout au monde était en danger ? T’inquiéterais-tu pour ta précieuse carrière ? En aurais-tu quelque chose à cirer si tu te retrouvais sur la couverture du New York Post tous les jours pour le restant de ta vie ? » Elle se leva, prenant un moment pour retrouver son équilibre. « Parce que moi, je n’en ai rien à faire. Je pars. Tu t’occupes de tout. Cela m’est égal si tu dois annuler quelque chose. Fais ce que tu veux ! »

« Quand reviens-tu ? » demanda-t-il.

« Je ne sais pas. » Quand Andrea sera saine et sauve, pensa-t-elle. Ou pas du tout.


2ème partie

La voiture l’attendait, le moteur au ralenti, mais alors qu’elle se dirigeait vers elle, Miranda rentra dans quelque chose de grand et de solide qui semblait être venu de nulle part.

« Oups ! Désolée… »

Miranda réalisa que cette chose solide était une personne. Andrea. Andrea qui avait quitté Runway il y a presque un an et que Miranda avait vue une fois à cet endroit précis. Elle leva un sourcil.

« Miranda ! Je suis vraiment désolée. Je ne vous avais pas vue… J’étais pressée de commencer quelque chose et je ne regardais pas où j’allais. Je vous présente mes excuses. » Elle sourit brillement et Miranda sentit quelque chose la  tirailler dans son ventre. Quelque chose qu’elle ne pouvait nommer.

« Mmm, oui. Très bien alors. Allez-y ! » Miranda la contourna.

« Attendez une seconde ! Vous n’allez même pas dire bonjour ? » Andrea eut l’air accablé.

Intéressant. « Bonjour. »

« Comment allez-vous ? »

« Je pensais que vous étiez pressée de ‘commencer quelque chose’. »

Andrea roulla des yeux. « Ça peut attendre. Pour vous. Et puisque vous êtes là, si vous avez une seconde, Je voulais vous dire quelque chose depuis un certain temps. »

Miranda essaya de ne pas sembler curieuse. « Oh ? »

« Ouais…Mmm…Eh bien, je suis désolée pour la façon dont j’ai agi. Quand je suis partie. C’était vraiment stupide. »

Avec un reniflement, Miranda regarda par-dessus de l’épaule d’Andrea vers sa voiture, tentant de paraître indifférente. « C’est très bien. »

Andrea tira sur sa manche et Miranda la regarda. « Ce n’est pas très bien. C’était horrible. Je me suis juste sentie… submergée. J’étais si bouleversée, pour Nigel… je n’ai même pas pensé à la décision que vous aviez à prendre et ce qui se serait passé si… »

« Oui, je vois, » dit Miranda. Elle regarda autour, espérant que personne n’avait rien entendu. « C’était il y a longtemps. »

« Enfin, si je pouvais faire les choses différemment, je le ferais. Honnêtement. Vous n’allez peut-être pas le croire, mais j’ai vraiment aimé travailler pour vous, Miranda. »

« Vraiment ? »

« Ouais. Je veux dire… vous m’avez plutôt rendue dingue, mais à tout prendre, mon boulot actuel est ennuyeux. »

« Dingue, » dit Miranda et se trouva à sourire malicieusement. « Comme c’est délicieux ! »

Andrea sourit à nouveau. « Bien sûr que vous m’avez rendue dingue ! Je ne me suis toujours pas remise de la fantaisie ‘Harry Potter’. »

Presque contre sa volonté, Miranda baissa sa garde. « C’en était une bonne, n’est ce pas ? » dit-elle d’un air espiègle. Cela faisait penser, de façon surprenante, à une discussion avec une vieille amie. Il n’y avait personne, travaillant autour d’elle qui pouvait rester en fait aussi détendu. Même ceux qui étaient partis en bons termes restaient sur leurs gardes, attendant qu’elle frappe ou qu’elle accuse. Ce qu’elle aurait pu faire avec Andrea, mais que pour quelque raison, elle ne fit pas.

« Ouais, il n’y a que vous pour dire ça. » Andrea mordilla sa lèvre et les yeux de Miranda furent attirés par le spectacle. « Eh ! Me laisseriez-vous vous inviter à déjeuner ? Pour dire merci pour tout ? »

« Déjeuner. Avec vous. »

« Bien sûr ! Vous pourrez me dire combien tout le monde à Runway est épouvantable et pour les trois dernières minutes, je vous dirai comment je vais. »

Miranda serra les lèvres pour ne pas sourire. Elle ne rirait pas. « Je suis très occupée. »

« Je sais. Mais si quelqu’un demande, vous pouvez juste dire que nous avons déjeuné ensemble pour que vous puissez me remonter les bretelles. Vous savez, lancer des menaces et tout. »

« Personne ne me demande rien, » ronronna Miranda pour toute réponse.

Quelques plis se formèrent aux coins de yeux d’Andrea alors qu’elle riait. « Oh oui, j’avais déjà oublié. Alors vous n’avez pas d’excuse. Que dites-vous de jeudi ? »

« Je devrai vérifier mon agenda. »

« Bien ! Jeudi alors à 13 heures. J’attendrai ici, d’accord ? Si vous ne venez pas, je saurai que vous êtes occupée. Et si ce n’est pas cette semaine, ce sera la suivante. J’attendrai ici tous les jeudis jusqu’à ce que vous vous montriez. OK ? »

Miranda se sentit prise dans une toile d’araignée. C’était une expérience inhabituelle de ne pas être l’araignée, mais la mouche. « Très bien. »

« Super ! Je vous vois jeudi alors. Passez une bonne journée ! » Elle s’éloigna alors de Miranda et, ce faisant, manqua de trébucher avec ses talons hauts. « Oups ! » Miranda couvrit sa bouche. Au moins, le goût d’Andrea en matière de mode n’était pas retourné à Old Navy : elle portait une paire de sublimes Zanotti.

Finalement, Miranda se dirigea vers la voiture et se glissa à l’intérieur. « Allez ! » dit-elle à Roy. Alors qu’ils avançaient dans la rue, ils passèrent devant Andrea qui arborait sur son visage un énorme sourire. Elle semblait presque ravie. « Mmmm. »

Miranda avait attendu Andrea à cet endroit précis. Pas le premier jeudi bien qu’elle ait été libre. Il y avait quelque chose en elle qui voulait savoir si Andrea serait fidèle à sa promesse de l’attendre toutes les semaines jusqu’à ce que Miranda se présente. Elle avait tenu parole. Le deuxième jeudi est celui que Miranda considérait comme étant leur premier rendez-vous.

Elle jeta un coup d’oeil à sa montre. Presque quinze minutes s’étaient écoulées, mais elle voulait donner à l’inspecteur Samuelson le bénéfice du doute. S’il n’était pas là dans les trois minutes, elle se rendrait sur place par ses propres moyens et se débrouillerait pour s’approcher. Et elle passerait plusieurs coups de fil pendant le trajet.

Mais après un moment, elle vit une voiture banalisée de couleur sombre arriver rapidement près du trottoir, puis entendit le crissement des pneus alors que la voiture s’arrêtait. Miranda se précipita vers elle, ses joues déjà engourdies par le froid. Elle se glissa dans la voiture et claqua la porte, regardant à peine Samuelson.

Ils ne se parlèrent pas les premières minutes. Miranda ne pensait qu’à Andrea et son sentiment de malaise allait croissant. « Que savez-vous ? » demanda-t-elle finalement d’un ton âpre.

Marcus se frotta ce qui semblait être une barbe de 24 heures. « Probablement moins que vous. En quoi êtes vous concernée ? »

« Andrea, évidemment ! »

« Comment la connaissez-vous ? J’ai entendu dire qu’elle était une journaliste débutante au mauvais endroit au mauvais moment. »

« Elle a travaillé pour moi. Et autant que vous le sachiez, nous sommes ensembles. »

Du coin de l’oeil, elle vit Samuelson se tourner vers elle. « Merde, que voulez-vous dire par là ? »

« Je veux dire que c’est mon amante. »

« Putain ! Pas question, Miranda. Je fais demi-tour. »

Miranda prit son téléphone. « Très bien. J’appelle New York 1 en premier. »

Elle vit l’inspecteur serrer les dents, respirant bruyamment à travers. « Alors vous avez eu droit aux confidences sur l’oreiller; hein ? »

« Si vous sous-entendez qu’Andrea partage des informations à propos des histoires sur lesquelles elle travaille, vous avez raison. C’est parfaitement légal. Vous n’avez pas besoin de m’insulter. »

« Vous insulter ? Vous me faites chanter. Bon sang, à quoi vous attendiez-vous ? »

« Ce n’est pas du chantage. C’est de l’assistance. Pour laquelle vous serez dédommagé. »

« Vous m’achetez ? »

« Non. Mais vous garderez votre job. »

Il souffla. « Salope. »

Miranda l’ignora. « J’ai demandé ce que vous saviez de la situation. »

« Bien. On a reçu l’appel d’un voisin à propos d’un coup de feu après 9 heures ce matin et quand deux agents en tenue ont frappé à la porte, ils ont entendu un autre coup de feu. La porte était déjà barricadée à ce moment et le type était en train de hurler qu’il allait tuer les gens à l’intérieur. On a installé un périmètre de sécurité, posé des questions dans le quartier, passé quelques coups de fil et identifié votre Andy comme étant une journaliste sur place. »

« Comment ? »

« Elle a passé sa carte et parlé à plusieurs personnes dans le voisinage à propos de Joey. Ils avaient pris l’habitude de la voir passer dans le coin. Deux personnes l’ont vu entrer dans la maison avec Maria et les enfants ce matin. »

« J’imagine que ce ‘Joey’ est le suspect en question. »

« C’est ça. Il a pris trois mois pour agression contre un employé d’une supérette à Harlem il y a quelques temps et avec le temps passé en préventive, il est resté quatre semaines derrière les barreaux. Il est sorti, s’est défoncé et est venu directement ici.

Les nouvelles ne rassurèrent pas le moins du monde Miranda. « Quelles sont leurs chances ? »

Il souffla. « Grand Dieu, Priestly, je n’en ai pas la moindre idée. Il est violent, c’est un camé et un récidiviste. La méthamphétamine rend les gens dingues. S’il fumait, ils auraient probablement partagé un joint. Dommage, hein ! »

Miranda ferma les yeux et posa la question qui la tourmentait. « Comment savez-vous… » Elle s’arrêta pour être sûre que sa voix n’allait pas se briser. « Comment savez-vous que les otages sont toujours vivants? »

Samuelson klaxonna deux fois dans les embouteillages. Finalement, il mit en marche sa sirène. Elle hurlait dans les oreilles de Miranda et ne les aida pas vraiment à avancer. « Imagerie thermique. »

« Imagerie thermique ? »

« Il existe une caméra qui peut déterminer les signatures thermiques. Un corps vivant s’affiche en rouge. Croyez-moi, Miranda ! Il y a cinq personnes dans cette maison et toutes en vie. La dernière fois que j’en ai entendu parler en tous cas. »

« Quand serons-nous là-bas ? » Miranda se tordit les mains.

