Au bord du Styx

Inachevé

Inachevé

par Harriet

Fandom : Le Diable s’habille en Prada

Couple : Miranda / Andy

L’histoire en anglaisIci

Avertissement : Le Diable s’habille en Prada et ses personnages appartiennent à Lauren Weisberger (auteure du livre) et 20th Century Fox (Producteur du film). Aucun profit n’est tiré de cette fanfic ou de sa traduction.

Genre : Alt  selon la classification Guerrière & Amazone

Note (de l’auteure) : Ecrit juste avant les fêtes de fin d’année, mais sans rapport avec Noël. Le concept de départ était franchement différent, mais j’ai été sérieusement convaincue de changer les choses pour que ce ne soit pas triste. Vous pouvez tous remercier Xander qui a également aidé à trouver le titre. Sondheim est tellement utile dans de pareils moments.

Mail de l’auteure (qui a étudié le français à une époque) : harrietvane47 at yahoo.com

Note (de la traductrice) : Merci à Fanfan (t’es la meilleure !)

Nigel s’assit sur le fauteuil Aeron de chez Herman Miller que Miranda préférait chez elle. Parfois, il se demandait si elle ne passait pas plus de temps à travailler ici qu’au bureau.

Observant les documents dispersés autour de lui, c’était probablement vrai. Il secoua la tête.

Il se sentait vidé, nerveux. Trop de café et trop peu de sommeil au cours des dernières trente six heures l’avaient laissé épuisé et cela ne faisait que commencer. Les filles étaient à l’hôpital, attendant avec leur père pour quelques nouvelles, bonnes ou mauvaises. Mais bien que Miranda soit allongée dans un lit, reliée à des fils et des perfusions et Dieu sait quoi d’autre, la vie continuait. Runway continuait aussi même s’il semblait que le pouls du magazine s’était arrêté à l’instant où Miranda était tombée sur ses genoux dans le couloir  ce mercredi.

C’était une crise cardiaque. Elle avait une bonne santé, était en grande forme, mangeait correctement et faisait tout ce qu’il fallait. Sauf dormir ou se détendre. Le stress, avait suggéré le médecin, et les antécédents familiaux. Madame Priestley avait-elle pris récemment des vacances ? Nigel se crispa quand il dut répondre par la négative. Quand Miranda partait en vacances, elle travaillait. C’était simple. Sa vie, c’était Runway et tout le reste venait après y compris elle-même.

Elle en payait maintenant le prix.

Nigel avait été choqué de réaliser que voir Miranda dans un lit d’hôpital avait été la chose la plus éprouvante et la plus terrifiante qu’il ait vécu. Ses parents bénéficiaient d’une bonne santé, mais il avait vu ses grands-parents mourir. Cela étant, ils étaient vieux. Et ils avaient toujours eu l’air vieux alors quand son papy était tombé malade et avait passé un mois à l’hôpital Bellevue à être de plus en plus malade deux Noël plus tôt, ce n’était pas étonnant. C’était triste, et douloureux et quand Papy était mort, c’était normal. Un soulagement même.

Mais Miranda qui semblait diriger le monde, semblait plus petite et plus pâle et plus fragile qu’il n’aurait pu le croire. Dans ce lit, elle semblait… à plat. Défaite. A cet instant, elle paraissait son âge même si elle avait bien vieilli et n’avait pas été touchée par la chirurgie esthétique. Sa peau portant quelques rides peu marquées était immaculée, faisant plus que jamais penser à de la porcelaine.

Il se demanda si elle rêvait de café. Ou du magazine. Ou de ses enfants. Ou d’une autre vie, d’une vie qu’elle aurait souhaité avoir.

Il réalisa que même si Miranda le rendait fou et faisait que sa vie était difficile, il avait beaucoup d’affection pour elle. La seule pensée de la vie sans elle lui faisait mal. Il priait qu’elle vive. Il était sûrement l’un des rares à prier ce soir dans la ville.

Qu’importe ! Il avait du travail. Quelque part dans cette pile de papiers se trouvaient les notes pour la séance photo d’Austin et il devait les trouver. Si cela devait être l’un des derniers numéros de Runway sur lequel Miranda aurait travaillé, il refléterait chacun de ses souhaits.

