Au bord du Styx

La sorcière

Avertissements :

L’histoire qui suit, relève du genre Uber. Les personnages m’appartiennent (si l’on veut), mais je ne nie pas une certaine ressemblance avec deux héroïnes bien connues qui appartiennent, elles, à Universal et Renaissance Pictures. Aucun avantage financier n’en est tiré.

Violence : non

Subtext : si on veut, mais c’est un peu prématuré.

Orthographe : Relu et corrigé par Fanfan. S’il reste des fautes, j’en assume la responsabilité.

Note de l’auteure : texte écrit initialement pour le concours « Moyen-Age » (sur le Forum Guerrière & Amazone) qui n’a finalement pas eu lieu.

La sorcière

Julie referma doucement la petite porte de derrière. Elle pouvait encore entendre les éclats de voix provenant de l’arrière-salle où son père avait accepté que la réunion se tienne. Quoi de moins suspicieux que de voir certains des notables du gros bourg se réunir à l’auberge avec certains de leurs amis de passage ? Plus surprenant peut-être aurait été de savoir que le curé les y avait rejoints enveloppé d’un grand manteau pour cacher sa soutane.

Elle ajusta son baluchon autour des ses épaules. Elle avait pris quelques vêtements qui appartenaient à ses deux frères ; ce serait plus pratique pour voyager. Mais elle avait gardé également deux de ses robes. Si elle était découverte en vêtements d’homme, elle pourrait être poursuivie et condamnée et son amie n’avait pas besoin de ça… si elle pouvait arriver à temps.

Elle prit le chemin qui partait vers le nord, puis dévia rapidement par un sentier qu’elle connaissait bien et qui lui ferait gagner encore un peu de temps.

Tout en avançant d’un bon pas, elle se remémorait la conversation qu’elle avait surprise et qui l’avait poussée à agir. Il y avait le bailli, le Docteur Latour, médecin, et l’un de ses confrères de la ville, l’apothicaire, le curé, son père et deux ou trois autres, envoyés par l’évêché, qu’elle ne connaissait pas.

Le médecin avait commencé en rapportant que le vieux Denis était mort et qu’il trouvait cela suspect, se demandant s’il n’y avait pas eu intervention diabolique. Tout le monde s’était signé, y compris Clarisse, bien cachée dans un coin. Puis Monsieur le Curé avait relevé qu’il avait eu le temps de se confesser et qu’il avait reçu les derniers sacrements. Le Docteur Latour avait alors expliqué qu’ayant remarqué que la potion qu’il avait laissée plusieurs jours auparavant n’avait pas été touchée, il avait interrogé une servante de la maison qui avait reconnu que son maître avait préféré prendre les simples que vendait Claire, son amie. Tous les hommes présents avaient alors hoché la tête d’un air entendu. Il avait ensuite insisté que seules de longues études prodiguées dans les meilleures universités lui permettaient de soigner le peuple et que ça ne pouvait être que poussés par le Malfaisant que certains faisaient croire que les plantes soignaient. Il s’était tourné alors vers l’apothicaire en ajoutant que ce n’était que grâce au savoir de celui-ci que certaines plantes pouvaient éventuellement  être utilisées pour certains remèdes, mais penser que la Nature, il avait presque eu un haut-le-cœur en prononçant le mot, pouvait guérir les gens, cela ne pouvait être qu’œuvre du démon.

Les gens de l’évêché étaient alors intervenus en expliquant que plusieurs cas de sorcellerie avaient été identifiés dans les campagnes. Il s’agissait presque toujours de femmes de modeste condition qui étaient donc plus facilement susceptibles d’être détournées du droit chemin, leur âme n’ayant pas la fortitude des hommes. Elles se reconnaissaient par une attitude sauvage, affranchie des contraintes de la société, souvent filles ou veuves, vivant seules, exerçant parfois une activité réservée normalement aux hommes. Si elles allaient à l’église, elles ne semblaient toutefois pas touchées par le message du Seigneur, une preuve de plus de leurs commerces démoniaques.

Le bailli avait alors demandé si selon l’estimable assemblée, il lui fallait intervenir.

Julie était partie à ce moment car la réponse finale ne faisait aucun doute dans son esprit. Claire était un peu étrange, menant une vie recluse après la mort de sa mère et ne s’occupant que de ses plantes et des ses animaux. Elle venait parfois au marché pour vendre ses plantes et acheter des choses qu’elle ne pouvait fabriquer ou faire pousser et quand quelqu’un n’allait pas bien et qu’on la faisait chercher. Mais avec sa masse de cheveux blonds tirant sur le roux et ses grands yeux verts et innocents, c’était un ange venu du ciel, pas un démon. Julie en était sûre. Et toux ceux qui avaient été guéris par elle également.

Elle était enfin arrivée.

Même si elle n’avait pas été aidée par la lumière de la pleine lune, elle aurait pu décrire la petite maison dans les bois les yeux fermés. Coincée entre deux gros chênes séculaires, la demeure se fondait dans les bois environnants. Il fallait soit bien la connaître, soit tomber dessus accidentellement pour la trouver. Un peu plus loin, un sentier tout aussi bien caché menait à une clairière où Claire faisait pousser un certain nombre de plantes, parmi les plus rares qui ne poussaient pas naturellement dans les parages.