« Quelques minutes. Mais je dois imposer quelques règles de base. »

« Bien. »

« Ne restez pas dans le chemin ! Ne parlez pas à la presse ! Ne parlez à personne sauf moi ! N’allez pas embêter les flics, ils essaient de sauver la vie de votre copine. Restez derrière les barrières ! Ne parlez pas à la presse ! »

Miranda mordilla l’intérieur de sa joue. « Vous l’avez dit deux fois. »

« Ça veut dire que c’est deux fois plus important que le reste. N’appelez personne pour leur dire ce qui se passe ! Si un plan de sauvetage était rendu public, ils pourraient le révéler devant la caméra. »

« Pourquoi ? »

Samuelson se tourna vers elle, son expression indiquant clairement qu’elle était la personne la plus stupide de la planète. « Les méchants regardent la TV, Miranda. Ils la regardent pour savoir ce qui se passe. Il y a 99 % de chance que la télévision à l’intérieur soit allumée et que le gars sache exactement ce que nous faisons parce que les caméras diffusent en direct à 15 mètres de là. »

Bien qu’elle se sente bête de faire cette suggestion, Miranda proposa. « Alors donnez à la presse de fausses informations. Il faut le manipuler. »

L’inspecteur eut un petit rire. « Ça se fait. Parfois, ça marche, parfois, non. Voyons comme ça se déroule, OK ? » La voiture arriva devant une barrière et deux policiers leur firent signe d’avancer.

Après quatre déjeuners, quatre jeudis de suite, la moitié d’entre eux ayant duré plus de deux heures, Miranda soupçonna qu’Andrea essayait de lui dire quelque chose.

Miranda avait eu une petite idée de ce que pouvait être ce ‘quelque chose’ quand elles avaient travaillé ensemble. A l’époque, il y avait eu une étincelle. Une attirance que Miranda avait d’abord écartée parce que ça semblait bête. Les béguins n’étaient pas dans le style de Miranda Priestly. Elle avait des liaisons, des cinq à sept. Des mariages. Des divorces. Mais rien d’aussi simple qu’un béguin non partagé.

Mais maintenant, il semblait plutôt partagé. Aux yeux de Miranda, Andrea semblait…captivée. Prise de vertige. Elle rougissait, elle souriait, elle bafouillait, elle regardait fixement. C’était positivement étrange.

Et après chaque déjeuner, Miranda comptait les jours jusqu’au suivant et l’attendait avec une impatience qui réveillait en elle quelque chose resté longtemps endormi.

Bien sûr, tout cela restait non dit et il était possible (bien que peu probable) qu’Andrea, en fait,  ne craquait pas pour elle. Mais Miranda était déterminée à ne pas montrer son jeu. Pas tout de suite.

A la suite du cinquième déjeuner, Miranda proposa de raccompagner Andrea en voiture à son bureau parce que, une fois de plus, il était tard. « Merci beaucoup de me raccompagner. Je sais que ce n’est pas sur ton chemin. » dit Andrea.

« Quelques pâtés de maison. Ce n’est rien. »

« Il n’empêche. C’est gentil de ta part. J’aime vraiment te voir et j’aurais horreur de devoir raccourcir nos rencontres. Ça me fait gagner du temps. »

« Oui, » dit Miranda. « C’est bien. »

« Je le pense, Miranda. Je… Mmm, passer du temps avec toi… je ne sais pas ce que je dis. Je te vois différemment maintenant. »

« Maintenant que je ne te confie plus de tâches impossibles ? »

Andrea éclata de rire. « J’imagine. Et je crois que tu es juste… amusante. Je m’amuse bien. Avec toi. »

« Amusante, » soupira Miranda. « Je ne crois pas que quelqu’un m’ait accusée d’être amusante au cours des quinze dernières années. »

« Alors ils ne faisaient pas assez attention, » répondit Andrea. La jeune femme pencha un peu la tête en avant et ses yeux bruns et lumineux regardèrent à travers des cils épais. C’était une pose digne d’un mannequin, ce qui causa une drôle de petite contraction entre les jambes de Miranda.

Elle flirte, pensa Miranda. Elle flirte avec moi. « Tant pis pour eux, » dit Miranda d’une voix faible.

« Et tant mieux pour moi. » Andrea se rapprocha de Miranda et embrassa sa joue. Le cœur de Miranda vibra au contact. Depuis combien de temps ça ne lui était pas arrivé ? « Oh ça alors ! »dit Andrea, troublée. « J’ai laissé du rouge à lèvres. Zut! » Elle chercha dans son sac à main et attrapa un mouchoir en papier. « Laisse-moi… » Avec précaution, elle commença à essuyer la trace sur la peau de Miranda. Miranda se sentit devenir écarlate. « On ne voudrait pas que quelqu’un à Runway soupçonne que tu prends du bon temps sur ton heure de déjeuner. »

Tentant sa chance, Miranda se dit. « Ça ne serait pas si terrible, si ? »

Andrea continuait de frotter la trace et dit presque pour elle, « Ta peau est douce. » Ses doigts se figèrent. « Qu’as-tu dit ? »

Miranda prit une respiration. « J’ai dit que ça ne serait pas si terrible. »

Andrea cligna des yeux, ceux-ci immenses et sombres. « Que quelqu’un à Runway soupçonne, ou que…euh… tu prends du bon temps ? » chuchota-t-elle.

Miranda conserva à grand peine le fil de ses pensées. « Les deux. »

Andrea émit alors un son, un peu comme un gémissement et Miranda se lança. Non qu’elle ait eu loin à aller, l’adorable visage se trouvant à quelques centimètres d’elle. Ses lèvres capturèrent celles d’Andrea, douces et souples, et pas du tout surprises par le geste car elles l’accueillirent facilement. Des mains plongèrent dans la chevelure de Miranda. Des ongles coupés courts frottèrent contre son crâne et la sensation lui coupa le souffle. Brièvement, Miranda se souvint de Roy sur le siège avant jusqu’à ce que la langue d’Andrea se glisse dans sa bouche et qu’elle choisisse de ne pas s’inquiéter. Il était très bien payé pour son poste. Peut-être qu’une prime allait devenir d’actualité.

Miranda respira son odeur, le bout de ses doigts frôlant le bord de ses oreilles, puis ses délicates clavicules. La peau d’Andrea était chaude et douce. Pouvait-elle vraiment être aussi délicieuse partout ? Miranda s’imagina en train d’explorer ce corps. Andrea serait un véritable festin pour ses sens.

Mais pas cet après-midi. Pas dans la voiture. Et pas pendant les deux minutes qui leur restaient avant que la voiture ne rejoigne le New York Mirror.

Avec un intense sentiment de regret, Miranda se détacha et appuya son front contre celui d’Andrea. Elles haletaient toutes les deux. Andrea posa ses doigts sur les lèvres de Miranda. « Oh Miranda ! » murmura-t-elle, « Je voulais faire ça depuis si longtemps. »

« Alors ne perdons pas plus de temps ! » répondit Miranda en rouvrant enfin ses yeux.

« OK. »

« Viens dîner samedi soir ? »

Le visage d’Andrea se défit. « Samedi ? »

« Mauvaise idée ? »

« Ce n’est pas avant deux jours ! » pleurnicha-t-elle.

Surprise, Miranda eut un petit rire. Au moins, elle n’était pas seule dans son désir. « Ce soir, je ne peux pas et demain, j’ai deux choses en même temps. Samedi, nous aurons… toute la soirée. »

Il y eut à nouveau ce petit gémissement et Miranda se sentit fondre. Elle pourrait supporter d’entendre ce bruit beaucoup plus souvent. « A quelle heure ? » demanda Andrea.

« Sept ? » essaya Miranda.

« Pourquoi pas six ? »

Miranda passa une main dans les cheveux d’Andrea, les mèches glissant entre ses doigts comme de la soie. « Pourquoi pas 5 h 30 ? »

« Mieux, » dit-elle, semblant satisfaite que Miranda ait vu où elle voulait en venir. « J’ai hâte d’y être. »

Pendant un instant, Miranda hésita. Elle ne voulait pas arrêter ce qui était en train de se passer, mais il semblait bizarre de se lancer si facilement dans quelque chose de tout nouveau. « Que crois-tu que nous faisons ? »

Andrea sourit timidement. « On apprend à se connaître ? » proposa-t-elle. « On devient folles ? je ne suis pas sûre. Mais…j’aime bien ça. » Elle caressa la joue de Miranda. « Je t’aime bien. »

Miranda l’embrassa à nouveau, savourant le léger parfum de café dans la bouche d’Andrea.

3ème partie

Miranda avala à grandes gorgées le breuvage tiède, tout en souhaitant qu’elle puisse le recracher. Mais elle avait besoin de la caféine. Dieu seul savait comment les services de la police pouvaient vivre avec un tel jus de chaussettes. Elle gardait un œil sur Samuelson qui s’était fait souffler dans les bronches pour avoir amené une civile au-delà des barrières de sécurité, mais quoi qu’il ait répondu, cela avait été suffisant pour que Miranda reste à proximité. Il y avait deux barrières autour de la maison où se trouvait Andrea, une pour le public et les journalistes et une autre pour la police. Tout le quartier était vide de passants et les résidents des maisons avoisinantes avaient été évacués.

Sinon, tout semblait parfaitement normal.

Elle n’avait pas plus d’informations sur la situation d’Andrea. Mais elle était là et elle était confiante que Marcus lui dirait ce qu’elle avait besoin de savoir. Et s’il ne le lui disait pas, elle ne s’en souciait pas vraiment pour l’instant. Elle ne se souciait que d’une chose : voir Andrea saine et sauve.

La peur de la perdre la paralysait.

Miranda avait fait face à un certain nombre de drames dans sa vie : la mort de son père, la fin de deux mariages, l’infection respiratoire de Cassidy, nouveau-né prématuré. Elle avait fait face à tout, seul ce dernier événement lui rappelant le sentiment qu’elle avait aujourd’hui. Impuissante. Inadéquate. Et le pire était de savoir que malgré son pouvoir et sa richesse, elle ne pouvait littéralement rien faire pour aider celle qu’elle aimait.

