Au bord du Styx

16 février 2010

Compte-rendu : Giulio Cesare à Pleyel (Version de concert)

Bonsoir,

Pour écrire ce billet, je me suis demandé si j’allais le faire dans le style de Madame de Sévigné, tout en superlatifs, ou au contraire rendre une page blanche car je ne suis pas sûre qu’il existe des mots pour rendre compte de ces quatre heures et demi de concert. Mais comme je sens une obligation (bien légère) à rendre compte au WSG, je vais commencer par les premières choses qui me viennent à l’esprit et de là, je continuerai.

Pour le titre, j’ai hésité entre « Standing Ovation » et « White Shirts’ Dream » avant d’opter pour la sobriété. Mais ça vous donne un aperçu de mes sentiments après le concert. En fait, Murielle (qui nous avait fait part de ses impressions après un concert d’Orfeo 55) qui assistait également au concert est témoin que pendant un bon quart d’heure, je suis restée dans une sorte d’état catatonique, l’œil vague et incapable de dire autre chose que « Ah ce que c’était beau ! »

A l’automne j’avais été déçue, mais peu étonnée de ne pas avoir réussi à obtenir une place pour l’une des deux dates prévues. Peu étonnée car l’affiche était plus parfaite : Cecilia Bartoli et Nathalie Stutzmann, Andreas Scholl et Philippe Jaroussky accompagnés par Les Arts Florissants dirigé par W. Christie.

J’ai pensé qu’obtenir un billet pour le concert supplémentaire finalement annoncé, même sans Ph. Jaroussky, relevait du miracle. Apprendre finalement qu’A. Bonitatibus reprendrait le rôle pour un après-midi me procura un grand sentiment de satisfaction (on peut aimer ses contre-ténors, on en est pas moins White Shirt… et puis, Jaroussky, je pourrai l’entendre en Avril… MàJ : fin mai en fait !)

Alors, je commence par l’orchestre. Pas grand chose à dire de façon générale, mais ponctuellement, le cor solo dans l’air de César « Va tacito » à la fin du premier acte sonnait faux (j’en avais mal pour la musicienne) et le premier violon dans  « Se in fiorito » n’a pas vraiment brillé, les sonorité étaient étranges, pas fausses, mais limite.

Puis les artistes sont entrés en scène. Trois femmes et cinq hommes. Le parti-pris de ces représentations étaient que chaque rôle masculin soit tenu par un homme alors que cette œuvre fait habituellement la part belle aux mezzo et contraltos. Il y avait donc pour les deux premières soirées quatre contre-ténors en scène tenant les rôles de Giulio Cesare, Sesto, Tolemeo et Nireno.

Christophe Dumaux dans le rôle de Tolomeo et Rachid Ben Abdeslam dans celui de Nireno (qu’il semble avoir chanté un peu partout en Europe) ont été d’agréables surprises : voix puissantes, chaudes, agréables. Il faudra les surveiller.

Il n’y avait pas que des contre-ténors : Umberto Chiummo (Basse) dans le rôle d’Achilla et Andreas Wolf (Baryton-basse) dans celui de Curio ne déparaient pas au sein d’une distribution prestigieuse.

Il y avait ensuite Andreas Scholl dans le rôle titre. C’est un chanteur magnifique, d’une grande sensibilité, mais il m’a semblé qu’il manquait de puissance et de projection particulièrement quand on est supposé être le maître du monde. C’était particulièrement flagrant dès la première fois où il est face à C. Bartoli. Dans les dix secondes de leur première rencontre, je me suis dit que cette Cléopâtre n’allait faire qu’une bouchée de ce Jules César. Et Nathalie Stutzmann en digne matrone (au sens premier du terme, révisez vos classiques !) représentait bien mieux que César toutes les vertus romaines. Et son César avait bien moins de fougue et de vaillance à aller se battre que le Sesto d’Anna Bonitatibus.

Alors si Andreas Scholl a retenu mon attention (certaines de ses notes…. encore quelques frissons….) son Giulio Cesare ne m’a pas convaincue surtout aux côtés des trois cantatrices, particulièrement intenses.

Par laquelle commencer : Bonitatibus, Stutzmann, Bartoli… un rêve de WS.

Bonitatibus avait la lourde tâche de passer derrière Jaroussky et ils étaient nombreux dans le public à se demander qui elle était et à regretter de na pas avoir PJ. Après son premier Aria, plus de regret et les applaudissements se firent entendre. Mais le public s’enflamma vraiment pour le duo avec N. Stutzmann, « Son nata a lagrimar » On a vraiment assisté là à quelques chose d’exceptionnel.

