Au bord du Styx

L’Affaire du Bikini Rose

Avertissements :

Ceci est ma première FF classique reprenant les personnages de Xena et Gabrielle, qui appartiennent à Universal et Renaissance Pictures ou à toutes autres sociétés se trouvant dans leurs droits. Aucun avantage financier n’en est tiré.

Genre : comédie

Violence : pas plus que dans la série

Subtext : oui, mais pas graphique.

Situation chronologique : vers la fin de la première saison

Orthographe : S’il y a des fautes, c’est normal. Je vous renvoie au conte précédent pour l’explication.

« Barde ? »

« Oui, mon Chaton ? »

« Les premiers contes n’étaient pas mauvais… mais ce n’était pas difficile… »

« C’est toi qui le dis. »

« Je veux maintenant que tu me parles… de l’Affaire du Bikini Rose… Voyons ce que tu vas faire de ça ! »

« L’affaire du Bikini Rose… Sais-tu que ce titre m’inspire ? Et j’en ferai une fanfic classique. »

« Avec Xena et Gabrielle ? Pas possible ! »

« Tais-toi, c’est moi qui raconte ! »

Et c’est ainsi que commença le troisième des


Contes du Chaton Fripon

L’Affaire du Bikini Rose

Prologue

Une caverne au pied du Vésuve

« Hephy ! Mon Hephaïstounet chéri ! Il fait si beau aujourd’hui, viens avec moi. J’ai découvert une petite crique où les mortels n’ont pas encore mis les pieds. On pourrait passer l’après-midi à la plage, toi et moi. Qu’en dis-tu ? »

La blonde déesse traça d’un doigt les muscles puissants du bras de son époux.

« Aphrodite, mon cœur, je ne demande pas mieux, mais Papa veut que je lui fabrique encore quelques éclairs. Il s’est un peu déchaîné ces derniers temps et son stock a dramatiquement baissé. »

La déesse fit la moue. « Mais tu travailles si vite et si bien, tu peux t’arrêter quelques heures, non ? »

Héphaïstos savait qu’il ne pourrait pas résister longtemps à son épouse quand elle commençait à le regarder ainsi, légèrement par en dessous, à travers des cils qui n’en finissaient pas.

« Je dois pouvoir faire une petite pause, tu as raison. Tu vas aller à la plage dans cette tenue ? »

‘Cette tenue’ signifiait une petite tunique extravagante dont Aphrodite avait le secret.

« Oh non, bien sûr ! J’ai prévu tout ce qu’il fallait. » Et d’un claquement de doigt, elle se changea.

Héphaïstos, d’émotion, avala de travers et commençait à s’étouffer quand Aphrodite se mit à lui taper délicatement dans le dos. « Voyons Héphy, tu m’as déjà vue avec… Et puis non, peut-être pas. C’est un paréo ! »

Le dieu avait repris difficilement son souffle. « Ma chérie, ce n’est pas un peu… transparent, même pour toi ! »

Aphrodite répondit avec un petit rire cristallin. « Oui, je l’admets. C’est pourquoi j’ai mis un bikini en dessous. »

Vaincu par tant de logique, le forgeron des dieux sourit à son épouse. « Bien sûr, où avais-je la tête ? Alors, nous y allons ? »

*=*=*=*=*=*=*

« Si j’attrape le dieu qui vient de me faire ça, Gabrielle, je t’assure que quand j’en aurai fini avec lui, même Zeus ne le reconnaîtra pas ! »

« Xena, calme-toi ! Je suis d’accord que c’est un peu ennuyeux de voir les dieux constamment s’occuper de nous. Mais vois le bon côté des choses ! »

La guerrière tenait toujours son épée d’une main et son chakram de l’autre. Elle avait déjà fait trois fois le tour du périmètre et sa colère n’avait pas diminué. « Gabrielle, avec les dieux, il ne peut y avoir de bon côté. »

Le jeune barde, appuyé tranquillement sur son bâton, regardait son amie faire les cent pas.