Elle pouvait rester là sans rien faire et boire du mauvais café et se tordre les mains. Mais si les choses devaient dégénérer, Andrea devrait compter sur d’autres personnes. Ils semblaient compétents avec leurs gilets pare-balles et leurs blousons avec SWAT écrit dessus. Et des armes. D’ordinaire, Miranda avait une profonde aversion pour les armes et la violence sous toutes ses formes. Mais elle pensait qu’elle pourrait très facilement tuer l’homme qui tenait Andrea captive si elle en avait l’occasion. En fait, elle voyait bien la scène, entrant dans la maison avec un pistolet et lui tirant dessus, à plusieurs reprises. Elle ne se sentirait pas coupable de prendre une vie. Non qu’elle se soit interrogée sur l’idée de meurtre auparavant, mais ce jour précis, elle ne dirait pas non au fait de tenir un morceau d’acier froid et solide dans sa main et de tirer une balle à travers la tête d’un homme.

Se dégageant de cette vision, elle jeta un coup d’oeil autour d’elle. Il n’y a avait nulle part où s’asseoir. Elle s’appuya contre le capot d’une voiture et but son café.

Dix minutes plus tard, Marcus revint. « Eh ! » fit-il.

« Alors ? »

« Rien de neuf. Ils appellent la maison. Jusqu’à présent, il y a eu un seul contact, mais le type refuse de parler. J’ai déjà vu ça. Il a des problèmes, il réfléchit à ce qu’il veut, ce qu’il peut demander. Il est bête comme ils le sont tous. Ils croient qu’ils peuvent s’en sortir et que la police va tenir ses promesses. »

« Promesses ? »

« Vous savez. ‘Si vous ne faites pas de mal aux otages, il y a moyen de discuter. Vous serez uniquement poursuivi pour mise en danger d’autrui. On vous mettra dans une voiture et on vous conduira à l’aéroport et vous pourrez quitter le pays. Faites-nous confiance !’ Des conneries de ce genre. »

« Les gens ne peuvent sûrement pas être aussi stupides. »

« Vous seriez surprise. Ce sont des crimes passionnels. Ces gars perdent la boule et ils disjonctent. Puis leur raison revient, mais il est trop tard. Parfois, ils savent ce qui les attend et ils ne peuvent le supporter. Ils sortent de la maison en pointant leur arme. Suicide par flic interposé. »

Miranda regarda de l’autre côté de la rue et soupira, son souffle formant un brouillard devant elle. « Ont-ils pour habitude de tuer les otages ? »

Samuelson haussa des épaules. « Parfois. Le fait qu’ils ne soient pas encore morts est un bon signe. Peut-être. » Il regarda Miranda. « Aucune promesse, OK ? Les policiers disent aux familles qu’ils feront tout ce qu’ils peuvent. Et ils le feront. Mais je ne vais pas vous mentir. C’est un peu du pile ou face. »

Elle fit un mouvement de la tête tout en gardant la bouche fermée. Sa bouche était pleine de salive et elle pensait qu’elle allait vomir.

« Désolé, » dit finalement Marcus. « C’est l’une des pires journées de votre vie. Pour elle aussi. Je ne suis pas vraiment sympa, mais vous m’avez placé dans une position de merde. Je déteste être manipulé. »

Miranda ravala la bile et respira par le nez. « Nous faisons ce que nous devons, Inspecteur. C’est ici que je dois être. J’y serais éventuellement arrivée avec ou sans votre aide. »

A la surprise de Miranda, Marcus rit. « Vous savez, Priestly, je vous aime bien. Je ne connais personne d’autre qui pourrait me dire ça et qui pourrait me le faire croire. Mais avec vous, je marche. » Il fouilla dans une poche et en tire un paquet de Marlboro Light. Il en alluma une avant de jeter un coup d’œil à Miranda. « Vous en voulez une ? »

Sans hésitation, elle répondit. « Oui. » Elle plaça la cigarette entre ses lèvres et la tint immobile pendant que Marcus l’allumait. Après dix-sept ans sans toucher au tabac, elle pouvait se permettre de refumer pour quelques minutes. Le goût était horrible, mais familier et bon.

Ils fumèrent en silence jusqu’à ce que Marcus demande. « Vous voulez parler d’elle ? »

« Je ne sais pas. » Miranda inspecta le bout de la cigarette incandescente.

Près d’elle, il s’appuya contre la voiture. « Commencez par le plus simple. Comment est-elle ? »

Elle pensa à Andrea et les mots quittèrent sa bouche avant qu’elle puisse les retenir. « Elle est comme le soleil. »

Quand Miranda ouvrit la porte à 17 h 23 ce samedi, le sourire d’Andrea était radieux. Miranda dut fermer les yeux pendant un moment pour se protéger d’un tel éclat qui la fit se sentir à vif et un peu mal à l’aise. Elle n’était pas habituée à tant d’émotions si près de la surface. Quand elle ouvrit les yeux, elle remarqua combien la peau d’Andrea brillait en contraste avec l’humidité grise d’un soir d’été indien. Un orage approchait. La pluie semblait suspendue au-dessus de la ville. Elle fit signe à Andrea d’entrer.

« Viens ! Il fait chaud, » dit-elle.

« Je sais. Salut ! » répondit Andrea tout en passant ses bras autour du cou de Miranda sans la moindre hésitation.

Miranda faillit se retirer, mais au lieu de ça, posa ses mains sur les hanches d’Andrea. « Bonsoir ! »

Andrea lut son incertitude et son visage perdit un peu de son éclat. « C’est…ça va comme ça ? »

« Oui, oui, bien sûr. » Après tout, elle avait pensé à tenir Andrea dans ses bras depuis ce moment,  jeudi, où elles s’étaient quittées. C’était bête de se sentir soudain nerveuse, non mais vraiment !

Andrea fronça les yeux. « Hmm, » fit-elle avec un petit mouvement  de la tête. « Il m’a semblé que j’avais deux choix. Prendre du recul et te laisser de l’air. C’est sûrement ce que j’aurais fait, il y a quelques temps. » Mais Andrea ne recula pas. Elle s’approcha encore et Miranda inspira l’odeur intense de menthol de son haleine. « Ou je peux laisser tomber totalement cette idée et faire ce que je veux. » Les paupières de Miranda tombèrent quand elle sentit les seins d’Andrea bouger contre les siens. « Que penses-tu, Miranda ? »

A un moment donné, Miranda avait perdu le contrôle de la situation. Elle avait planifié toute la soirée : une sélection d’amuse-gueules divins les attendait dans la salle à manger. Elle avait versé le vin. Elle avait arrangé les fleurs. Le dîner les attendait dans le four et le dessert rafraîchissait dans le réfrigérateur. Mais rien de tout cela ne semblait vraiment important. « Je… je ne… »

« Oui. C’est ce que j’imaginais. Je penserai pour nous deux. Et je veux commencer tout de suite. »

« Que fais… » Mais Miranda ne finit pas car la bouche d’Andrea était sur la sienne. Elles s’embrassèrent et c’était bon, et frais, et piquant car apparemment, Andrea avait avalé toute une boîte de pastilles de menthe avant de venir. Miranda en  voulait plus et elle suça dans sa bouche la lèvre inférieure d’Andrea, pleine et douce.

Andrea haleta et le son accéléra les battements du cœur de Miranda. Quelque chose tirait sur son chemisier et des doigts agiles libérèrent rapidement la plupart des petits boutons. Miranda rejeta la tête en arrière et sentit une langue lécher à la base de sa gorge, traçant un passage humide jusqu’à sa nuque. De derrière, Andrea ouvrit le chemisier et le fit glisser, exposant les omoplates de Miranda. Instable sur ses pieds, Miranda chercha du regard quelque chose pour se tenir et tituba jusqu’à la console de l’entrée. Andrea la suivit de près, sa bouche ne quittant pas sa peau. Miranda s’appuya de tout son poids sur ses bras parce que ses jambes étaient brûlantes  comme un liquide sur le point d’atteindre son point d’ébullition. Dans le miroir au-dessus de la table, Miranda se vit, méconnaissable, le rouge à lèvre défait par les baisers, son soutien-gorge exposé, alors que deux mains exploraient son corps.

Cela l’excitait énormément. Elle grogna, le son bas et rauque. Sans la moindre honte.

Andrea lui fit écho tout en croisant son regard avec celui de Miranda dans le miroir. La stimulation secondaire d’observer Andrea dévorer sa chair, ses dents frottant contre ses épaules, provoqua en Miranda une sensation de brûlure entre les jambes. Elle ne pourrait pas attendre beaucoup plus longtemps surtout quand les mains d’Andrea trouvèrent ses seins en plongeant sous son soutien-gorge. « Oh mon Dieu, » murmura Miranda qui se surprit à faire quelque chose qu’elle faisait rarement pendant l’amour. Sinon jamais. « Je t’en prie, » dit-elle encore et encore jusqu’à ce qu’Andrea regarde par-dessus son épaule et défasse sa jupe. Elle la regarda droit dans les yeux.

« Très bien, » dit Andrea avant de passer le bout de sa langue le long du bord de l’oreille de Miranda. La jupe tomba par terre. Les mains d’Andrea achevèrent de déboutonner le chemisier de Miranda sans se soucier de le retirer. « Tu es belle. Si belle, » dit-elle doucement avant de retourner vers les seins de Miranda, les soutenant, taquinant les mamelons. Une main abandonna cette activité pour une autre, descendant entre les cuisses tremblantes de Miranda. Elle n’attendit pas, ne taquina pas. Elle glissa sous la dentelle et plongea dans l’humidité. Les hanches de Miranda remuèrent d’elles-mêmes et elle tomba presque en arrière, mais Andrea était là pour la retenir. Elle frotta et chuchota et embrassa et en quelques instants, Miranda se retrouva au bord d’un orgasme si soudain et si  éclatant qu’elle se sentit comme si toutes ses cellules s’étaient rassemblées pour exploser vers l’extérieur. Un bruit s’échappa de sa gorge alors que l’onde l’emportait. Et pendant tout ce temps, les caresses d’Andrea l’accompagnèrent et lui causèrent encore plus de plaisir alors qu’elle gémissait le sien.

