Au bord du Styx

Light Up – 2

Light Up

par Harriet

Avertissements : voir la 1ère Partie

6ème Partie

Andrea semblait perdue quand Miranda s’approcha et elle inspira brusquement quand leurs mains se touchèrent. « Je t’ai vue, » dit Andrea. « Je t’ai vue aux infos. Il avait allumé la télé  pendant un moment et tu étais dans la foule. Je t’ai vue tout de suite. Tes cheveux, » dit-elle alors que sa voix se brisait. « Je savais que c’était toi. Tu étais comme une balise. Et quand je t’ai vue, j’ai su que ça allait bien se passer. Tu n’accepterais rien d’autre. »

Miranda s’assit avec précaution à côté d’Andrea, prenant délicatement sa main, ne voulant pas l’effaroucher. « C’est vrai. J’aurais vraiment été mécontente. »

Andrea se mit à respirer un peu plus vite. « J’ai vraiment eu peur pendant un moment. J’avais si peur. Il m’a frappée quand ça a commencé et il a frappé Maria aussi, mais ce n’était pas grave. Je veux dire, ça ne l’était pas. J’avais juste si peur et je t’ai vue peu après. Ca m’a fait me se sentir mieux, même plus tard. Quand… je veux dire, ce n’était pas grave. C’était juste affreux, » bredouilla-t-elle. Sa respiration était rapide maintenant. Elle était en train de perdre le contrôle qui lui avait permis de garder la tête froide au cours des six dernières heures.

Miranda acquiesça de la tête. « Tout va bien, ma Chérie. Tu vas bien. Tu es en sécurité maintenant. »

Le visage d’Andrea se défit alors et elle éclata en sanglots en s’appuyant contre Miranda qui la tint tout en caressant son dos et en embrassant ses cheveux. Pendant ce temps, les infirmiers et les policiers essayaient d’avoir l’air occupé à d’autres choses plus importantes.

La neige tombait, plus épaisse maintenant et le bruit autour d’elles commença à diminuer alors que les minutes s’écoulaient. Miranda changea de position, passant ses bras sous la couverture pour pouvoir toucher la peau d’Andrea. Mais quand Andrea eut un geste de recul, Miranda s’écarta. « Quoi ? »

« Rien, » dit Andrea. « C’est juste… rien. »

Mais la main de Miranda revint couverte de sang et son estomac se serra. Immédiatement, elle écarta la couverture et réalisa que le bras gauche d’Andrea était effectivement blessé comme Samuelson l’avait indiqué. Elle ne pouvait pas bien voir les plaies, mais elles étaient là et elles nécessitaient des soins immédiats. « Tu es blessée, Andrea, » dit-elle, incapable d’attendre plus longtemps. « Allons dans l’ambulance… »

« Non ! » aboya Andrea tout en saisissant le col du manteau de Miranda. « Non, je ne veux pas monter. Ils peuvent me soigner ici. N’est-ce pas ? »

« Chérie, il faut aller à l’hôpital… »

« Je ne veux pas monter là-dedans ! » s’écria Andrea, sa voix soudain frénétique. « S’il te plaît, » supplia-t-elle. « S’il te plaît ! »

Samuelson fit le tour pour se retrouver dans le champ de vision de Miranda et il fit un geste de la main invitant au calme.

« OK, » dit Miranda, presque pour elle-même. « OK. Peut-être que nos amis ici peuvent faire quelque chose… » Miranda ne savait pas quoi faire.

« Peut-être que si on allume la lumière à l’intérieur, » dit Samuelson, passant derrière un infirmier et allumant la lumière d’un blanc aveuglant à l’arrière de l’ambulance. « Vous voyez ? Il y a plein de place. Et c’est bien éclairé. Vous pourrez tout voir, mieux encore qu’à l’extérieur. De plus, avec la neige, la nuit va bientôt tomber. Je pense que ce serait mieux ici. »

La respiration d’Andy redevenait normale alors qu’elle jetait un coup d’oeil derrière elle, le regardant d’un air soupçonneux.

« Et il  y a des fenêtres, vous savez. Vous pouvez voir au dehors, » fit-il remarquer.

« Je ne suis pas une imbécile, » dit Andrea, la voix pleine de sarcasme. « Je vais bien. J’ai juste… » Elle ne put finir.

Samuelson l’encouragea de la tête. « Vous pouvez le dire. Allez-y ! »

« J’ai été enfermée dans un placard pendant un bon bout de temps. » Miranda serra sa main un peu plus fort. « Je n’arrêtais pas de lui parler, de lui dire que ce serait mieux de discuter avec les flics parce qu’avec deux cents policiers au dehors, il n’allait pas s’en sortir. Je veux dire… c’était évident, non ? » Elle rit amèrement. « Alors il m’a enfermée dans le placard. Et il a bloqué la porte avec quelque chose. Je ne sais pas quoi. » Quelques larmes s’échappèrent et Andrea les essuya d’un geste furieux. « J’avais peur. Je pensais qu’il allait me tuer à travers la porte. Et qu’il allait tuer Maria et Pedro et Lucy. »

« Mais ils ne sont pas morts, » dit Samuelson. « Ils sont là-bas. » Il pointa du doigt et Miranda se retourna pour voir les trois autres otages ensemble en train de se faire examiner par les SAMU. Un amas de policiers se tenaient également autour d’eux. « Quoi que vous ayez fait ou dit, ça a marché. Cela vous a gardé en vie. OK ? » Il jeta un coup d’oeil à l’autre inspecteur qui n’avait pas dit un mot et qui écrivait des choses sur un petit bloc. « Vous avez noté ? » demanda Samuelson.

L’inspecteur silencieux fit oui de la tête.

Miranda proposa. « Si on s’installait à l’intérieur avec les portes ouvertes ? Tu es en train de saigner. Et il fait très froid. Tu as besoin d’être au chaud. »

A point nommé, Andrea se mit à grelotter. « Tu resteras avec moi. »

« Oh oui ! » dit Miranda. Il faudrait qu’ils la traînent maintenant pour l’éloigner.

« OK, je peux essayer. »

Alors que les ambulanciers aidaient Andrea à monter, Miranda regarda Samuelson qui lui fit un signe de tête en une silencieuse conversation. Des larmes naissantes lui serrèrent la gorge, mais elle les combattit vaillamment.

Après un moment, il regarda dans une autre direction, bougeant inconfortablement dans le froid.

« Vous serez à l’hôpital ? » demanda-t-elle.

« J’ai une autre affaire. Mais je passerai. Plus tard. »

Miranda tendit sa main gauche et Samuelson la serra brièvement. « Merci, » dit-elle.

« Ouais. » Il lâcha ses doigts et regarda vers l’autre inspecteur silencieux. « C’est l’inspecteur Rodine. Il prendra la déposition d’Andy quand elle sera prête. On n’est pas pressés. Mais le plus tôt sera le mieux, tant que c’est frais. C’est bon pour elle et c’est bon pour nous. Elle va avoir besoin de parler. Et trouvez-lui un psy, OK ? »

« Bien sûr. »

« Bien. »

« Miranda ? » appela Andrea d’une voix nerveuse.

« J’arrive, » dit Miranda avant de regarder Samuelson une dernière fois.

« A plus. » Alors qu’il passait à côté d’elle, elle crût qu’il toucha son épaule, mais c’était difficile d’être sûre.

De façon peu délicate, Miranda essuya son nez qui coulait avec sa main. Elle devait tout à cet homme. Il était étrange comme une crise pouvait lier à jamais deux personnes en un si court laps de temps.

Mais il n’était pas temps de se plonger dans ses pensées. Andrea avait besoin d’elle. Elle grimpa à l’arrière de l’ambulance et détourna les yeux du sang qui dégoulinait le long d’un bras délicat. Un des infirmiers lui fit de la place près d’Andrea et elle s’assit avec précaution. « Je suis là, Chérie. »

« Miranda, » dit Andrea. « Je vais bien. » Elle semblait presque surprise.

« Oui. »

« Je ne voulais pas mourir. »

« Je sais. »

« Oh merde ! » fit Andrea, réagissant quand un morceau de verre particulièrement douloureux glissa hors de sa chair.

« Désolé, » répondit l’infirmier, qui grimaça par sympathie. « Ecoutez… pouvez-vous boire un peu d’eau ? Je sais que vous n’en vouliez pas, mais ça va aider. Je vous promets. »

Miranda la regarda d’un air encourageant et Andrea accepta la bouteille. Elle but, lentement, pendant que Miranda passait gentiment ses doigts le long du cou froid d’Andrea. « Il faut que j’appelle la maison, et le bureau, et tes parents. »

« Mes parents ? Est-ce qu’ils… »

« Ton rédacteur en chef les a appelés. » Miranda jeta un coup d’oeil à sa montre. « Par chance, ils devraient avoir atterri maintenant. » Elle adressa sa question suivante à l’infirmier. « J’imagine que nous allons à l’Hôpital Presbytérien de New York ? »

« Oui Madame. J’aimerais bien que l’on se mette en route si possible. »

Andrea regarda d’un air tendu les portes de l’ambulance, mais elle accepta. L’inspecteur Rodine ouvrit enfin la bouche. « Je vous retrouverai là-bas. Voici ma carte pour le cas où on ne se retrouverait pas. Il peut y avoir du monde. » Après avoir passé sa carte, il releva le col de son manteau et il s’éloigna dans la nuit.

Quand une infirmière se leva pour fermer les portes, Andrea se raidit, mais Miranda se pencha vers elle. « Je vais appeler tes parents en premier. Si tu veux leur parler, fais-moi signe ! »

« OK. »

Miranda composa le numéro, mais elle tomba sur la boîte vocale. Andrea lui fit signe et elle prit le combiné. Elle grimaça quand elle entendit la voix de son père. « Salut P’pa, » dit-elle d’une voix tremblante. « J’ai été secourue. On va à l’hôpital, mais je vais bien. Appelle ce numéro dès que tu as ce message. Je t’aime. Au revoir. » Une larme coula le long de sa joue quand elle rendit le téléphone à Miranda. « Leur as-tu parlé ? »

« Juste à ton père. »

« Qu’as-tu dit ? »

« Pas grand-chose. Il m’a dit qu’il arrivait et où. Maintenant que j’y pense, je dois joindre Emily. » Miranda utilisa le chiffre 3 de sa numérotation rapide et Emily fut en ligne. « Appelez la voiture et dites-leur d’amener les parents d’Andrea à l’Hôpital Presbytérien de New York. »

« Mais elle va bien ? » demanda Emily. « Nous avons entendu aux infos que la police avait tiré sur le preneur d’otages, mais ils n’ont rien dit d’autre. »

« Elle va bien. Un peu amochée, mais elle est vivante et elle va bien. » Le sourire de Miranda   répondit à celui d’Andrea, plus tremblant.

« Oh, Dieu merci ! Nigel, elle va bien. » dit Emily. Miranda crut entendre un « Alléluia » lointain. « Je m’en occupe. »

Un accès inattendu de gratitude emplit le coeur de Miranda. Elle dit doucement. « Merci, Emily. » Pour tout.

Il y eut un court silence. « Je vous en prie. »

« Je reste en contact. Au revoir. » Elle raccrocha et appela immédiatement Caroline.

« Maman ? »

« Elle va bien, » dit Miranda et il y eut une série de cris pleins d’entrain que même Andrea put entendre malgré le petit haut-parleur du téléphone. « Chérie ? » interrompit Miranda.

« Ouais ? » dit Caroline, essoufflée.

« Nous allons à l’hôpital. Je ne sais pas quand je serai de retour à la maison. Elissa va devoir rester. S’il y a un problème, dis-lui de m’appeler.

« Bien sûr, Maman. Elle a déjà dit qu’elle pouvait rester. Quand pouvons nous venir voir Andy ? »

« Je ne suis pas sûre. Nous devrons voir ce que vont dire les médecins si elle doit rester »

« Je ne reste pas à l’hôpital, » dit Andrea d’une voix ferme.

Miranda regarda l’un des infirmiers qui haussa les épaules et répondit. « Elle n’a pas de commotion cérébrale et en dehors de quelques points de suture, elle n’a besoin de rien. »

Cela voulait dire qu’elles pourraient dormir l’une contre l’autre cette nuit. Si elle pouvait seulement dormir.

Cela prit une semaine entière à Miranda pour organiser le dîner d’anniversaire. Lors d’une nuit sans sommeil, elle établit quatre menus différents et se retrouva à comparer l’intérêt de garder les choses simples ou au contraire de plonger dans l’extravagance. Quand elle commença enfin à discuter avec Curtis, elle passa et repassa en revue le moindre détail. « Pas d’oignon rouge dans la salade ou n’importe où ailleurs, » lui rappela-t-elle.

« Oui, Madame Priestly. »

« Et elle est allergique à la chair de crabe, alors pas de fruits de mer. »

« Oui Madame Priestly. »

« Evitez la sauce Worcester ! J’ai lu qu’il pouvait y avoir des anchois dedans. »

« Les anchois ne sont pas des fruits de mer, Madame Priestly. »

Elle plissa ses yeux. « Pas de sauce Worcester. »

Curtis dégluti nerveusement. « Pas de sauce Worcester. »

Cette nuit-là, les jumelles avaient l’air adorable dans leurs robes Ella Moss, similaires, mais pas identiques. Miranda les avait averties d’avoir à bien se tenir et elles firent oui solennellement de la tête. Elle s’était également excusée auprès d’Andrea d’avoir à rester à la maison pour l’occasion. Elle ne voulait pas que les filles ruinent ce qu’elle souhaitait être une agréable soirée. »

Les jumelles n’avaient pas vu Andrea depuis qu’elles les avaient surprises à s’embrasser. Elles n’avaient pas non plus parlé de la nouvelle « petite amie » de leur mère. Miranda était bien plus nerveuse qu’une femme de 51 ans devrait l’être à propos d’un dîner avec les trois personnes qui lui étaient les plus chères au monde. Mais elle était nerveuse. Si les filles n’apprenaient pas à apprécier Andrea, comment le supporterait-elle? Elle pouvait à peine envisager la question.

Elles allèrent toutes s’asseoir pour le repas et Miranda commençait juste à se détendre quand Andrea sursauta sur sa chaise avec un petit cri aigu. Ses yeux étaient écarquillés et elle frotta son arrière-train.

« Quoi ? » dit immédiatement Miranda en soupçonnant un sabotage. Les fillettes tentèrent de prendre un air innocent.

Andrea leva ses sourcils et jeta un coup d’oeil aux jumelles. « Suis-je supposée dire qu’il s’agit d’un rhumatisme ? »

« Quoi ? » répéta Miranda.

« Tu sais, « dit Andrea, tapotant son derrière et s’éclaircissant la gorge. « Rhumatisme. » Elle leva une pomme de pin qu’elle avait prise sur son siège. « Cela vient d’un de mes films préférés. »

Cassidy regarda bouche bée. « Vraiment ? »

« Qu’est-ce ? » dit Miranda en levant la voix.

Andrea roula des yeux et l’ignora. « Bien sûr. J’ai très bon goût. » Elle lança la pomme de pin à Caroline, la bouche grande ouverte, qui l’attrapa. « Quoi ? Vous pensez que personne de plus de 15 ans n’a vu ce film ? Je vous en prie ! »

« Peut-on le voir ce soir ? Maman ne le regarde jamais avec nous » demanda Caroline avec empressement.

« Bien sûr. Cela fait un certain temps. » Andrea se tourna finalement vers Miranda. « Alors, qu’y a-t-il pour dîner ? Je meurs de faim ! »

Miranda se tint bouche bée alors que ses filles partageaient un sourire complice et qu’Andrea lui faisait un clin d’oeil. A ce moment, son inquiétude disparut.

7ème partie

Bien que Miranda soit plus calme qu’elle ne l’avait été de toute la journée, elle fit les cent pas au pied du lit où un chirurgien finissait de poser les derniers points de suture. Elle avait du mal à regarder les blessures même s’ils avaient donné un anesthésique à Andrea. Andrea la regardait tout en tenant un sac de glace sur son oeil abîmé. « Tu grelottes. » dit Andrea et le médecin jeta un coup d’oeil avant de reprendre sa tâche.

Les pieds de Miranda étaient comme deux blocs de glace et ses cheveux mouillés par la neige n’avaient pas séché bien qu’il fasse plus chaud à l’hôpital que dans l’ambulance.

« Tu devrais te changer. »

Avec un petit rire, Miranda dit, « Je n’ai pas emmené de chaussures de rechange, malheureusement. »

« Nous pouvons vous passer des chaussons jetables, » proposa le médecin.

« Non merci, » répondit Miranda, un sourcil levé. « Nous serons bientôt rentrées. »

« Je ne veux pas avoir survécu à une prise d’otage pour te voir mourir d’une pneumonie, Miranda, » gronda Andrea.

Si cela n’avait pas été pour les quarante photographes en dehors de l’hôpital, Miranda aurait peut-être accepté, mais elle avait assez à s’occuper maintenant qu’ils avaient compris qu’il se passait quelque chose. Elle ne voulait pas penser aux gros titres que ça pourrait faire. « Ne t’inquiète pas pour moi, Chérie. Je suis plus résistante que je n’en ai l’air. »

« Comment as-tu fais pour passer au-delà de la barrière réservée à la presse ? » demanda Andrea. « Tu semblais être avec un groupe de flics. »

Miranda jeta un coup d’œil au médecin, sachant qu’il écoutait. « Je te raconterai plus tard. » Il y aurait assez de leur histoire dans les journaux : le monde n’avait pas besoin de connaître tous les détails. Peu après, alors que le médecin enveloppait de gaze les coupures, Miranda entendit des voix affolées provenant du couloir. Les yeux d’Andrea s’éclairèrent et Miranda alla à la porte pour faire signe à ses parents d’entrer. « Ici, » dit Miranda reconnaissant le couple d’après des photos qu’Andrea lui avait montrées.

Le couple se précipita dans la chambre et passa devant Miranda pour se ruer vers le lit où ils étreignirent leur fille. En quelques secondes, tous pleuraient et Miranda sentit également quelques larmes lui piquer les yeux. Se sentant mal à l’aise, comme si elle était de trop, elle recula pour sortir de la chambre quand elle entendit Andrea l’appeler. « Miranda, viens-là ! »

Trois visages la regardèrent avec attention. Miranda jeta un coup d’œil au médecin qui traduisit correctement le message muet en « Sortez ! » et se retira.

« Ainsi voici la mystérieuse ‘M’ dont tu nous as parlé tout ce temps, » dit Charles. « Je pensais que c’était un raccourci pour ‘Emma’ ou ‘Emily’. »

Miranda, surprise, regarda Andrea. Elle ne savait pas qu’Andrea avait dit quoi que ce soit à ses parents sur le fait qu’elle fréquentait une femme. « Ouais. Je pensais que vous piqueriez une crise si vous saviez, euh…à propos de tout ça, » dit Andrea.

« Tu aurais eu raison, mais je pense que nous sommes prêts à laisser ça de côté pour  aujourd’hui, » dit Isabelle Sachs. La mère d’Andrea s’approcha et tendit ses mains, que Miranda accepta. « Merci, Miranda. » Puis Miranda se retrouva au milieu d’une chaleureuse étreinte de quelqu’un très proche de son âge et qui ressemblait beaucoup à Andrea. « Je suis si heureuse que vous soyez là pour elle et pour vous être occupée de nous. Je ne peux pas vous dire comme ce que vous avez organisé pour nous a été utile. Emily a été une véritable envoyée du ciel. »

Miranda dut s’éclaircir la voix avant de parler. « J’avais peur que la météo ne retarde votre vol. »

« Nous n’avons eu aucun problème. Et recevoir ce message d’Andrea… Mon Dieu ! C’était un miracle. Je crois que le personnel de bord a pensé que nous allions arracher la porte de l’avion pour être ici plus vite. »

« J’en suis sûre, » dit Miranda, en tapotant maladroitement la main d’Isabelle.

« Venez vous asseoir ! Vous devez être épuisée et vos mains sont gelées. » Isabelle conduisit Miranda à côté du lit et la força presque à s’asseoir. Andrea essuya ses yeux et caressa la jambe de Miranda.

De l’autre côté du lit, Charles Sachs tendit la main pour toucher le bras de Miranda avec un peu d’incertitude. « Merci, » dit-il, ayant toujours un peu de mal à se contenir.

Miranda lui répondit d’un signe de tête. Elle ne comprenait pas pourquoi ils étaient si reconnaissants. Elle n’avait pas été celle qui avait sauvé Andrea, elle n’était que celle qui s’était arrangée pour qu’une voiture aille les chercher à l’aéroport.

Charles serra Andrea contre lui une fois de plus en faisant attention à son bras blessé. « Mon bébé, » dit-il. « Je suis si soulagé. Je ne sais ce que nous aurions fait. »

Miranda savait ce qu’il ressentait.

« Je vais bien, Papa. » Andrea essuya son nez avant de s’appuyer contre son torse.

Ils restèrent assis ensemble tranquillement, sans dire un mot. C’était étrangement paisible malgré l’odeur de désinfectant dans l’air et l’agitation bruyante au dehors de la chambre. Au bout d’un certain temps, on frappa  à la porte et l’inspecteur Rodine passa la tête dans l’entrebâillement. « Désolé de vous déranger, » dit-il. « Mais j’ai besoin de parler à Andy. »

Charles et Isabelle se regardèrent pendant que Miranda jetait un coup d’oeil à Andrea. Leurs regards se croisèrent et Andrea fit oui de la tête. « Très bien, » dit Miranda doucement. « Entrez, Inspecteur ! »

« Miranda peut-elle rester ? » demanda Andrea.

« Bien sûr. Je ferai en sorte que ce soit le moins pénible possible. »

Charles et Isabelle n’avaient pas envie de sortir, mais Andrea agita sa main. « C’est bon. Je peux tout vous raconter après. Je pense juste… que ça serait mieux si je faisais ça toute seule. »

Charles embrassa Andrea sur le haut de sa tête. « On ne fera pas de bruit, » dit-il, plein d’espoir.

« Non Papa. Je peux y arriver. Miranda sera là. »

Miranda ne savait pas trop quoi dire à ça. Pourquoi ce privilège lui avait été accordé et non aux parents d’Andrea était un mystère. Ils sortirent silencieusement et Isabelle fit un triste sourire à Andrea. « Nous serons juste dehors, » dit-elle.

« Merci, Maman. »

Miranda prit un siège à côté du lit et l’inspecteur s’assit à sa droite. « Je ne voulais pas qu’ils entendent tout, » dit Andrea doucement. « Mon père s’inquiète assez comme ça. Cela va leur rendre les choses encore plus difficiles. »

« Oh ! » fit Miranda. Elle n’avait pas pensé à ça. C’était bien d’Andrea de s’inquiéter plus pour ses parents que pour elle-même.

Rodine installa un dictaphone numérique pour prendre sa déposition et donna toute une série de renseignements pour son propre dossier. « Commençons ! Comment votre journée a-t-elle débuté ? »

Les yeux d’Andrea s’écarquillèrent en entendant la question et Miranda détourna son regard quand elle se souvint du début de sa matinée. Elles avaient fait l’amour moins de douze heures auparavant. Cela paraissait déjà faire un mois. Andrea s’éclaircit la gorge en rougissant légèrement. « Vous voulez dire… quand je suis arrivée à la maison ? »

« Bien sûr. Ca marche comme ça. »

Andrea prit une profonde inspiration et commença. « Eh bien… Je suis passée prendre de quoi faire un petit-déjeuner pour Maria et les enfants et je les ai retrouvés chez eux. Nous parlions de tout et de rien, vous savez, Joey et comment elle voyait l’avenir. Elle était nerveuse et elle espérait qu’il la laisserait tranquille puisqu’ils avaient rompu avant qu’il aille en prison. Pedro jouait dans son berceau et Lucy faisait un puzzle dans un coin, puis nous avons entendu ce fracas. Joey est arrivé par la porte de derrière, il avait dû sauter la palissade. Qu’importe ! Il avait l’air… épouvantable. Comme s’il allait tuer Maria là, tout de suite.

Miranda prit une profonde inspiration et Andrea chercha sa main.

« Alors il est entré, » encouragea Rodine.

« Exact. Il était là et je n’ai d’abord pas vu son arme parce qu’il l’avait mise dans son dos. Lucy a tout de suite commencé à pleurer et je me suis levée de ma chaise. Et il m’a juste frappée. » Andrea porta la main à son oeil blessé. « Je n’ai jamais été frappée comme ça avant. Cela m’a choquée plus que tout. Je veux dire, tout ça. » Elle secoua la tête. « Cela faisait tellement mal et je ne pouvais pas croire qu’il m’avait frappée là devant les enfants. J’ai grandi avec des parents qui s’aimaient et qui m’aimaient et je n’ai jamais vu mon père lever la main sur quiconque. Ca m’a soudain permis de réaliser ce que Maria vivait en réalité, à cette seconde précise. Et Lucy plus encore. Elle n’a que quatre ans. »

Rodine acquiesça. « Que s’est-il passé ensuite ? »

« Il est allé après Maria. J’ai couru vers la porte de devant et il a pris son arme et a tiré une fois. Si vous allez à la maison, vous verrez une balle dans le mur à la droite du chambranle. » Andrea trembla. « Il a manqué ma tête de trente centimètres. Dieu merci, il était défoncé. »

« OK ! Je vais noter, » dit l’inspecteur et il inscrivit ce détail dans son bloc.

Miranda était contente que les parents d’Andrea soient partis. Elle ne pensait pas vouloir en entendre plus, mais elle le ferait. Si Andrea  l’avait vécu, Miranda pourrait supporter d’entendre ce qui s’était passé.

« Alors évidemment, je ne suis allée nulle part et il a flanqué cette étagère devant la porte et il a fermé les fenêtres et tiré les volets et tout. Il nous a fait aller dans un coin avec les enfants qui pleuraient en criant et lui hurlait ‘qu’ils la ferment, juste qu’ils la ferment’, » répéta-t-elle comme si elle revivait la scène.  » ‘Que ces putains de gamins la ferment, espèce de conasse !’ il a dit. ‘Bon Dieu, je vais tous vous tuer si ces foutus gamins ne la ferment pas.’  » Les yeux d’Andrea devinrent vitreux et elle cessa de parler. Quand elle ne dit plus rien, Miranda regarda le policier et il fit un signe de tête vers Andrea.

« Andrea, » dit Miranda d’une voix douce.

Cela sembla sortir Andrea de sa transe.

« Oui. Hmm… Alors on a réussi à les calmer et il a commencé à faire les cent pas. Dans un sens et dans l’autre. Puis des flics sont arrivés et il a pété un plomb. Il a tiré un deuxième coup de feu, à nouveau près de la porte et on savait que d’autres policiers allaient arriver. » Elle inspira profondément, puis souffla pour se calmer. « Il ne faisait qu’aller et venir tout en se parlant à lui-même et il se tapait un peu la tête avec le pistolet. Ca a duré un certain temps. Puis le téléphone sonna. » Elle tint serrée la main de Miranda. « C’était la police et il a raccroché immédiatement. Il recommença à faire les cent pas. »

« Quelle heure pouvait-il être ? »

« Probablement onze heures ? Oh oui ! Il devait être tout juste onze heures parce que juste après que les flics aient appelé, il a commencé à me poser des tas de questions du style qui j’étais et pourquoi j’étais là. Je lui ai juste dit que j’étais une amie de Maria. Il m’a obligée à lui donner mon téléphone et il l’a écrasé. » Elle croisa le regard de Miranda. « Le nouvel iPhone que tu m’avais donné avec toutes les photos que j’avais prises la semaine dernière. J’aurais dû les sauvegarder. »

« Ce n’est pas grave, » dit Miranda. « Nous aurons plein de temps pour en prendre d’autres. »

L’inspecteur attendit et Andrea recommença. « Je pense que nous sommes restés assis dans le coin pendant au moins une heure pendant qu’il se parlait. Le téléphone sonnait de temps en temps et il ne décrochait pas. Pas à ce moment en tout cas. Finalement, il a allumé la télévision et il a zappé de chaîne en chaîne et puis on a vu le journal télévisé. » Passant une main dans ses cheveux, Andrea soupira. « Ca n’a pas été une bonne chose. Il est devenu fou. Il a cassé tous les plats et les verres dans la cuisine. Il a jeté des trucs contre le mur et le bébé s’est remis à pleurer. Il a crié pendant un moment et il a bousculé Maria. Vous savez, il l’a poussée contre le mur. Je tenais Lucy et il ne s’est pas approché de nous. Enfin… il a laissé la TV allumée et je t’ai vue, » dit Andrea en regardant Miranda. Elle rit. « Je ne pouvais vraiment pas le croire. Tu étais avec ce flic et je jure devant Dieu, je m’attendais à te voir débouler par la porte à un moment ou à un autre. » Miranda lui sourit. « Comment as-tu fait pour arriver là au fait ? Qui est ce type ? »

« Inspecteur Marcus Samuelson,  » dit Miranda. « Nous nous sommes rencontrés à un gala de charité pour le centre chirurgical Saint Vincent il y a quelques années. A cette occasion, Il avait parlé de son expérience lors du 11 septembre. Nous sommes restés en contact. Principalement quand il doit parler quelque part. »

Miranda ne précisa pas qu’elle établissait tous les ans un chèque à l’ordre du Centre chirurgical Saint Vincent à cause de l’inspecteur Samuelson. « C’est bien, » dit-elle. « Il semble sympa. »

« Oui. »

« Enfin… Il a regardé ça un moment, puis il a changé de chaîne et il a regardé un bout de film. Piège de Cristal passait sur TBS. Peux-tu croire ça ? Je suis retenue en otage par un cinglé et il veut regarder Bruce Willis en train de tuer un paquet de terroristes. Ca semblait… dingue. J’avais l’impression qu’il était fou et je n’étais pas loin de le devenir. Il y a eu une coupure publicitaire et j’ai commencé à lui poser des questions. Des trucs bêtes sur son enfance et son expérience en prison et ce qu’il faudrait pour qu’il nous laisse partir. Il ne disait pas grand-chose et je continuais à parler. J’imagine parce que je pensais que ça pourrait l’aider à se calmer et finalement, il m’a juste traînée jusqu’au placard et il m’a jetée dedans. » Andrea s’arrêta alors et porta une main à son front.

Miranda attendit patiemment. Elle regarda Rodine qui était appuyé contre le dossier de sa chaise en plastique, pas pressé. Il croisa le regard de Miranda et lui fit un gentil signe de tête, l’air de dire tout va bien. Après quelques minutes de silence, Andrea releva la tête et essuya quelques larmes. « Tu pourrais croire que je me serais sentie plus en sécurité là, loin de lui, mais c’était bien, bien pire. Je ne sais pas pourquoi. J’étais toute seule. Je ne faisais qu’entendre des cris ou des coups de feu. Et je… Je pensais qu’il pourrait violer Maria. J’étais terrifiée. »

Miranda ravala ses larmes, souhaitant rester forte, mais elle perdit cette bataille et elles se mirent à couler. Andrea ne sembla pas faire attention et elle en fut contente.

« Je ne sais pas vraiment combien de temps j’ai pu rester là, mais ça a semblé durer une éternité. En tous cas, cela dut  être plusieurs heures parce que quand il m’a laissée sortir, tout était presque fini. Quand il a ouvert, il m’a tirée par le bras et m’a jetée en travers de la pièce. Je me suis cognée contre une fenêtre et c’est là que je me suis coupée. » Elle toucha son bras avec précaution. « Le téléphone sonna à nouveau et il a décroché. Pendant qu’il parlait, Maria m’a chuchoté qu’il essayait de négocier sa sortie. Il voulait tout un tas de trucs dingues comme de l’argent et une voiture et des choses qu’il n’aurait jamais. Mais à ce stade, il était désespéré et les policiers lui disaient tout ce qu’il voulait entendre. » Andrea serra à nouveau très fort la main de Miranda. « Puis tout s’est passé en même temps. Il avait son arme et il l’agitait dans tous les sens, se ventant du fait qu’il allait sortir et que Maria n’aurait plus rien de lui après tout ce qu’elle lui avait pris toutes ces années. Et il a pointé l’arme sur elle. Je crois que j’ai peut-être crié ‘Non » ou quelque chose comme ça, mais j’ai entendu ce fracas et deux types sont arrivés par la porte arrière. Je me suis laissée tomber par terre et j’ai poussé Lucy avec moi. Et j’imagine que Joey pointait son arme et ils ont tiré et il est tombé. » Elle prit une autre inspiration. « C’était fini. C’est tout. »

La pièce resta silencieuse jusqu’à ce que l’Inspecteur Rodine parle.

« C’est super, Andy. Vous vous en êtes bien sortie. Vous avez fait tout ce qu’il fallait. » Dans le dictaphone, il dit « Fin de la déposition, Sachs, Andrea ; heure : 18 h 06. » Il l’éteignît et il se leva. « Nous aurons encore besoin de vous parler et vous devrez peut-être témoigner au tribunal. »

« Pas de problème, » dit Andrea immédiatement. « Je veux qu’il prenne perpétuité. »

L’inspeceur Rodine eut un petit rire. « OK. Ne vous inquiétez de rien. Je reste en contact. J’ai vos coordonnées ainsi que celles de Madame Priestly. Vous allez chez elle ce soir ? »

Andrea fit oui de la tête.

« Bien. Je suis content de voir que vous avez votre famille à vos côtés. Et si vous avez besoin de parler ou si vous vous souvenez de quelque chose, n’importe quoi, même le plus petit détail, appelez-moi ! De jour comme de nuit. » Il tendit sa carte. « Mon numéro de portable est dessus. »

« OK. Merci, » dit Andrea. « Vraiment. »

« Pas de problème. Soignez-vous et comme je vous l’ai dit, vous avez fait tout ce qu’il fallait. Prenez soin de vous, toutes les deux ! » Il se leva et Miranda serra sa main.

« Merci, Inspecteur. »

Robine fit un signe de tête et partit.

Miranda attendit que les parents d’Andrea réapparaissent, en vain. Elle regarda autour d’elle sans but jusqu’à ce qu’Andrea se pousse un peu sur le lit et tapote l’espace ainsi libéré près d’elle. A ce moment, Miranda se souvint qu’elles n’avaient pas eu un moment seules depuis le début de cette épreuve. Ce fut un soulagement que de s’installer sur le matelas et de poser ses lèvres sur la tempe d’Andrea. « Je t’aime. » Dit-elle dans un souffle.

Andrea passa un bras autour du dos de Miranda et l’attira dans une semi-étreinte. « Je t’aime aussi. Sais pas ce que je ferais sans toi. Je suis si contente que tu sois là. »

Miranda essaya de se retenir, mais elle se remit quand même à pleurer, cachant son visage dans le cou chaud et salé d’Andrea. Elle sentait la sueur et la peur et d’autres choses sans nom qui continueraient de vivre dans le futur comme des souvenirs de cette journée. Mais elle sentait aussi la vie, ce qui était plus important que tout le reste. Elle ne dit pas à Andrea comment elle avait prié et pleuré et fumé pour faire face à cette journée. Peut-être qu’un jour, elle le ferait. Mais pas ce soir. Ce soir, elle tiendrait près d’elle sa bien-aimée et se compterait parmi les personnes les plus chanceuses au monde.

Par un coup de chance, la soirée s’était mieux passée que dans les rêves les  plus fous de Miranda, malgré le fait qu’elle ait dû supporter deux heures et demi d’une comédie musicale avec Julie Andrews. Elle s’était distraite en travaillant et en écoutant de temps en temps la conversation d’Andrea et des fillettes. Elles l’avaient grandement amusée.

« Le Capitaine est siiiii mignon, » avait murmuré Caroline quelque part au milieu du film.

« Il est vieux, » avait réparti Cassidy.

« Parfois, vieux n’est pas si mal, » avait murmuré Andrea.

« Tu veux dire comme avec Maman ? » avait dit Caroline avec passion. « Elle est bien plus vieille que toi. »

Avec un ton bien plus sage que son âge, Andrea répondit. « C’est un exemple. Mais les gens qui sont plus vieux peuvent être très futés. J’aime bien les gens qui ont de l’expérience. Mais attention, ils ne sont pas toujours aussi gentils que votre Maman. Ils n’ont pas toujours de bonnes intentions alors faites confiance à votre instinct ! Mais le Capitaine von Trapp est vraiment gentil, sans parler de très mignon ! » Elle rit et les fillettes gloussèrent avec elle.

Plus tard, Andrea embrassa les filles pour leur souhaiter bonne nuit quand elles allèrent se coucher et dit « A demain matin ! »

Elles se donnèrent des petits coups de coude et quand elles embrassèrent Miranda, Cassidy murmura. « Elle est OK, M’man. »

« Va au lit ! » Répondit Miranda.

Quand Andrea la rejoignit sous les draps peu après, son visage portait une expression de suprême satisfaction. « Je m’en suis bien sortie, n’est-ce pas ? »

« Mm-hmmm, » dit Miranda sans la regarder.

« N’es-tu pas désolée de ne pas m’avoir fait confiance ? »

« Pas vraiment. Je voulais être prête. Juste pour le cas où. »

« Beaucoup d’inquiétude pour rien. Et comme je n’en ai jamais l’occasion, laisse-moi dire ‘je te l’avais bien dit !’ « 

« C’est la première et la dernière fois que tu es autorisée à dire une telle chose, » dit Miranda d’une voix traînante. Elle attira Andrea vers elle et glissa un genou entre ses jambes nues.

 » Pas de problème. Une fois me suffit. Je savourerai ce souvenir pour le restant de ma vie. »

Miranda mordilla sa clavicule. « Arrogante friponne ! » grommela-t-elle, mais la douceur de la peau d’Andrea l’encouragea à renoncer à sa prétendue irritation. Elle lécha le long du cou d’Andrea jusqu’à sa bouche avant de dire « Joyeux Anniversaire ! »

« Merci. » Andrea fit courir ses mains le long du dos de Miranda jusqu’à son derrière où elle commença à faire remonter le long du corps, centimètre par centimètre, la chemise de nuit argentée. « Quand puis-je ouvrir mon cadeau ? » dit-elle dans un souffle, les lèvres pleines et entr’ouvertes.

« Maintenant pourrait être un bon moment, » répondit Miranda en tendant la main vers la table de chevet pour prendre une boîte enveloppée de papier argenté et d’un nœud.

« Ce n’est pas vraiment ce que j’avais en tête, » répondit Andrea en boudant.

« Patience, ma Chérie ! »

Andrea déballa la mince boîte et ouvrit le papier de soie qui recouvrait une simple feuille de papier. Elle lut à haute voix : « La présente vous donne droit à vous et l’invité de votre choix à un séjour de trois nuits au Mandarin Oriental pour un week-end romantique de remise en forme comprenant massages côte à côte, traitement à la pierre chaude, manucure, pédicure, soins du visage et tout autre traitement de votre choix. Profitez de votre séjour dans notre luxueuse suite avec vue sur Central Park West, avec sa cheminée, sa cuisine pour gastronomes, son sauna privé et sa vue incroyable sur la ville et le parc. » Elle tapota son menton avec la boîte. « Mmm… Je ne sais pas qui je devrais emmener. Lily adorerait les massages, mais Doug a toujours voulu un traitement à la pierre chaude… »

Miranda la fit rouler et bloqua ses deux bras contre le lit. « Prends ton temps pour décider, Très Chère. Je ne suis pas pressée. »

Andrea sourit d’un air séducteur. « Le premier week-end que tu as de libre, considère que tu es occupée ! »

« C’est mieux comme ça. » Miranda baissa la tête et l’embrassa lentement.

« Maintenant, puis-je ouvrir mon cadeau ? »

La chemise de nuit de Miranda fut alors relevée, puis enlevée et elle ne fit pas attention à l’endroit où elle tomba une fois qu’Andrea l’eut jetée à travers la chambre.

8ème Partie

Avec Andrea au creux de ses bras en toute sécurité, Miranda ne fit pas attention quand les parents d’Andrea revinrent. Elle ne remarqua pas quand ils se tinrent juste à l’entrée de la chambre. Mais d’une certaine façon, l’atmosphère changea et Miranda sut immédiatement pourquoi.

Bien qu’Andrea ait émis un petit cri de déception quand Miranda s’écarta d’elle, elle aperçut ses parents au bout d’un moment. « Salut la compagnie ! » dit-elle.

« Désolé de vous interrompre, » dit Charles.

« Pas du tout, » répondit Miranda. « Je vous en prie, venez ! »

Ils entrèrent, tirèrent des chaises près du lit d’Andrea et Miranda se leva pour rendre les choses un peu moins inconfortables pour tout le monde. Cependant, elle n’ôta pas sa main de l’épaule d’Andrea : elle n’était pas prête à la laisser.

« Que se passe-t-il maintenant ? » demanda Charles.

« Ils devraient bientôt me permettre de sortir et nous pouvons aller à la maison, » dit Andrea. « Je veux dire, à la maison chez Miranda. Voulez-vous… Je veux dire… » Andrea se tourna vers Miranda. « Est-ce qu’ils peuvent… »

« Oui. Bien sûr. » Croisant le regard de Charles, elle dit.  » Vous êtes tous les deux les bienvenus chez moi. J’ai plein de place. Si cela ne vous ennuie pas. Je sais que c’est une situation un peu particulière, mais j’imagine que nous voulons tous être près d’Andrea en ce moment. Alors ma demeure est la vôtre.

Andrea regarda Miranda comme si elle parlait une langue étrangère. Si Miranda n’avait pas été si épuisée, elle aurait été amusée.

« C’est très généreux, Miranda. Nous acceptons. Mais les photographes… il y en avait un paquet à l’entrée quand nous sommes arrivés. Est-ce normal ? »

Andrea rit. « Ils ne sont pas là pour moi. Ils sont là à cause de Miranda. »

« Je me demande s’ils ont enfin compris, » dit Miranda. « Ton nom ne figurait pas dans les premières dépêches. Les filles n’ont pas réalisé avant que je le leur dise moi-même. »

« Je ne veux pas que tu te retrouves dans les journaux… » commença Andrea.

« Je ne suis pas si inquiète qu’ils prennent une photo, mais je voudrais que tu puisses monter dans la voiture sans risquer d’être blessée. Tu as eu ton compte aujourd’hui. Je vais voir avec le docteur. Je reviendrai vite, puis j’appellerai Roy et je trouverai une sortie convenable. » Elle serra l’épaule d’Andrea et une main vint saisir la sienne.

« Tu promets que tu ne seras pas trop longue ? »

« Je promets. »

Miranda fit de son mieux pour ne pas s’inquiéter de l’angoisse au fond des yeux d’Andrea.

En quinze minutes, le départ d’Andrea avait été autorisé et Miranda avait les informations sur la façon de prendre soin de ses blessures. Elle avait également une bonne poignée d’échantillons de Lorazépam dans sa poche. Miranda pensait qu’elle pourrait en garder quelques-uns pour elle. L’une des infirmières guida la petite bande vers une aire de chargement où les livraisons étaient effectuées. Quand la femme repoussa la lourde porte, Miranda fut soulagée de voir la Mercedes argentée, le moteur tournant au ralenti. La neige tombait sans interruption : il y avait plus de 10 centimètres de neige sur le sol maintenant. Les trottoirs avaient été salés et Miranda se retrouva à s’agripper au bras de Charles Sachs alors qu’elle s’avançait vers la voiture. Andrea marchait avec prudence entre ses parents et bientôt ils furent à l’intérieur du véhicule. Miranda s’assit à l’avant à la place du passager. Roy était son chauffeur depuis près de six ans et jamais pendant tout ce temps ils ne s’étaient retrouvés assis côte à côte.

« Heureux de vous voir toutes les deux, Madame Priestly, » dit Roy, ses yeux sombres pleins de chaleur. « Sacrée journée ! »

Miranda soupira, soudain épuisée. « Oui. Vous avez raison. Vous avez eu des problèmes pour arriver ? »

« Pas du tout. La police m’a laissé passer. J’imagine que quelqu’un en a eu finalement assez des paparazzis et a appelé la police. Cela m’a rendu la vie plus facile. »

« Bien. Faites attention. Les routes peuvent être glissantes. »

Roy fit un petit salut avec sa casquette et sourit avec indulgence. « Oui, M’dame. »

Miranda se tourna pour lancer un regard rassurant à Andrea. « Nous serons très vite à la maison. »

Malheureusement, ce ne fut pas le cas. Un accident ralentit la circulation à l’angle de Broadway et de la 110ème rue, ajoutant vingt minutes à leur trajet. La musique classique aida à calmer Miranda ainsi que la douce  cadence de la voix d’Andrea alors qu’elle expliquait à ses parents une partie de ce qui lui était arrivé. Elle laissa de côté deux ou trois choses : la balle qui l’avait manquée de quelques dizaines de centimètres, l’attaque initiale, la violence avant que tout arrive à son terme.

Quand la voiture s’arrêta enfin dans la 73ème rue, Charles et Isabelle étaient pâles, mais ils semblaient résolus dans leur désir de préserver Andrea de leur propre détresse. Cela leur fit gagner des points aux yeux de Miranda.

Au grand soulagement de Miranda, aucun appareil photo ne les attendait dans l’ombre au dehors de sa porte. Elle se demanda si quelqu’un avait donné de fausses informations à la presse, mais au point où elle en était, ça lui était égal. Aussi rapidement qu’elle le put, elle fit entrer Andrea et ses parents à l’intérieur, jetant à Roy un regard reconnaissant. Elle leva une main en signe d’au revoir et il agita la main en réponse.

Une fois à l’intérieur, Miranda entendit deux cris perçants. Elle sentit Andrea tressaillir au bruit et elle leva une main pour prévenir les jumelles de ne pas se jeter au cou d’Andrea  alors qu’elles couraient vers elle. Elles comprirent le message et s’arrêtèrent tout près, le visage tendu. « Andy, » dit Cassidy. « Tu vas bien ? »

« Ouais, je vais bien, gamine. Viens-là ! » répondit-elle en étendant son bras droit. Elle garda le bras gauche collé contre elle et les fillettes, d’instinct, réalisèrent qu’il ne fallait pas le bousculer. Elles s’approchèrent pour s’accrocher à elle et Andrea posa son menton sur la tête de Caroline. « Je suis contente d’être à la maison. Vous allez bien, vous deux ? »

« Ouais, » dit Caroline. « Nous avions si peur pour toi. Et ton œil ! » La fillette grimaça. « Ça a vraiment l’air moche. Es-tu sûre que tu vas bien ? »

« Ce n’est pas si horrible, n’est-ce pas ? » plaisanta Andrea en touchant la peau qui avait pris une couleur mauve au bord de l’hématome. « Je pense que je ne vais pas pouvoir honorer mes contrats de mannequin cette semaine.

Cassidy tendit le bras et tapota Andrea près de la clavicule. « C’est pas grave, Andy. Ça va passer. J’ai eu un œil au beurre noir quand je jouais à la balle au prisonnier à l’école. »

« Merci. »

Andrea embrassa Cassidy sur la tempe et les fillettes se reculèrent pour mieux se jeter dans les bras de Miranda. Elles étaient si chaudes et elles s’accrochaient à elle, serrant leur petit visage contre sa poitrine.  « Bonsoir, mes Chéries. » Elle caressa leurs longs cheveux roux et les tint serrées.

« Maman, qui sont ces gens avec toi ? » chuchota Cassidy.

« Ce sont les parents d’Andrea. Ils vont rester avec nous. »

« Doit-on être gentilles avec eux ? » demanda Caroline.

« Vous devez vous tenir de façon exemplaire. »

« OK, » chuchotèrent-elles en chœur. « Est-ce qu’Andy va vraiment bien ? » dit Caroline.

Miranda fit oui d’un mouvement déterminé. « Mais elle a eu très peur aujourd’hui et nous devons rester calmes et ne pas faire de bruit autour d’elle. »

« Devrions-nous lui préparer à dîner ? Elle semble malade, » dit Cassidy.

A manger. Miranda avait oublié. Dieu merci, Samuelson lui avait donné ce hamburger cet après-midi. Il était tard et elle était prête à parier que les parents d’Andrea non plus n’avaient rien eu à manger de la journée. « Oui, je pense que c’est une idée brillante. Mais allons nous asseoir avant de décider. »

Charles et Isabelle les suivirent dans une grande pièce sur laquelle s’ouvrait la cuisine. Miranda vit le doute d’Andrea quant à l’endroit où s’installer et même si elle voulait vraiment l’avoir dans ses bras, d’un signe de tête, elle l’encouragea à s’asseoir entre ses parents. Ils s’installèrent sur le long canapé et Miranda choisit en face un fauteuil confortable dont les jumelles occupèrent chacun des accoudoirs. Une fois assise, elle pensa qu’il serait difficile de se lever à nouveau. Ses pieds étaient toujours froids et mouillés et elle ôta ses chaussures  abîmées. Mais la simple idée de montée à l’étage pour se changer semblait virtuellement impossible. La fatigue s’installait, rendant lourds les membres de Miranda.

« Andy, Elissa est encore là. As-tu faim ? » demanda Caroline.

La tête d’Andrea ne bougea pas de l’endroit où elle reposait le long du bras de son père. « Non. Mais j’avais faim avant. Ils m’ont fait manger une barre protéinée à l’hôpital. J’imagine que je devrais prendre quelque chose. »

« Elissa peut faire tout ce que tu veux, » dit Miranda d’un ton encourageant.

« Ca va sembler bête, mais, » commença-t-elle d’une voix douce, « j’ai vraiment envie d’un sandwiche grillé au fromage. »

Miranda pensa qu’un sandwich grillé serait fantastique. « Oui. Oui, c’est parfait. Charles ? Isabelle? »

Ils se regardèrent avec de grands yeux, puis firent oui de la tête à Miranda. « Bonne idée, » dit Charles.

« Parfait. Les filles, pourriez vous dire à… »

Les deux fillettes se précipitèrent vers la cuisine avant qu’elle ait le temps de finir.

La pièce sombra à nouveau dans le silence. Miranda ne pouvait penser à un seul sujet de conversation.

Isabelle s’éclaircit la gorge. « Vous avez une jolie maison, » dit-elle, le sourire gêné.

Avec un petit rire de gorge, Miranda sourit. « Merci. » Elle leva les yeux vers le plafond mouluré, puis laissa courir son regard  le long des bibliothèques en bois teint jusqu’au tapis marocain qu’elle avait acheté à Marrakech dix ans plus tôt. « Ce ne sont pas exactement les circonstances dans lesquelles j’aurais souhaité vous accueillir la première fois. »

Caressant la tête d’Andrea pendant un moment, Isabelle dit enfin. « J’étais surprise quand je vous ai vue à l’hôpital. Bon sang ! J’étais surprise que vous ayez seulement appelé aujourd’hui. Après tout ce qu’Andrea nous avait dit sur ce que ça signifiait de travailler pour vous, c’était vraiment la dernière chose à laquelle je m’attendais. »

Andrea leva la tête en fronçant les sourcils. « Désolée les gars. Je pensais juste que vous pèteriez un plomb. »

« C’est bon, Andy. Je pense que nous pouvons garder cette conversation pour plus tard. Maintenant, nous voulons juste que tu te détendes. »

« OK. Mais nous sommes ensemble et c’est tout ce qu’il y a à dire. » Le regard d’Andrea semblait un peu paniqué.

« Mon coeur, ne t’inquiète pas pour ça ! Nous voulons juste que tu sois heureuse. Et si c’est avec Miranda… » Isabelle dirigea son regard vers elle… « Alors, ça nous convient. Je te le promets. »

Andrea regarda longuement sa mère. « Vraiment ? » Sa voix trembla.

« Oh mon coeur, bien sûr ! Nous pouvons voir que Miranda a beaucoup d’affection pour toi. »

Miranda se tint un peu plus droit dans son fauteuil.  « Pas seulement de l’affection. Je l’aime énormément. » Trois têtes tournèrent vers elle. « Ce n’est pas une passade. Je ne vais pas dire que vous n’avez pas à vous inquiéter parce que notre relation pourrait être considérée comme… non conventionnelle. Mais je veux ce qu’il y a de mieux pour Andrea et nous sommes heureuses ensemble. » Miranda déglutit, soudain incertaine sur la façon de continuer. « C’est tout. »

La bouche d’Andrea s’incurva dans le sourire le plus authentique que Miranda ait pu voir au cours des dernières heures. « Ouais, » murmura Andrea.

Charles repoussa ses lunettes sur son nez. « Eh bien… je suppose. »

Andrea se détendit à nouveau alors que Cassidy entrait en courant dans la pièce. « Pouvez-vous venir à table ? Nous servons les boissons. »

Ceci sembla constituer une motivation suffisante pour Miranda pour monter se changer. « Je redescends dans quelques minutes. Il faut que sorte de cette jupe. »

« Je crois que je vais aller avec toi, » dit Andrea. Elle embrassa ses parents sur la joue. « Je reviens. »

Elles montèrent les marches lentement et Miranda fut contente que leur chambre ne soit qu’au premier étage. « Je vais brûler ces vêtements, » déclara Andrea. Elle avait une chemise verte fournie par l’hôpital et la paire de jeans qu’elle portait depuis le matin. « Je pue. Je veux prendre une douche. »

« Tu ne peux pas encore mouiller tes points de suture. Peux-tu attendre après le dîner et je te ferai couler un bain ? »

Andrea acquiesça, morose. « OK. »

« Attends, je vais t’aider. » La chemise verte déboutonnée, Miranda défit les plus petites fermetures et retira le vêtement en commençant par le côté non blessé d’Andrea. Puis elle fit glisser la manche de l’autre côté en évitant les pansements. Elle ne put retenir un cri de surprise en observant les traces noires et bleues le long du torse d’Andrea. « Oh mon Dieu ! »

« Quoi ? » Andrea regarda à son tour. « Oh oui ! Ce n’est pas catastrophique. »

« Ca fait mal ? »

« C’est sensible. Comme mon œil. Je survivrai. »

Tu survivras, pensa Miranda. Elle passa ses doigts le long de la nuque d’Andrea. « Quand es-tu devenue si résistante ? » murmura-t-elle en embrassant une oreille à la forme élégante.

Andrea renifla. « Aujourd’hui, je crois. » Elle s’affala contre Miranda, à la limite d’être un poids mort. « Je me sens très mal. Triste, alors même que je devrais être soulagée d’être ici. De m’en être tirée, je veux dire. Mais je suis juste… malheureuse. » Elle plaça sa main sur celle de Miranda quand celle-ci vint se poser à sa taille. « Crois-tu que je me sentirai à nouveau normale un jour ? »

Avec un mouvement de tête, Miranda répondit. « Oh oui ! Avec le temps. »

« Je n’aime pas ce sentiment. » Ses ongles s’enfoncèrent dans la main de Miranda. « J’étais si heureuse ce matin. Tu te souviens ? »

Miranda laissa échapper un souffle en riant. « Mm-hmm. »

« Je ne peux pas te dire comme je suis contente que nous ayons fait l’amour ce matin. Je me suis raccrochée à ça. Toute la journée, c’est comme si tu étais avec moi. Ton odeur sur mes doigts, ton goût dans ma bouche. Je me suis raccrochée à toi. »

« Moi aussi, Chérie, » dit doucement Miranda, submergée de tristesse face à la perte que subissait Andrea. La perte d’une innocence qu’elle ne pourrait jamais retrouver. Miranda la tint avec précaution jusqu’à ce que la chair de poule apparaisse sur la peau d’Andrea et qu’elle se mette à frissonner. « On va t’habiller. Tu as besoin de manger. »

Andrea posa les sous-vêtements avec un tel air d’adoration que Miranda trouva très difficile de ne pas rire. « Ce sont juste des sous-vêtements, » dit-elle.

« C’est fantastique. Tu ne devrais pas t’embarrasser d’une robe du soir. Tu seras nettement mieux sans. »

Miranda roula des yeux. « Ne sois pas ridicule ! Passe-moi le soutien-gorge ! »

« Pas question. Je suis ton habilleuse pour la soirée. C’est mon travail. »

Miranda sourit. « D’habitude, quand j’engage une habilleuse, j’enfile moi-même mes sous-vêtements. »

« N’as-tu pas de la chance que je sois atypique alors ? » ronronna Andrea tout en mettant le bustier en place et en attachant chaque agrafe l’une après l’autre. Un baiser atterrit sur l’omoplate de Miranda, celle-ci tentant de masquer son petit cri de surprise. Des doigts tracèrent le long de son postérieur, frôlant le triangle de chair sensible à la base de sa colonne vertébrale.

« Le slip ? » dit Miranda en souhaitant que le ton sensuel de sa voix ne soit pas si apparent.

« Mmm… Très joli. » Andrea tendit la main et l’attrapa. « Jambe gauche d’abord. »

Bien qu’elle ait voulu qu’Andrea l’aide à s’habiller, Miranda décida qu’elle était peut-être dépassée quand ce corps délicat et qui sentait bon s’agenouilla à ses pieds comme si elle la  suppliait. Déjà prise au dépourvu, elle leva un pied, puis l’autre. Après un horriblement long soupir, Andrea fit glisser la petite pièce de dentelle en haut de ses cuisses.

« C’est bon ? » Andrea leva ses yeux larges et sombres, son visage très proche du haut de ses cuisses. Un doigt se faufila au bord de la dentelle.

« Tu le sais bien, » murmura Miranda.

Andrea tendit la langue et en donna un petit coup.

Miranda rougit, la chaleur brûlant son visage.

« Voyons ! Où sont ces bas ? » Andrea tendit la main derrière elle et prit les longues pièces de soie, les rassemblant avec précaution dans ses mains. « On y va. Gauche. » Miranda leva le pied, sa respiration se faisant de plus en plus profonde au fur et à mesure qu’Andrea faisait monter le bas le long de sa peau, lentement, lentement, jusqu’à ce que la bande de dentelle qui le maintenait en place soit autour de sa cuisse. A ce moment là, la tête d’Andrea s’appuya contre son ventre et elle souffla délicatement contre son slip. « Mmm, j’adore celui-là. »

« Ha ! » exhala Miranda en souhaitant qu’Andrea arrête cette torture et mette fin à ses souffrances. Plus  vite elle serait habillée et hors de la maison et plus vite elle pourrait rentrer et passer le reste de la nuit au lit ou par terre ou partout où il lui plairait de faire l’amour à Andrea. Elle aurait voulu qu’elles puissent assister à cette réception ensemble, mais elle n’était simplement pas… prête. Aucune ne l’était. Elles avaient à peine abordé la question. Andrea n’avait pas encore  parlé de leur relation à ses amis ou à sa famille ou  à quiconque bien que Miranda lui en ait donné la tacite permission.

Bien sûr, à ce moment, elle ne s’inquiétait pas de tout cela. Ce qu’elle voulait, c’était la bouche d’Andrea entre ses cuisses. Mais au lieu de ça, ces lèvres parcouraient doucement sa jambe jusqu’à son genou et plus haut alors qu’elle enfilait le bas sur la jambe droite. Et quand Andrea fit claquer la bande élastique à l’arrière de la cuisse de Miranda, son bassin tressauta. Elle regarda dans les yeux d’Andrea, pleins de feu et de chaleur et dit « Vais-je devoir attendre longtemps ? »

« Pas du tout, » répondit Andrea avec un sourire rusé tout en se dirigeant droit vers elle. Miranda s’appuya contre sa coiffeuse alors qu’Andrea la léchait à travers la soie et la dentelle. La friction était délicieuse ainsi que le contact de ses longs doigts qui chatouillaient son derrière, allant et venant, taquinant, alors que Miranda se cambrait de plaisir. Sa bouche était sèche. Elle écarta les jambes un peu plus et Andrea appuya fermement, ajoutant ses dents à la partie, passant sur son clitoris. Haletant par le nez, Miranda était à la limite, déjà si près qu’elle jura. Elle voulait que cela dure, mais elle ne pouvait jamais. Avec Andrea, la première fois était toujours très rapide. Andrea mit fin rapidement à son tourment avec ses doigts et sa bouche et l’envoya au ciel comme un élastique qu’elle aurait fait claquer.

Le matin, Miranda prenait plus de temps pour se mettre en train. Elle tendait à se réveiller avec l’esprit déjà tourné vers Runway. C’était vraiment dommage. Elle souhaitait parfois être le genre de personne qui prenait  son petit-déjeuner tout en lisant son journal à la table de la cuisine avec une tasse de café. Au lieu de ça, elle faisait ces choses derrière son bureau au travail.

Peut-être pourrait-elle prendre bientôt cette nouvelle habitude. Demain même.

Cette pensée ne la garda pas distraite très longtemps. Les gémissements de plaisir d’Andrea poussèrent Miranda dans un orgasme si exquis qu’elle envisagea de ne pas aller à cette réception et de faire ça tout le restant de la soirée.

Andrea ne lui laissa pas trop le temps de récupérer alors qu’elle se redressait tout en baissant son pantalon d’intérieur. Elle posa un genou sur la coiffeuse, s’offrant à la main de Miranda qui glissa dans l’abondante humidité. Miranda savait qu’elle aussi voulait que ce soit rapide ce soir. Plus lentement, ça viendrait plus tard. Elle avait appris les rythmes d’Andrea et aimait le sentiment de fierté qui l’envahissait quand le corps d’Andrea se figea presque instantanément, les lèvres accrochées à l’oreille de Miranda, ses bras les écrasant l’une contre l’autre.

« Oooh Dieu ! » dit Andrea, son souffle chaud contre la joue de Miranda. Elle avait évité de brouiller le maquillage de Miranda à son grand soulagement. Elle ne voulait pas passer trop de temps à le retoucher. « Tu es si sexy ce soir, » grommela Andrea.

« Tu ne me facilites pas la tâche, » répliqua Miranda.

Il y eut un petit rire séducteur dans son oreille. « Je pensais que tu avais été plutôt facile ce soir. »

Miranda serra le derrière parfaitement rond sous ses mains. « Très drôle. » Andrea se retira, reprenant son équilibre sur ses deux pieds. « Mais tu as gâché un slip particulièrement coûteux. »

« Eh bien, tu as de la chance que j’ai tout prévu. » Andrea tendit la main derrière elle. Quand sa main réapparut, elle tenait un nouveau sous-vêtement. C’était une exacte réplique de celui que Miranda portait.

Incapable de résister au sourire satisfait d’Andrea, Miranda rejeta toute réserve et l’embrassa.

Quinze minutes plus tard, elle était habillée, son maquillage à nouveau sans défaut. Andrea la suivit en bas des marches. Miranda se sentit jalouse à l’idée que son amante aurait l’occasion de se détendre dans des vêtements confortables avec les enfants. Miranda avait peu de soirées libres ces temps-ci : le travail demandait trop d’énergie. Tant de temps précieux.

Ce soir, elle irait à sa soirée et elle sourirait et saluerait et aurait quelques discussions sans importance. Tout ça pendant que son esprit serait ailleurs. Mais personne n’exigeait quoique ce soit de Miranda Priestly. Dans moins de deux heures, elle serait à nouveau chez elle, avec les filles. Avec Andrea. Tout serait comme elle le voulait. Comme les choses étaient supposées être.

9ème partie

Quand Miranda s’était levée ce matin, elle n’aurait jamais pu imaginer dans ses rêves les plus fous ce qu’elle ferait douze heures plus tard. La cuisine était silencieuse alors que tous les six étaient assis à table. Le repas était étonnamment délicieux. Cela faisait un certain temps depuis que Miranda s’était laissée aller à manger quelque chose d’aussi simple que du fromage et de la tomate sur du pain. Andrea était particulièrement concentrée sur son repas, fermant les yeux à chaque bouchée.

« C’est bizarre, « dit Caroline. « Je me sens bizarre. Pourquoi personne ne parle ? »

Tout le monde sembla se figer à l’exception d’Andrea qui répondit. « C’est bizarre. Mais c’est le meilleur sandwich au fromage grillé que j’aie jamais mangé de toute ma vie. » Elle jeta un coup d’œil à Miranda. « Peux-tu imaginer combien c’est bon ? » Regardant avec attention le fromage qui coulait au bord de la croûte, elle demanda. « Crois-tu que ce soit parce que j’ai frôlé la mort ? »

Miranda jeta un coup d’œil aux fillettes dont les yeux s’étaient écarquillés en entendant les mots d’Andrea. Elle n’était pas sûre de ce qu’elles savaient exactement, mais demain, tout le monde saurait. Il valait  mieux tout sortir maintenant et ne pas mentir. Omettre peut-être, mais pas mentir. Alors qu’elle envisageait quoi dire, elle remarqua qu’Isabelle avait placé sa main devant sa bouche et que de grosses larmes coulaient le long de son visage.

« Chérie, » dit Charles et Andrea se crispa nerveusement quand elle réalisa ce qui se passait.

« Oh Maman ! » dit-elle, quittant sa chaise pour s’agenouiller aux pieds de sa mère. « Je vais bien. Je te promets. Je suis juste… C’est complètement fou. Ne pleure pas, je t’en prie ! »

« Tu es mon bébé, » dit Isabelle. « Je ne sais pas ce que je ferais si… » Elle laissa la phrase en suspens et Andrea l’enlaça.

Miranda observa la scène affectueuse jusqu’à ce qu’elle sente Cassidy tirailler sur sa manche. « M’man ? » Il y avait des larmes dans les yeux de la fillette. Elle ne pouvait pas voir quelqu’un pleurer sans s’y mettre à son tour. Elle tenait ça de son père.

« Viens-là, ma chérie ! » dit Miranda en retenant un grognement quand sa fille se hissa sur ses genoux. Elle regarda vers Caroline qui avait quitté sa chaise et se tenait près de Charles.

« Est-ce que vous allez bien également ? » lui demanda-t-elle.

Charles sourit tristement et regarda Miranda de l’autre côté de la table. Son expression était à la fois pleine de curiosité et de contentement. « Oui, je vais bien. Au fait, laquelle es-tu déjà ? »

« Caroline. »

« Caroline. Merci de demander, Caroline. » Il passa la main une fois dans ses longs cheveux, puis posa sa main sur son épaule comme pour retrouver son équilibre. « Et toi ? »

« Je vais bien. Je voulais juste qu’Andy rentre à la maison et qu’elle aille bien. »

Charles fit oui de la tête, sérieux. « C’est ce que je voulais aussi. »

Les bras de Cassidy se serrèrent un peu plus autour du cou de Miranda.

Quelques minutes plus tard, sur la suggestion de Caroline, tous les six transportèrent leurs repas à moitié mangés dans la salle de divertissement. « Je vais mettre un film pour Andy. »

« Je ne crois pas avoir vraiment la tête à regarder quelque chose ce soir… » commença Andrea.

« C’est juste pour l’avoir en bruit de fond. Tu te sentiras mieux. Tu dis toujours que ça te fait cet effet. »

« Qu’allons-nous regarder ? » demanda Isabelle.

« La Mélodie du Bonheur. »

Miranda grogna.

« C’était le film préféré d’Andy quand elle était petite ! » s’exclama Isabelle. « Je ne l’ai pas vu depuis quoi… dix ans ? »

« Ce fut une décade bien tranquille, » grommela Charles et Miranda ressentit une immédiate sympathie à son égard.

« Commençons par la scène du spectacle de marionnettes, » suggéra Cassidy.

« OK. »

Le long canapé offrait assez de place pour quatre adultes et la banquette qui faisait l’angle permettait aux jumelles de s’étendre. Miranda s’assit près des filles et Andrea se retrouva entre ses deux parents. Docile et silencieuse, Andrea mangea la seconde moitié de son sandwich lentement, le savourant comme s’il devait être son dernier repas. « Si tu as encore faim, tu peux en avoir un autre, » dit doucement Miranda en espérant qu’Andrea l’entendrait malgré la musique.

« Non, c’est suffisant. Il est juste… délicieux. Il est parfait. »

Miranda répondit d’un signe de tête.

Elle ne fit pas attention au film, regardant à la place ses enfants se déplacer sur le canapé pour s’agglutiner autour d’Andrea. Elles étaient allongées toutes les deux sur ses genoux, leurs jambes étendues sur les cuisses de Miranda et elles faisaient des petits bruits de plaisir alors qu’Andrea passaient ses doigts dans leurs cheveux. Mais bientôt, Miranda fut plus intéressée à observer Charles et Isabelle qui semblaient surpris du rapport entre Andrea et les jumelles. Miranda se demanda pourquoi.

Arrivés au moment où le Capitaine et Maria avançaient dans l’église pour se marier, les enfants commençaient à être très fatiguées. « Au lit ! » dit-elle en ignorant leurs grognements. « Nous avons tous eu une longue journée. »

« Andy, tu viendras nous souhaiter bonne nuit ? »

« Bien sûr. Maintenant disparaissez ! Je vous vois bientôt. »

Miranda accompagna les fillettes en haut des marches après qu’elles aient salué leurs deux invités. Quand elle alla les border, ce fut dans un seul lit. Sans explication, Cassidy avait grimpé dans le lit de Caroline avec son oreiller. « Bonne nuit, M’man, » dirent-elle doucement de leurs voix semblables.

« Faites de beaux rêves ! »

« Et si on a peur ? » demanda Cassidy.

Miranda n’avait pas entendu cette question depuis longtemps. « Vous pouvez venir. Mais souvenez-vous d’être tranquilles. Pas de course d’éléphant et on ne saute pas sur le lit. Compris ? »

« OK, » répondit Cassidy.

Miranda se pencha vers elles. « Je veux que vous sachiez que je vous aime très fort toutes les deux. Je vous aimerai toujours, quoi qu’il arrive. »

Leurs petites têtes se levèrent en même temps pour un autre câlin que Miranda leur donna, le cœur lourd. Les mots d’Andrea raisonnaient dans son esprit. Crois-tu que je me sentirais normale à nouveau ?

Une fois redescendue, Miranda croisa Andrea qui allait monter pour souhaiter bonne nuit aux filles. Cela laissa Miranda seule avec deux personnes qui la rendaient plus indécise que n’importe qui d’autre parmi ses relations. Considérant ce qu’elle avait vécu cet après-midi, les choses auraient dû être faciles. Ce n’était pas le cas.

Miranda éteignit la télévision et se tourna vers eux.

« Sans vouloir être indiscret, cela dure depuis combien de temps ? » demanda Charles.

« Andrea et moi ? »

« Oui. Cela semble… remarquablement familial. »

« Un certain temps. Que vous a-t-elle dit ? J’avais le sentiment qu’elle n’avait pas fait mention de mon existence. »

« Pas de nom. J’aurais eu quelque chose à dire si j’avais su. Quand elle travaillait à Runway, toutes les conversations que nous avions vous concernaient. Et les tâches ridicules que vous lui donniez à faire. » Il s’éclaircit la gorge. « L’opinion que j’avais de vous n’était pas bonne. »

Miranda leva un sourcil. « Eh bien… je ne vais pas présenter d’excuse : C’est entre Andrea et moi et nous avons résolu les désaccords que nous avions à l’époque. Et il n’y avait rien de romantique alors qu’elle travaillait pour moi. Il y avait une certaine… attirance peut-être. C’est tout. Il y a un peu plus de six mois, nous sommes littéralement entrées l’une dans l’autre. Nous nous sommes liées d’amitié. »

« De l’amitié ! » dit Isabelle, incrédule.

Miranda retint son irritation. Était-ce si difficile à imaginer ? « Oui. »

« Et maintenant, vous êtes ensemble. J’aurais dû m’en rendre compte, » dit Isabelle. « Il y avait quelque chose dans sa façon de parler de vous. Puis tout est parti en lambeaux avec Nate. » Elle secoua la tête. « Elle semble vraiment… vous aimer. Elle n’est pas du genre à faire les choses à moitié. »

Ceci causa un petit rire chez Miranda. « Moi non plus. »

« Il faut vraiment que je vous remercie à nouveau, » dit Charles. « Pour aujourd’hui. »

Miranda fit un signe de main. « C’était la seule chose que je pouvais faire pour elle dans la mesure où je ne crois pas que la police aurait apprécié de me voir débouler dans la maison. »

Charles acquiesça en lui-même. « J’y ai pensé également. » Il attira Isabelle un peu plus près de lui. « Je ne veux jamais avoir à faire face à  nouveau à une telle situation. Vous croyez que l’on pourrait la convaincre de démissionner ? »

Fermant les yeux, Miranda soupira. La question sonnait en partie comme une blague, mais elle reconnaissait également la prière dans sa voix. « Je vous laisserai en parler entre vous trois. Ce n’est pas ma place même si je m’inquiète. Et je m’inquiéterai toujours. »

Isabelle la regarda. « Vous ne correspondez pas à l’image que j’avais de vous, Miranda. »

Tout en haussant les épaules, Miranda se laissa aller contre le canapé. « A quoi vous attendiez-vous ? »

« Depuis ces dernières heures où nous avons appris votre existence ? » Elle regarda au plafond. « Quelqu’un de plus dure. De plus exigeante. Autoritaire. »

« Je suis tout cela, je peux vous l’assurer. » Elle soupira. « Mais pas aujourd’hui. » De l’autre côté de la pièce, le téléphone portable de Miranda sonna. « Excusez-moi ! » Charles et Isabelle répondirent d’un signe de tête. Elle vérifia l’affichage. Samuelson. Elle alla dans le couloir. « Bonsoir Inspecteur. »

« Eh ! Vous allez bien ? »

« Oui. Nous sommes à la maison. L’hôpital l’a laissée partir. Ses parents sont ici. »

« Très bien. Je voulais juste vous dire quelques petites choses. Je vais commencer avec le positif. Maria et ses enfants vont bien. Ils sont chez des cousins à Staten Island et Maria dit qu’Andy a sauvé leurs vies simplement pas sa présence. Elle est convaincue que Joey les aurait tous tués s’ils avaient été seuls. »

Miranda trembla. « Eh bien… »

« Ouais. Enfin… Joey vint de sortir de la salle d’opération. Il vivra, malheureusement. Ce qui signifie que l’argent de vos impôts va servir à ce qu’il soit logé et nourri quand il retournera en prison. Pour de bon cette fois, je l’espère. »

« Moi de même. »

« Bon… c’est tout ce que j’ai. Rodine vous contactera sûrement demain, mais je lui ai dit que je vous appellerais ce soir. Juste pour dire bonsoir. »

« Merci Inspecteur. Et dites-moi quand a lieu votre prochain gala de charité pour Saint-Vincent ? »

Il éclata de rire. « En avril. »

« Réservez-nous deux places s’il vous plaît. »

« Pourquoi pas toute une table ? »

Elle roula des yeux. « Ne vous inquiétez pas, Samuelson. Ils recevront un très gros chèque cette année en votre nom. »

Il y eut un silence. « Ce n’est pas pour ça que je l’ai fait, vous savez. Peut-être au début, mais plus après. Pour moi, nous sommes quittes. »

Miranda entendit un bruit de pas derrière elle alors qu’Andrea descendait l’escalier. Son teint semblait un peu grisâtre dans la pénombre, mais son sourire était plein d’amour comme si le simple fait de voir Miranda la rendait heureuse. « Je ne pense pas que nous soyons jamais quittes, Inspecteur, mais je vous remercie. Bonne nuit. »

« Bonne nuit. »

« Eh ! » dit Andrea. Elle se glissa entre les bras de Miranda et posa sa tête sur son épaule. « Je suis fatiguée. »

« Un bain et puis au lit ? » demanda Miranda.

« Ouais, mais puis-je utiliser ton téléphone d’abord ? Il faut que j’appelle Doug et Lily. Je ne suis pas allée voir sur Internet, mais ils doivent être en train de paniquer et mon téléphone est… Mmmm… HS. »

« Bien sûr, j’avais complètement oublié. » Elle tendit son portable.

Je ne peux pas croire que personne ne t’ait encore appelée. Tu étais partout aux infos. »

« Ils appellent sûrement l’autre ligne. J’ai éteint le Blackberry. »

« Oh ! C’est futé. J’imagine que tu vas t’efforcer à limiter les dégâts au maximum. »

Miranda secoua la tête. « Pas de dégâts. Quelques mises au point peut-être. Mais rien qui ne puisse être réparé. Je ne suis pas inquiète. »

« Vraiment ? »

Avec un délicat grognement, Miranda toucha les cheveux d’Andrea. « Mes priorités se sont réorganisées plutôt rapidement cet après-midi si tu n’étais pas au courant. »

« Oh oui ! Les miennes aussi. » Elle embrassa Miranda avec chaleur. « Je vais dire bonne nuit à mes parents. Tu les as installés au deuxième étage ? »

« Mmm… Je vais faire couler ton bain et je vais leur montrer la chambre. »

« Merci. » Elle se pencha pour un autre baiser. « Qui était au téléphone ? »

« Samuelson. Il m’a dit que… l’homme, » Miranda ne pouvait se résoudre à dire son nom. « Qu’il a survécu à la salle d’opération. Et Maria et ses enfants sont dans de la famille. »

Les yeux d’Andrea s’écarquillèrent comme si penser à eux l’avait effrayée. « Je veux les voir dès que la neige le permettra. »

Miranda ne s’attendait pas à cette réaction, mais elle fit oui de la tête. « Bien sûr. Nous prendrons la voiture. »

« Tu n’as pas besoin de venir. »

Penchant sa tête sur le côté, Miranda dit. « Je ne viendrai pas si tu ne veux pas que je vienne, mais je ne veux pas te laisser hors de ma vue pendant un petit bout de temps. »

Les sourcils d’Andrea se levèrent de surprise. « Oh ! OK. Je ne veux pas que tu te sentes obligée. »

« Ce n’est pas le cas. »

« Eh bien. Ça serait super. » Elle fronça des sourcils. « Mes parents ne seront peut-être pas très heureux. Ils veulent sûrement que je me trouve le plus loin possible de Maria, que je démissionne de mon job et que je retourne en courant dans l’Ohio. Comme s’il ne se passait jamais rien là-bas ! »

« Ils auront du mal à me détacher de toi, Chérie, » plaisanta Miranda. « Mais tu es adulte. Ils devront accepter ta décision quelle qu’elle soit. »

A ces mots, Andrea sourit légèrement. « Tu dirais la même chose si Cassidy ou Caroline étaient concernées ? »

« Ha ha ! Demande-moi ça dans dix ans ! »

« Je n’y manquerai pas. Je reviens. »

Elle regarda Andrea passer avant de traverser l’entrée et regarder par la fenêtre. La neige tombait tranquillement et la rue était calme.

10ème partie

Miranda était contente de voir combien tout était tranquille quand elle sortit de la voiture. Elle était également satisfaite de la rapidité avec laquelle elle avait atteint les objectifs qu’elle s’était fixés. Pendant le dîner, elle avait eu tout le temps pour discuter avec Irv ainsi qu’avec deux administrateurs d’une société dont elle n’avait pas horreur. Elle avait bu un verre de vin et avait apprécié un dîner passable. Elle avait facilement convaincu l’agent d’une jeune starlette montante d’Hollywood que la couverture de Runway n’était pas nécessaire pour fournir une excellente publicité à sa carrière. Miranda voulait l’interview, mais pas au point de sacrifier la couverture du numéro d’août à une artiste qui n’avait pas encore fait ses preuves.

Il était à peine 21 heures. Les filles seraient encore debout. Miranda sourit.

Elle les trouva dans la salle de divertissement alors qu’Andrea se penchait au-dessus du pied de Caroline pour lui mettre du vernis à ongle. « Eh M’man ! On organise une séance photo, » dit Caroline.

« Oh ? »

Andrea se tourna vers elle, un sourire espiègle sur le visage. Elle était fortement maquillée. Ses yeux ressortaient de façon dramatique ainsi que ses lèvres rouges. « Tu aimes mon nouveau look ? »

« C’est… particulier. » Bizarrement, ce n’était pas mal. « Qui en est responsable ? »

« Cassidy. Elle est drôlement bonne. »

Le maquillage autour des yeux de Cassidy semblait criard sur son jeune visage, mais Miranda dut reconnaître que c’était fait avec art. « Très bien ma chérie. Beaucoup mieux que la dernière fois. »

Cassidy se rengorgea devant l’attention que lui portait sa mère. « J’ai beaucoup aimé le numéro de décembre avec tous les trucs de Noël et l’utilisation du noir et du blanc. C’est ce que j’ai essayé de faire. Pour le contraste, tu sais ? »

« Andrea est très jolie. » Et c’était le cas. De près, il y en avait trop, mais pour une photo, ça marcherait bien. « Toi par contre, tu portes beaucoup trop de mascara. »

Levant les yeux au ciel, elle choisit d’ignorer Miranda.

Deux heures plus tard, après que les filles soient au lit, Miranda se coucha à côté d’Andrea. Sa peau de porcelaine était toute propre, ses joues encore vermeilles après le contact de l’eau chaude. « Tu te débrouilles bien avec elles, » dit-elle.

« J’aime bien être en leur compagnie. La plupart du temps. Elles ne se disputent plus autant qu’avant. »

« J’ai remarqué. » Miranda pensait que c’était parce qu’elles recevaient plus d’attention et d’affection que d’habitude. Passer plus de temps à la maison devenait une habitude. Elle n’en disait rien à Andrea pour ne pas attirer l’attention sur ses résultats en dent de scie à être une bonne mère.

« Tu t’es amusée à cette soirée ? » demanda Andrea en se pelotonnant un peu plus près, sentant bon le menthol. La forte odeur rappela à Miranda le souvenir de leur premier baiser et elle se sentit envahie par une vague de chaleur.

« Oui, » dit-elle dans un souffle, mais je crois que tu m’as promis une autre forme d’amusement plus tôt dans la soirée. Tu te souviens ? »

Andrea regarda le plafond, l’air pensive. « Une autre forme d’amusement… Hmmm… Je ne suis pas sûre de voir ce que tu veux dire. »

« Laisse-moi te remémorer alors ! » Miranda roula par-dessus Andrea et l’embrassa tout en respirant le menthol.

Miranda regarda fixement dans le miroir, la brosse à dents toujours dans la bouche. Elle avait utilisé le dentifrice d’Andrea ce soir-là, ayant terriblement besoin de ce goût et des souvenirs qu’il rappelait. Elle cracha et rinça sa bouche, attirée à nouveau par son propre reflet.

Elle avait l’air terrible. Les yeux cerclés de noir et le teint blafard. La fatigue, quelle qu’en soit la cause, ne lui réussissait pas, pas plus que trop pleurer. Jetant un coup d’œil à Andrea qui était allongée tranquillement dans la baignoire, elle se dit qu’Andrea ne pouvait bien voir que d’un œil. Peut-être qu’elle ne ferait pas attention.

S’asseyant sur le bord de la baignoire, elle regarda longuement ce corps qui lui était si précieux, abîmé, mais vivant. Le bras gauche d’Andrea était enveloppé dans du plastique et reposait sur le rebord. Son oeil s’ouvrit. « Tu as vraiment une sale tête, » dit-elle avec un petit sourire.

Surprise, Miranda se retrouva à rire de plaisir plutôt que d’humiliation. « J’ai une bonne excuse. Tu m’as fait vieillir d’au moins cinq ans cet après-midi. »

Un orteil sortit de l’eau et se mit à suivre un dessin sur la robe de chambre de Miranda. « Tu es toujours la plus jolie chose que j’aie jamais vue de toute ma vie. Tu l’as toujours été. »

« C’est vrai ? » Miranda saisit le pied délicat et en caressa le dessus, suivant la ligne du coup de pied.

« Ouais. Je suis prête à parier que j’ai l’air aussi jolie que toi ce soir, hein ? » elle toucha son œil.

« La plus jolie chose que j’aie jamais vue de ma vie, » répéta Miranda.

Après avoir passé sa vie à juger la beauté et la considérer comme passable ou pire, Miranda avait développé une opinion selon laquelle l’imperfection était inacceptable. Mais regardant la peau gonflée d’Andrea, les hématomes sur son corps et son bras tailladé, elle pensait différemment. Elle se demanda combien cet événement allait changer sa façon de voir le monde et par conséquent sa façon de faire son travail. Parce qu’il était vrai qu’elle repenserait à ce moment et saurait qu’Andrea était belle quelle que soit son apparence.

Vingt minutes plus tard, elle se glissait entre les draps. Elles avaient changé de côté ce soir-là pour permettre à Andrea de garder son bras surélevé. Elles avaient également chacune pris un comprimé de Lorazepam. Miranda l’avait placé avec reconnaissance sous sa langue alors qu’Andrea avait résisté à cette idée avant de se rendre à la raison. Miranda n’était pas du genre à pousser à la consommation de médicaments : elle avait vu bien trop d’abus dans son milieu et savait à quoi s’en tenir. Mais elle avait beaucoup à faire le lendemain et avait besoin de se reposer. Andrea, de son côté, était toujours à cran malgré le bain et cela l’aiderait à dormir au moins quelques heures.

« Peut-on laisser une lampe allumée ? » demanda Andrea.

« Bien sûr. Celle-ci ? » demanda Miranda en montrant une petite lampe à côté du lit. Elle n’éclairait pas assez pour permettre de lire, mais elle diffusait une lumière douce dans la chambre.

« OK. Merci. » Elle gigota un peu. « Est-ce que tu peux me tenir jusqu’à ce que je m’endorme ? »

« Et même après, » dit Miranda en se tournant sur le côté et en adaptant la position de son corps pour tenir Andrea. « Repose-toi, Chérie. Je serai là quand tu te réveilleras. »

Andrea soupira et ferma les yeux. Miranda embrassa son front et posa sa tête sur l’oreiller.

Elle avait survécu. Cela avait été une bonne journée. Demain serait encore meilleur.

11ème partie

Neuf mois plus tard

« M’man, vous allez descendre ? » demanda une voix à travers la porte.

Miranda ouvrit les yeux, se souvenant peu après où elle se trouvait. Le parfum du gingembre blanc flottait dans l’air depuis la fenêtre ouverte. Elle laissa retomber sa tête sur l’oreiller. A sa gauche se trouvait Andrea, le dos découvert par le drap qu’elle avait repoussé pendant la nuit. Des cheveux à longueur d’épaule étaient étalés sur l’oreiller et malgré le désir qu’elle en avait, Miranda se retint de tendre la main pour caresser la peau douce.

Elle sortit du lit et saisit le peignoir qui se trouvait sur la chaise à côté du lit. L’enfilant rapidement, elle se dirigea vers la porte.

Cassidy, déjà vêtue de sa combinaison, se tenait de l’autre côté. « Nous partons dans quelques minutes. »

« Très bien. Vous avez mangé ? »

« Ouais, il y a un petit moment. Sam a fait la cuisine. »

« Excellent. J’arrive tout de suite. »

« OK. Est-ce qu’Andy a dormi ? »

Miranda caressa la joue de Cassidy. « Oui, mais je vais la laisser se reposer un peu plus longtemps. Tu pourras la voir quand tu reviendras de ta leçon. Peut-être que nous descendrons à la plage pour voir. »

« Cool ! »

Sa fille déguerpit le long du couloir, puis descendit l’escalier. Miranda se dirigea vers les portes-fenêtres et porta la main aux stores à lames qui gardaient le soleil à l’extérieur. Elles avaient laissé quelques fenêtres ouvertes pour que Miranda puisse sentir la brise et entendre le bruit de l’océan pendant la nuit. Non qu’Andrea entende quoi que ce soit.  Des boules Quiès se trouvaient fermement enfoncées dans ses oreilles ce qui expliquait pourquoi elle dormait encore malgré tout le bruit.

Miranda sortit dehors, le soleil donnant dans ses yeux. Plus bas, un sable clair menait directement à une eau si bleue que Miranda avait encore du mal à croire que c’était réel. Des palmiers se balançaient dans le vent et deux énormes Plumeria roses faisaient office de sentinelle de chaque côté de la propriété. Quelques jours après leur arrivée, Andrea avait cueilli des fleurs sur les arbres et avait confectionné quatre leis (NDT : collier de fleurs hawaïen), un pour chacune d’elle. Deux de ces guirlandes étaient maintenant suspendues au mur de leur chambre et embaumaient encore l’air, plusieurs jours après.

Le temps semblait vouloir coopérer ce matin-là contrairement à la veille. Le mois de décembre à Kauai (NDT : l’une des îles de l’archipel hawaïen) était imprévisible. Jusqu’à présent, elles n’avaient eu que deux jours de pluie. Mais même ça semblait paradisiaque comparé à la neige plus ou moins fondue de l’hiver new-yorkais. La pluie ici faisait penser à quelque chose de doux et humide et même Miranda avait eu envie de se retrouver en dessous peu après leur arrivée.

L’estomac de Miranda gronda. Elle savait que le café était fait et attendait. Avec un sourire d’anticipation, elle retourna à l’intérieur et descendit à l’étage du dessous.

La cuisine avait déjà été nettoyée. Sam était un envoyé du ciel. Un mélange fascinant de nounou, de cuisinier, d’homme de ménage et de professeur de surf, il était le compagnon idéal pour les filles et également de très bonne compagnie pour elle-même et Andrea. Il les avait même emmenées voir sa famille qui semblait très étendue et multi-raciale à un point tel que Miranda se demanda vraiment combien de personnes étaient réellement liées par le sang. Kai, le superbe petit ami de Sam, était également un professeur de surf ainsi qu’un étudiant sérieux de hula (NDT : danse traditionnelle hawaïenne). Quand Sam avait emmené les filles jusqu’au Halau (NDT : nom des écoles de hula) de Kai pour regarder une leçon, Caroline avait immédiatement décidé qu’elle chercherait un cours à New York pour apprendre.

Tout ce qu’elle voulait si ça la rendait heureuse, pensa Miranda.

Quand elle entra dans la cuisine, Sam l’accueillit avec un sourire amical. « Komo mai, Miranda. Prête pour le café ? »

« S’il vous plaît. » Il versa une tasse depuis la cafetière, ajouta du lait et tendit la tasse. Elle respira le délicieux parfum et avala ses premières petites gorgées avec gratitude. « Ohh ! » grogna-t-elle. « Parfait. »

« Il éclata de rire. « Mahalo. Mais vous dites ça tous les jours. »

« Il est parfait tous les jours. Cassidy me dit que vous avez déjà mangé. »

« Oui. Je vais vous faire des œufs. »

« Non, non, je vais le faire. Vous pouvez partir. Nous vous rejoindrons peut-être plus tard. »

« Vraiment, Maman ? » demanda Caroline.

« Mmm… » fit Miranda. « Je sais que vous êtes toutes les deux montées sur vos planches hier et je veux voir ça par moi-même. »

« C’était trop cool ! » s’enthousiasma Caroline. « J’ai hâte d’y retourner. Sam dit que les vagues sont super ce matin. »

« Mais pas trop grosses, » avertit Miranda tout en regardant Sam.

« Bien sûr. Des petites vaguelettes, juste ce qu’il faut pour les filles. C’est tout bon. »

Après une autre gorgée de son précieux breuvage, Miranda hocha la tête. « Très bien. Vous n’êtes pas loin ? »

« Nous sommes sur la plage publique, à deux pâtés de maisons au nord. Vous verrez l’abri des maîtres-nageurs. »

« Très bien. » Elle embrassa Cassidy et Caroline et sourit à Sam. « Amusez-vous bien ! »

 » Oh oui ! » crièrent les filles. « A plus ! »

« Aloha, » fit Sam et il les suivit par la porte de derrière.

Après un moment de réflexion, Miranda se dirigea vers le petit salon situé à côté qui servait en quelque sorte de bureau pour elle-même et Andrea. Elle ne l’avait pas vraiment utilisé, mais elles y conservaient leurs ordinateurs portables et leur routeur WiFi. Elle alluma son ordinateur et envoya un message de quatre mots à Nigel. Il avait une fenêtre de trois minutes pour répondre et malgré l’espoir de Miranda, il répondit en moins de deux.

Elle dirigea la webcam au-dessus de l’écran et passa sa main dans ses cheveux, les repoussant derrière l’oreille. Peu après, le visage paniqué de Nigel emplit l’écran. « Oh Dieu merci ! » s’exclama-t-il. « Karl est en train de nous faire une crise ! Il insiste pour que tu supervises la séance photo pour le numéro d’Avril. »

Miranda roula des yeux et se dit qu’elle aurait bien aimé avoir un Bloody Mary dans sa main. « Nigel, tu es un adulte. Tu travailles avec Lagerfeld depuis quinze ans. Qu’as-tu pu oublier au cours des dix derniers jours ? »

« Rien ! Mais Miranda, tu ne l’as pas vraiment prévenu que tu serais partie. En fait, tu n’as prévenu personne. A quoi t’attendais-tu ? »

Cela l’irrita. Elle se redressa dans le siège de bureau inconfortable. « J’attendais que tu diriges le magazine de façon convenable pendant mon absence. Nous ne soignons pas le cancer pour l’amour de Dieu. Apporte quelques bouteilles de Veuve Cliquot sur le plateau et ne porte pas trop d’eau de toilette. Tu t’en sortiras. »

« Mais Miranda… »

« Je ne reviens pas, je répète, je ne reviens pas à New York pour mettre de l’ordre dans cette pagaille, Nigel. Débrouille-toi ! » Elle inspira et se força à se souvenir de se détendre. Comme elle le lui avait dit, ce n’était pas une question de vie ou de mort. « Un jour, tu ne pourras plus me déranger avec tous tes problèmes. Cela relèvera de ton entière responsabilité. Je te suggère de t’habituer à diriger sans moi. »

Il y eut un petit cri d’étonnement en arrière-plan et Miranda pensa qu’Emily pouvait traîner dans les parages hors de vue. Nigel béa de surprise. « Quoi ? »

Elle n’avait pas eu l’intention de laisser entendre qu’elle pourrait s’éloigner un peu de Runway, mais il n’y avait pas vraiment de bon moment alors pourquoi pas maintenant. « J’envisage… un congé sabbatique. »

Nigel se figea littéralement et Emily le repoussa pour prendre le siège à côté du sien. « Quoi ? » dit-elle une voix étranglée. « Vous ne pouvez pas ! »

« Je peux, » dit Miranda, un sourcil se levant d’un air de défiance. « En juillet. Pour au moins quelques mois. » Ou plus longtemps. Elle n’avait pas encore décidé.

« Miranda, plus longtemps tu seras partie et plus dur ce sera de revenir. Irv, » dit Nigel tout en tentant de s’éclaircir la voix, « Irv va essayer de te garder à l’écart. »

« Sans aucun doute. » Miranda ne s’en souciait pas. Elle pouvait faire comme elle souhaitait, qu’importe ce que voulait Irv Ravitz. Son statut d’icône de la mode et sa personnalité publique avait fait un bond exponentiel l’année écoulée. Mais des mois à voir sa relation avec Andrea sous le microscope du public avait appris à Miranda qu’il y avait un niveau de popularité qu’elle ne souhaitait pas atteindre.

« Miranda, je ne peux pas croire que tu jetterais vingt cinq ans en l’air… » dit Nigel sans finir sa phrase et en laissant quelques mots non dits.

Pour une fille qui a la moitié de ton âge, Miranda savait ce qu’il pensait. Et il aimait bien Andrea. Mais même après tout ce temps, il ne comprenait pas. Pas plus qu’Emily ou n’importe qui à Runway. Ils avaient réagi avec incrédulité quand Miranda avait commencé à déléguer plus de responsabilités aux divers chefs de département, les amenant à prendre les décisions que Miranda avait prises quand elle microgérait le magazine. La structure interne de Runway ressemblait davantage maintenant à celle d’autres magazines, ce qui donnait à Miranda plus de temps à la maison. Mais personne ne pouvait comprendre pourquoi. Ils pensaient qu’elle passait par une phase. Une attaque précoce de la maladie d’Alzheimer ou la crise de la cinquantaine.

Peut-être était-ce le cas. Mais c’était une crise que Miranda avait l’intention de faire durer. Elle voulait passer le restant de ses jours avec Andrea. Et quand elle regardait dans les yeux d’Andrea, elle y voyait un même désir.

Les amis d’Andrea avaient un peu mieux réagi à leur relation : Doug et Lily virent très rapidement la profondeur des sentiments de Miranda et y répondirent en conséquence. Tous les trois n’étaient pas vraiment copains, mais Miranda se trouva  à apprécier bien plus leur compagnie que celle de ses soi-disant « amis ». Les employés de Runway n’y faisaient pas exception.

« Nigel, si tu crois que passer quelques mois avec ma famille revient à foutre ma vie en l’air, je ne t’ai pas rendu service. Un jour, je te présenterai des excuses. Mais pas aujourd’hui. Débrouille-toi avec Lagerfeld ! Et ne m’appelle pas ! Je serai sur la plage en train de regarder mes filles faire du surf. Les parents d’Andrea arrivent demain pour les vacances alors tu ne devrais pas entendre parler de moi avant le 26. Compris ? »

Nigel cligna des yeux. « Miranda, es-tu sûre que c’est ce que tu veux ? »

« Passer Noël avec des gens venant de l’Ohio ? » dit Miranda, ignorant délibérément le sens de la question.

Il souffla d’un air exaspéré. « Tu sais ce que je veux dire. Quitter Runway… »

« Nigel, je sais que tu es inquiet parce que tu te soucies pour nous et je t’en suis reconnaissante. Nous pourrons en discuter à fond à mon retour. Pour l’instant, concentre-toi sur le travail ! Voici l’occasion que tu attendais. Vas-tu vraiment la gaspiller parce que tu t’inquiètes pour moi. Pour moi !

Cela sembla le déstabiliser. « Eh bien, » commença-t-il.

« Ne me déçois pas, Nigel ! Vous non plus, Emily. » Elle soupira et arbora son regard le plus sévère. « Je vais préparer le petit déjeuner. Y a-t-il autre chose ? »

« Vous cuisinez ? » demanda Emily d’une voix aiguë.

« Oh mon Dieu ! » dit Miranda en roulant des yeux. « Envoyez-moi un mail s’il y a une catastrophe et peut-être que je répondrai. Sinon, je vous parlerai lundi. A la même heure. »

« Si tu le dis. Passe de bonnes fêtes ! » dit Nigel.

« Toi aussi. Et Emily, allez voir le deuxième tiroir de mon bureau, le dossier sur le devant. Vous pourriez y trouver quelque chose d’intéressant. » Quand il apparut qu’aucun ne bougeait, elle dit simplement « Au revoir » et mit fin à la connexion. Ils feraient mieux d’apprécier leur bonus cette année. Miranda les avait bien récompensés, peut-être mieux que ce qu’ils méritaient vu que Nigel ne pouvait même pas s’occuper d’un chaton comme Lagerfeld. Ce qui était fait était fait. Elle avait en tête des choses beaucoup plus intéressantes.

Comme de faire le petit-déjeuner. Les fruits étaient déjà coupés et elle plaça des tranches de pain dans le grille-pain avant de verser quelques œufs dans un bol. Alors qu’elle battait les œufs, elle réfléchit aux efforts qu’il avait fallu pour qu’elle se retrouve dans cet endroit tranquille et agréable.

Des mois ininterrompus à avoir des appareils photos brandis sous son nez. Tenter de travailler chaque jour avec une équipe distraite. Des regards en biais et des commentaires de la part des gens de son milieu.

Et pire. L’angoisse d’Andrea. Son incapacité à dormir plus de quelques heures, puis à simplement dormir. Son refus initial de voir un thérapeute ou d’accepter un traitement. Son opinion qu’elle n’avait pas besoin de revenir sur quelque chose dont elle avait déjà parlé un millier de fois.

La goutte d’eau avait été un appel téléphonique que Miranda avait reçu d’Andrea au milieu d’une crise d’angoisse. Sa perception modifiée de ce qui l’entourait avait terrifié Miranda. Quand Andrea avait dit qu’elle pensait faire une crise cardiaque, Miranda avait quitté son bureau comme une trombe et avait retrouvé son amante quelques pâtés de maisons plus loin, appuyée contre un lampadaire sous une pluie battante.

Le jour suivant, Andrea allait voir un thérapeute pour la première fois. Les choses s’améliorèrent par palier. Elle commença à porter son traitement avec elle, pas pour le prendre, mais pour l’avoir sur elle. Cette simple idée l’aida plus que tout. Elle dormit, pas très bien, mais quand même un peu. Son comportement hypervigilant commença à s’assouplir. Elle accepta de porter des boules Quiès pour dormir même si elle continuait de sursauter si un bruit fort se faisait entendre à travers la cire.

Parallèlement, elle continua de travailler. La plupart du temps, elle restait derrière son bureau, conduisant ses interviews par téléphone ou en ligne ou face à face dans les locaux du journal. Tout cela convenait à Miranda. Puis quand son angoisse commença à diminuer, Andrea s’aventura à nouveau sur le terrain, en étant toujours très prudente, appelant toujours Miranda en arrivant sur les lieux de ses enquêtes et juste après en être repartie. Cela convenait aussi à Miranda. Elle voulait savoir que tout allait bien. Le thérapeute d’Andrea pensait que la relation évoluait peut-être en une forme de co-dépendance, mais aucune ne s’en souciait. Cela leur permettait de faire face à leur journée et c’est tout ce qui importait.

Les mois passèrent. Andrea connut moins de sautes d’humeur et elle pouvait dormir à nouveau toute la nuit. Et juste quand les choses recommençaient à aller bien, Andrea descendit d’un train à Penn Station, revenant d’une fantastique interview à Trenton et se retrouva au milieu d’une alerte à la bombe. Au lieu de s’effondrer, elle prit son médicament et pataugea à travers la neige sale et la gadoue depuis la 34ème rue jusqu’à l’immeuble Elias-Clarke. Elle déboula dans le bureau de Miranda sans être annoncée et déclara très fermement, « j’ai besoin de faire un break. Est-ce qu’on peut partir quelque part ? »

Trois semaines plus tard, elles se retrouvaient à bord d’un vol d’American Airlines en direction de Kauai. Les filles avaient fini leurs derniers examens quelques  jours plus tôt et elles pourraient célébrer Hanoukka et Noël sur la plage. Les parents d’Andrea avaient accepté avec gratitude de les rejoindre. Miranda avait loué une maison et l’un de ses nouveaux amis du Comité pour la Diversité à Dalton (NDT : école privée que fréquentent Cassidy et Caroline) avait recommandé Sam comme baby-sitter. Tout s’était parfaitement arrangé comme si c’était leur destinée.

Jusque là, Miranda pensait que c’était la meilleure décision qu’elle ait pu prendre.

Elle partagea les œufs entre deux assiettes, ajouta les fruits et toasts et bien sûr, le café. Avec précaution, elle souleva le plateau et le monta en haut de l’escalier. Andrea n’avait pas changé de position sur le lit alors Miranda posa silencieusement le plateau par terre et se glissa au-dessus du drap. D’une main douce, elle caressa le dos d’Andrea jusqu’à ce que celle-ci se retourne et sourie.

Elle retira ses boules Quiès de ses oreilles. « Bonjour ! »

« Bien dormi ? »

« Mmm… comme un bébé. J’adore ce lit. »

« Peut-être que nous pourrons le remporter à la maison. »

Andrea éclata de rire. « Peut-on remporter la vue qui va avec ? »

« Mmmm, » fit Miranda. « Ce serait bien, » dit-elle en penchant la tête sur le côté. « As-tu envie de petit-déjeuner ? »

« Oui. Je peux aller nous faire quelque chose… »

« Ne bouge pas ! » ordonna Miranda. Elle descendit du lit et présenta le plateau de nourriture, excessivement satisfaite de la joie qu’elle vit dans les yeux sombres. Andrea appréciait chacune des petites choses que Miranda faisait pour elle ce qui rendait l’action de donner encore plus satisfaisante.

« Tu as cuisiné ? Oh mon cœur, ça a l’air fantastique. »

« Ce sont des œufs. Ça ne prend que cinq minutes. »

« Eh bien, j’adore ça. Merci. » Elle se pencha par-dessus le plateau et offrit un baiser à Miranda qui l’accepta. « Les filles sont déjà parties ? »

« Oui. Voudrais-tu aller les voir sur la plage quand on aura fini ici ? »

« Mmm, bonne idée, » répondit Andrea avant de prendre sa première bouchée. « Miam, » marmonna-t-elle entre deux bouchées.

Elles mangèrent en silence, profitant du bruit des vagues et parfois du cri d’une mouette. Quand Miranda eut fini, Andrea dévora le dernier morceau d’ananas de son assiette. Elle prit alors le plateau pour le remettre par terre et elle put enfin s’allonger à sa place sur le lit. Andrea profita immédiatement de la situation en écartant son peignoir.

Elle passa un doigt léger sur un mamelon de Miranda, souriant quand le vit se durcir sans avoir à le cajoler beaucoup. « Hmmm, » dit-elle. « Que penses-tu que cela signifie ? »

« Es-tu en train de me taquiner ? » dit Miranda, le souffle un peu court. Cela faisait plus d’une semaine qu’elles avaient fait l’amour, distraites par l’organisation des vacances et les jumelles et le travail à laisser  derrière.

« Ce n’est une taquinerie que si je ne continue pas. »

« Oh ! » Miranda déglutit, ressentant déjà un chatouillement entre les jambes. « J’ai promis aux filles… »

« Nous irons les voir. Un peu plus tard. Nous avons plein de temps. »

Miranda réalisa qu’Andrea avait raison, sur tant de points. Mais qu’importe le temps qu’elles avaient, Miranda ferait en sorte que chaque moment compte. Elle tira Andrea à elle pour un baiser brûlant, roulant par-dessus le corps de son amante et repoussant du pied le drap hors du lit. « Pourquoi ne me laisserais-tu pas faire tout le travail, » murmura Miranda en mordillant un sein ferme. « Tu n’as qu’à t’allonger et penser à l’Angleterre. »

Andrea éclata de rire et se cambra de plaisir.

Plus d’une heure après, elles descendirent vers la plage en se promenant, fraîchement douchées et encore rayonnantes de leurs récentes activités. Andrea portait un large chapeau et une adorable robe soleil avec un bikini en dessous. Elle s’était recouverte tous les jours de protection solaire, mais le temps hawaïen avait immédiatement mis fin à la pâleur fantomatique causée par les hivers new-yorkais.  Miranda partageait le même sort, protégeant sa peau, mais incapable de résister à un peu de couleur pour une fois.

« Les voici ! » dit Andrea en pointant du doigt plus bas sur la plage. A une dizaine de mètres. Tu vois ? »

Miranda voyait. Les fillettes étaient dans l’eau, attendant la vague. Sam flottait sur sa planche entre elles deux. Cassidy les repéra en premier et agita un bras en l’air énergiquement. « Maman ! » cria-t-elle. « Andy ! »

Andrea répondit de même alors que Miranda avait sa main serrée juste au-dessus du coude d’Andrea. Elle caressait légèrement son bras gauche, faisant passer ses doigts le long de plusieurs cicatrices blanches qui s’effaçaient peu à peu. Une était plus longue et plus épaisse que les autres. La toucher était devenu une habitude, une habitude qu’elle ne briserait jamais.

Bientôt, elles furent au bord de l’eau, attendant, et après quelques minutes, Miranda aperçut la vague qui se formait derrière les filles. Andrea fit un pas en avant, émettant un petit cri de frayeur. « Elle est si grosse, » chuchota-t-elle. « Faites attention ! Ne tombez pas ! » leur cria-t-elle.

Mais Miranda ne fit que caresser à nouveau son bras, tout simplement. « Elles vont bien, » dit Miranda, pleine de confiance, d’espoir.

Sam les encouragea à prendre la vague et au plus grand bonheur de Miranda, les deux fillettes montèrent sur leur planche avec difficulté et se tinrent debout. Leurs rires résonnèrent par-dessus le bruit de la mer. Cassidy était pleine de grâce, déjà une experte alors que Caroline avait plus de mal, mais conservait quand même l’équilibre. Elles tinrent jusqu’au bout et sautèrent de leur planche en arrivant sur le sable où elles coururent vers elles. Cassidy tomba dans les bras de Miranda, son corps et ses cheveux mouillés détrempant son paréo. « Est-ce que tu as vu, Maman ? On l’a fait ! »

Miranda enfouit son nez dans les délicieux cheveux salés de Cassidy et rit. « J’ai vu, ma chérie. Vous y êtes arrivées. » Elle jeta un coup d’œil à côté d’elle où Caroline s’accrochait serrée après Andy.

Caroline avait presque le souffle coupé d’excitation. « Tu as vu Andy ? On va bien ! On n’est pas tombées. »

Andrea cligna des yeux et croisa le regard de Miranda. Elle balança d’avant en arrière Caroline dans ses bras et dit. « Tu as raison, ma puce. Il n’y avait pas de raison d’avoir peur. »

Pour la première fois depuis de très, très nombreux mois, Miranda la crut.

Fin

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© Styx63 pour la traduction – 2009

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