Son nata a lagrimar interprété par Sonia Prina et Alice Coote (vid. de wienerfr)

Transition toute facile : j’ai trouvé Nathalie Stutzmann magnifique dans le rôle de Cornelia, veuve de Pompée trahi par ses alliés, devenue l’objet de toutes les convoitises, personnifiant les vertus romaines et oscillant suivant les moments entre le suicide pour préserver son honneur et la vengeance.

Et enfin, Cecilia Bartoli qui était vraiment présentée comme la tête d’affiche. A juste titre. Elle était Cléopâtre. Mais avec sa touche personnelle. Dans son Aria « Non Disperar« , elle avait une façon de chanter les Chi sa ? avec une inflexion vraiment particulière. Elle ne cherchait plus à se rassurer, elle était déjà persuadée que le destin était de son côté. Ses duos avec A. Scholl étaient de toute beauté, mais comme je l’ai déjà dit, il ne faisait pas le poids.

Il y eut enfin  le magnifique « Se pieta  » plein d’émotion

Se pieta – Cecilia Bartoli en Live à Zurich en 2005 (Vid. de elias12186)

Heureusement que l’entracte était prévu juste après cet Aria car l’orchestre aurait vraiment eu du mal à reprendre tant le public manifesta son enthousiasme.

Le dernier acte, après l’entracte fut encore marqué par deux airs chantés par C. Bartoli « Piangero la sorte mio » et plus tard « Da tempeste« . J’ai lu une critique qui reprochait à C. Bartoli d’avoir fait du « Bartoli » . Ça peut vouloir dire ce que vous voulez, mais il est vrai que dans ce dernier air, son interprétation faisait penser à son dernier album Sacrificium.

Enfin ce « Da tempeste« , volontairement ou non, a entraîné une série d’évènements. Tout d’abord, Nathalie Stutzmann, perdue dans ses pensées ou sous le charme de la voix de Bartoli, a oublié de se lever pour la scène suivante avec Tolomeo et Sesto. Tolomeo tente de séduire Cornelia, puis se fait tuer, enfin, par Sesto. Là, Ch. Dumaux (Tolomeo) se retire en reculant, porte une main à  la poitrine pour simuler le coup de poignard et se casse la figure. Il se retrouve allongé sur la scène, sa partition ayant volé jusqu’aux genoux d’un spectateur du premier rang. Etait-ce une blague ou une vraie chute (MàJ : j’ai lu depuis qu’il avait fait la même cascade les deux autres soirs dans une espèce de chahut avec Ph. Jaroussky), A. Bonitatibus esquisse un geste vers lui avant de se trouver prise d’un début de fou-rire partagé avec N. Stutzman. Je ne sais pas comment elles ont pu enchaîner sur leur récitatif puis un dernier air pour Nathalie Stutzmann.

Ça s’est fini sur un bon quart d’heure de standing ovation, le public agglutiné contre la scène.

Quelques photos d’un autre amateur prises lors du concert du 12 février montrant les deux robes de Cecilia Bartoli.

24 heures après, je commence enfin à sortir de cette bulle de bonheur. Giulio Cesare n’était pas une œuvre que je connaissais (j’y étais allée uniquement sur la distribution) donc je n’avais pas d’a priori sur une distribution majoritairement masculine (même si mon cœur de WS aurait bien sûr adoré voir une distribution avec plein de mezzos de contraltos…), mais finalement, même si PH. Jaroussky a dû être fantastique, je ne regrette pas A. Bonitatibus et je continue de penser qu’A. Scholl, aussi bon qu’il soit, manquait de présence face aux autres.

Pour finir, une petite observation : quand les chanteurs étaient assis, ils regardaient leur partition. Par contre, les trois cantatrices n’ont pas arrêté de s’observer en train de chanter. Évaluaient-elles la concurrence ? Appréciaient-elles les prestations de leurs consœurs ? Mystère…

That’s all, Folks !

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18 commentaires »

  1. One happy WS here. 🙂 Thanks so much for the details report and your impressions of this night, Styx. Of course, now you put ideas of Stutzmann as Cesare in my mind (she does some arias on her early Handel disc with Goodman, I think…)
    I share that vision of a full mezzo/contralto Cesare (particularly Cesare himself), but can’t find anything wrong with the male line-up. And if the lucky ones among us see Jaroussky again in April anyway (….!!!), Bonitatibus is certainly a great choice. I’m having her Haydn on loop on the mp3 and I imagine that she made an energetic, bedazzling Sesto.
    Thanks again for sharing the White Shirt Dreams. 🙂

    Commentaire par Anik LaChev — 16 février 2010 @ 11:37 | Réponse

    • Bonitatibus was absolutely brillant and I can imagine listening to her on loop.