Miranda s’abandonna au vertige pendant un moment avant de relever la tête et regarder à nouveau dans les yeux d’Andrea. Habituellement larges  et curieux, ils n’étaient qu’à moitié ouverts. Ses lèvres pulpeuses se retroussèrent pour former un sourire séducteur jusqu’à ce qu’Andrea retire sa main d’entre les jambes de Miranda et la lève jusqu’à sa bouche. Andrea inspira et Miranda sentit ses genoux faiblir quand cette langue talentueuse apparut rapidement pour goûter. « Hmmm, » dit Andrea, « Intéressant. »

Miranda ne put cacher le petit rire qui s’échappa. « Oh ? »

« Je ne dirais pas non à un peu de rab. »

A ces mots, Miranda trouva la force de tourner dans les bras d’Andrea. « Plus tard, » répondit-elle. « Tu m’as suffisamment distraite. »

« Tu veux dire que tu n’avais pas ça en tête quand tu m’as invitée à venir ? » interrogea Andrea.

« Je n’ai pas dit ça, » lui assura Miranda. « Mais je ne m’attendais pas à ça. Pas du tout. »

« A quoi t’attendais-tu ? »

Miranda fit courir son index le long d’une joue douce, par dessus des lèvres qui se formèrent d’elles-mêmes en un baiser. « Rien de si… exceptionnel. »

« Tu sais comme j’aime être l’exception à tes règles. »

« Oh ! Je le sais bien, » dit Miranda tout en se remémorant le premier jour où Andrea avait mis les pieds dans son bureau. « Quelle chance ! »

Là dessus, Miranda prit la main d’Andrea, ignorant les doigts glissants, et la conduisit à travers la maison vers la salle à manger. Elle se sentit bête avec son chemisier toujours retenu par les poignets, alors elle le remit en place. Bien qu’il ne  lui manque que sa jupe, elle se sentait nue. Elle avait encore ses chaussures, pour l’amour du Ciel ! Et Andrea était entièrement habillée. Mais cela lui fut égal quand elle vit le regard d’émerveillement total sur le visage d’Andrea face à l’arrangement de la table de la salle à manger.

« Oh mon Dieu ! » dit-elle avec étonnement. « Suis-je la seule invitée ? »

Miranda s’éclaircit la gorge, amusée. « Oui. »

« Il y a plein de nourriture ! »

« Tu ne manges qu’une salade quand nous déjeunons. Je ne savais pas ce que tu aimais alors… j’ai pris de tout. »

Andrea jeta un coup d’oeil à Miranda, soudainement intimidée. « Je… eh bien… je ne voulais pas que tu penses que je mangeais trop. » Elle se recroquevilla d’embarras.

Miranda n’avait rien soupçonné, même si cela prenait tout son sens maintenant qu’elle reconsidérait les faits. Andrea avait toujours chipoté sa nourriture, la finissant à peine, mais prenant son temps avant de poser sa fourchette. « Peut-être que tu verras les choses différemment maintenant, » dit Miranda, anxieuse de corriger cette supposition.

« Je crois, »fit Andrea.

Alors qu’Andrea observait la table, Miranda étudia ses propres options. Elle voulait la petite robe noire d’Andrea…était-elle de Stella McCartney ?… hors du paysage. Les chaises de la salle à manger n’allaient pas non plus  l’aider à atteindre son objectif : trop inconfortables. De façon fort inopportune, elle avait recouvert toute la table avec toute une variété de délices culinaires. Mais on ne pouvait pas dire qu’elle n’avait pas de la suite dans les idées. « Laisse-moi voir ! » Elle déplaça les quiches sur le côté : elles pourraient attendre encore un peu. Elle présenta  un crostini aux champigons parfumés d’une goutte d’huile de truffe à Andy qui grogna après sa première bouchée. Le plateau fut placé sur la banquette derrière la table. Les fruits suivirent ainsi que les autres plats, laissant assez d’espace pour une personne au milieu de la table. « Parfait. »

« Absolument, » dit Andrea tout en finissant le crostini. Elle n’avait pas conscience de ce que Miranda faisait. « Eh ! J’en veux un autre. » Elle tendit la main et en prit un. Elle en était à la moitié quand Miranda lui tendit un verre de vin blanc bien frais. « Mmm… Merci. Eh ! Tu ne prends rien ? »

« Oh si ! » dit Miranda tout en tendant la main derrière Andrea. Elle défit la fermeture éclair d’un seul geste. Elle prit le verre de la main d’Andrea et le posa sur la table avant de se saisir des bretelles de la robe de soie et de les tirer vers le bas. Elle retint sa respiration. Miranda se doutait qu’il y avait une jolie silhouette sous les vêlements d’Andrea, mais en général, la jeune femme s’habillait plutôt classique. Ses jambes étaient longues et élancées, rappelant à Miranda leur différence de taille. Des hanches minces qui se fondaient en une taille doucement incurvée, celle-ci conduisant à des seins qui suppliaient qu’on les tienne et qu’on les touche et qu’on les goûte. « Je vois quelque chose que j’aimerais beaucoup avoir. » A ces mots, elle poussa Andrea au niveau du torse, la guidant vers la table. « Si tu n’y vois pas d’inconvénient. »

« Euh… » dit Andrea, « OK ! »

Miranda observa le corps devant elle, se demandant par où commencer. Quand elle releva la tête, elle réalisa qu’Andrea avait l’air mal à l’aise, se recroquevillant presque sous le regard intense. « A quoi penses-tu ? »

« Rien. » Andrea descendit son verre de vin.

« Tu viens de me faire l’amour dans mon entrée après être chez moi depuis moins de trente secondes. Et maintenant, tu as l’air inquiète. Pourquoi ? »

Plaçant un bras sur son estomac, Andrea haussa des épaules. « Je sais que je ne suis pas un mannequin ou je ne sais quoi… »

Miranda prit une brusque inspiration. Malgré la confiance en soi qu’arborait Andrea, l’insécurité se cachait juste sous la surface. « Je travaille dans le milieu de la mode depuis des dizaines d’années, Andrea. Tu te rends compte que si je le voulais, je pourrais avoir qui je veux. » Elle leva un sourcil. « J’obtiens toujours ce que je veux. »

« Ouais, » fit Andrea avec un mouvement de tête.

« Alors tu dois bien comprendre que je te veux, toi en particulier. » Tendant la main, elle fit courir un doigt le long du cou d’Andrea, entre ses seins, se détournant pour caresser un mamelon réactif. Elle entendit un petit halètement et vit Andrea déglutir. « Seulement toi. » Humectant ses lèvres, elle s’avança entre les cuisses d’Andrea. « Mon hésitation n’était pas une critique. J’étais simplement… en train d’apprécier la vue. L’anticipation. » Gentiment, très gentiment, elle fit traîner le bout de ses doigts le long d’une jambe, souriant quand elle vit Andrea frissonner. « Je veux que cela dure. Je veux pouvoir me souvenir de chaque moment. »

« Oh ! » dit Andrea. A peine un chuchotement.

Finalement, elle se pencha et posa à nouveau ses lèvres sur celles d’Andrea, récompensée quand elles s’ouvrirent sous les siennes. Le baiser fut long et profond et délicieux et il se finit seulement quand Miranda ne put résister à l’appel des autres plaisirs qui attendaient. Et ainsi, elle parcourut le long du corps d’Andrea, rendant hommage à sa peau, douce comme celle d’un bébé et à peine touchée par le soleil. Soutien-gorge et slip furent rapidement ôtés, les petits gémissements la faisant se hâter. « Tu es exquise, » dit-elle, incapable d’imaginer un mot plus approprié. « Adorable. »

« Vraiment ? » réussit à dire Andrea.

« Comme de l’ivoire, » ronronna Miranda aspirant un mamelon rose pâle alors qu’Andrea se tordait de plaisir sous elle. Si Andrea lui avait fait l’amour très rapidement, Miranda, elle, voulait faire durer les choses. C’était merveilleux, tout ce que Miranda avait espéré. Et quand elle mit finalement sa main entre les cuisses d’Andrea, la réaction qu’elle obtint fut une révélation. Andrea émit un gémissement désespéré de besoin et, au bord de l’hyperventilation, elle attrapa la tête de Miranda. Il y avait un flot constant de sons dans ses oreilles, mais seulement quelques-uns semblaient avoir un sens. Les jambes d’Andrea s’enroulèrent autour des hanches de Miranda. Celle-ci la pénétra, la paume de sa main glissant facilement. Andrea se cambra et se tint immobile, puis poussa un grand cri et Miranda sentit la pression caractéristique d’un orgasme autour de ses doigts.

La vision d’Andrea qui revenait à elle, sa peau de porcelaine toute rose, était incroyablement satisfaisante. Elle haletait, elle tremblait, elle cherchait sa respiration et elle regardait Miranda, comme abasourdie par ce qui venait de se passer.

« Ça va ? » demanda doucement Miranda.

« Euh… » Andrea humecta ses lèvres, les yeux écarquillés.

Se penchant en avant, Miranda embrassa la joue d’Andrea et passa son nez dans ses cheveux. Elle était à nouveau excitée : le parfum du corps d’Andrea était enivrant.

« Nous sommes tranquilles pour toute la soirée, n’est-ce pas ? » murmura Andrea.

Miranda fit oui de la tête.

« Bien. » Elle regarda par-dessus son épaule tous les plats dont certains avaient été renversés ou étaient tombés du fait de leurs mouvements frénétiques. « Je suis contente que tu aies prévu autant de nourriture parce que ça va être une longue nuit. » Elle tendit la main et attrapa une fraise solitaire sur la table, l’offrant à Miranda.

Miranda sourit et mordit dans le fruit, savourant le frisson qui parcourut sa colonne vertébrale.

4ème partie

« Je ne veux pas manger. Je ne peux pas. » Miranda détourna la tête : l’odeur du hamburger lui soulevait le cœur.

« Il le faut. Si nous devons rester là toute la journée et toute la nuit, vous allez devenir insupportable et nous allons en souffrir tous les deux. Mangez, Priestly !  Ou vous repartez en ville. »

Elle plissa ses lèvres avant de prendre le sac blanc des mains de Samuelson. Elle le ferait pour Andrea. Et si elle devait vomir, elle s’arrangerait pour que ce soit sur les chaussures de Samuelson. Bien que vu leur aspect, elles avaient visiblement connu pire.

Retournant à son poste sur le capot de la voiture de Samuelson, elle grignota le sandwich, rendue muette quand la faim l’envahit après la première bouchée. Il était déjà 14 h 30. Elle était là depuis plus de deux heures et il ne s’était rien passé. Elle pouvait dire qu’il y avait des conversations téléphoniques entre diverses personnes : les bruits crissants des talkie-walkies étaient partout. Les journalistes se tenaient toujours à proximité et Miranda se demanda si quelqu’un l’avait déjà reconnue. Elle espérait que non. Elle ne voulait pas que les enfants…

Oh, Dieu ! Ses enfants. Et les parents d’Andrea. Ils n’étaient pas au courant !