Il commença par le coin gauche du bureau, parcourant les pages et les dossiers avec précaution. Alors qu’il en était à la moitié, il n’avait pas encore eu de chance. Un dossier rouge attira son attention et il le fit glisser de dessous l’agrafeuse. Les bords étaient écornés et usés. Peut-être était-ce le bon ?

Quand il l’ouvrit, il regarda fixement la page du dessus et se demanda exactement ce qu’il avait trouvé.

Quelque chose qu’il n’était pas supposé voir, sans aucun doute.

Bien sûr, il savait ce que c’était. Il pouvait reconnaître des dessins comme n’importe qui d’autre. Mais il pensait que Miranda avait cessé de dessiner. Elle ne parlait presque jamais du fait qu’elle avait été une étudiante en art dévouée à ses études. Il connaissait ce détail parce qu’en vingt ans, on apprend des choses à propos de son patron dont les autres n’ont pas connaissance. Elle avait été une artiste de talent et l’était toujours. De temps en temps, elle dessinait un modèle favori parmi la collection d’un créateur et Nigel s’émerveillait de son coup de crayon.

Ces dessins étaient des griffonnages. Par contre, elle avait passé du temps sur celui-ci en assumant qu’il était de Miranda. Mais là, dans un coin, se trouvait la preuve : des notes manuscrites pour l’article sur la mode japonaise qui datait de moins de trois semaines. Elle avait dû les jeter sur le papier alors qu’elle dessinait ce qui représentait la nuque d’une femme et sa chevelure et une épaule qui dépassait d’un drap. Les cheveux étaient sombres, le visage caché, mais c’était une épaule élégante, dessinée avec affection et attention. C’était intime et beau.

Sous ce dessin s’en trouvait un autre de la même femme assise sur le rebord d’une fenêtre, regardant par la vitre. Ses cheveux cascadaient sur son dos et elle se tenait comme si elle attendait quelque chose. Ou quelqu’un. Mais une partie était vide et Nigel se demanda ce qui avait empêché Miranda de finir le portrait.

Au troisième dessin, Nigel se sentit béer d’étonnement, ne pouvant croire ce qu’il voyait.

Le joli visage d’Andrea Sachs le regardait, souriant gentiment, les yeux pleins d’amour.

Aucune erreur n’était possible. Et cela n’avait aucun sens.

Cela faisait des siècles qu’il avait entendu parler d’Andrea bien qu’ils soient restés en contact un petit peu après qu’elle ait commencé au Mirror. Il n’avait pas la moindre idée de ce qu’elle faisait maintenant et si elle était seulement encore en ville.

Mais Miranda dessinait des portraits d’elle. Des dessins romantiques et gracieux qui parlaient de désir caché. Mais était-ce réciproque ? Etait-ce un fantasme solitaire ou bien étaient-elles… ensemble ?

A ce moment, la séance photos d’Austin n’avait plus la moindre importance.

« C’est là, » dit-il au chauffeur de taxi en lui tendant de l’argent.

Il avait fouillé son Outlook pour retrouver une vieille liste d’adresses et après quinze minutes à maudire son calamiteux système de classement, il retrouva la bonne liste. Il espérait qu’elle n’avait pas déménagé parce qu’il voulait résoudre ce mystère. Maintenant.

Trois étudiants intoxiqués étaient en train de quitter l’immeuble et Nigel adopta son air le plus inintéressant pour entrer avant qu’ils ne puissent refermer la porte derrière eux. Par chance, les boîtes aux lettres comportaient les noms de famille et numéros des appartements et parmi eux se trouvait : 6D, A. Sachs. Pas d’autre nom. Qu’était-il arrivé au chef ? La dernière fois qu’il en avait entendu parler, ils tentaient d’arranger les choses entre eux.

L’ascenseur était minuscule et il retint sa respiration pendant qu’il se traînait jusqu’à destination. Un moment plus tard, il se retrouva dans un couloir faiblement éclairé et trouva la bonne porte. « Allons-y ! » marmonna-t-il et il sonna à la porte.

Rien. Aucun son, mais la porte semblait épaisse. Il frappe bruyamment et cria « Andy, tu es là ? »

Dix secondes plus tard, il entendit les verrous tourner et la porte s’entrouvrit de quelques centimètres. « Nigel ? » s’étrangla Andy. « Que fais-tu ici ? »

Nigel secoua la tête. « Je ne suis pas sûr. Puis-je entrer ? »

« Je ne sais pas si c’est une bonne idée. Je suis vraiment occupée… j’ai du travail et tout… »

« Je t’en prie, Andy. Juste pour une minute. J’ai besoin de parler à quelqu’un. » C’est ce qu’il avait trouvé de mieux, jouer sur la corde sensible. Quoiqu’il se passe, elle avait dû entendre les nouvelles concernant Miranda.