« Pourtant, nous sommes ensembles. Argo a été transportée en même temps que nous. Nous sommes sur une agréable petite plage et il fait beau, alors qu’il y a moins d’une marque de chandelle, nous étions sur un petit chemin de montagne glissant sous une pluie glaciale. Attendons de voir ce qu’il se passe. Nous n’étions attendues nulle part, n’est-ce pas ? »

« Grmmf ! »

Xena se redressa soudain. « Je sais que vous êtes là. Montrez-vous ! »

Aphrodite apparut. « Mmmm, Xena, tu es si belle quand tu es en colère. Gaby, ma chérie, tu ne trouves pas ? »

Gabrielle sourit à la déesse. « Aphrodite, bonjour. Es-tu responsable de notre petit voyage imprévu ? »

« Mais oui, c’est pratique, non ? Un claquement de doigts et voilà. Bon, ce n’est pas tout. Les filles, j’ai besoin de vous, on m’a volé quelque chose et il faut me le retrouver. »

Xena, qui avait rangé ses armes devant l’absence de danger immédiat, croisa ses bras sur sa poitrine et prenant son air le moins aimable, répondit. « Et pourquoi j’accepterais de t’aider ? »

Gabrielle se rapprocha. « Eh, attends Xena ! Elle a dit qu’elle avait besoin de notre aide, la tienne et la mienne. Et je veux l’écouter jusqu’au bout. »

« Grmmf ! »

Le barde lui tapota le bras et, d’un signe de tête, demanda à la déesse de continuer.

« Comme je le disais avant d’avoir été aussi grossièrement interrompue, il faut me retrouver cet objet. Xena, tu sais qu’un objet divin, quel qu’il soit, entre de mauvaises mains, peut faire des ravages. »

« Bon, d’accord, qu’est-ce que c’est ? »

« Un bikini. »

Gabrielle ouvrit grand les yeux d’étonnement. « C’est quoi, un bikini ? »

Mais la déesse disparaissait déjà. « Et il est rose. »

Xena grommela. « Rose… Venant d’Aphrodite, pourquoi cela ne m’étonne pas ? »

« Tu as déjà vu un bikini, Xena ? »

La guerrière fronça les sourcils. « Non, pas à ma connaissance. Mais si ce ‘bikini’ appartient à Aphrodite, ça ne doit pas être bien dangereux. » Elle fit quelques pas sur la plage. « Je suppose, si elle nous a amenées ici, que c’est là qu’a disparu l’objet. Ne bouge pas, je vais voir si je ne trouve pas des traces ou n’importe quel indice. »

Xena revint assez rapidement tout en regardant le sol. « Un chariot est passé derrière ce rideau d’arbres et il s’est arrêté à une cinquantaine de pas. Quelqu’un en est descendu et est venu jusqu’ici. Il s’est accroupi là… »

« Comment peux-tu dire qu’il s’est accroupi ? »

« L’empreinte est creusée à l’avant du pied et le talon n’est pas marqué. On peut supposer qu’il s’est arrêté pour regarder quelque chose posé à terre et de petite taille. Il est ensuite reparti par le même chemin. Le ‘bikini’, si c’est bien ce qu’il a observé, en plus d’être petit, est également très léger. Il n’y a pas de trace particulière dans le sable et les empreintes de notre visiteur sont aussi profondes à l’aller qu’au retour. »

« C’est brillant, Sherlock ! »

« Sherlock ? »

Gabrielle baissa la tête en rougissant. « Pardon, Xena. C’est un mot qui m’est venu à l’esprit sans y penser. »

« Ah ! Un truc de barde ? »

« Euh… oui, c’est ça, un truc de barde… Et maintenant, que faisons-nous ? »

Xena sourit. « On monte sur Argo et on suit le chariot. En route, mon barde ! »

*=*=*=*=*=*=*

Moins de deux marques de chandelle plus tard, un chariot apparut au bout de la route. Il était à moitié renversé dans le fossé et les marchandises étaient éparpillées sur le sol.

Xena arrêta Argo. « Gabrielle, descends vite ! Je vais voir s’il n’y a pas de danger. »

Le barde glissa à terre et saisit son bâton. Elle vit son amie s’éloigner au galop. Elle dépassa le chariot de quelques pas puis revint, faisant signe à Gabrielle qu’elle pouvait venir.