Rapidement, elle dévora la plus grosse part de son hamburger, ignorant les frites graisseuses au fond du sac. Quand elle eut fini, elle prit son téléphone, qui n’avait pas sonné de tout l’après-midi, et appela Emily.

« Trouvez-moi les personnes à appeler en cas d’urgence pour Andrea ! Nous devrions toujours les avoir en mémoire. »

« Oui Miranda. Ne quittez pas ! » Elle écouta leur musique d’attente, étonnée qu’Emily n’ait même pas sourcillé à sa demande. Nigel avait dut lui donner les nouvelles. Il avait dû en parler à tout le monde. Miranda ressentit un soupçon d’insatisfaction. Elle était officiellement sortie du placard, supposa-t-elle. « Je les ai, » dit Emily, interrompant le fil de ses pensées.

Miranda nota sur le sac blanc les numéros de téléphone. « Merci, » dit-elle d’un ton distant, pleine d’appréhension à l’idée de la conversation à venir.

« Comment allez-vous ? Que se passe-t-il ? »

Frappée par l’inquiétude dans la voix d’Emily, Miranda répondit, « Je vais bien. Il faut juste… attendre. »

« Je suis désolée. Nous sommes là si vous avez besoin de quoi que ce soit. N’importe quoi. »

Miranda sentit sa gorge se serer. Elle ne voulait pas davantage de cette gentillesse. « Bien. » Elle raccrocha et avala avec effort. Pas de larmes. Pas maintenant. Elle souhaita que Marcus soit de retour et lui ordonne à nouveau de se ressaisir. C’était bien plus utile.

Avant qu’elle craque, elle composa le premier numéro écrit sur le sac sous les mots Charles, portable. Avant que le téléphone ne sonne une fois, un homme décrocha. « Allô ? »  Il était affolé : il savait.

« Monsieur Sachs, Miranda Priestly à l’appareil. Je crois comprendre que vous êtes au courant de ce qui se passe ? »

Il y eut un long silence. « Miranda ? Qu’est ce que c’est ? Pourquoi appelez-vous ? Nous devons garder cette ligne disponible… »

« Je suis près de l’endroit où votre fille est retenue, Monsieur Sachs. Je voulais juste… » Alors qu’elle prononçait ces mots, elle n’était même pas sûre de la raison pour laquelle elle appelait. Pour communiquer avec quelqu’un qui connaissait et aimait Andrea. Pour se rapprocher de quelqu’un dont le monde s’effondrerait s’il lui arrivait quelque chose. « Pour être sûre que vous saviez. »

« Nous avons reçu un appel de son journal. Nous sommes à l’aéroport… notre vol décolle dans vingt minutes. »

« Bien. Est-ce que l’on vient vous chercher à l’arrivée ? La police ? »

« Non. Ils nous ont juste dit d’aller au commissariat… »

J’aurai une voiture qui vous attendra. Quel aéroport, le nom de la compagnie et le numéro de votre vol ? »

« Quoi ? » dit Charles, troublé. « Kennedy et Delta. Attendez Miranda ! Que faites-vous là-bas ? »

Miranda se crispa et espéra que si elle s’en tenait aux faits, il ne poserait pas trop de question. « Andrea et moi sommes très proches, Monsieur Sachs. Nous pourrons en parler plus tard. Mais la chose la plus importante est que vous soyez là. Le numéro duquel je vous appelle correspond à mon portable… appelez-moi dès que vous pourrez. Et s’il se passe quoique se soit, je vous appelle immédiatement. »

« OK, » dit-il. « C’est le vol 132. Et je vous remercie. Je suis content que quelqu’un… soit là pour elle. »

« Je suis là pour elle, Monsieur Sachs. Vraiment là. On reste en contact. »

« D’accord. »

Miranda entendit le clic qui indiquait qu’il avait raccroché et elle prit une profonde inspiration. Elle appela Emily avec les détails du vol des Sachs et de leur arrivée à New York. Emily accepta en toute hâte de s’occuper de tout y compris la réservation d’une chambre d’hôtel. Miranda se proposait de leur offrir des les héberger chez elle, mais elle ne voulait pas assumer qu’ils accepteraient. Surtout si les choses finissaient m… »

Elle retira cette pensée hors de sa tête. Son Blackberry vibra dans sa main, annonçant un message. Elle jeta un coup d’œil et soupira. Caroline.

Maman, que se passe-t-il ? Une de mes copines t’a vue aux infos.

Elle composa le numéro de sa fille qui devait probablement être sortie de l’école et sur le chemin de la maison. Les nouvelles voyageaient si vite à Dalton qu’elle était étonnée de na pas avoir été appelée plus tôt.

« Maman ! »

« Bonjour ma chérie. Cassidy est avec toi ? »

« Ouais. Que se passe-t-il ? Pourquoi es-tu avec la police ? »

Elle voulait protéger ses enfants de cet incident ; elle-même pouvait à peine supporter l’idée de ce que devait supporter Andrea. Mais il fallait le faire et sinon, elles l’apprendraient en allant sur Internet. Peut-être pourraient-elles lui dire si le nom d’Andrea était cité à la télévision. « Je vais bien. Votre père va bien. Mais Andrea… »

« Est-ce qu’elle couvre ce truc avec les otages ? »

Eh bien, elles savaient déjà ça. Le cœur de Miranda se mit à battre plus fort. Les mots étaient très, très difficiles à dire. « Elle est à l’intérieur de la maison, ma chérie. »

« Que veux-tu dire ? »

« Elle.. » Miranda luta contre la boule dans sa gorge et secoua la tête. « Elle est l’un des otages. »

Il y eut des chuchotements et la voix de Cassidy vint en ligne, un peu plus aiguë et un peu plus légère que celle de Caroline. « M’man, Andy est dedans ? Ils disent aux infos que le type est armé et qu’il retient sa petite amie et ses enfants? Ils ne mentionnent personne d’autre. »

« Alors tu ne dois en parler à personne, absolument personne, Cassidy. Ni à tes amies, ni à Elissa. Personne. Est-ce clair ? »

« OK, M’man. Je le jure. » Il y eut encore des chuchotements. « Caroline promet aussi. On veut juste qu’elle aille bien. Que vas-tu faire ? »

« Je vais rester là jusqu’à ce qu’Andrea soit secourue. Et je veux que vous rentriez à la maison et restiez avec Elissa. Vous voulez bien faire ça pour moi ? »

« Oui. » Le tremblement dans la voix de sa fille annonçait l’arrivée, rapide, des larmes. « Maman, tout ira bien, n’est-ce pas ? »

Je vous en prie, Seigneur, laissez-moi répondre avec conviction ! Aidez-moi à croire ! « Bien sûr, chérie. Nous l’aurons très vite avec nous à la maison. »

Cassidy commença alors à pleurer à chaudes larmes et Miranda prie une profonde inspiration tout en essayant de gardant son contrôle. Caroline revint en ligne. « M’man, nous sommes presque à la maison. Tu nous appelle bientôt, d’accord ? »

« Bien sûr. Maman vous… Je vous aime. »

« Nous aussi, on t ‘aime. »

Elle avait essayé de cesser de parler d’elle à la 3ème personne en s’adressant à ses filles, car elles devenaient grandes. Mais c’était difficile de rompre cette habitude, particulièrement maintenant.

La colère l’envahit, l’étouffant par son intensité. Elle souhaitait que l’homme à l’intérieur de la maison, qui qu’il soit, soit tué par la police quand cet incident viendrait à son terme. Elle ne voulait pas aller en prison pour meurtre avec préméditation.

Miranda voulait jeter un objet en verre contre le mur juste pour l’entendre se fracasser. Elle n’avait pas été aussi en colère depuis fort longtemps. Même pas quand Stephen avait tenté de l’accuser d’infidélité pendant la procédure de divorce.

« Je pensais que tu serais prise ! Tu as toujours cinquante invitations ! » hurla Andrea.

Miranda avait horreur des hurlements. Est-ce que cette fille voulait déclancher une guerre ? « Change de ton ! J’ai libéré mon agenda. Pour toi. Je voulais passer la nuit de la Saint Sylvestre avec toi. Et maintenant, tu me dis que j’ai envoyé mes regrets à quatre soirées pour rien. Parce que tu es occupée. »

« Ce n’est rien. C’est juste une soirée avec mes amis. On peut fêter ça plus tard… je pensais que tu avais déjà quelque chose de prévu. »

Miranda expira profondément par le nez pour se calmer. La vérité était qu’elle avait décliné ces invitations parce qu’elle voulait passer le Nouvel An avec Andrea. Elle le voulait terriblement. Elle avait pensé qu’elle l’aurait pour elle seule pour au moins quelques jours. Miranda ayant la garde partagée des filles avec Jeffrey, elle les aurait pour Noël et il les aurait pour le Nouvel An, lui laissant son calendrier ouvert. Andrea devait revenir de l’Ohio le 29. C’était parfait. Mais maintenant, c’était foutu. « C’est… »Elle prononça presque ces mots terriblement cliché ‘notre premier Nouvel An ensemble’, mais elle ferma la bouche. Une pensée lui vint à l’esprit, qui la fit partir dans une autre direction.

Peut-être aimait-elle plus qu’Andrea; Peut-être que les sentiments n’étaient pas retournés aussi profondément. Peut-être n’était-ce qu’une passade. Andrea était si jeune et Miranda n’était que sa troisième relation. Il y avait toujours la possibilité qu’Andrea veuille faire cavalier seul. Voir d’autres gens. D’autres femmes.  Miranda gronda. « Bien. Va avec tes amis ! Ne t’oblige pas à m’appeler, je vois quelles sont tes priorités maintenant. Ne viens pas ce soir ! En fait, ne viens plus !

« Attends une putain de seconde, Miranda ! »

« Je t’ai dit de changer de ton, » fit Miranda. « Mieux encore, cette conversation est terminée. Au revoir. » Miranda raccrocha, ignorant le serrement de son estomac. Andrea lui donnait tant de bonheur, mais ça ne pouvait pas durer. C’était toujours comme ça.  Il valait mieux que ce soit maintenant que plus tard, quand il serait trop tard pour Miranda de s’en sortir avec un semblant de grâce.