Bientôt, il entendit le bruit de la chaîne de sécurité que l’on défaisait et Andy ouvrit la porte. « Merci, 6, » fit-il et il était sur le point de faire un commentaire stupide sur la faible sécurité dans son immeuble quand il jeta un coup d’œil à l’appartement. C’était une catastrophe. Un coussin de plumes semblait avoir été déchiré et éparpillé dans toute la pièce et une douzaine de livres se trouvaient par terre à côté d’une étagère comme s’ils en avaient été balayés dans un mouvement de rage. Il regarda Andy de plus près dans la lumière basse et il sut.

« Oh, gamine, viens-là ! » Elle éclata en sanglot et se jeta dans ses bras.

Elle pleura longtemps pendant qu’il la tenait, l’émotion s’échappant d’elle en un flot de désespoir. « Elle n’est pas morte, n’est-ce pas ? » chuchota Andy finalement, sa voix cassée et rauque.

« Non. Il n’y pas eu de changement. Elle est inconsciente, mais pas dans le coma. »

« Dieu merci, » s’exclama Andy. « Je ne pourrais le supporter… Je ne voudrais pas… Oh Dieu, Nigel, je devenais dingue à ne rien savoir. »

« Asseyons-nous, » dit-il en la tirant vers le canapé. Il était recouvert de kleenex utilisés qu’il repoussa sur le sol. « Je te dirai ce que je sais, mais ce n’est pas grand-chose. » Il pensait qu’il obtiendrait plus d’elle s’il se débarrassait d’abord des détails. « C’est arrivé hier matin, après la réunion de la rédaction. Elle retournait dans son bureau et je la suivais. Elle a semblé trébucher et elle est tombée en se tenant le bras. Emily a su tout de suite ce qui se passait… Je crois qu’elle a vu son père avoir une crise cardiaque il y a des années. Il a survécu, Dieu merci, alors elle savait ce qu’il fallait faire. Elle avait de l’aspirine dans son bureau et elle l’a donnée à Miranda. Puis les SAMU sont arrivés et voilà. Je suis allé avec elle à l’hôpital et les médecins ont dit que ce n’était pas anodin, mais ce n’était pas non plus une attaque foudroyante. Et depuis, elle est HS, bien qu’ils aient dit qu’il était peu probable qu’elle ait des lésions au cerveau parce que le SAMU a pu très vite faire repartir son cœur.

« Oh Dieu ! » gémit Andy. « Mais ils ne savent pas ? »

« Elle ne s’est pas réveillée. Le docteur dit qu’ils ne peuvent pas se prononcer avant. »

« Pourquoi n’est-elle pas réveillée ? »

Nigel éprouva alors une angoisse aiguë, probablement semblable à celle qu’éprouvait Andy. « Je n’en ai pas la moindre idée. Ils disent qu’il faut attendre. »

« Elle n’est pas seule à l’hôpital ? »

« J’ai laissé les jumelles là-bas avec Jamie, mais ils ont dû partir… nous sommes en dehors des heures de visite. »

Andy soupira. « Bon Dieu ! » Elle s’affala contre le dossier du canapé. Je tuerais pour pouvoir y aller. Mais je ne peux pas. Je ne suis pas de la famille, et personne n’est au courant pour nous. » Soudain, les yeux d’Andy s’écarquillèrent. « Mais tu sais. Comment ça se fait ? Elle t’en a parlé ? »

Nigel secoua la tête. « J’ai trouvé ça sur son bureau. » Il retira les dessins et, les yeux humides, Andy les dévora des yeux. Elle se remit à pleurer, cette fois plus doucement. Ses mains caressèrent légèrement les feuilles de papier, comme perdue dans ses souvenirs.