En s’approchant, elle vit un homme inconscient auprès duquel Xena s’était agenouillée. Elle courut rejoindre la guerrière. « Est-il gravement blessé ? Que veux-tu que je fasse ?… Eh, c’est Salmonéus !… C’est grave ? »

« Gabrielle, respire ! Non, ce n’est rien. Il a une grosse bosse à l’arrière du crâne, mais il commence déjà à revenir à lui. Va me chercher notre outre d’eau fraîche ! »

Salmonéus reprenait doucement connaissance. « Oh ! Xena, Gabrielle, je suis si content de vous voir. Xena, je fais un malheur avec tes petites phrases que je fais broder puis encadrer. A Corinthe, on se les arrache. La prochaine fois que tu passes par Athènes, viens me voir, il faut que je te verse tes royalties. Et Gabrielle, j’ai enfin achevé la maquette de l’édition de luxe de tes rouleaux, je n’attends plus que ton accord pour lancer la production… » Il s’arrêta pour boire un peu d’eau que le barde avait apportée.

Xena sourit d’un air soulagé à son amie. « Il parle affaires, il n’y a pas à s’inquiéter. » Puis elle se tourna vers le marchand. « Sal, peux-tu me dire qui t’a attaqué ? Ont-ils pris des objets de valeur ? »

« Non… Je ne crois pas… » Il tourna la tête pour étudier l’ampleur des dégâts. « Par Hermès, où est Ariadnae ? »

La guerrière haussa un sourcil. « Qui est Ariadnae ? »

« Mais c’est horrible, il faut la retrouver. » Il agrippa le bras de Xena. « Il faut que tu la retrouves, sinon je suis mort ! »

Xena dégagea son bras. « Je veux bien, mais dis-moi qui est-elle ? »

« C’est la fille d’un de mes investisseurs. J’ai accepté de l’emmener avec moi pour lui montrer un peu le travail sur la route. Et je dois reconnaître que, parfois, un joli minois fait beaucoup pour la conclusion d’une vente. »

« Tu ne veux pas dire… »

« Quoi ? Oh ! Non, pas ça. Mais elle a un sourire charmant et certains clients oublient un peu de réfléchir au moment de leurs achats, c’est tout ! Tu me connais Xena, j’ai mes intérêts à cœur, mais je n’ai jamais rien fait de déshonorant. »

« Nous allons partir à sa recherche, ne t’inquiète pas ! Au fait, tu ne t’es pas arrêté un moment quand la route longeait la crique un peu plus haut ? »

« Oui, c’est exact ! Quelque chose de brillant avait attiré mon regard sur la plage et je suis allé voir. C’étaient plusieurs morceaux d’étoffe brodée et pailletée, reliés par des cordelettes assorties. »

« Des morceaux d’étoffe ? »

« Oui, trois petits triangles roses, deux reliés entre eux et un troisième, à part. Je dois dire que j’étais un peu perplexe au départ, mais Ariadnae a immédiatement compris leur usage, l’intuition féminine, je pense. »

Xena semblait de plus en plus perplexe. « Et ça marche comment ? »

« Ca ne marche pas, voyons ! Ca se porte. Les deux reliés se placent là. » En même temps, Salmonéus fit un geste de ses deux mains à la hauteur de la poitrine, puis en rougissant un peu, il continua. « Et le troisième… plus bas… tu comprends ? »

Xena, qui n’était pas sûre de comprendre, demanda. « Et ça sert à quoi ? »

« Je ne sais pas trop, mais Ariadnae a dit que ça ferait fureur à Athènes l’été prochain. Alors je ne me suis pas posé de question. »

La guerrière sentit qu’il devait s’agir du fameux ‘bikini’. La couleur correspondait et la description de l’objet par Salmonéus était suffisamment étrange pour qu’il s’agisse effectivement d’une invention d’Aphrodite.

« Où se trouve cet… appareil ? »

Gabrielle profita du silence momentané du marchand pour intervenir. « Xena, je pense plutôt que tu devrais dire une tenue. »

« Ca m’est égal. Je veux juste savoir où il est. Alors Sal ? »

« Xena… Je crois bien qu’Ariadnae l’a gardé sur elle. »

La guerrière se redressa. « On fera donc d’une pierre, deux coups. On va t’aider à remettre ton chariot sur la route. Tu pourras ranger tout seul ? »

« Oui, je te remercie. »

« Quelles sont tes prochaines étapes ? »

« Platanos, Horafakia et Kounioupinada. Je devrais rester deux ou trois jours à chaque fois. »

« Très bien, on saura où te rejoindre quand on aura retrouvé Ariadnae. Viens Gabrielle, on n’a pas de temps à perdre. »

*=*=*=*=*=*=*=*

Après avoir quitté Salmonéus, les deux femmes chevauchèrent plusieurs marques de chandelle avant d’atteindre un camp fortifié. Xena fit ralentir Argo et allait demander à Gabrielle de descendre quand elle remarqua qu’aucune sentinelle ne semblait à son poste. En s’approchant un peu plus, elle vit, par une ouverture sur l’intérieur du camp, des corps sans vie un peu partout.