Elle regarda sa montre. Il était six heures passées. Elle n’avait pas de projet pour la soirée. Elle allait rentrer chez elle, dîner avec ses enfants, puis boire jusqu’à s’abrutir. C’était la meilleure chose à faire. Elle sortit de son bureau. « Je m’en vais. » Monique se précipita pour prendre le manteau et le sac de Miranda.

Emily sauta de sa chaise, un bloc en main. « Mais les chemisiers de chez Prada viennent juste d’arriver. Devrais-je les apporter chez… »

« Non. Juste le Book. Je m’occuperai du reste demain matin. »

« Mais la séance photo est à 7 heures 45… Comment allez-vous… »

Miranda roula des yeux. « Bien. Allons les voir ! » Miranda passa tout en revue pendant cinq minutes, mais il était difficile de s’intéresser. « Celui-ci pour Janine. Marguerite peut porter le bleu, sauf si elle n’a pas perdu ces deux kilos et demi. Si ça ne lui va pas, vous avez ma permission de la bannir du studio photo. De façon permanente. » Jetant un coup d’œil à Emily, sa bouche forma un rictus. « Et débarrassez-vous de cette ombre à paupière ! Nous ne sommes pas sur le tournage de Priscilla, Folle du Désert ! »

La bouche d’Emily s’ouvrit d’étonnement et elle porta une main tremblante à son front. « Bien sûr, Miranda ! »

Miranda se sentit presque désolée de dire ces mots. Emily avait son propre style. C’était quelque chose que Miranda appréciait secrètement. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, elle en avait horreur. Elle avait horreur de tout et de tout le monde. Elle jeta son manteau par-dessus son épaule et déboula hors de son bureau.

Le trajet en ascenseur fut suffocant. Au dehors, le froid s’abattit sur elle de façon physique, mais la voiture conduite par Roy s’approchait déjà du trottoir.

« Eh ! Eh toi ! » cria quelqu’un. Miranda se retourna et vit Andrea qui courrait vers elle, les cheveux au vent. Avec son jeans et son gros pull, on aurait pu croire qu’elle était en retard à un match de football américain sur un campus universitaire. Encore une bonne raison pour Miranda de s’être réveillée à temps de ce rêve. Cette fille était beaucoup trop jeune pour elle, pour ne pas dire immature. « Je te défie de monter dans cette voiture ! » cria Andrea.

Miranda se dirigea tout droit vers la voiture et monta dedans sans une hésitation. Mais Andrea était trop près et avant que Miranda ait le temps de bloquer la porte, Andrea l’ouvrit avec force, repoussa Miranda et monta à son tour. « Sors de là ! » siffla Miranda.

« Tais-toi ! Roy, vous permettez ? »

« Nan. » La vitre de séparation monta aussitôt.

Quand celle-ci fut en place, Andrea se tourna vers Miranda, son beau visage rougi par la fatigue et le froid. « Bon Dieu, qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? »

« Rien du tout. Je viens juste de comprendre ce que notre relation signifiait pour toi. C’est à dire pas grand chose. Tu es libre de faire comme tu veux, Andrea. » Les mots brisaient le cœur de Miranda. Mais elle ne plierait pas. C’était fini.

« Grand Dieu, tu es folle ! Je pensais que je te rendais service. Et tu ne m’as même pas laissé finir ! Je serais venue te retrouver après tes réceptions. Quand j’ai dit plus tard, je voulais dire plus tard dans la soirée, chez toi ou chez moi ou n’importe où. Je veux dire… Je sais que tu ne veux pas qu’on soit vues ensembles… »

« Je n’ai jamais dit, » interrompit Miranda.

« Tu n’as pas besoin. C’est implicite. On ne sort pas. Personne n’est au courant pour nous et ça me convient. Pour l’instant. Alors je pensais que tu sortirais de ton côté et moi du mien et qu’on se retrouverait après pour faire la fête. Faire ce que les gens amoureux font le soir de la Saint Sylvestre. Boire du champagne et faire l’amour et être heureuses. » Elle secoua la tête. « Qu’y a-t-il de si horrible dans tout ça ? »

Miranda avait écouté chacun des mots d’Andrea, mais son attention s’arrêta à deux mots en particulier. Elle essaya de les répéter, mais elle eut du mal.

« Quoi ? » demanda Andrea.

« Amoureux, » Dit finalement Miranda dans un souffle. « Tu as dit des gens amoureux. »

Andrea sembla reconnaître le changement d’attitude de Miranda et haussa les épaules. « Ouais. » Ses lèvres se plissèrent tristement. « Je t’aime. »

« Oh ! » fit Miranda. Quelque chose dans son cerveau n’était pas loin du court-circuit. « Oh ! »

« Sauf que maintenant, c’est plutôt dur. J’ai vraiment, vraiment horreur qu’on me raccroche au nez. Et si tu ne peux pas croire que je préférerais passer le Nouvel An avec toi plutôt qu’avec n’importe qui d’autre, tu es une imbécile. Toute ma vie est organisée autour de ton emploi du temps, Miranda. Même si je n’ai pas beaucoup dormi, ou si j’ai du travail, ou si je suis occupée, ou que ma famille veut me voir. Et maintenant que j’essaie de te laisser faire ce que tu as à faire tout en nous ménageant du temps ensemble, ça se retourne contre moi. » Elle essuya ses yeux. « Pourquoi es-tu si rapide à assumer que je ne veux pas être avec toi ? Est-ce que ce n’est pas ce que tu veux ? » Elle renifla et son visage se transforma soudain. « Est-ce que tu essaies de me laisser tomber ? Je pensais que tu m’aimais aussi. Oh mon Dieu, je suis si bête ! » dit-elle dans un sanglot et elle se mit à pleurer.

« Arrête ! » dit Miranda, posant une main sur l’épaule d’Andrea et relevant son menton de l’autre. « S’il te plaît. Bien sûr. Bien sûr que je t’aime. » C’était bien plus facile à dire qu’elle ne l’avait imaginé. « Je t’aime énormément. C’est seulement que… mon esprit me joue des tours… je croyais… oh juste !… peut-on oublier tout ça ? »

Une lueur d’espoir brilla dans les yeux d’Andrea. « Tu m’aimes ? »

Miranda fit oui de la tête. « Je suis une imbécile. Je suis désolée. »

Andrea se jeta au cou de Miranda, ses bras la serrant très fort. Elles s’agrippèrent l’une à l’autre et l’estomac de Miranda se dénoua alors que la tension la quittait rapidement.

« Ne me raccroche plus jamais au nez ! » insista Andrea. « Je ne le supporte pas. »

Miranda souffla de soulagement. Le souffle chaud dans son cou lui donnait la chair de poule. « Promis. »

« Je vais annuler avec Doug et Lily. »

« Non, » dit Miranda. « Vas-y ! Nous ferons comme tu as dit. Passe du temps avec tes amis ! J’irais à une réception ou deux et nous nous retrouverons cher moi. » Elle embrassa une petite surface de peau douce derrière l’oreille d’Andrea. « Mais ensuite, tu es à moi. Je ne vais pas te laisser sortir pendant trois jours entiers. D’accord ? »

Andrea trembla dans l’étreinte. « Ouais. »

L’obscurité se dissipa du regard de Miranda et les choses se remirent en place.

Les nuages étaient plus sombres que jamais dans le ciel et quelques flocons de neige commençaient à apparaître, fondus avant d’atteindre le sol. Cela aurait dû être un paisible après-midi. Miranda était censée être assise avec Mark et James dans leur bureau à étudier en avant-première leur nouvelle collection. Andrea était supposée être assise à son bureau, en train de taper tout en écoutant de la musique dans son casque. Elles échangeraient quelques emails pour discuter ce qu’il y aurait à dîner et à quelle heure chacune serait à la maison. Miranda rappellerait qu’elle avait quelque chose de prévu le vendredi soir suivant, mais que les jumelles voulaient une soirée cinéma alors si Andrea pouvait passer du temps seule avec elles.

Andrea aurait dit oui. De ça, Miranda en était sûre. Andrea disait toujours oui.

Les larmes s’échappèrent des yeux de Miranda et coulèrent sur ses joues sans avertissement. Elle laissa ses lunettes de soleil en place, mais sa respiration se fit plus rapide. Elle couvrit sa bouche contre le cri de terreur qui menaçait d’envahir sa gorge. Ne pas savoir la rendait folle. Chaque seconde qui passait était plus difficile à supporter. « Je vous en prie, » supplia-t-elle vers l’espace vide devant elle. « Je vous en prie, faites qu’elle aille bien ! » Tout son corps fut pris de tremblements bien qu’elle ne sente plus le froid.

La neige se mit à tomber.

Miranda pleura pendant un temps indéterminé, seule. Elle vit les officiers de police se rassembler, se séparer, se déplacer, mais il semblait n’y avoir aucune différence après des heures à regarder. Pourquoi ne pouvez-vous juste pas entrer et la délivrer ?

Finalement, Marcus revint vers elle tout en buvant du café et en fumant. Il lui tendit une tasse qui était encore chaude et Miranda voulut l’embrasser. Il lui tendit aussi une cigarette allumée. « Il y a du progrès, » dit-il.

« Quoi ? » Le cœur de Miranda s’arrêta.

« Des conversations. Ils lui parlent régulièrement maintenant. Il est redescendu de son trip et le bébé n’arrête pas de pleurer et il essaie juste de ne pas craquer.

« Il n’est pas le seul, » grommela Miranda.

Il tira une bouffée de sa cigarette. « Je vous ai vu craqué un peu il y a quelques temps. Vous avez tenu le coup bien plus longtemps que d’autres. Vous avez des couilles en acier, femme ! »

Miranda s’étrangla. « C’est nouveau. Ne dites rien au New York Post ! Cela pourrait remplacer Femme Dragon ou même Reine de Glace comme surnom du jour. »

« Ils vous appellent comme ça ? Dans la presse ? »

« Vous ne sortez pas beaucoup. N’est-ce pas, Inspecteur ? »

« Pas dans votre monde. »

Ils continuèrent de fumer, en silence, alors qu’une neige plus épaisse tombait autour d’eux. Miranda regretta de ne pas avoir une capuche.

« C’est plutôt injuste, » dit Marcus.

« Pardon ? »

« Reine de Glace ou tout ce qu’ils peuvent vous appeler, » dit-il. « Je ne vous connais pas très bien, mais vous ne me semblez pas du tout comme ça. »

« Et comment je vous semble alors ? »

Il la regarda avec attention et retira ses lunettes de soleil avec précaution. Ses yeux s’adoucirent. « Humaine. Vous êtes humaine comme tout le monde. »

Elle attrapa ses lunettes de soleil et les remit en place. « Gardez ça pour vous, Samuelson ! J’ai une réputation à maintenir. »

Il rit et tapota son épaule. Miranda se sentit reconnaissante de ce froid réconfort.