La lueur d’une lampe à huile se laissait deviner par une petite ouverture : son amie ne dormait pas encore. Elle alla vite frapper à la porte avant de rentrer précipitamment.

Claire était à sa table en train de piler des plantes dans un mortier de pierre. Par réflexe, elle sourit avant de voir l’air inquiet de son amie.

« Qui est malade ? Quels sont les symptômes ? »

« Personne ! Par contre, tu as des ennuis. Le Docteur Latour t’accuse de sorcellerie et le bailli est prêt à venir te chercher. Il faut partir. »

« C’est ridicule. Tout le monde me connaît. Je ne suis pas une sorcière. »

« Mais il a fait venir des gens de l’évêché. Et un médecin de la ville. Et ils disent que le Père Denis est mort par ta faute… »

« Eh bien, ils me feront leur procès et ça ne les avancera à rien. »

« Es-tu innocente à ce point ? Ils te passeront à la question et tu diras tout ce qu’ils veulent même si c’est faux. Et si tu ne dis rien et que tu survis au procès, il ne restera pas grand-chose de toi pour savourer ta victoire. J’ai pris quelques vêtements à mes frères. On marchera mieux avec des braies. »

« Mais c’est de la folie ! Je vais parler à Monsieur le Curé. Il me défendra… »

« Il était avec les autres. »

Claire retomba, abattue.

Julie insista. « Il faut vraiment partir… »

Claire tenta une dernière parade. « Mais si je pars, mes plantes vont mourir. »

« Et si tu restes, tu mourras et tes plantes ne survivront pas. »

« Et si je te dis comment t’en occuper… »

« Quand ils verront que tu leur as échappé, je ne suis pas sûre que tes possessions ne soient pas saccagées. Et de toutes façons, je pars avec toi. Alors dépêche-toi ! »

« Tu viendrais avec moi ? Mais pourquoi ? »

« Si tu crois que je pourrais rester ici après ce que j’ai entendu… Fais un tas de ce que tu veux emporter, pas trop gros car il faudra le porter et on s’en va ! »

« Il faut que je prenne mes plantes ! »

« Mais tu es folle ! Ce sont elles qui te mettent dans le pétrin et tu veux que… »

Claire se leva, certaine enfin de ce qu’elle allait faire. « Non, c’est la bêtise des hommes qui va me mettre dans cette situation. Mais dans mon jardin, j’ai des variétés vraiment rares, mais très utiles. » Elle alla vers un coffre dont elle retira ce qui semblait être une vieille chemise. Elle commença à en déchirer des morceaux, puis donna ce qui restait du vêtement à son amie. « Continue comme cela pendant que  je me prépare. Quand tu auras fini, prends l’autre chemise et recommence ! Ensuite, va tirer une cruche d’eau au puits ! »

Julie obéit sans bien comprendre, mais elle préférait voir son amie décidée. Elle revint peu après avec un baluchon et une petite sacoche de cuir. Elle fit un tour sur elle-même, regardant ce qui avait été sa demeure depuis sa naissance et celle de sa mère avant elle. Puis elle prit une partie des morceaux d’étoffe et invita son amie à la suivre avec ses propres affaires. A la lueur d’une petite lampe à huile, elles allèrent vers son jardin de simples. Mue par l’habitude, Claire alla directement vers celles qu’elle voulait. A chaque espèce, elle choisissait le plus bel exemplaire qu’elle déterrait soigneusement en laissant un peu de terre sur les racines, puis elle enveloppait le plant dont un morceau de tissu qu’elle humidifiait ensuite avant de le placer dans la sacoche. Elle répéta l’opération jusqu’à ce que son petit sac soit plein. Elle jeta ensuite un dernier coup d’œil à ce qui avait été sa fierté.

« Il n’y a plus rien à prendre ici. Les autres plantes sont communes et se trouvent partout. Il faudra vérifier que les plantes ne sèchent pas et j’espère qu’elles repartiront quand je les replanterai… Et maintenant, où va-t-on ? »

Julie se grata la tête. « En fait, je ne sais pas trop. Je pensais qu’on pourrait aller dans une grande ville où personne ne nous connaîtrait… »

« Je ne pourrai  pas faire pousser mes plantes dans une ville et je ne crois pas que j’aimerai ça… »

« Ou alors trouver un petit village, loin d’ici, sans médecin ni curé…Je ne sais pas. J’imagine que l’on verra où la route nous mène. »

Claire regarda son amie qui abandonnait tout pour lui sauver la vie. Elle sourit et lui tendit la main. « Alors, ouvre le chemin ! »

Julie ajusta son baluchon sur son épaule, prit la main que lui tendait Claire et, éclairées par la Lune, elles prirent le sentier qui les éloignait du village.

Fin

Paris – Janvier 2009

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© Styx63 – 2009

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