Au bord du Styx

17 janvier 2010

Des sorties comme s’il en pleuvait !

Filed under: Compte-rendu,LGBT,Opéra — Catherine @ 10:38

Bonjour,

j’ai beau expliqué aux gens que chez moi, les sorties, ça marche souvent selon la loi des séries, on ne me croit pas. La semaine qui vient de s’écouler en est pourtant une jolie preuve. Cette semaine, j’avais en principe La Grande Duchesse et c’est tout.

Puis une copine a décidé au dernier moment d’organiser une petite virée vendredi soir et c’est ainsi que j’ai pu assister à une représentation de La lesbienne invisible. C’est un spectacle très amusant, particulièrement bien vu en ce qui concerne le retournement de tout un tas de clichés. Comme un certain nombre de représentations a été rajouté, faites-vous plaisir si vous êtes sur Paris. Par contre, il est préférable de réserver car la salle est toute petite.

Mais le summum de cette semaine fut quand même la soirée d’hier :

Vers 18 h 30, mon portable sonne. Une voix masculine que je ne connais pas, se présente, me demande si je suis bien moi et m’explique qu’on appartient à la même association (Mensa, pour ne pas la nommer), puis indique que dans l’annuaire, j’ai mis « Opéra » dans mes centres d’intérêts. Et il se trouve qu’il a deux places pour assister à la générale de Norma au Châtelet le soir même et ça commence dans une heure et il ne veut pas y aller seul  ! C’était plutôt une surprise : d’habitude, quand un mensan m’appelle après avoir vu mon nom dans l’annuaire de l’assoc’, c’est plutôt pour demander une consultation juridique.

Je connaissais son nom pour l’avoir vu passer dans des mails de l’assoc’.  Alors j’ai accepté ! (C’te blaque, vous auriez fait quoi à ma place ? )

Juste le temps de jeter un coups d’œil au site du théâtre pour voir que, outre l’opéra qui allait se jouer, je ne connaissais que la formation, l’Ensemble Matheus, et son chef, Jean-Christophe Spinosi.

Norma, je me suis souvenue l’avoir vu une fois dans les années 80, à l’Opéra (maintenant Palais Garnier). Mes cousins avaient une place en trop. C’était une mise en scène très classique et je ne me souviens pas de la distribution… Oups ! Désolée pour le silence, j’étais partie voir dans mes vieux programmes si je n’avais pas quand même quelque chose, mais non. A l’époque, j’étais soit encore lycéenne ou étudiante et je n’avais pas de gros moyens. Donc pas de souvenirs matériels de ces deux premières sorties à l’Opéra (La première était pour Don Carlos de Verdi, la seconde donc pour Norma). Je crois quand même me souvenir que le ténor qui interprétait Pollione était un peu faible. Mais la musique était superbe et ma première larme à l’opéra fut pour le final de Norma (ma deuxième fut pour le final de La Bohème des années plus tard).

Je ne suis pas certaine que l’argument de cette œuvre soit bien connu.

Par contre, tout le monde connait ça (vidéo de FlorenceAshley) :

Désolée, j’aurais vraiment voulu mettre un autre extrait, mais ne pas mettre celle qui fut sûrement la plus grande Norma serait vraiment stupide.

Alors hier soir, avec mon compagnon d’un soir, nous trouvâmes des places au deuxième balcon de côté en faisant bien attention aux piliers (une calamité au Châtelet). Nous eûmes l’occasion de discuter avec une jeune violoniste, venue soutenir un violoncelliste de l’orchestre et qui elle-même venait de quitter l’orchestre de l’Opéra-Bastille pour celui de l’Opéra de Marseille.

Juste avant le début de la représentation, quelqu’un vint rappeler que s’agissant d’une générale, le chef ou le metteur en scène pourraient intervenir à tout moment et que les artistes pourraient ne pas chanter certains morceaux (pour ne pas se fatiguer).  Il fut même préciser que Oroveso n’avait littéralement plus de voix et qu’ils avaient dû chercher un remplaçant au pied levé le matin même qu’ils avaient trouvé à Varsovie (Il était descendu de l’avion à 16 h) et pendant le spectacle, il a chanté son rôle sur le côté  pendant que le titulaire mimait son rôle sur scène.

Mon sentiment…

l’Orchestre fut superbe.

La révélation fut Paulina Pfeiffer (dans le rôle de Adalgisa) , une jeune soprano (de 27 ou 28 ans) suédoise qui enthousiasmé la salle.

Lina Tetriani, dans le rôle titre, a dû retenir ses effets pour ne pas trop fatiguer sa voix (enfin, c’est ce que nous nous sommes dit. La voix est intéressante mais  sa Casta Diva manquait d’intensité).

Le ténor autrichien, Nikolai Schukoff, ne s’est vraiment lâché que pour le deuxième acte, mais sa prestation était agréable.

Enfin, une mention pour Blandine Staskiewicz, mezzo française, qui chante un peu partout en France et qui a déjà quelques enregistrements à son actif.

Un mot pour la mise en scène… très ésotérique, elle m’a laissée perplexe. Le décor était composé de trois murs gris sans ouvertures qui donnait un sentiment pénible de claustrophobie. Il y avait une espèce de cheval de bois et  deux sphères, une d’un mètre de diamètre sur laquelle se produisait une acrobate qui marchait dessus en équilibre. Une autre de peut-être 3 mètres de diamètre et qui était déplacée régulièrement sur scène par les solistes ou le chœur (il y en aura une troisième de peut-être 6 ou 7 m  de haut pour le final alors que le mur du fond de la scène disparaissait).

La 2e sphère qui était régulièrement déplacée sur scène - photo provenant du site du Théâtre du Châtelet

Et puis le chœur vêtu dans des oripeaux blanc-beige sales et qui se comportaient comme dans une espèce de cour des miracles où se seraient réunis tous les rebuts de la société ou alors dans la salle commune d’un asile psychiatrique… Oui, je sais, c’est extrême, mais les mouvements saccadés, leur présence  continue sur scène, donnaient vraiment cette impression.

L'omniprésence des chœurs sur scène - photo provenant du site du Théâtre du Châtelet.

Je m’attendais presque à voir arriver pour le final des espèces d’infirmiers qui auraient mis le holà à un jeu qui dégénérait. En fait, j’attends de lire une « vraie » critique pour comprendre éventuellement ce qu’il fallait voir dans cette mise en scène. Car moi, je suis passée à côté. Et Dieu sait que je ne suis pas opposée à des mises en scène moderne. J’ai vu en mon temps assez de pièces de théâtre avec pour tout décor deux bancs et un drap tendu en travers de la scène.

Si on m’offrait de revoir ce spectacle, je ne dirais pas non (peut-être que je comprendrais mieux après une deuxième expérience), mais j’avoue que les déplacements continuels du chœur m’ont parfois dérangée pour apprécier ce qui se passait.

Mais j’ai passé quand même une bonne soirée et, pour paraphraser une pub, j’aime mieux qu’un inconnu soudain m’offre, non des fleurs, mais une place d’opéra.

Un mot pour conclure. Au hasard de mes navigations, je suis tombée sur une vidéo de Mahagonny Songspiel dont je vous avais parlé en septembre. Il faut suivre le lien car je ne peux pas l’insérer ici.

Autre trouvaille : je vous avais parlé également en juin 2008 d’un documentaire  sur l’opportunité que William Christie donnait à de jeunes chanteurs (à noter que Blandine Staskiewicz en avait bénéficié en son temps). On peut le voir en dix segments sur Youtube grâce à MehdiCaps, le premier ici  et c’est toujours aussi passionnant.

Pour finir, une curisosité, un reportage datant de 1964 alors que Norma était monté à l’Opéra de Paris, avec la Callas dans le rôle titre.

Vidéo de felipecunha – si vous allez vers 7’30, vous verrez la Callas en répétition.

That’s all, Folks !

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4 commentaires »

  1. Bonjour,
    j’étais présent moi aussi pour cette générale de Norma . Comment pouvez vous penser que l’orchestre fut superbe ? Spinosi est complètement à côté de la plaque ! A mon sens il n’a absolument rien compris à la musique de Bellini, il va à contresens de la mise en scène (quoi qu’on puisse en penser) et ne prête aucune attention aux chanteurs . Sans parler des problèmes de justesse et des décalages quasi permanents entre la fosse et le plateau .
    Quand a la mise en scène moi je l’ai trouvé superbe ! C’est justement un beau travail sur la folie .
    En bref je ne suis pas du tout d’accord avec votre dritique mais tous les gouts sont dans la nature .
    Cordialement

    Commentaire par Paul.D — 18 janvier 2010 @ 12:25 | Réponse

  2. Nous étions presque en retard samedi pour la générale de Norma au Châtelet… Nous sommes entrés dans la salle au moment où la sonnerie (stridente) qui invite chacun à regagner sa place s’ arrêtait.
    La salle était pleine à craquer (plus que pour les autres générale visiblement). Pas de bonnes places en vue.
    Nous nous asseyons en loge d’ orchestre, 2nd rang… Les places à visibilité réduite pour ceux qui connaissent les lieux…
    Mais proche de l’ avant scène, donc près des chanteurs lorsqu’ ils s’ y trouvent…

    Comme à l’ accoutumé nous sommes prévenus que les chanteurs ne sont pas tenus de nous donner toute leur amplitude vocale lors d’ une répétition générale…

    Je ne connaissais pas du tout cet opéra. Un grand air au 1er acte tout du moins ( « Casta Diva »… j’ y viendrais plus tard). Et ça été une découverte heureuse…
    L’ histoire est, comme souvent dans les opéras, à la fois bête à pleurer (Ils sont mariés, il en aime une autre, il veut partir, elle le laisse partir, il reste…) et très dense (elle est grande prêtresse Gauloise, il est proconsul Romain, elle veut sacrifier ses enfants plutôt que de les perdre, il veut mourir avec elle…)… Bref, de l’ opéra plein de grands sentiments, de bouleversements hormonaux et de fièvre combative.

    Le metteur en scène , Peter Mussbach, a choisi de placer ses personnages dans un décors et un environnement à la hauteur de leurs passions et de leurs turpitudes : un hôpital psychiatrique.
    Mais attention, un hôpital dans le plus pur esprit « asile d’ aliénés 1956 » : murs de béton brut avec des trous comme fait à la barre à mine ici et là (les personnages s’ y accrochent parfois, comme pour s’ évader), costumes blafards, maquillages à la truelle, cheveux blanchis…
    Seules notes de couleurs : la robe fleurie d’ Adalgisa, le corps peint en bronze doré de Pollione et le manteau cramoisi de Norma (qui porte des bottes mortelles, galbantes, satinées… La rue Blondel n’ est pas loin !!)
    Pas de meubles, une chaise seule, un cheval monté sur roulettes et une sphère géante poussée à travers de la scène par les figurants (elle semble alors très lourde) ou par le héros seul, qui y arrive d’ une seule mains, sans transpirer… trop fort ! La sphère (ce n’ est que mon point de vue) symbolise à la fois la lune (vénérée des Gaulois) et l’ oppression (elle accule les personnages dans les recoins du décors, les obliges à se courber, se coucher… oui, comme dans « Le Prisonnier »… sauf qu’ ici il n’ y a pas de numéros attribués aux protagonistes…)

    Le « Casta Diva »… Nous avons tous dans l’ oreille la version sublime de Maria Callas en 1958… Je l’ ai oubliée hier soir… Norma, devant la sphère, à genoux, ôte toute trace de crépuscule à cette mélodie lancinante et en fait un chant presque sensuel, tendre…

    Le duo (qui dure quasiment un tiers de l’ acte 1) entre Norma (l’ épouse) et Adalgisa (l’ autre femme) est époustouflant… Comme deux gamines qui parlent de grands sentiments en se roulant dans l’ herbe, qui échangent des confidences plus qu’ intimes en habillants des poupées… N’ oubliez pas que nous sommes dans un HP… L’ arrivée de Pollione (le mari-amant), la colère de Norma (elle n’ avait pas compris que Adalgisa lui parlait de son mari), les suppliques d’ Adalgisa (aussi triste d’avoir désigné son amoureux que désireuse de minimiser sa faute) transforment le duo en un trio frémissant de rage et de passion…

    Entracte.

    Nous retrouvons Yves (notre ami qui veille à nous chouchouter lorsque nous assistons à une générale ou à une représentation au Châtelet), qui, scandalisé -le terme n’ est pas usurpé- par notre mauvais placement lors du 1er acte, nous assoit, pour le 2nd, à la corbeille, réservée habituellement à l’ élite de la presse, à la crème de la scène internationale et aux (généreux) mécènes du Théâtre… Merci Yves !

    D’ ici la vue sur la scène est moins confinée… Et l’ immensité du plateau dépouillé, bétonné, donne vraiment une vision encore plus absurde de la situation et des sentiments des protagonistes…
    Les trous qui parsèment les murs sont désormais des ouvertures lumineuses qui font presque oublier la nudité de l’ ensemble…
    La sphère, pourtant impressionnante, de l’ acte 1 est remplacée (là le décors s’ ouvre…) par une autre sphère, plus grande, plus brillante, plus impressionnante… Quasiment la hauteur de la scène !

    Pour revenir à l’ histoire (de plus en plus alambiquée et dérisoire : l’ HP donne vraiment un autre sens à tout cela…)… Norma veut tuer ses enfants (2 poupées de chiffons grandeur nature…), elle ne veut pas qu’ ils soient à la merci des Romains (elle a déjà oublié que leur père, son mari, est Romain… Finalement l’ HP se justifie pleinement !). En définitive elle les confie à leur nourrice. Elle s’ auto-accuse de trahison envers son peuple et ses croyance et demande à être sacrifiée sur le bûcher… Pollione s’ aperçoit qu’ il l’ aime toujours, qu’ il a fait une grosse bêtise en s’ acoquinant avec Adalgisa (qui se retrouve dans le rôle de la manipulatrice briseuse de ménage) et il l’ accompagne dans les flammes… (en fait ils font flamber le cheval de l’ acte 1…). Rideau.

    Ovation… Méritée !

    La direction musicale est entre les doigts (magiques) de Jean-Christophe Spinosi, que nous avions eu le privilège de voir diriger « Les Vêpres de La Vierge » (Monteverdi) dans ce même théâtre l’ an dernier.
    Norma est interprétée par Lina Tetriani, somptueuse liane longiligne…
    Pollione , avec une mâle assurance, par Nikolai Schukoff…
    Adalgisa, qui est peut-être celle qui m’ a le plus ému, par Paulina Pfeiffer…
    Je n’ ai pas parlé du rôle d’ Oroveso (le père de Norma) lors de mon résumé (résumé qui n’ engage que moi… les puristes me pardonneront) tenu par Nicolas Testé et doublé (!) par Wojtek Smilek.
    En fait, Nicolas Testé ne pouvait pas chanter… Il a joué son rôle… et la partie vocale était assurée par Wojtek Smilek depuis l’ avant scène… C’ était assez impressionnant, comme une séance de synchronisation en direct…

    Un opéra peut parfois être agaçant lorsqu’ il mêle mythologie et sentiments (Décalé, absurde d’ abnégation et de grandeur d’ âme…).
    Le point de vue de Peter Mussbach m’a enlevé cet agacement.
    Il a replongé la situation dans ce qu’ elle est : une légende tragique qui n’ a pas de lien avec la réalité.

    Et j’ ai adoré ça !

    Commentaire par thomas — 19 janvier 2010 @ 09:50 | Réponse

    • Merci pour cette description très fidèle du spectacle et qui me permet d’imaginer une partie de ce que je n’ai pas pu voir. En effet, du haut de mon 2e balcon, sur un côté, je n’avais aucune vue sur un bon tiers de la scène, côté jardin. Je n’ai donc pas pu voir Tetriani chantant Casta Diva ou W. Smilek qui a repris au pied levé l’interprétation vocale du rôle d’Oroveso.

      Par contre, je suis tout à fait d’accord que le duo Norma / Adalgisa était une pure merveille et je crois qu’il faudra surveiller pour l’avenir ce que fera la jeune Paulina Pfeiffer.

      Commentaire par Styx — 26 janvier 2010 @ 22:43 | Réponse

  3. Ma réponse générale à ces deux commentaires… plutôt au premier commentaire, dans le billet suivant.

    https://styx63.wordpress.com/2010/01/22/jaime-pas-les-epinards/

    Commentaire par Styx — 23 janvier 2010 @ 12:48 | Réponse


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