      I was a little too optimistic : I have to wait for the end of May for Jarrousky in L’incoronazione di Poppea (and Bonitatibus will be there too !!!)

      http://www.sallepleyel.fr/francais/evenement.aspx?id=6577

      Commentaire par Styx — 16 février 2010 @ 19:42 | Réponse

      • not April, but May… I think outside of Paris they call this a « luxury problem » 😉

        Looking forward to your report on Monteverdi already!

        Commentaire par Anik LaChev — 17 février 2010 @ 20:20 | Réponse

        • I know : I should show more humility 🙂

          Commentaire par Styx — 18 février 2010 @ 16:22 | Réponse

          • no… just write more reviews 😉

            Commentaire par Anik LaChev — 18 février 2010 @ 17:12 | Réponse

  2. J’ai revécu tous ces instants merveilleux en lisant ce post.
    Impressions partagées et …dans le même état que Styx !
    Un moment suspendu, un état de grâce

    « Veni, audivi, adoravi » !

    Murielle

    Commentaire par Murielle — 16 février 2010 @ 15:15 | Réponse

  3. « Veni, audivi, adoravi » – quelle expression mignonne ! Thanks for the nice report !!

    Commentaire par Bergerchef — 17 février 2010 @ 15:38 | Réponse

    • « Veni, audivi, adoravi » – why Anik, I think we have a new fridge magnet to produce…. nice one BC 😉

      Commentaire par puritymccall — 20 février 2010 @ 19:12 | Réponse

      • Let’s give back to Cesare what belongs to Murielle (another french WS) who is the one with classical lettres, but I’m sure she’ll agree if you want to use this for a magnet 😉

        Commentaire par Styx — 20 février 2010 @ 23:41 | Réponse

        • Murielle merci, and good to know the ranks of French white shirts with a facility for fine phraseology are bigger than we knew 🙂

          Commentaire par puritymccall — 22 février 2010 @ 09:05 | Réponse

          • As Styx said it, evidently, I give “my copyright” ;)for future magnet to WSG.
            I‘ve joined the ranks for several months but sorry my english is too bad.
            A name, a logo, a fridge magnet, what else?
            A song or a poeme may be !

            Commentaire par Murielle — 24 février 2010 @ 22:22 | Réponse

            • We are very grateful Murielle, and your English beats my French any day 🙂 So feel free to fire any more of those lovely phrases over by the WSG any time !!

              Commentaire par puritymccall — 2 mars 2010 @ 01:06

  4. I saved this up for coming home and boy am I glad I did, great review Styx, thanks. Almost (not quite!) makes up for not being there…

    Hmm Stutzmann as Cesare? – well she certainly has the bearing for it, in the Sarah Connolly mould of very convincing royalty!!

    Meanwhile, ah Bartoli, looking fierce as ever. Shame about the lack of a CD but it sounds like the alleged disquiet re the orchestra may have been to so far off the mark judging by your comments Styx.

    Thanks so much again Styx, I know what it can be like some times needing to « come down » before coherent thought can form – well done for putting us out of our misery so fast 🙂

    Commentaire par puritymccall — 20 février 2010 @ 19:28 | Réponse

    • In fact, to put my thoughts on paper (well… on virtual paper) helped me to come down.

      And according to her site, NS has been Cesare once.

      Commentaire par Styx — 21 février 2010 @ 00:13 | Réponse

  5. Hi Styx, I have been watching your announcment and comments on the Gulio Cesare concert eagerly, thanks for sharing your impressions. Unfortunately Scholl gave such an impossible performance – as Austrian/German I have been of course on his side. Made a video as comment on this event (mostly cut from his Cesare and Partenope DVDs from Copenhagen). A bit sardonic maybe, but I think he provoked.
    http://www.youtube.com/watch?v=sh-mzIh6yoM Greetings from Vienna! Elsa

    Commentaire par Elsa — 24 février 2010 @ 13:35 | Réponse

    • Thank you for the comment and for the video 😉

      Commentaire par Styx — 25 février 2010 @ 20:49 | Réponse

  6. Merci pour cette information interessante

    Commentaire par jozzy-online — 1 mars 2010 @ 06:08 | Réponse


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