« Je n’avais pas vu ceux-ci, » fit-elle en montrant les deux premiers qu’il avait trouvés. Elle fit un geste vers le portrait. « Elle m’a fait poser pour celui-là. Je me sentais tellement bête à rester là sans rien faire. » Elle se recouvrit la bouche. « Je suis vraiment soulagée que tu les aies trouvés. C’est tout ce que j’ai, tu sais ? Je n’ai même pas une brosse à dents chez elle et vice-versa. Nous avons vraiment essayé de faire attention. Et maintenant ça… » s’étrangla-t-elle sur ces derniers mots. « Nous ne pouvions en parler à personne. Le divorce traîne en longueur. Stephen veut qu’ils se remettent ensemble. Peux-tu croire ça ? D’abord, il a juste présumé que Miranda le reprendrait puisque c’est lui qui avait demandé le divorce. Il pensait qu’elle l’aimait toujours. » Andy rit amèrement. « Connard. Il est passé la voir ? »

Nigel haussa des épaules. « Il est venu la nuit dernière. Avec des fleurs. »

« Qu’il aille au diable, » dit Andy. « C’est si injuste. Je souhaite juste qu’il nous laisse tranquilles et qu’il signe les derniers papiers du divorce. »

« Il n’a pas idée que Miranda voit quelqu’un ? »

Andy secoua la tête. « Miranda était sûre qu’il rendrait les choses encore plus difficiles s’il pensait qu’elle fréquentait quelqu’un. Nous n’avons rien… commencé quand ils étaient ensemble au fait. C’était après. Mais ça n’aurait rien changé. Nous savions toutes les deux que les avocats auraient rendu les choses horribles. La réputation de Miranda est déjà si terrible que ça n’aurait pas pu être pire, mais ce n’était pas important pour nous deux et nous n’avons pas pris le risque. Les enfants ne sont pas à la fête et je ne veux pas me retrouver dans les journaux à scandales. C’était plus simple de rester tranquilles. » Andy s’essuya le nez. « C’était drôle. Hilarant même. Longer les murs. On a failli se faire prendre plusieurs fois. En fait, une fois, j’ai dû sauter dans le patio par une fenêtre à l’arrière, puis grimper le mur pour me retrouver dans la rue un jour où les jumelles sont rentrées à la maison à l’improviste. » Son visage se défit et de nouvelles larmes coulèrent. « Dieu, c’était génial. Il paraît qu’elle a jeté mon soutien-gorge sous l’évier de la cuisine et la femme de ménage l’y a trouvé quelques jours plus tard. Nous n’en pouvions plus de rire. »

Nigel était époustouflé. Il était difficile d’imaginer Miranda se faufiler dans  New York, rire et baiser Andy Sachs dans ce qui était une liaison clandestine qui impliquait semble-t-il faire l’amour dans une cuisine au moins une fois. En un million d’années, il n’aurait jamais pu imaginer ça.

« Nigel, que vais-je faire ? »

« Andy, je vais te dire, je n’en ai pas la moindre idée. Je ne savais pas ce qui se passait. »

Elle essuya ses larmes. « Désolée. »

« Alors, c’est sérieux ? »

Andy fit oui de la tête. « Je sais, c’est dingue. Ma mère me tuerait si elle savait, mais ça ne fait rien. C’est la vie. Et je n’échangerais Miranda pour rien au monde. Vraiment. Je ferais n’importe quoi pour elle. »

Nigel cligna des yeux. « N’importe quoi ? »

« Ouais. »

Nigel haussa les épaules. On pouvait toujours essayer. Si Miranda mourrait et Andy n’avait pas la possibilité de dire au revoir, il le regretterait jusqu’à la fin de ses jours. « Tu veux te faufiler dans l’hôpital ? »

Les yeux d’Andy s’illuminèrent. « Oh oui ! »

« Tu sais ce qu’il faut faire, » dit-il à Andy qui réajustait ses énormes lunettes de soleil. Il était 11 heures du soir à New York, mais personne ne lui ferait de remarque à leur propos. Avec un imper blanc, un chapeau porkpie et ses cheveux coiffés en arrière, tout lisses et brillants, elle donnait l’impression de descendre d’un avion très à la mode. Et c’est ce qu’ils allaient dire. Elle tira une valise du taxi pendant que Nigel payait le chauffeur. « OK, allons-y ! »

Il la prit par le coude et la conduisit à l’intérieur. En dehors de ricanements bêtes alors qu’ils passaient au travers de la petite meute de reporters agglutinés à l’entrée principale, personne ne prit de photo ou s’approcha d’eux.

Au deuxième étage, Nigel sortit de l’ascenseur en tenant toujours Andy par le bras. « Tout va bien ? »

« En pleine forme, » dit-elle. « Quelle direction ? »

Une infirmière à l’air familier marchait vers le point d’accueil et elle sourit quand elle vit Nigel. « Bonsoir, Monsieur Kipling. Je ne vous attendais pas si tard. Vous savez que les heures de visite sont passées. »

« Je sais, Ronda, mais j’espérais que vous pourriez faire une exception. La cousine de Miranda, Andrea, vient juste d’arriver de Paris et elle veut désespérément voir Miranda. »

Andy ôta ses lunettes de soleil et le regard douloureux ainsi que les magnifiques yeux rougis affectèrent clairement Ronda. « Je suis effondrée depuis que j’ai reçu les nouvelles, Mademoiselle, » fit Andy, la voix rendue rauque par les larmes. « Je vous en prie. Juste pour quelques minutes. Je suis venue aussi vite que j’ai pu. Et demain… » sa voix se brisa, « il sera peut-être trop tard. »

Si Nigel n’avait pas su que les larmes qui coulaient pendant sa supplique étaient authentiques, il aurait pensé qu’Andy était la plus grande actrice de ce côté du Mississippi. « C’est contre le règlement, » dit-elle. « Mais j’ai entendu beaucoup de chose à propos de Madame Priestly et j’ai le sentiment qu’une fois réveillée, si elle apprend que l’on vous a empêchée de la voir, des têtes vont tomber. »

Le soleil sembla se lever sur le visage d’Andy et Nigel se réjouit silencieusement.

Ronda fit un geste de la main. « Si Monsieur Kipling se porte garant pour vous, ça me va. Par ici. »

La chambre particulière était immense et remplie de fleurs. Mais les machines étaient bruyantes et Miranda semblait aussi frêle qu’il s’en souvenait. Elle n’avait pas bougé.

« Des progrès ? » demanda-t-il doucement à Ronda pendant qu’Andy posait par terre sa valise vide.

« Nous pensions qu’elle était en train de revenir à elle il y a quelques heures, mais elle est restée sans réaction, » répondit Ronda sur le même ton. Andy s’assied, mais n’essaya pas de la toucher.

« Quelle est cette odeur ? » demanda-t-elle après un moment.

Nigel fronça les sourcils. « Mmmm ? »

« Cette odeur. » Andy jeta un coup d’oeil autour de la pièce. Elle observa les différentes corbeilles de fleurs et eut un petit cri d’horreur. « Est-ce que ce sont des… frésias ? » fit-elle d’un ton désapprobateur. En un éclair, elle s’était levée de sa chaise et avait saisi un délicieux arrangement floral pour rechercher la carte de l’expéditeur. Quand elle la trouva, elle grimaça. « Irv ! ça ne m’étonne pas.  Nigel ? »

Avec une même grimace, il prit le bouquet et jeta un coup d’œil à Ronda. « Pouvez-vous…? »

« Bien sûr. Je suis sûre que je vais trouver preneur. Je m’y connais en fleurs et celles-ci coûtent un paquet. » Ronda prit les fleurs et sourit à peine. « C’est un plaisir de vous rencontrer, Andrea. Je reviens vite. »

Andy l’avait à peine entendue, prenant à nouveau son siège. Nigel pensa qu’il devrait se retirer, mais Andy leva vers lui un regard malheureux. « Reste, s’il te plaît, pour empêcher que je m’effondre ? Ça la mettrait vraiment en boule. »

Il fit oui de la tête. « Je suis sûr que tu as raison. » Il s’installa sur un siège de l’autre côté du lit alors qu’Andy prenait la main de Miranda en faisant attention de ne pas bousculer la perfusion dans sa veine.

« Elle ne semble pas mal, » dit-elle. « Je crois que c’était pire il y a quelques mois quand elle a eu la grippe. C’était terrible. »

Nigel fronça les sourcils. Il se souvenait que Miranda n’avait pas semblée être trop dans son assiette quelques temps plus tôt, mais elle avait paru égale à elle-même. « Vraiment ? »

Le regard  d’Andy ne quittait pas le visage de Miranda et elle caressait sa joue d’un doigt. « Elle se contrôlait au bureau, mais une fois à la maison,  elle a vomi tripes et boyaux pendant tout le week-end. Tu ne connais pas vraiment quelqu’un tant que tu n’as pas passé deux jours avec à genoux sur le sol de la salle de bain. »

« Ah ! » maugréa Nigel.  » Cela ressemble à de l’amour, » dit-il en plaisantant un peu. Andy sourit.

« Oui, » murmura-t-elle. Elle prit tendrement la joue de Miranda au creux de sa main. « Oui. »

Le silence se fit un moment alors que ce dernier mot imprégnait Nigel. « Nous n’avons probablement pas beaucoup de temps, » fit-il alors qu’il aurait souhaité que ce ne soit pas le cas.

Andy soupira. Quelques larmes coulèrent le long de ses joues qu’elle essuya. « Je sais. » Elle soupira encore plus profondément et se pencha vers Miranda. « Eh, Miranda, écoute ! C’est Andy. Je sais que tu es fatiguée et que tu te sens patraque, mais je me sens patraque aussi et j’aimerais voir tes beaux yeux bleus ouverts pour qu’on puisse se parler quelques secondes. Ou pour que je puisse te parler et que je sache que tu m’entends. Tu penses que tu pourrais le faire ? »

Miranda ne bougea pas et Andy embrassa son front. Nigel déglutit.

« Allez, mon coeur ! J’ai été si inquiète pour toi. Ouvre tes yeux, OK ? »

Sous le regard parfaitement incrédule de Nigel, Miranda se mit à faire ce qu’Andy lui avait demandé. Il retint sa respiration et Andy resta totalement immobile alors que des paupières fines comme du papier s’agitaient  avant de s’ouvrir enfin.

« Bonjour Chérie ! » dit Andy d’un ton léger, essayant visiblement de se contrôler. « Contente de te revoir. »

« Andy, » fit Miranda, la voix rauque au point d’en être méconnaissable.

« Ouais, je suis là. »

Miranda inspira à plusieurs reprises et ils attendirent. « A boire, » marmonna-t-elle et Andy attrapa un verre en plastique qui était resté sur la table de nuit pendant des heures, pour le cas où. Bien que ses mains tremblent, Andy réussit à glisser une paille entre les lèvres  de Miranda pour lui permettre de boire.

« Doucement, » fit Andy, les bouts des doigts sur la tempe de Miranda.

Quand Miranda eut fini, Andy reposa le verre sur la table de nuit. « Oh, » dit Miranda doucement. « J’étais en train de rêver de toi. »

Nigel se sentait au bord des larmes. Il savait qu’il devrait aller chercher une infirmière, mais il se sentait cloué sur son siège.

« Et me voilà, » répondit Andy, les larmes coulant franchement le long de ses joues, contrastant avec son sourire éblouissant.

« Je suis à l’hôpital, » dit Miranda.

Andy fit oui de la tête.

« Crise cardiaque ? » demanda Miranda.

Un autre oui de la tête.

« Depuis longtemps ? »

Andy jeta un coup d’oeil à Nigel. « Hier après-midi, » répondit-elle. « Tu es restée inconsciente. Les filles sont à la maison avec leur père, mais elles sont restées ici toute la journée. »

Miranda expira et ferma à nouveau les yeux. « Je suis fatiguée. »

« Je sais, » dit Andy. « Tu m’as vraiment fait peur. Et à Nigel aussi. »

« Nigel ? » Miranda sembla réaliser qu’elles n’étaient pas seules et regarda dans sa direction. « Nigel, » dit-elle faiblement. « Viens plus près ! »

Il se pencha en avant, son soulagement visible. « Je suis heureux de te voir, Miranda. »

« Merci d’être ici, » dit Miranda levant une main et la tendant vers lui.

Nigel saisit sa main avec précaution, massant la peau fraîche comme pour la réchauffer. « Il n’y avait rien d’autre à faire. »

« Il sait, » dit Andy simplement et Miranda se retourna vers elle. « Il m’a permis de me faufiler ici. »

Miranda sourit un peu à cette idée.

« Il faudrait que j’aille chercher quelqu’un, » fit Nigel en se levant.

« Oh non, pas encore, » fit Andy, les yeux apeurés. « Ils vont m’obliger à partir. Je ne peux pas. »

Le visage de Miranda se transforma. « Tu resteras. »

Andy la regarda fixement. « Mais ça voudrait dire… » Elle s’interrompit et Nigel observa son expression changer. « Es-tu prête ? »

Nigel put entendre le reste de la question sans qu’elle soit posée. Prête à ce que le reste du monde sache tout pour elles ?  Et s’il n’y avait que ça. Prête à jouer les fauteuses de trouble au milieu de la procédure de divorce. A ce que les jumelles découvrent tout. Et Dieu sait quoi encore.

Le sourcil de Miranda se tortilla vers le haut, n’atteignant pas encore sa hauteur habituelle, mais c’était prometteur. « Je pourrais être morte. Je ne me soucie guère d’autre chose. » Elle soupira, perdant de son énergie. « Mais j’ai besoin de toi avec moi. Et mes filles. Nigel, peux-tu faire venir mes filles ? »

« Bien sûr. » Il jeta un coup d’oeil à sa montre. Il était presque minuit, mais si elles dormaient déjà, il voulait bien manger son chapeau. « Je reviens. »

« OK, » fit Andy. Elles ne regardèrent pas dans sa direction et Andy se pencha en avant pour caresser la joue de Miranda de ses lèvres. Il réalisa alors qu’il était de trop et il s’éclipsa de la chambre.

Il appela la maison et put joindre Jamie qui décrocha à la première sonnerie. Quand Nigel lui apprit que Miranda avait reprit conscience, il laissa échapper un soupir tremblant. « Dieu merci, » dit-il.

« Elle demande à voir les jumelles. Pouvez-vous les raccompagner ? »

« Bien sûr. Mais attendez… Comment avez-vous pu y aller en dehors des heures de visite ? »

Nigel se demanda s’il devait lui expliquer la situation et changea immédiatement d’idée. « Je vous raconterai quand vous serez là. » Ou quelqu’un le fera, pensa-t-il.

Ronda se dirigeait vers la chambre quand Nigel la croisa dans le couloir. « Elle est réveillée. »

Ses yeux s’écarquillèrent. « Je vais appeler le Docteur Williams. Il est de garde ce soir. »

Quelques minutes plus tard, il stationnait au dehors de la porte de la chambre avec Andy pendant que le médecin l’examinait et faisait ce que l’on devait faire dans ce genre de situation. Quand il ressortit, son regard était sombre. « Elle devrait se reposer, mais elle est plutôt têtue, » dit-il avec un doux accent anglais. « Elle insiste pour que vous restiez tous les deux ici ou bien elle fera quelque chose d’extrême. Cela semblait plutôt menaçant. »

Nigel et Andy partagèrent un sourire de connivence. « Elle est comme ça, » dit Nigel. « N’ayez pas peur ! »

« Cependant, elle doit vraiment se reposer. J’ai cru comprendre que ses enfants allaient bientôt arriver et il faudrait mieux qu’elles restent calmes autour d’elle. Vous pouvez y veiller ? »

Andy acquiesça. « Absolument. »

Il secoua la tête, ennuyé. « Bien. Les gens font ce qu’ils veulent. Nous avons un règlement, mais il n’est pas respecté. » Il regarda Nigel et Andy. « Fréquemment. »

Nigel culpabilisa à peine et Andy ne se sentit vraiment pas concernée. « Elle est réveillée et c’est tout ce qui compte, » exposa-t-elle d’un ton défiant.

Le Docteur Williams hocha la tête. « Je vous l’accorde. Il devait y avoir quelque chose de spécial en vous, » dit-il d’un ton nonchalant tout en parcourant des yeux le dossier de Miranda.

Andy sourit. « J’étais à la bonne place au bon moment, j’imagine. Pardonnez-moi ! »dit-elle et elle retourna dans la chambre de Miranda.

« O..oui, » fit le médecin. « Pas plus d’une heure, » recommanda-t-il à Nigel qui l’écoutait sérieusement.

« Oui, Docteur. »

Quand Nigel revint dans la chambre, Andy était déjà penchée au-dessus de Miranda et quand elles s’embrassèrent, la vérité se fit éclatante. Il n’avait toujours pas la moindre idée de comment elles s’étaient retrouvées ensembles, mais c’était ainsi. Elles étaient amoureuses l’une de l’autre. C’était la chose la plus extravagante qu’il soit possible d’imaginer.

Et rien que pour cette raison, c’était merveilleux.

Et alors qu’il les regardait en train de se murmurer doucement l’une à l’autre, il sut que les choses allaient changer, pour tout le monde.

Et c’était bien. Un changement leur ferait du bien.

Fin

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© Styx63 pour la traduction – 2009

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