Alors que Miranda aspirait sur le filtre de sa cigarette, souhaitant qu’elle ait duré un peu plus longtemps, elle entendit un bruit bizarre, comme le pop de ballons qui éclataient. Son corps réagit alors même que son esprit avait besoin d’un moment pour réaliser. Samuelson partit en courant et elle entendit deux autres pops, suivis d’une série de cris alors qu’une nuée de policiers se précipitait vers la maison.

Miranda lâcha son café, remarquant à peine qu’il s’était renversé sur ses chaussures.

5ème Partie

« Pas sur le lit ! » s’écria Miranda, mais Andrea l’ignora et fit sauter le bouchon. Le champagne déborda, comme Miranda l’avait prédit et elle essaya de récupérer le vin  dans un verre alors qu’il dégoulinait sur ses draps en coton d’Egypte. « Grand Dieu, Andrea ! Tu n’as aucune manière ! »

Andrea continua de rire avant de porter la bouteille à sa bouche et de boire au goulot. « Mes manières, » dit-elle essoufflée. « J’adore que tu parles de mes manières après m’avoir fait jouir sur la banquette arrière d’un taxi. D’un taxi qui sentait le patchouli, rien que ça. »

Miranda plissa ses lèvres. « Ce n’est pas ma faute si tu portais du Chanel ce soir. A quoi t’attendais-tu ? » Andrea habillée en rouge rendait Miranda folle : il était déjà difficile de lui résister dans une autre couleur, mais le rouge menait Miranda droit au bord du précipice. Et au-delà.

Versant enfin le champagne dans deux verres, Andy remua son derrière nu de façon aguicheuse. « Je voulais juste m’assurer que tu appréciais ce que tu avais. Il n’est pas question que tu me négliges. » Elle tendit un verre à Miranda et grimpa sur le lit près d’elle tout en évitant l’endroit où le champagne avait coulé. « Et ce lit est si grand que cette trace humide ne va pas nous déranger. »

Avec un reniflement, Miranda répondit. « J’imagine. Il a vu pire dernièrement. »

Les yeux d’Andy s’écarquillèrent. « Ooh, ça m’excite quand tu me dis des trucs cochons. »

« Je sais, chérie, » murmura Miranda. Elle regarda Andrea d’un air concupiscent alors que celle-ci s’assit à un endroit plus confortable, c’est à dire en travers des hanches de Miranda, adossée contre ses jambes repliées. Andrea souleva son verre et but pendant que Miranda admirait le mouvement élégant de sa gorge. « Tu es belle. »

« Merci, » répondit Andrea. Soupirant profondément, elle dit. « J’aime tant être avec toi. Tu penses que ce sera toujours comme ça ? »

Miranda ajusta son oreiller et regarda cette femme qui emplissait sa vie de lumière. « Je ne sais pas. Ce serait bien. »

« Je ne peux pas imaginer t’aimer davantage. Ou être plus heureuse. »

« N’allons pas croire que ça va se dégrader à partir de maintenant, » répondit Miranda d’un ton sarcastique.

Andrea gloussa. « C’est vrai. Mais c’est une sacrée bonne façon de commencer l’année. »

« En effet. » Miranda ne pouvait se souvenir d’une meilleure nuit de la Saint Sylvestre.

« Est-ce qu’il t’arrive de penser à l’avenir ? » demanda Andrea.

Bien que Miranda fût momentanément distraite par la cuisse douce et blanche sous sa main, elle jeta un coup d’oeil. L’expression d’Andrea était distante. « De temps en temps. »

« A quoi penses-tu ? Pour la semaine prochaine ou l’année prochaine ou même plus tard ? Comment t’imagines-tu ? »

« Es-tu ivre ? »

Andrea sourit paresseusement. « Rien qu’un peu. Le champagne me rend songeuse. »

« Je vois ça, » répondit Miranda. Elle réfléchit à la question, prenant la chose sérieusement. « Je ne me projette pas vraiment dans l’avenir. Je trouve ça difficile. Il y a trop de choses au quotidien pour que je m’inquiète en plus de ce qui va se passer plus tard. »

Cela sembla surprendre Andrea. « Vraiment ? Je pensais que tu avais une espèce de grand programme déjà prévu. »

Avec un reniflement, Miranda sirota son champagne. « Un grand programme. Non. » Mais les pensées que pouvait avoir Miranda concernant l’avenir étaient tintées d’un soupçon de mélancolie. Un cycle qui se répétait. Des villes, des défilés, des gens, toujours les mêmes, seuls les couleurs et les styles changeant. Et si tout cela l’avait excitée, cela commençait maintenant à la lasser. D’ordinaire, Miranda refoulait cette sensation quand elle apparaissait, mais pour une fois, elle la laissa se développer. « Il se peut… que je me lasse. De Runway. Je me vois passer à autre chose à un moment ou à un autre.

Une autre surprise pour Andrea. « Vraiment ? » Elle sourit. « Ca alors ! Runway sans toi, c’est dur à imaginer. Tu laisserais un trou béant derrière toi. Personne ne pourrait prendre ta place. »

« Bien sûr. Je suis irremplaçable, » dit Miranda, ne plaisantant qu’à moitié.

« Pour eux, probablement. Pour moi, c’est sûr. » Andrea caressa son ventre, faisant courir un doigt le long de sa hanche. Elle détourna alors son regard de Miranda. « Penses-tu que j’y ai ma place quelque part ? »

Miranda fronça des sourcils. « Quelque part ? »

« Dans ton avenir. » Andrea jeta rapidement un coup d’oeil en l’air, puis à nouveau de côté. « Dans ta vie. Je sais que ça ne fait pas longtemps et il y a la différence d’âge et le fait que je suis… »

« Oui, » répondit rapidement Miranda avant que ses nerfs ne la lâchent.

Andrea souffla. « Ouais ? » Elle laissa tomber sa tête en arrière et ses cheveux sombres vinrent chatouiller les jambes de Miranda. A nouveau, Miranda fut clouée sur place à la vue de ce cou long et élégant. « C’est bien. Super. Parce que je te vois dans le mien. »

Avec précaution, Miranda posa son verre sur la table de nuit, puis de même, prit celui d’Andrea. Les lèvres d’Andrea s’incurvèrent avec douceur et ses yeux se plissèrent en un sourire quand Miranda l’attira dans ses bras pour un baiser profond. « Bonne Année ! » dit-elle avec une sensation de vertige, frissonnant de plaisir du haut de son crâne jusque dans ses orteils. »

Les pieds de Miranda ne voulaient pas bouger. Le bout de ses doigts picotait. Ils faisaient ça quand elle avait une soudaine frayeur, comme quand une voiture manquait de peu de rentrer dans la sienne ou quand une porte s’ouvrait devant elle alors qu’elle tendait la main pour saisir la poignée. C’est seulement quand elle réalisa qu’elle ne respirait pas qu’elle commença à suffoquer et elle se mit en mouvement. Bien qu’elle n’arrête pas de glisser, elle ne tomba pas alors qu’elle courait en avant, l’esprit vide sous le choc.

Une arme. Une arme avait tiré ces coups de feu.

Andrea, pensa-t-elle. Andrea.

Aucun autre mot ne lui vint à l’esprit quand elle se heurta à un mur formé de corps humains dont aucun ne céda le passage. Quelqu’un l’attrapa et la tira en arrière, mais elle se débattit aveuglément, incapable de reprendre son souffle. « Laissez-moi passer ! » cria-t-elle et elle ne s’arrêta que lorsqu’elle entendit d’autres coups de feu à proximité.

« La maison est dégagée ! » dit une voix.

« On y est, apportez une civière. Non, il n’y a pas assez de temps. Dégagez le passage ! »

Un bébé criait. Non, hurlait, pensa Miranda. Un bébé hurlait comme si on était en train de le tuer. Les genoux de Miranda lâchèrent et elle se raccrocha à la veste de quelqu’un. Un homme se retourna et l’aida à se redresser. « Eh ! » dit-il. « Eh ! »

« Il faut que je passe, » dit-elle d’une voix rauque. « Il faut… »

« Ça va, » dit l’homme tout en l’éloignant de la maison, de l’endroit où Andrea gisait peut-être mourante. Ou morte. « Venez par ici ! »

« Non ! » s’étrangla-t-elle. « Il faut que je passe. » Elle se débattit avec lui, mais l’homme la tint plus fort jusqu’à ce qu’il soit rejoint par quelqu’un d’autre tout aussi fort. « Non ! »

Les deux hommes la traînèrent à travers la neige et ses lunettes de soleil voltigèrent alors qu’elle se débattait. Ses talons glissants la trahirent, leur permettant de l’éloigner. « Vous ne pouvez pas vous approcher. Vous devez rester derrière la barrière. »

Elle était au bord de l’hyperventilation quand Samuelson sembla leur tomber dessus, son imper noir volant derrière lui comme une cape. « Qu’est-ce que vous foutez ? Laissez-la ! »

« C’est une spectatrice… »

« C’est un membre de la famille de l’un des otages. » Samuelson agrippa le biceps de Miranda et l’éloigna des deux hommes qui étaient des policiers comme Miranda s’en rendit enfin compte.

« On sécurise la zone… Elle n’a pas dit qui elle était, » se plaignit l’un d’entre eux.

« Qu’importe ! » Il regarda Miranda et fit un signe de tête. « Elle va bien. »

Miranda crut qu’elle avait entendu les mots qu’elle désirait entendre depuis ce qui semblait être des lustres. « Pardon ? »

« Andy va bien. Elle a un sacré coquard et elle s’est coupée sur du verre, mais elle est en un seul morceau. »

Miranda attrapa ses bras, glissant à nouveau dans la neige. « Etes-vous sûr? Etes-vous absolument certain ? »

« Ouais. Ils vont la mettre dans une ambulance. »

« J’ai besoin d’aller… »

« Vous m’étonnez. Allons-y ! » Il plaça un bras protecteur autour de ses épaules et l’entraîna à travers la chaussée. « Vous avez besoin de meilleures chaussures. »

Miranda ne pouvait répondre. Elle avait la gorge serrée. « Etes-vous sûr ? » répéta-t-elle.