« Gabrielle, Je n’aime pas ça. On va mettre pied à terre et on va s’avancer doucement. Mais si je te dis de partir, tu le fais. Et en courant ! »

« Oui, Xena. »

Les armes prêtes à être utilisées, Xena passa le grand portail. Deux pas derrière elle, Gabrielle tenait son bâton en position défensive. Partout, confirmant la première observation de la guerrière, gisaient les soldats.

« Xena, tu as vu ? »

« Oui, pas une blessure, pas une trace de coup. »

« Et ils ont tous sur le visage le même air un peu hébété. »

« Ne touche à rien surtout. Ils ont peut-être été empoisonnés. »

Gabrielle observait tout autour d’elle, d’un air circonspect. « Xena, je crois que j’entends quelque chose par-là. »

« Oui, j’ai entendu aussi. Reste bien derrière moi ! »

A l’angle d’un bâtiment, la guerrière avança prudemment la tête, puis posa rapidement la main sur le bras de son amie. « Ne bouge pas, je vais voir ! »

« Mais… »

« Gaaabrrrriiiielllllle…. »

« Oui, Xena. Je ne bouge pas et tu vas voir. »

« Grmmfff ! »

De l’autre côté, trois hommes étaient assis par terre, les yeux légèrement exorbités, un sourire idiot sur les lèvres. Tous les trois bavaient consciencieusement. Un détail attira l’attention de la guerrière qui secoua la tête, effarée.

Elle revint vers le barde. « On a tout vu, on s’en va. »

Gabrielle ne l’entendit pas de cette oreille. « Qu’as-tu vu ? »

Xena poussa un profond soupir, sachant que ne pas répondre à Gabrielle immédiatement, n’était pas la bonne solution. « Il y a trois hommes dans le même état que les autres, sauf qu’ils sont vivants. »

« Mais c’est formidable. Pourquoi ne les interroges-tu pas ? »

« Parce qu’à mon sens, ils ne pourront jamais donner une réponse cohérente. Ils semblent un peu trop excités pour ça. »

« Excités ! Comment ? »

Xena roula des yeux. Le barde était tellement innocent parfois. « Excités, Gabrielle ! Suis un peu l’action. On parle d’Aphrodite en ce moment ! »

La jeune fille rougit jusqu’à la racine des cheveux. « … »

« Tu as compris. On va fouiller les bâtiments et les tentes mais je ne pense pas qu’on trouve grand-chose. »

*=*=*=*=*=*=*=*

Après un rapide tour du camp qui les laissa effectivement bredouilles, les deux femmes se dirigèrent vers le village le plus proche. A l’auberge, elles obtinrent, chacune à leur façon, la localisation approximative de plusieurs camps de mercenaires, malandrins et autres maraudeurs.

Dans les jours qui suivirent, elles allèrent dans chacun des camps. Et à chaque fois, le même spectacle désolant s’offrait à elles. Xena ne savait plus que penser. Ses talents d’éclaireuse avaient été mis à rude épreuve et si elle savait qu’elle était très proche de sa proie, celle-ci continuait de lui échapper. Son humeur s’en ressentit et le gai babillage de Gabrielle ne pouvait même plus rien y faire.

Une semaine après avoir été embauchée par Aphrodite, Xena avançait lentement sur le chemin chevauchant Argo. Gabrielle marchait à ses côtés et tentait de l’inciter à choisir entre une devinette et une nouvelle histoire pour passer le temps, quand la guerrière l’interrompit.

« Gabrielle, tais-toi et écoute-moi attentivement ! Notre chance vient peut-être de tourner. Alors tu fais comme je te dis. Tu es une esclave que je viens d’acheter et tu ne dis rien. »

Le barde sentit l’urgence dans la voix de son amie et ne répondit rien, baissant humblement la tête quand elle entendit un groupe de cavaliers s’apprêter à les dépasser.

Le chef du groupe regarda les deux femmes, puis fit brusquement volte-face. « Xena ! Par les dieux, c’est bien toi ? »

Xena s’était raidie sur sa monture et retourna un regard glacial à l’homme qui l’avait interpellée. « Philippidès, il y avait longtemps ! »

« C’est vrai, bien trop longtemps ! On a entendu de drôles de bruits sur toi, ces derniers temps, que tu ferais le ‘bien’ et aiderais les gens dans le besoin… »

La guerrière sourit avec cruauté. « J’ai entendu ces bruits également et je m’emploie à les rectifier à chaque fois que j’en ai l’occasion. C’est vrai que j’étais un peu en dehors du circuit, mais j’avais des problèmes à régler. Et tu sais comment ça se passe. Si tu n’es pas sur le dos des gens continuellement, ils se mettent à raconter n’importe quoi. »

Philippidès secoua la tête, très compréhensif. « Tu as raison. Les gens ne se rendent pas compte ! Dis-moi, tu vas au grand rassemblement organisé par Strabon ? »

« Bien sûr, je ne voudrais manquer ça pour rien au monde. Mais as-tu des précisions sur ce qu’on va voir ? Le temps que j’obtienne le jour et l’endroit, j’avais dû secouer un peu trop fort le messager et je n’ai pas pu en tirer d’avantage. »

L’homme éclata d’un rire gras. « Ah ! Xena, je te reconnais bien là. Tu n’as jamais eu de patience avec les messagers. »

Xena sourit du même sourire cruel.

Il continua. « Je ne sais pas grand-chose de plus. Il s’agirait d’une nouvelle arme…  »

« Oui, c’est ce que j’ai cru comprendre également… On finit le chemin ensemble ? »

« Bien sûr, mais il ne nous reste pas beaucoup de temps. »

« Ne t’inquiète pas pour ça ! »

D’un claquement de doigt, elle attira l’attention de Gabrielle, lui tendit le bras et la fit grimper derrière elle. Puis se tournant vers le groupe de soldats, elle leur fit un geste du bras, les invitant à la précéder.

Après quelques marques de chandelle à une allure soutenue, ils arrivèrent à l’entrée d’une forteresse. Personne ne se soucia particulièrement de la présence de Xena et cela arrangeait ses plans. Elle installa Argo non loin du portail sans l’attacher. Sa fidèle monture savait quand rester tranquille et c’était l’un de ces moments. Elle attrapa la main de Gabrielle et trouva rapidement un poste d’observation idéal, ni trop proche, ni trop éloigné et facilement défendable en cas de besoin. La cour centrale de la forteresse était bondée et il était curieux de constater le peu d’incidents alors que tant de frères ennemis se trouvaient au même endroit. En fait, on aurait pu penser être à l’assemblée générale du syndicat des Seigneurs de Guerre et autres fauteurs de troubles.

L’agitation était à son comble quand apparut, par une porte latérale deux hommes encadrant une troisième silhouette, difficilement identifiable car revêtue d’un long manteau très enveloppant. Le petit groupe se dirigea prestement vers une estrade, visiblement installée pour l’occasion.

L’un des deux hommes, qui devait être Strabon, ne perdit pas de temps en longs discours.

« Amis, nous avons l’arme absolue, laissez-moi vous la présenter ! »

Il fit un signe de main à son acolyte qui ôta d’un geste vif le manteau au troisième personnage.

La foule inspira violemment et collectivement avant de s’effondrer, sauf pour quelques-uns uns dont il était peut-être plus sage de ne pas trop se pencher sur leur activité.

Le manteau avait découvert une jeune fille, environ du même âge que Gabrielle et qui paraissait totalement nue. Après une étude un peu plus poussée, il apparut que les endroits ‘stratégiques’ de la jeune fille étaient recouverts de triangles de tissus rose reliés entre eux par des cordelettes assorties. Chaque triangle était décoré d’une broderie en forme de spirale du meilleur goût. Xena sentit en elle certains muscles et organes frémir quand son regard s’attarda sur les spirales, mais un rapide coup d’œil vers Gabrielle lui permit de reprendre le contrôle d’elle-même.

Le barde regardait la scène avec une curiosité toute professionnelle, les premières lignes d’une nouvelle histoire commençant déjà à s’écrire.

Xena s’avança vers l’estrade, enjambant les cadavres. « Strabon, je ne crois pas que ce soit l’arme absolue… Parce que l’arme absolue, c’est moi ! »

L’homme pâlit et tira son épée. « Xena, ce… ce n’est pas possible ! Tu ne peux pas être debout. Regarde-la, elle est parfaite. A une époque, tu ne pouvais pas résister. J’ai entendu dire que tu avais changé, mais ça, ça ne peut pas changer. »

La guerrière haussa les épaules. « J’ai changé, tu ne sais pas à quel point. » Elle ne put s’empêcher, cette fois pour le plaisir, de regarder du coin de l’œil Gabrielle. « Mais peut-être que le défaut vient de ton arme. Et tu n’es pas affecté parce que tu n’as jamais été attiré par…  » Xena acheva sa phrase d’un coup de menton vers la jeune femme.

« Exactement ! Quand je l’ai trouvée, je pensais la vendre comme esclave. Je l’ai fait se déshabiller pour voir à quoi je pouvais m’attendre et dès qu’elle a été dans cette tenue, deux gardes se sont effondrés, puis les deux suivants que j’ai appelés et ainsi de suite. Tu les as vus, n’est-ce pas ? Peu après, j’ai entendu dire que les prêtresses d’Aphrodite étaient un peu stressées parce que la déesse avait perdu quelque chose. Ce n’était pas difficile de mettre deux et deux ensemble et d’arriver à quatre. Dans cette tenue… »

Gabrielle intervint pour la première fois. « C’est un bikini. »

Strabon la regarda rapidement et l’oublia tout aussi vite. « Si tu veux. Dans ce bikini, tu as le désir personnifié, il est impossible de résister. Et les petites spirales doivent jouer un rôle, mais je ne sais pas encore lequel. »

Gabrielle reprit. « C’est pour faire joli ! »

Strabon se tourna vers elle. « Et toi, fillette, les femmes, ça ne te dit rien ? »

Le barde le regarda très sérieusement. « Les …femmes, non. »

Xena regarda curieusement sa jeune amie, puis pensant que la conversation avait assez duré, reprit le contrôle. « Ca suffit ! Tu me laisses reprendre la fille gentiment et tout se passera bien, sinon… »

« Sinon ? »

« Sinon, je te prouve pourquoi tu t’es trompé d’arme ! »

L’homme regarda son acolyte qui lui fit un rapide signe de tête. Il rengaina son épée et sourit. « Je ne me suis jamais battu pour une femme, je ne vais pas commencer maintenant. Et avec ce que j’ai récupéré comme butin cette semaine, je peux me retirer… Xena, je te laisse la place et la fille. Adieu ! »

La guerrière ne fit pas un geste pour les retenir. Gabrielle ramassa le manteau qui était resté à terre et en enveloppa Ariadnae. La jeune fille regardait autour d’elle, un peu affolée, commençant seulement à comprendre que son cauchemar venait de s’achever.

*=*=*=*=*=*=*=*

Xena retrouva facilement Salmonéus et put lui rendre sa protégée, encore un peu choquée, mais globalement en bonne santé. Elle prit possession du bikini rose sans trop d’opposition du marchand qui avait déjà commencé à entrevoir les possibilités commerciales de la chose.

Souhaitant s’en débarrasser le plus rapidement possible, elle put convaincre Gabrielle de reprendre immédiatement la route vers le plus proche temple d’Aphrodite en lui faisant miroiter la possibilité d’une étape, le soir même dans un endroit très agréable.

Le barde, après avoir couru une semaine après les malandrins, désirait avoir Xena un peu pour elle seule et ne se fit pas prier.

Le coin choisi par Xena pour camper était, comme d’habitude, idyllique : Une petite clairière à l’écart des grands chemins et bien protégée au milieu des bois, un petit bassin alimenté par une cascade…

Elles accomplirent leurs tâches habituelles aux dernières lueurs du jour : préparer le campement, ramasser du bois pour le feu, trouver et préparer à manger.

Le souper avalé, Xena se mit à affûter la lame de son épée, pendant que Gabrielle sortait un rouleau vierge, une plume et de l’encre. Sa main effleura le paquet contenant le bikini rose d’Aphrodite et elle ne put s’empêcher de le saisir.

Elle alla s’asseoir sur sa couverture tout en déballant le paquet. Elle regarda pensivement les petits morceaux d’étoffe.

« Xena… »

« Oui ? »

« Pourquoi Salmonéus n’a-t-il pas été affecté par le bikini ? »

« Il faut d’abord que tu te souviennes qu’il s’agit d’un charme d’Aphrodite qui ne joue que sur les passions entre mortels… »

Gabrielle regardait son amie avec attention. « Oui… »

Xena continuait d’affûter sa lame d’un même geste régulier. « A mon avis, Salmonéus est tout à fait sensible aux charmes féminins. Cependant, quand Ariadnae a essayé le bikini, il n’avait en tête que les profits qu’ils pourraient faire et le charme d’Aphrodite n’a pas joué. »

« Je comprends… Mais pourquoi a-t-il eu un effet aussi dévastateur chez les soldats et les brigands ? Ce n’est pas son intérêt de voir ses charmes faire mourir les hommes… »

« Tu as raison. Il y a dû y avoir un concours de circonstances. D’abord, je pense que ce ‘bikini’ n’était pas destiné aux mortels et que ses effets étaient donc un peu trop puissants. Ensuite, il faut savoir que la vie de ces hommes n’est pas facile. Je ne veux pas les excuser, chacun doit assumer ses choix… »

Gabrielle se leva et alla s’asseoir à côté de son amie. Elles échangèrent un sourire. Xena se perdit un peu dans le regard de son barde, puis reprit son explication après s’être éclaircit la gorge. « Où en étais-je ? Oui… Je ne veux pas les excuser, mais c’est quasiment impossible d’avoir une vie normale… tu vois ce que je veux dire ? »

« Je crois, oui. »

« Bien. Alors quand, trop pleins de leurs frustrations, ils ont rencontré cette magnification du désir, ç’a été trop fort. »

« D’où leur air extatique dans la mort ? »

« Oui, ils ne se sont rendus compte de rien à mon avis. Ca dut être aussi fort que la foudre… »

Xena avait reposé son épée. Elles regardaient toutes les deux les flammes de leur feu de camp danser dans la nuit.

« Xe’ ? »

« Mmmm ? »

« Pourquoi as-tu laissé partir Strabon ? »

« Je voulais surtout pouvoir m’occuper d’Ariadnae. Et il ne me menaçait pas… » Xena gloussa soudainement. « Et puis… Je ne sais pas où est Arès en ce moment, mais, à mon avis, quand il va voir ce qui s’est passé… Il aura sûrement deux mots à dire à Strabon. »

Gabrielle éclata de rire. « Oh ! Oui, je n’avais pas pensé à Arès. »

Elles retombèrent dans un silence peut-être moins confortable qu’avant, sachant quelles questions restaient à aborder.

Gabrielle prit son courage à deux mains. « Xe’… »

« Mmm… Pourquoi je n’ai pas été affectée par le charme ? »

Le barde baissa la tête. « Oui. »

« Deux réponses possibles, mon barde, tout aussi valables l’une que l’autre. J’ai appris à contrôler mes désirs. Dans ce monde, un désir trop fort peut-être une faiblesse… »

Gabrielle sembla se recroqueviller sur elle-même. Xena, qui l’observait du coin de l’œil, passa son bras autour de ses épaules. « La deuxième réponse est celle que tu as donnée à Strabon : Je ne suis plus intéressée par les femmes. »

La guerrière laissa sa jeune amie absorber la réponse. Gabrielle se redressa un peu et posa sa tête sur l’épaule de Xena. « Contrôler ses désirs, je vois ce que tu veux dire… »

« Ah oui, tu vois ce que je veux dire, toi qui n’as jamais été attirée par les femmes ? »

Gabrielle se releva et planta son regard dans celui de son amie. « Et que crois-tu que je fais tous les matins qu’Hélios illumine quand je te vois traîner nue devant moi… Oh Zeus ! »

Xena éclata de rire et l’attira vers elle. « Oh mon barde ! »

La jeune femme, qui avait caché son visage dans ses mains, releva la tête, en colère. « Tu… tu peux rire. Tu n’aurais pas eu besoin du bikini ce matin, dans cette cour, pour les envoyer tous subir le jugement d’Hadès… »

La guerrière se tourna pour être assise bien en face de son amie. « Gabrielle, je ne veux plus être l’objet que d’un désir… le tien… pour toujours ! »

« Pour… pour de vrai ? »

« Pour de vrai, mon amour ! »

« Xena… »

« Mmmm ? »

« Embrasse-moi ! »

*=*=*=*=*=*=*

Épilogue

Le Mont Olympe

« AAAAAPHRODIIIIIIIITE ! Je sais que tu es là, montre-toi ! »

Une nuée d’étincelles plus tard, la déesse apparut. « Salut, frangin. Tu me cherchais ? »

« Qu’est-ce que c’est que ce bikini ? Je m’absente quelques jours pour le congrès des dieux de la guerre et quand je reviens, il n’y a plus un seul seigneur de guerre, plus un seul chef de bande, à peine une poignée de guerriers dans mes temples et le plus qualifié d’entre eux se fait appeler Joxer le Magnifique ! Qu’as-tu fait ? »

Aphrodite battit des cils innocemment. « Moi, je n’ai rien fait Arès. Les guerriers, c’est ta partie, pas la mienne, mon cher frère. »

« Tout ce que j’ai pu obtenir des quelques dégénérés encore vivants, c’est qu’un ‘bikini’ était responsable et qu’il était à toi. Aphrodite, donne-le-moi ! C’est l’arme absolue, il n’est pas prudent que tu la conserves. Moi, je saurai en faire bon usage. »

« Mais Arès, mon chou, si c’est l’arme absolue, avec qui pourras-tu jouer quand il n’y aura plus de guerriers ? »

Le dieu de la guerre fulminait. « Aphrodite, ne joue pas avec moi ! Les armes, c’est mon domaine, donne-moi ce bikini ! »

Aphrodite sourit. « Je voudrais bien, mais je peux t’assurer que je ne détiens aucune arme ! »

« Ah ! Tu le prends comme ça ? » Arès claqua des doigts. « Eh bien voilà ! Les mortels ne pourront pas retrouver la connaissance du bikini tant qu’ils n’auront pas découvert une arme encore plus dévastatrice. Et puis d’abord, c’est quoi ce mot ‘bikini’ ? »

La déesse haussa les épaules. « Oh ! Ca m’est venu comme ça… Un truc de barde. »

Au mot ‘barde’, Arès explosa. « Aaaaah ! Justement, en parlant de barde, qu’as-tu fait à mon Élue ? Depuis mon retour, on croirait que Xena est soudée au côté de cette agaçante petite blonde ! »

« Elle n’est pas vraiment blonde, plutôt rousse. Et puis Xena n’est pas ton Élue. »

« Comment ça ? Elle est mon Élue et Zeus a interdit qu’on intervienne dans la vie des Elus des autres dieux ! »

« Elle n’a jamais été ton Élue, elle t’a laissé t’occuper d’elle, mais elle a toujours tout accompli toute seule. Si elle est l’Élue de quelqu’un, c’est de Gabrielle ! »

Le dieu de la guerre trépignait maintenant de colère. « Non, ce n’est pas vrai, ce n’est pas vrai ! C’est mon Élue et tu es intervenue ! »

Aphrodite commençait également à s’énerver devant tant de mauvaise foi. « Sois raisonnable, frangin ! On te l’a dit dès le départ, le destin de Xena est dirigé par des forces bien trop puissantes pour que même l’Olympe puisse s’y opposer. Mais non, tu n’as voulu en faire qu’à ta tête… »

« Mais regarde ! Sans ce ‘bikini’, jamais Xena n’aurait laissé parler ses sentiments. »

La déesse sourit d’un air victorieux. « Ahah ! Tu admets que Xena a des sentiments pour Gabrielle… »

« NOOOON, je n’ai pas dit cela ! »

« Si, tu l’as dit, mais ce n’est pas grave. Par Papa, ouvre les yeux ! Elles étaient prédestinées. Un peu plus tôt ou un peu plus tard, ça devait arriver. »

« Je n’ai pas dit mon dernier mot et je vais voir Zeus de ce pas. Et je te promets qu’on n’a pas fini d’entendre parler de cette affaire du bikini rose ! » Sur ces mots, il disparut dans un fracas de tonnerre.

Aphrodite haussa les épaules, puis, d’un geste de la main, fit apparaître une vasque pleine d’eau. D’un autre geste, une image se forma à la surface. La déesse se pencha légèrement et murmura. « Je dois reconnaître qu’Arès n’a pas tort, on croirait vraiment qu’elles sont soudées l’une à l’autre… Elles ont bien raison, tant d’épreuves les attendent et elles ne s’en doutent même pas. Merci les filles, vous m’avez bien aidée, je saurai m’en souvenir… Enfin, je pense. »

Et dans une nuée d’étincelles, la déesse et la vasque disparurent à leur tour.

FIN
Paris – 4 mai 2001

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© Styx63 – 2001

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