« Pas si vite ! » Il joua du coude pour se frayer un chemin et quand un passage se forma, Miranda se retrouva au milieu du chaos. Elle vit le bébé, en train de hurler, tenu par sa mère en larmes. Le tee-shirt de la femme était couvert de sang. A peine à quelques pas de là, elle vit un homme sur une civière qui saignait abondamment alors que le SAMU s’occupait de lui. Ils se parlaient avec des voix nettes, mais Miranda ne pouvait comprendre ce qu’ils disaient. Ses oreilles ne fonctionnaient pas correctement.

Mais une voix résonnait au-dessus des autres et Miranda se pencha vers elle comme une rose vers le soleil.

« Il faut que je reste avec Maria et Pedro et Lucy, » disait la voix très fort. « Je dois être sûre qu’ils vont bien. Et puis il y a quelqu’un ici, quelqu’un qui m’attend et il faut que je la trouve. » Miranda pouvait à peine respirer : elle tituba, entraînant Samuelson à son tour. « Non, je ne peux pas monter là dedans. Grand Dieu, vous ne pouvez pas me donner quelques minutes ? Et je ne veux pas de ça ! »

« Nous devons vous emmener à l’hôpital… »

« Ça ne va pas me tuer d’attendre quelques minutes ! » fit la voix, stridente, mais toujours hors de vue.

« Andrea, » fit Miranda d’une voix rauque, essayant de parler plus fort. « Andrea ! »

Et soudain, à quelques mètres, enveloppée dans une couverture, Andrea apparut. Elle était assise à l’arrière d’une ambulance aux portes ouvertes alors que deux ambulanciers essayaient de lui faire faire quelque chose qu’elle ne voulait visiblement pas. Un inspecteur à l’air sévère se tenait à côté.

Miranda se tint immobile. La peau d’Andrea était pâle comme de la craie et un horrible hématome avait fermé un de ses yeux. Ses lèvres étaient également pâles et Miranda pensa voir du sang le long de son cou. « Andrea, » dit-elle enfin plus fort, choquée en réalisant qu’elle avait sa voix habituelle. Elle aurait tout aussi bien pu demander où se trouvait son Starbucks et pourquoi on ne lui avait pas encore apporté les jupes ?

Andrea se tourna vers la voix, son oeil sain s’écarquillant. « Miranda, » dit-elle dans un souffle, tendant  en avant ses doigts tremblants.

Cette image sembla actionner un interrupteur et le cerveau de Miranda se remit à fonctionner. Elle réalisa que ses pieds étaient gelés et ses cheveux mouillés. Et son visage était engourdi par le froid. Elle réalisa qu’Andrea, assise là avec la neige qui tombait autour d’elle, était la chose la plus belle qu’elle ait jamais vue. Enfin, elle réalisa que quelqu’un quelque part avait répondu à ses prières et qu’elle était reconnaissante et le serait toujours. « Andrea, » dit-elle pour la centième fois ce jour-là et elle tendit la main.

« Maman ! » cria Caroline d’une voix perçante.

Miranda s’écarta dans un sursaut et retira sa main de celle d’Andy. « Oui ? » dit-elle en jetant un regard furieux à sa fille.

« Que fais-tu ? » demanda Caroline.

« Je dis au revoir à Andrea. »

« Etiez-vous en train de vous embrasser ? »

A côté de sa sœur, Cassidy en eut le souffle coupé d’étonnement.

« Je… » commença Miranda. Elle n’était pas encore prête à ce que ses enfants soient au courant. « Je… cela ne vous regarde pas. »

Andrea émit un petit grognement incrédule. Miranda dirigea son regard furieux vers elle. « N’en rajoute pas ! » gronda-t-elle.

« C’est vrai ! » s’exclama Caroline. « Vous étiez vraiment en train de vous embrasser ! Argh ! » Caroline fit demi-tour et grimpa les escaliers en courant. Après un moment, Cassidy la suivit et une porte claqua.

Miranda soupira. « Je dois aller les voir. On peut oublier la discrétion. »

« Je vais t’attendre. »

« Non, tu peux y aller… »

« J’ai dit que j’allais attendre. Je serai dans le bureau, » dit Andrea avec un sourire. Elle embrassa Miranda sur la joue et tapota son derrière. « Tu vas t’en sortir. »

« Oh, mon Dieu ! »

A l’étage, Miranda se dirigea vers la chambre de Caroline où elle trouva les deux fillettes qui se parlaient à voix basse. Elles se turent quand Miranda entra dans la pièce. « Les filles, Maman a besoin de parler de quelque chose avec vous. »

Caroline souffla d’exaspération. « M’man, on a douze ans. Cette façon de commencer tes phrases par Maman ceci ou Maman cela, c’est pour les bébés. »

« Exact, » fit Miranda tout en se maudissant pour avoir oublié. « Bien sûr, vous êtes presque des adolescentes. Assez grandes pour comprendre que Andrea et moi sommes de très bonnes amies, n’est-ce pas ? »

« Plus que des amies, » grommela Caroline, alors que Cassidy lui flanquait un coup de coude.

« Eh bien… Oui. » Ce n’était pas la peine de le nier. « Andrea a de l’importance pour moi. J’ai beaucoup d’affection pour elle… »

« Plus qu’avec Stephen ? » demanda Cassidy.

Ceci arrêta net Miranda. « Stephen. Qu’a-t-il à voir avec tout ça ? »

« Si elle ne fait que passer et que dans deux ans, on ne la voit plus, je n’ai vraiment pas envie de la connaître, » dit Caroline d’un air furieux. « Tout ceci est si agaçant. »

Oh, pensa Miranda. Sottement, elle n’avait pas réfléchi à ça.

« Tu l’aimes vraiment bien ? » demanda Cassidy. « C’est une fille. Je croyais que tu aimais les garçons. »

Miranda porta ses doigts à son front. « Eh bien, j’aimais bien les garçons. Les hommes. Vraiment. Mais j’aime aussi beaucoup Andrea. » Déglutissant avec difficulté, elle serra les dents. « Je suis amoureuse d’elle. »

Les yeux de Caroline devinrent immenses et Cassidy se recroquevilla. « Tu aimes une fille ? » dit Caroline.

« Mais tu aimais Stephen et Papa et ils sont partis tous les deux. » Dit Cassidy, la voix suppliante. « Que va-t-il se passer si je me mets à bien l’aimer et tu changes d’avis et elle part à son tour ? »

Cette conversation tournait en quelque chose de beaucoup plus vaste que ce qu’elle aurait souhaité. Elle aurait dû envisager les choses de façon plus approfondie. En fait, elle aurait vraiment dû y penser. Mais il avait été plus facile d’éviter le sujet plutôt que de l’aborder de front ou même de côté. Andrea ne passait jamais la nuit quand les filles étaient à la maison. Les choses n’auraient pas été différentes ce soir-là si Miranda avait fait plus attention.

Mais si elle était honnête avec elle-même, elle aurait pu faire plus attention. Elle aurait pu embrasser Andrea pour lui dire au revoir dans le bureau comme elle faisait habituellement, longuement et lentement, contre la porte et savourer pleinement son soupir sensuel quand elles se seraient séparées.

Ce soir, elle ne l’avait pas fait. Elle avait embrassé Andrea sur la bouche une fois, puis encore, parfaitement visible depuis la cage d’escalier d’où les filles avaient notoirement l’habitude d’espionner Miranda et toute autre personne se trouvant dans la maison.

Peut-être s’était-elle inconsciemment rendu service.

« Je ne sais pas ce qu’il va se passer entre Andrea et moi, mes Chéries. Mais j’… apprécie sa compagnie. Je la veux dans ma vie. Nos vies. » Miranda déglutit et dit quelque chose qu’elle n’avait jamais dit avant à ses enfants. « Vous souvenez-vous quand je vous ai demandé si vous vouliez que Stephen soit votre père ? Votre beau-père ? »

Les filles firent oui de la tête.

« J’ai dit que si vous ne l’aimiez vraiment pas, je ne l’épouserais pas. »

Elles firent le même signe de tête.

« Je ne ferai pas ça, cette fois. »

Caroline réagit, hors d’elle. « Pourquoi pas ? »

Miranda décida de ne pas dire à ses filles que si elle devait choisir entre elles, son cœur se briserait. « Je ne peux tout simplement pas. » Bien qu’elle essaya en général de ne pas montrer de vulnérabilité devant les jumelles, ses yeux se remplirent de larmes. « Je ne peux pas renoncer à ça. Pas maintenant. »

Les deux fillettes restèrent silencieuses jusqu’à ce que Cassidy dise solennellement, « Purée ! »

Je vous en prie, ne me demandez pas ça ! » dit Miranda doucement.

Caroline fronça des sourcils, sa bouche se plissant en une expression que Miranda détestait. Elle avait la même. « Je suppose. »dit-elle enfin.

« Ok M’man, » concéda Cassidy. « Elle n’est pas si mal. »

Pour l’instant, ça suffirait. Miranda les étreignit l’une après l’autre et embrassa leur front tout en poussant un énorme soupir de soulagement. « Qui sait, vous pourriez vous mettre à l’apprécier. »

« Peut-être, » répondit Caroline. « Vous n’allez pas vous remettre à vous bécoter, n’est-ce pas ? »

« Ne soit pas insolente ! » prévint Miranda. Elle avait ses limites. « Mais non, Andrea va retourner chez elle. Il se peut qu’elle vienne ce week-end. Et son anniversaire est bientôt… »

Caroline l’interrompit. « Grand Dieu, M’man, laisse nous souffler. On vient juste d’apprendre la vérité, d’accord ? »

Miranda n’était pas loin de répondre sèchement, mais elle tint sa langue et tapota le bras de Caroline. « Oui, ma Chérie. Dormez bien ! Nous en reparlerons demain matin. »

A l’étage du dessous, Miranda prit une profonde inspiration pour se calmer avant de retourner dans le bureau. Andrea regarda par-dessus son exemplaire de Vanity Fair. « Comment ça s’est passé ? »

« Plutôt bien. Tu n’es pas totalement importune. »

« Ne t’inquiète pas ! Elles vont m’aimer. Maintenant qu’elles savent, elles vont s’habituer à la situation en deux temps et trois mouvements. Tu verras. »

Miranda espéra qu’elle avait raison. Mais au lieu de laisser l’inquiétude gâcher sa soirée, elle s’assit sur le canapé et enveloppa Andrea dans une chaleureuse étreinte.

Suite

Retour aux Archives

© Styx63 pour la traduction 2009

Publicités

Un commentaire »

  1. […] Light Up May 2009 5 […]

    Ping par Les stats de 2010 « Au bord du Styx — 3 janvier 2011 @ 20:45 | Réponse


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :