Au bord du Styx

18 juillet 2009

IDF – Traduction : Par Coeur (Bêta – Complet)

La version relue et corrigée se trouve dans les archives ICI

Pour la Journée Internationale du Femslash, une traduction (quasi express) d’une nouvelle histoire de Harriet  (A ne pas lire au bureau ou si vous n’avez pas l’âge)

Par Cœur

1ère Partie

Observant le panorama tout blanc, Miranda prit une profonde inspiration. L’air de la montagne était froid, mais surtout,  il la revigorait.

Elle avait eu besoin de ce break et quelques jours, c’était mieux que rien. Avec Andrea qui attendait en bas des pistes, prenant les appels et coordonnant les prochaines séances photos avec le bureau, Miranda se sentait calme et détendue. Tout était bien en main. En fait, Andrea était l’unique raison pour laquelle elle s’était sentie capable de prendre ce petit congé de dernière minute. Dieu savait qu’elle quittait rarement la ville à cette époque de l’année, mais avec ses filles chez sa mère pour un week-end prolongé, tout s’était mis en place simplement. Andrea avait libéré son emploi du temps et quelques jours plus tard, elles étaient loin de la ville.

Quatre jours de ski était exactement ce dont elle avait besoin. Andrea avait tout organisé à la perfection jusqu’au chalet qu’elle avait loué. Miranda avait le spacieux rez-de-chaussée pour elle toute seule et elle imaginait que le studio à l’étage devait être suffisamment spacieux pour Andrea  qui semblait enchantée avec. La cuisine était bien approvisionnée, la chambre principale avait sa propre cheminée et la salle de bain attenante était occupée par une baignoire immense.  Quant au living, elle osait dire qu’il était accueillant. Miranda avait déjà loué des chalets à proximité, mais elle n’avait jamais bénéficié de telles prestations.

Elle n’associa que marginalement la présence d’Andrea à son actuel niveau de détente. Cela n’avait rien à voir : Andrea était toujours à ses côtés ces derniers temps, aussi bien à la maison qu’au bureau. Ses heures de travail avaient augmenté au cours des six derniers mois, bien au-delà de celles de ses précédentes assistantes. Elle ne se plaignait jamais, demandant juste l’un des objets envoyés à Miranda et dont elle ne voulait pas ou une soirée de libre quand ses parents venaient la voir.

Ces soirées libres étaient rares, Dieu merci, dans la mesure où Miranda ressentait un sentiment étrange de solitude sans Andrea. Elle préférait sa compagnie silencieuse, bien qu’elle ne le reconnaîtrait devant personne. Pourtant, elle sentait qu’Andrea le savait et ressentait la même chose. Miranda avait décidé que c’était réconfortant d’avoir besoin et d’être nécessaire à quelqu’un de la même façon, même si c’était parfaitement inhabituel pour elle.

Miranda baissa ses lunettes de ski et se lança dans la poudreuse.

Les premières bosses se présentèrent rapidement et elle navigua vivement entre elles, dépassant deux traînards qui n’avaient rien à faire sur une piste noire. La vitesse l’empêchait de  bien distinguer les arbres au bord de la piste. Miranda prit une bosse à toute vitesse. Son cœur s’éleva et elle laissa une bouffée d’air s’échapper, puis un éclat de rire quand elle atterrit avec succès. La deuxième série de bosses s’approchait et elle les dépassa avec talent, ignorant deux bosses pour en prendre une autre, plus grande un peu plus bas sur la piste.

Elle la vit et se concentra dessus et en quelques secondes, elle était dans les airs, retenant son souffle. Pour un moment, tous ses soucis furent oubliés et elle fut à nouveau une petite fille. Le sentiment resta en elle après qu’elle atterrit et jusqu’à ce qu’elle arrive en bas de la piste.

Presqu’en bas, elle se dirigea vers le bâtiment principal, évitant les autres skieurs avec agilité. Son cœur était léger et elle retint un sourire quand elle aperçut Andrea sur une terrasse enneigée. La toque ridicule qu’elle portait la faisait remarquer au milieu de la foule de gens riches et sophistiqués, mais l’ensemble formait un charmant tableau.

Elle n’envisagea pas que le charme puisse ne pas venir du chapeau, mais de celle qui le portait

Andrea leva les yeux à ce moment. Miranda retira son écharpe, ne se souciant pas que ses lèvres dessinèrent un petit sourire involontaire quand Andrea se précipita immédiatement en bas des marches. Elle avança avec précaution à travers la neige, ses bottes de fourrure attirant l’attention de Miranda. « Elles te maintiennent au chaud ? » demanda Miranda.

Andrea sourit. « Elles agissent comme des petits fourneaux pour mes pieds. Encore merci. Je les aime beaucoup. »

« Bien, » dit Miranda. « Maintenant, Nigel… »

« …Vient juste de rentrer du vignoble et il dit que tout ‘baigne’. Ce sont ses propres mots. Je viens de charger 200 fichiers jpeg depuis le serveur pour que vous puissiez les regarder quand vous voudrez. Peut-être après le dîner ? » Le regard d’Andrea était plein d’espoir. Elle avait essayé très dur de convaincre Miranda de limiter ses heures de travail pendant ses vacances. Jusqu’à présent, elle y était arrivée. Qui était Miranda pour interrompre cette habitude ?

« Bien, bien, » dit-elle avec un mouvement de la main. Elle recouvrit son nez froid avec un gant, respirant dedans pour le réchauffer. « Qu’en penses-tu ? »

« Il a raison. Elles sont très bonnes. Lucy et Marianne étaient des choix parfaits et ils ont eu un temps superbe. Ils ont photographié jusqu’au coucher du soleil. Vous allez les aimer. »

« Bien. Après la tempête dans le parc la semaine dernière, j’aimerais recevoir quelques bonnes nouvelles. »

« Ne vous inquiétez pas, Miranda. Cet article sera génial. »

Miranda grogna. « On verra, » dit-elle, mais elle faisait confiance à Andrea. Implicitement. Pour presque tout. En fait, elle ne pouvait imaginer qu’Andrea puisse lui cacher un seul secret, même si elle essayait. Cet adorable visage, si ouvert, était très expressif et Miranda s’était mise à apprécier la capacité d’interpréter ces pensées avant qu’Andrea ne les prononce à haute voix. Elle était devenue particulièrement bonne.

C’était surprenant comme cela pouvait être satisfaisant.

« Vous avez faim ? Soif ? » Andrea lui tendit une bouteille d’eau.

Miranda la prit et but. « Merci, » répondit-elle après en avoir vidé la moitié. « Quelques descentes de plus et je rentrerai. La neige est trop bonne pour passer l’occasion. Es-tu certaine de ne pas vouloir au moins essayer ? »

Andrea éclata de rire. « Absolument. Mon souvenir d’un poignet cassé est suffisant pour me garder hors des pistes encore un certain temps. Mais vous aviez l’air très bien là-bas. » Miranda la regarda avec curiosité. « Oh, je vous en prie ! Vous le savez bien. Je vous ai vu attaquer la dernière pente à toute allure. A quelle vitesse pensez-vous que vous alliez ? »

« Pas la moindre idée, » dit Miranda, resplendissante sous le compliment. « Je me sentais un peu rouillée. »

« Je ne vous crois pas. Qu’importe, amusez-vous bien ! Une fois m’a suffit même si c’était il y a dix ans. »

Miranda se moqua. « Tu n’as pas eu un bon professeur. Je pourrais t’enseigner les bases en moins d’une heure. »

« C’est bon, je n’ai jamais eu beaucoup de chance avec la neige. Je vais remonter et profiter de la chaleur des braseros et lire mon livre. Et bien sûr, passer quelques coups de fil de temps à autre. Il y avait un fond de taquinerie dans sa voix et Miranda aimait ça. Il y avait une certaine familiarité qui lui faisait chaud au cœur.

« Mmm, » fit Miranda. « Très bien. Va alors ! »

« OK. Salut. Et faites attention ! » Andrea se retourna et s’éloigna en agitant la main.

Mais moins de trois secondes plus tard, Andrea gisait, étalée dans la neige à quelques mètres, sous le corps d’un jeune homme et de son snow-board.

Miranda cligna des yeux et regarda fixement. « Andrea, » chuchota-t-elle. Un gémissement malheureux provint de l’empilement. « Andrea, » répéta Miranda, son cerveau réalisant enfin ce qu’il se passait.

Elle allait tuer ce garçon avec ses mains nues. Il roula de dessus Andrea dans la neige, et la regarda alors qu’elle était allongée sur le ventre. Il essaya de se lever, sa planche toujours fixée à ses pieds. Allait-il essayer de s’enfuir ? Salaud. Immédiatement, Miranda défit ses fixations et se précipita au côté d’Andrea. Avec un des ses bâtons de ski, elle repoussa le garçon dans la neige et dit. « Tu ne vas nulle part. »

Tombant à genou, Miranda se pencha en avant. « Tu es gravement blessée ? » Andrea avait eu le souffle coupé, c’était certain. « Peux-tu m’entendre ? »

Andrea toussa et essaya d’inspirer, sans succès. « Oh ! » dit-elle d’une voix rauque. « Hmm… Oooh ! » Des yeux bruns se tournèrent en direction de Miranda et de la façon dont ils restaient dans le vague, Miranda pensa qu’Andrea pouvait souffrir d’une commotion cérébrale. « Je crois que ça va. Aidez-moi jus… » Elle s’étrangla, poussa un petit cri et son teint tourna au vert. « Putain de merde ! » s’écria-t-elle de surprise.

Les yeux de Miranda s’écarquillèrent. Jamais avant n’avait-elle entendu un tel mot dans la bouche d’Andrea. Elle regarda la jambe d’Andrea et son estomac se serra par sympathie. « Un médecin ! » cria Miranda. « J’ai besoin d’un médecin ! » Elle repoussa une deuxième fois le garçon avec son bâton et gronda. « Ne bouge pas ! »

Le garçon se mit à trembler. Miranda se leva et courut vers le bâtiment central, maladroite avec ses chaussures de ski. Par chance, quelqu’un avait entendu son appel : un jeune homme avec une mallette de premier secours était déjà en train de descendre les marches. « Par ici ! » dit-elle, paniquée.

« Oh mon Dieu ! » dit l’homme en regardant Andrea. Il tira un talkie-walkie de sa ceinture. « J’ai besoin d’un snowmobile, d’urgence. Il y a une fracture juste devant le bâtiment central. »

Le talkie-walkie fit un bruit. « Bien reçu, » dit une voix désincarnée.

Le temps que Miranda s’agenouille à nouveau dans la neige, Andrea grelottait de froid. Des larmes coulaient au coin de ses yeux. « Oh ! » fit-elle d’un air pitoyable. Miranda voulait caresser ses cheveux, la réconforter.

Quand le toubib commença à parler d’une voix douce, disant à Andrea que tout irait bien, Miranda le crut. Du moins jusqu’au moment où Andrea tourna la tête, vomit, puis s’évanouit.

Deux heures plus tard, Andrea était prête à quitter la petite clinique et Miranda était épuisée.

Cela avait été effrayant sans parler de dégoûtant de réaliser à quel niveau on pouvait tomber si on se cassait un membre. Ils avaient détruit les nouvelles bottes d’Andrea, découpant l’une d’elles pour empêcher qu’elle se blesse davantage. Ses pantalons avaient été déchirés de la même façon et avaient été remplacés par des pantalons de flanelle qui la gardaient au chaud, mais qui étaient loin d’être à la mode. Andrea avait vomi une seconde fois en arrivant à la clinique, mais par chance pour toutes les deux, elle l’avait fait par terre plutôt que sur les genoux de Miranda.

Il n’y avait pas eu de sang, la fracture étant fermée, mais ce fut vraiment terrible quand ils remirent l’os en place. Elle avait tremblé au chevet d’Andrea, tenant sa main serrée. Malgré les analgésiques qu’ils lui avaient donnés ainsi qu’un anesthésique local, elle n’avait pas cessé de gémir de façon pitoyable.

Ce son brisait le cœur de Miranda.

Peu après, ils posèrent un plâtre sur la jambe d’Andrea (d’une couleur pourpre criarde) et l’avaient laissée se reposer. Le docteur avait coincé Miranda dans le couloir et avait donné d’un ton rapide une série d’instructions.

« La jambe doit être surélevée, » dit le Docteur Halprin. « Autant que possible. »

Miranda fit oui de la tête.

« Il ne faut pas mouiller le plâtre. Enveloppez le dans du plastique si elle doit prendre un bain et s’il est mouillé, utilisez un sèche-cheveux pour le sécher. »

Noté.

« Je vais vous donner des béquilles, mais les premiers jours, laissez-la se reposer autant que possible, OK ? Elle pourra bientôt avoir un plâtre de marche. Ce n’est pas aussi grave que ça aurait pu l’être… le péroné est intact et elle n’a pas besoin de broches. C’est un gros soulagement parce que sinon, il aurait fallu l’envoyer à l’hôpital dans la vallée et entre les embouteillages du week-end et la tempête qui approche… »

« La tempête ? » dit Miranda.

« Oui. Une grosse. J’espère que vous n’aviez pas prévu de bouger. Nous sommes réputés pour notre neige, mais si la météo ne se trompe pas, vous allez rester à l’intérieur pendant un certain temps.

Miranda n’avait pas prévu ça. Il était prévu qu’elles repartent à New-York le jour suivant, un lundi. Bien sûr, la blessure d’Andrea aurait sûrement empêché ça, bien qu’à la rigueur, elles auraient pu se débrouiller. Mais maintenant, de combien de temps leur séjour allait être prolongé.

« Êtes vous sûr ? »

« Jamais, mais prévoyez en conséquence ! Je vais vous faire une ordonnance pour un traitement à la codéine et le pharmacien vous donner tous les détails. Je crois que c’est tout. Repos, jambe surélevée, médicaments. Des questions ? »

Miranda n’avait jamais autant regretté l’absence d’Andrea à ses côtés qu’à ce moment précis. Elle aurait sûrement su ce qu’il fallait dire, les détails importants qu’il fallait connaître. « Ah, je… ne suis pas sûre. Je n’ai jamais eu affaire avec une telle situation. »

Le docteur la regarda d’un air compréhensif. « Ce ne sera pas trop mal. C’est une fille costaude. Voici ma carte. Si elle fait de la fièvre dans les deux jours qui viennent, appelez-moi ! Je ne prévois pas de complication, mais prenez-la pour le cas où. »

« Des complications ? » demanda Miranda d’une voix faible.

« Une infection, ce genre de chose. Ecoutez… faites en sorte qu’elle soit confortable et vous vous en tirerez toutes les deux. Parole de scout, » dit-il avec le sourire en levant deux doigts.

Miranda pensa qu’elle aurait aimé écraser ces deux doigts avec sa main. Cet homme ne semblait pas réaliser que l’une des personnes les plus importants de la vie de Miranda était blessée, et avait mal, et pouvait avoir à faire face à des complications. Ou pire.

Quand elle retourna dans la minuscule chambre, Andrea regarda Miranda avec quelque chose dans le regard proche de l’adoration. « Salut M’randa. Comment ça va ?

Miranda s’assit sur la petite chaise à côté du lit. « Très bien. As-tu mal ? »

Un sourire paresseux éclaira le visage d’Andrea. « Pas du tout. Je me sens très bien. Super bien, en fait. Me suis jamais sentie mieux. »

Alors les médicaments commençaient à agir. C’était une honte que ça ait pris tant de temps. « Bon. Nous allons… rester ici. Ils s’attendent à une grosse tempête de neige. »

Les yeux brillants d’Andrea s’écarquillèrent. « Vraiment ? Ça semble génial ! J’adore la neige. J’adore le chalet aussi. Ç’a été  drôlement amusant. Avec vous ici, je veux dire. Vous êtes si gentille quand on est loin du bureau. » Elle gloussa dans sa barbe et Miranda se demanda quel était l’effet précis des médicaments sur la jeune femme. « Ce n’est pas que vous ne soyez pas gentille au bureau et tout ça, mais là, c’est bien mieux. Et vous êtes vraiment jolie dans la neige. Comme si vous étiez vraiment à votre place ici plutôt qu’en ville. »

Les sourcils de Miranda se levèrent. Elle sentit un rougissement l’envahir en commençant par le cou. « Eh bien… merci. Nous devrions… »

« Ce sont vos cheveux. Ils sont si blancs, et avec votre combinaison de ski noire, vous semblez sortir d’un tableau de Tamara de Lempicka. Personne ne vous a jamais dit combien vous êtes jolie dans la neige ? »

Figée par les manifestations flagrantes d’affection d’Andrea, Miranda ne savait pas quoi dire. « Non. »

Andrea secoua la tête. « Les gens sont bêtes alors. Ils sont vraiment bêtes. Ils ne vous connaissent pas du tout. Mais moi, je vous connais. Parfois, j’ai l’impression que je vous connais mieux que je me connais moi-même. »

Quelque chose de dangereux se préparait au creux de l’estomac de Miranda : cela lui donnait chaud jusqu’à l’inconfort et la laissait à vif. « Oui, oui, Andrea. Chut ! Laisse-moi dire un mot au docteur et nous rentrerons à la maison. »

Rapidement, Miranda s’esquiva. Elle se tint dans l’étroit couloir et s’appuya contre le mur.

Quelque chose lui dit que les prochains jours allaient être très, très longs.

2ème Partie

Le bruit de la sirène de l’ambulance de la résidence était maintenant dans le lointain et Andrea était installée dans le luxueux canapé de la pièce principale. A l’étage, Miranda regardait, abasourdie, la chambre où Andrea avait passé les trois derniers jours. Il semblait qu’elle n’avait rien déballé : ses vêtements étaient parfaitement pliés dans sa valise, ses articles de toilette étaient déjà rangés dans sa trousse de toilette. Même les blocs et les documents provenant de Runway était arrangés méticuleusement, ce qui pouvait intéresser Miranda se trouvant sur le dessus.

Par ailleurs, le lit était fait et la salle de bain devait être plus propre qu’à leur arrivée. Elle secoua la tête. Pas étonnant qu’elle soit prête à tout sur le champ.

« Miranda , » appela Andrea du rez-de-chaussée.

« Oui ? »

« Que faite-vous ? »

Eh bien… au moins, elle articulait à nouveau  ses mots. « Je descends tes affaires. »

« Pourquoi ? »

Miranda fronça des sourcils. « N’est-ce pas évident ? » se dit-elle en grommelant. Les marches qui menaient à cette petite chambre étaient trop raides et Andrea ne sera pas en état de monter un escalier pendant un certain temps.

Cinq minutes plus tard, Miranda avait tout transporté dans la chambre à côté de la sienne. Elle était plus petite que celle du premier étage, mais le lit était confortable. Et la salle de bain n’était qu’à quelques pas. A ce moment, elle essayait de ne pas penser à la façon dont elles géreraient le problème de la salle de bain.

De retour dans la pièce principale, elle s’assit dans un fauteuil en face du canapé. « C’est fait, » dit-elle.

Andrea la regarda, les yeux encore un peu vagues. « Je vais rester dans cette chambre maintenant ? »

« Oui. »

« Je serai plus près de votre chambre. »

« Oui. »

« Ma jambe me fait mal. Et mon dos. »

Miranda le savait déjà. Il y avait des petites rides autour des yeux d’Andrea et sa bouche n’avait pas sa courbe habituelle. « Que puis-je faire pour toi ? »

Andrea pencha la tête sur le côté. « C’est ma réplique, » dit-elle avec un sourire patraque. « Je suis désolée, Miranda. »

« Désolée ? »

« Pour… tout ça, » dit-elle, agitant la main en montrant sa jambe.

« Tu te rends compte, bien sûr, que rien de tout ceci n’est de ta faute. » Miranda revit l’expression terrifiée de l’adolescent de 17 ans à la clinique et le visage furieux de ses parents quand ils eurent entendu le récit de son imprudence. Particulièrement quand sa mère reconnut Miranda. Elle en ressentit un léger frisson de satisfaction. Elle serait vraiment étonnée s’ils laissaient le garçon quitter la maison au cours des six prochains mois.

« Je crois. »

Miranda se demanda d’où pouvait venir l’air vaguement effrayé d’Andrea. Probablement un effet secondaire des médicaments. Elle était peut-être encore en état de choc. Ou peut-être avait-elle faim. « Qu’aimerais-tu manger pour le dîner ? »

L’air effrayé devint franchement paniqué et Andrea s’efforça de se redresser. « Je pourrais probablement … »

Miranda se pencha en avant. « Que fais-tu ? »

Andrea cligna des yeux. « Je vais préparer le dîner ? »

« Je ne suis pas totalement sans ressource, tu sais, » dit Miranda, un peu blessée. Andrea croyait-elle vraiment qu’elle l’obligerait à faire la cuisine après s’être cassé une jambe. « J’ai préparé des repas en mon temps. »

La panique sembla un peu diminuer. « Mmm… OK ? »

« Laisse-moi voir ce que nous avons, » dit Miranda. La pièce principale donnait sur une cuisine équipée avec du matériel en acier brossé et une superbe cuisinière au gaz. Quand elle ouvrit le réfrigérateur, ses yeux s’ouvrirent tout grand. « Tu pensais que nous allions rester combien de temps ? » demanda-t-elle.

« Juste le week-end. »

L’étage du haut était bourré de lait, de jus de fruit et de thé glacé ainsi que d’une douzaine de bouteilles de San Pellegrino. Le bac à légumes débordait de salades et de légumes. Et il y avait aussi des paquets de saumon et de poulet prêts à cuire. Repoussés au fond du deuxième étage se trouvaient des boîtes en plastique contenant des morceaux de dinde ainsi que des triangles de parmesan et de pecorino romano et était-ce du gorgonzola ? « Nous avons assez pour tenir deux semaines. »

« Je voulais être prête pour le cas où vous auriez reçu du monde ou demandé quelque chose de spécial. »

« Bien. Avec la neige qui arrive, nous ne mourrons pas de faim. » Elle fouilla un peu, étudiant les possibilités qui s’offraient à elle. « Si je faisais du saumon ? »

« OK, » répondit Andrea bien trop vite.

Miranda retira sa tête du frigo. « Quelque chose d’autre ? »

« C’est bien. Je sais que vous aimez le saumon. »

« Andrea, tu accomplis toutes sortes de taches pour moi tous les jours. Tu es blessée. Est-ce si difficile de me dire ce que tu veux pour une fois ? »

Andrea grimaça. « Désolée. C’est juste que… j’ai un peu mal à l’estomac… avec l’anesthésique. Est-ce que je pourrais avoir de la soupe ? J’ai rangé des boîtes de soupe Campbell dans un placard. Vous pouvez prendre autre chose. J’ai juste…peur d’être encore malade. »

Miranda plissa les lèvres. Elle aurait dû y penser d’elle-même. Bien sûr qu’Andrea ne se sentait pas bien. Et il était suffisamment humiliant de vomir une fois en public, sinon de le faire deux fois. « De la soupe. Oui. »

Quelques minutes plus tard, elle avait arrangé un plateau avec de la soupe, des crackers et de la San Pellegrino, en espérant que l’estomac d’Andrea le supporterait. Pour son propre repas, elle avait ajouté une salade. Cela faisait des dizaines d’années que Miranda avait mangé une soupe Campbell, mais à sa grande surprise, le goût n’avait pas changé. Elle posa le plateau sur la table basse à côté du canapé et Andrea se démena pour trouver une position confortable tout en gardant sa jambe surélevée.

Miranda regarda Andrea porter la cuillère à sa bouche, contente d’entendre un petit bourdonnement de satisfaction. « C’est bon. Ça me rappelle les jours où je n’allais pas à l’école à cause de la neige. » Elle regarda Miranda. « Merci. »

« Je t’en prie. »

« Je sais que ce n’est pas ce que vous mangez habituellement… »

Miranda l’interrompit. « J’ai envie de vivre de façon aventureuse. » Elle n’aurait pas choisi volontairement du bouillon de poule avec du riz pour repas, mais il y avait quelque chose de plaisant dans la simplicité de ce plat. Et dans le fait de regarder Andrea soupirer et se détendre alors qu’elle grignotait ses crackers.

« Il y en a encore, » dit Miranda quand le bol d’Andrea fut vide.

Des sourcils sombres se levèrent. « Je… Oui, s’il vous plaît. »

Miranda prit le bol avec un sourire.

« Il faut croire que j’avais plus faim que je ne le pensais. Mon estomac va mieux. »

« Et ta jambe ? »

« Ce… n’est pas terrible. Mais ça ne fait pas aussi mal qu’avant. »

« Tu devrais prendre quelque chose maintenant avant que la douleur revienne. Je vais prendre le flacon. »

« Etes-vous sûre ? Je pense que ça ira… »

« Je suis sûre, » dit Miranda, déjà hors de son siège et regardant dans son sac. C’était du paracétamol et de la codéine… du Doliprane avec un bonus. « Ça ne peut pas te faire de mal. Et je ne veux pas que tu souffres inutilement. » Elle fit tomber un comprimé et le tendit. Andrea l’avala. « Bois tout le verre ! » dit Miranda d’un ton ferme, se rappelant les instructions du pharmacien. Andrea obéit, les yeux fixés sur Miranda pendant tout le temps. « Je vais prendre ça, » dit-elle en emportant le verre vide et les assiettes dans la cuisine. Elle laissa la vaisselle sale dans l’évier et rapporta de l’eau fraîche à Andrea. « Tiens ! Tu ne dois pas te déshydrater. » Avec précaution, elle posa une deuxième portion de soupe sur le plateau. »

Andrea sourit d’un air penaud. « Oui Docteur. » Elle but de petites gorgées. « C’est bizarre. »

« Mmmm ? » fit Miranda en se laissant aller contre le dossier de son fauteuil.

« Vous, prenant soin de moi. »

Miranda réfléchit. Elle n’avait pris soin de personne en dehors de ses enfants depuis très longtemps. Et avec ses filles, elle avait toujours de l’aide. Bien sûr, elle prenait soin du magazine, mais elle avait de l’aide pour ça aussi. Beaucoup d’aide, de la part de plusieurs douzaines de personnes? Mais Andrea était celle qui rendait tout ça possible.

Miranda décida alors à ce moment précis que ce serait bien de lui rendre la pareille. Elle était parfaitement capable d’ « assister » une autre personne. Cela pourrait même être… amusant. Une expérience unique qui lui ferait du bien. Car elle avait de l’intérêt, pensa-t-elle. Elle avait même de l’affection pour Andrea avec ses yeux brillants et sa peau sans défaut, et des lèvres pleines à un point que Miranda se demandait parfois ce qu’elle avait fait pour y avoir droit.

Alors qu’Andrea finissait le reste de sa soupe, Miranda jeta un coup d’œil par la fenêtre dans la nuit et se demanda si la neige tombait fort.

Miranda était presque endormie quand elle entendit le cri.

Après quelques heures à observer Andrea en train de regarder la télévision avec des yeux brouillés par les médicaments, Miranda lui ordonna d’aller au lit. Elle la hissa debout, lui glissa une béquille sous son autre bras et l’aida avec précaution à se diriger vers la salle de bain. Par chance, Andrea n’était pas totalement immobilisée et Miranda put la laisser procéder seule à ses ablutions du soir. Mais Miranda l’aida à nouveau de la salle de bain jusqu’au lit et elle plaça plusieurs coussins sous le lourd plâtre. Alors qu’elle la regardait, Miranda se surprit à souhaiter pouvoir écarter ses cheveux du front d’Andrea et soulager ses souffrances. « Je suis juste à la porte d’à côté, » dit Miranda, se sentant bête de répéter ainsi ce qui était évident. « Si tu as besoin de quoique se soit. »

« Ça ira, Miranda. Vous avez déjà tant fait pour moi. Merci. Pour tout. »

« Alors, dors bien ! Et prends un comprimé si tu en as besoin. »

Andrea fit oui de la tête et essaya de sourire. « Bonne nuit. »

Miranda ne se sentait pas fatiguée et bien qu’une bouteille de pinot lui fit envie, elle résista à la tentation. Au lieu de ça, elle parcourut la galerie de photos qu’Andrea avait téléchargée plus tôt dans la journée. Elle avait raison, et Nigel également. Finalement, quelque chose s’était bien passé. Elle envoya un email à Nigel avec ses commentaires et répondit à une douzaine d’autres messages urgents avant de fermer l’ordinateur et d’aller se coucher.

Bien sûr, le sommeil se fit désirer. Elle regarda fixement le plafond et se repassa encore et encore les images de l’accident d’Andrea. Le souffle du passage du garçon alors qu’il la dépassait, l’étrange craquement que fit sa planche contre le corps d’Andrea. Mais plus que toute autre chose, elle entendait la voix d’Andrea, les gémissements insupportables qui lui faisaient dresser les cheveux sur la nuque.

Miranda se tourna et se retourna pendant une heure avant de renoncer et de retourner dans la pièce principale. La télévision n’était qu’un piètre réconfort pour elle ordinairement, mais elle avait besoin d’une distraction et c’était l’une des rares à sa disposition. Elle passa de chaîne en chaîne, s’arrêtant sur le programme le plus ennuyeux qu’elle puisse trouver sans que ce soit un infomercial : Du football européen. Ses enfants auraient maudit son nom pour dire que le football était ennuyeux, mais elles n’étaient pas là et par chance, regarder le ballon aller et venir sur le gazon l’aiderait à s’endormir.

Et ça marcha. Jusqu’à ce cri provenant de la chambre d’Andrea et Miranda se releva en sursaut. Elle courut jusqu’à la chambre et alluma la lumière. Le visage d’Andrea était mouillé de larmes et elle marmonnait quelque chose. « Andrea, » dit Miranda. « Réveille-toi ! Tout va bien. »

« Ça ne va pas bien, » dit Andrea, la voix rauque de sommeil. « Je n’en ai pas assez. »

Miranda fronça les sourcils. « Pas assez de quoi ? »

« Des bonbons. Elle voulait tous ceux à la pastèque que je puisse trouver. Il n’y en a pas assez. Elle va se mettre en colère ! »

Miranda sentit son visage rougir de façon désagréable. « Qui ? »

« Miranda ! » gémit Andrea. « Elle a besoin de tous ces bonbons ! Et si je ne les ai pas tous, elle va me virer comme elle l’a fait pour Emily ! »

C’est bizarre, pensa Miranda. Emily avait quitté le bureau de Miranda de sa propre volonté trois mois après Paris avec une recommandation enthousiaste en poche et des entretiens d’embauche chez Sephora, Lancôme et Chanel. Finalement, elle avait choisi Chanel et de ce que Miranda avait entendu, elle travaillait activement vers la position de styliste au sein de la division Produits de beauté. « Emily n’a pas été licenciée, Andrea. »

« Si… Quand elle s’est cassé la jambe ! Elle n’a pas pu aller à Paris et Miranda a commencé à l’ignorer. Je ne pourrais pas le supporter ! » Andrea siffla et tendit la main vers son plâtre. « Oh mon Dieu ! Ça fait mal, ça fait mal ! »

C’était assez. Elle ne sentit que légèrement coupable de ne pas faire plus pour réveiller Andrea, mais les informations qu’elle recueillait en valaient la peine. « Andrea ! » aboya Miranda, ayant confiance que le son de sa voix forcerait son réveil.

« Quoi ? » dit Andrea, ses yeux s’ouvrant soudain.

« Tu es réveillée, » dit Miranda.

« Euh ? » fit Andrea, le souffle court et le visage écarlate.

Elle est belle, même comme ça. Comment est-ce possible ? « Tu faisais un cauchemar. Et tu avais mal. Je veux que tu prennes un de tes comprimés. »

« Oh ! » fit Andrea en se laissant retomber contre son oreiller. « Désolée. »

Miranda roula des yeux. « Arrête de t’excuser ! Maintenant, assieds-toi et prends ça ! Je vais te chercher quelques crackers. »

« Non, ça va, » dit Andrea en s’efforçant de se redresser. « je n’ai pas besoin de… »

Mais Miranda n’écouta pas le reste. Elle était déjà dans la cuisine en train de luter avec une boîte de crackers.

« Tiens ! » dit-elle quand elle revint en présentant une assiette à Andrea. « Mange ! Je n’accepterai pas un refus. »

« OK. Dés… » Miranda leva un sourcil et Andrea pâlit. « Je veux dire…OK. OK. Merci. »

« Maintenant, » dit Miranda, s’asseyant au bord du lit. « Quelle est cette histoire que tu as peur de perdre ton job parce que ta jambe est cassée ? »

Andrea se figea en pleine mastication. « Mmm, » fit-elle, la bouche refermée.

« Je n’ai pas la moindre intention de te laisser partir, » dit Miranda. Quand les yeux d’Andrea s’écarquillèrent, Miranda réalisa ce qu’elle venait de dire, mais elle ne le regretta pas. « Je veux être très claire. Quand nous reviendrons à New York, tu t’arrêteras quelques jours et tu reviendras quand tu pourras te déplacer avec des béquilles. Bien sûr, une jambe cassée ne t’empêchera pas de taper du courrier et de répondre au téléphone et je veux croire que tu travailleras à distance. C’est bien pour ça que Dieu a créé les ordinateurs et les téléphones portables. » Le regard de Miranda s’adoucit devant l’air soulagé d’Andrea. « Ton importance à Runway n’est pas uniquement liée à ta capacité à ramener une commande de chez Starbucks en moins de dix minutes, Andrea. Ton cerveau est ton principal atout et je ne crois pas qu’il ait été endommagé cet après-midi. Bien que je puisse m’interroger maintenant sur ta santé mentale pour penser que je te licencierais parce que tu as été accidentée par un adolescent imprudent. »

Andrea sourit timidement à Miranda. Elle haussa des épaules. « Je n’y peux rien. J’aime travailler pour vous, » dit-elle doucement. « J’étais nerveuse. »

Miranda agita la main. « Tu peux t’arrêter là et te concentrer sur ta santé. Et rester de bonne humeur. Je sais qu’il n’est pas facile de rester à mes côtés, mais tu n’as pas de raison d’avoir peur de moi, pour l’amour du ciel. »

Avec un froncement de sourcil ombrageux, Andrea répondit d’un ton agressif. « Je n’ai pas peur de vous. J’ai dit que j’étais juste nerveuse. »

Là, c’est mieux. Miranda sourit. « Contente de l’entendre. Maintenant, finis tes crackers et retourne dormir ! »

Andrea fourra un cracker dans sa bouche et mâcha bruyamment. Quand Miranda grimaça, Andrea sourit, les lèvres couvertes de miettes.

3ème Partie

Au matin, Miranda se réveilla avec l’odeur du bacon. Elle regarda le plafond qui lui devenait familier. « Je vous jure ! J’espère vraiment qu’il y a un cambrioleur dans cette maison. »

Il n’y en avait pas. Miranda enfila son peignoir gris, puis trouva Andrea dans la cuisine en train de préparer le petit-déjeuner. « Tu n’es pas sérieuse. »

« Si. Nous aurons du bacon, » dit Andra. « Ou en tout cas, j’en aurai. »

Miranda pensa qu’elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même. Elle avait demandé à Andrea de retrouver sa bonne humeur et ça semblait le cas. « je crois t’avoir dit que je faisais la cuisine le temps que tu te rétablisses. »

« Je m’ennuyais. J’ai dormi très longtemps et vous étiez fatiguée alors j’ai voulu essayer. Ça peut aller si je reste au même endroit, vraiment. »

« Tu es ridicule. Pousse-toi ! Je vais finir. »

« D’accord, mais ne brûlez pas le bacon ! Je n’en ai pas mangé depuis deux ans et j’en meurs d’envie. »

« Quelle idée aussi d’en acheter ! »

« Un secret espoir. Et je suis contente de m’y être tenue car il se peut que nous restions là quelques temps. »

Miranda remua doucement les œufs. « Oh ? »

« Nous avons eu beaucoup de neige. Peut-être 60 centimètres. »

« Mmm… Au moins, nous avons toujours l’électricité. » Elle jeta un coup d’œil  par-dessus son épaule à  Andrea qui traînait à proximité. « Va te rendre utile et vérifiez mes courriels. »

« Mmm, » fit Andrea en regardant le bacon avec envie. « Bien sûr. » Elle plaça les béquilles sous ses bras et elle traça son chemin d’un pas lourd jusqu’à l’autre pièce. Miranda soupira de soulagement et retourna les œufs une nouvelle fois.

Quelques minutes plus tard, Miranda servit à table la nourriture à Andrea ainsi que le café et le jus de fruit. Un sourire timide constitua un remerciement suffisant, mais les grognements de plaisir furent un bonus apprécié. Miranda se laissa tenter par un morceau de bacon. Elle fut obligée de reconnaître que c’était délicieux. Elle arriva même à ignorer le sourire espiègle d’Andrea quand elle chipa un second morceau. « Je ne veux rien entendre, » marmonna-t-elle.

« Je n’ai rien dit, » répondit Andrea tout en mordant délicatement dans une tranche de pain grillé.

Après avoir laissé les assiettes (qui commençaient à s’accumuler) dans l’évier, elle s’installa devant son ordinateur portable et regarda Andrea ouvrir le sien. « Tout fonctionne bien dans ta tête ? Pas d’effet secondaire après ta chute ? » demanda Miranda par-dessus ses lunettes.

« Non, je suis prête. Je dois confirmer les réservations pour la semaine prochaine et Santos attend de nos nouvelles à propos… »

« Oui, oui. Bien, » dit Miranda tout en commençant à regarder ses mails sur Outlook.

Elles travaillèrent jusque dans l’après-midi, échangeant quelques mots quand c’était nécessaire. Miranda avait souvent été frappée par le mode abrégé de communication qu’elles avaient développé sans faire attention, mais aujourd’hui, en l’absence de toute autre distraction, c’était évident.

Elle ignora la sensation de chaleur qui tournoyait dans sa poitrine quand elle y pensait. Elle faisait également attention à ce qu’Andrea ne la surprenne pas en train de regarder, ce qu’elle faisait de temps en temps.

Peu après leur conférence téléphonique en fin d’après-midi avec Nigel et le département artistique, Andrea soupira. Miranda savait qu’il y avait quelque chose derrière ce soupir. Elle ôta ses lunettes. « Qu’y a-t-il ? »

Andrea mordilla sa lèvre. « Je suis désolée pour tout ça… D’être coincées ici, de manquer une centaine de réunions, d’avoir à reprogrammer tous ces rendez-vous. Nous serions déjà à New York s’il n’y avait pas eu mon accident. »

Miranda fronça des sourcils. « Peux-tu changer la météo ? Si oui, tu as encore plus de talent que je ne le pensais. Parce que la dernière fois que j’ai regardé, il y avait toujours 60 centimètres de neige empilés dehors et ils commenceront à dégager la neige au mieux à partir de demain. »

Andrea roula des yeux. « Eh bien, j’aurais entendu dire que la tempête arrivait si je n’avais pas été à l’hôpital et peut-être que nous aurions trouvé un moyen… »

« Mon Dieu, Andrea, tu ne peux pas contrôler l’univers. » Elle remit ses lunettes en place et regarda son écran. « Tu me laisses m’en occuper. » Miranda fut satisfaite d’entendre un petit grognement amusé. « De plus, nous sommes bien pourvues pour survivre aux éléments. A manger, un toit, l’électricité, une connexion sans fil… »

« Euh… » interrompit Andrea. « Je crains que nous ayons perdu quelque chose. »

Miranda la regarda longuement avant de retourner vers son écran. Elle relança Firefox vainement tandis qu’Andrea allumait la télévision et trouvait un écran plein de neige comme il se devait. »

Miranda soupira. « Les joies du monde moderne. Ça m’étonne. »

« Désolée. J’ai apporté une carte réseau si vous voulez vous reconnecter… »

« Pas besoin, » dit Miranda. « J’attends bientôt un appel de Gaudi. Sinon, ce sera tout pour aujourd’hui. »

« OK. » Andrea balança sa jambe hors du canapé.

« Où vas-tu ? »

« Chercher la carte réseau. »

« N’as-tu pas compris les mots ‘ce sera tout pour aujourd’hui » ? »

« Mais j’ai encore au moins trois mails que je dois à Delphine… »

« Delphine est assez compétente pour s’occuper du bureau seule pendant deux heures. Elle est sûrement en train de se faire les ongles. »

« Elle fait du bon travail ! » riposta Andrea, un fond de dureté dans la voix.

Miranda leva un sourcil. « Tu devrais le savoir. Tu l’as formée. » Miranda jeta un regard menaçant à son téléphone pour l’obliger à sonner. « Elle a été… un ajout raisonnable à notre équipe. » Même du coin de l’œil, à ces mots, elle put voir l’éclat d’un sourire d’un millier de watts.

« Vous le pensez vraiment ? » Au regard sans équivoque de Miranda, Andrea éclata de rire. « D’accord. Vous l’avez dit. Je… je suis contente que vous l’aimiez bien. Je voulais que vous l’aimiez bien. »

Miranda entendit tout ce qu’Andrea ne dit pas tout haut. Je voulais que vous soyez fière de moi. « Je n’utiliserais pas un mot aussi fort que « bien aimer », répondit Miranda d’un ton malicieux. « Elle n’est pas toi, après tout. »

Quand Miranda releva les yeux, l’expression d’Andrea était satisfaite et pensive. « Je pense que c’est la chose la plus gentille que vous m’ayez jamais dite. »

« Eh bien… » fut tout ce que put dire Miranda avant que son téléphone sonne. Ce qui était vraiment un soulagement parce que, sans aucun doute, elle aurait sûrement dit quelque chose qui aurait gâché le moment.

Quatre heures plus tard, Miranda était un peu saoule et avait découvert quelque chose de nouveau la concernant : elle aimait jouer aux cartes.

Oubliez ça ! Elle aimait gagner aux cartes.

De son côté, Andrea semblait adorer jouer quelle que soit l’issue du jeu. Elle riait quand elle gagnait, mais elle riait encore plus quand elle perdait. Cela empêchait Miranda de se sentir coupable d’écraser son assistante au gin. Ou au rami. Ou au poker que ce soit le Stud à sept cartes, le Texas Hold’em ou le poker fermé à cinq cartes. Apparemment, Andrea avait passé au moins un quart de sa vie estudiantine à jouer aux cartes et il y avait donc toutes sortes de jeux qu’il leur restait à explorer. Andrea insista que son jeu préféré était le Kilo de Merde, mais apparemment, on ne pouvait pas y jouer à deux. Miranda se demanda s’il y avait des gens parmi ses connaissances devant qui elle était prête à se ridiculiser pour faire une partie de Kilo de Merde avec Andrea.

Peut-être Nigel. Si elle le faisait suffisamment boire avant.

Pour le dîner,  elles mangèrent un steak que Miranda avait fait griller et la jambe d’Andrea allait assez bien pour qu’elle se passe d’analgésique au profit du Pinot dont Miranda avait eu très envie la veille au soir. Cela avait valu la peine d’attendre. Il était charnu et chaud sur la langue de Miranda dès la première gorgée. Andrea en apprécia le goût également et elles vinrent à bout de la bouteille peu après la fin du repas pendant la quatrième manche de poker. Quand Miranda versa les dernières goûtes de vin à Andrea, elle eut l’air dévasté. ‘Tu l’as fini ! »

Miranda secoua la tête. « Je suis bien. Plus que bien en fait. » Cela faisait des mois qu’elle ne s’était pas laissée aller ainsi, préférant garder tous ses moyens. Cependant, cette soirée semblait exigée un peu de frivolité.

Andrea haussa des épaules. « Moi aussi, je suis bien. » Elle but un peu. « C’est amusant. »

Miranda lécha ses lèvres et ramassa ses cartes. Cela allait devenir encore plus amusant. Elle avait ce qu’Andrea appelait un trips (NDT : au Texas hold’em, une carte du joueur qui permet de faire une main avec deux cartes du flop…. Allez voir Wikipedia si vous voulez en savoir plus !!) Des as. Pendant toutes ces années, Las Vegas avait semblé une gigantesque perte de temps. Si elle avait su, elle aurait sûrement claqué la moitié de sa fortune autour des tables de jeu.

Trois manches et trois victoires plus tard, Miranda bailla. Ses paupières tombaient et elle sentait une douce léthargie l’envahir. Elle dormirait bien cette nuit. « Je crois que j’en ai assez. »

« Oh Dieu merci ! J’avais peur d’avoir créé un monstre, » dit Andrea sur un ton sarcastique. Elle avait l’air épuisée et également reconnaissante.

« Mais c’est le cas ! Je veux conserver mes grosses victoires pour demain. »

Des yeux bruns roulèrent alors que Miranda plissait des lèvres pour cacher son sourire.

« As-tu besoin d’aide pour.. quelque chose ? » demanda Miranda.

« Pour ce soir, ça va, mais demain, il faut absolument que je prenne une douche. Je ne pourrais pas maintenant, mais merci. » Un peu de rose prit place sur ses joues pâles.

« Demain alors. » Miranda repoussa les pensées plutôt lascives qui lui traversèrent l’esprit à l’idée d’aider Andrea à entrer et sortir d’une baignoire. Mais après une soirée comme celle qui venait de s’écouler, il était difficile de nier qu’elle avait des sentiments bien plus forts pour sa sérieuse et très compétente assistante que ce qu’elle pouvait se permettre dans le carde du travail.

S’il devait se passer quelque chose (non qu’il doive se passer quelque chose bien sûr), elle abuserait d’Andrea. Adorable Andrea qui donnait et donnait jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus, mais qui arrivait encore à tirer tous les jours des lapins de son chapeau. Andrea, dont les yeux brillaient comme de l’ambre sans prix dans la lumière tamisée.

Tu te ramollis sur tes vieux jours, pensa Miranda alors qu’elle portait la vaisselle et l’ajoutait à nouveau à la pile dans l’évier. Elle allait vraiment devoir s’en occuper au matin.

Le sommeil l’emporta rapidement et elle se mit à rêver de la peau douce d’Andrea et de ses joues veloutées. Elle rêva qu’elle l’embrassait, principalement, et elle trouvait le réconfort et l’affection qui faisaient tant défaut à sa vie. Mais bientôt, les baisers d’Andrea devinrent frais, puis franchement froids. Quand les lèvres gelées d’Andrea touchèrent son oreille, Miranda tendit la main pour la repousser et cela la réveilla.

La chambre était glaciale. Sous les couvertures, elle avait encore chaud, mais son nez coulait comme cela lui arrivait quand elle skiait. Ses oreilles étaient effectivement froides. Apparemment, la chance les avait abandonnées. Au moins, la chambre était bien pourvue en bois de chauffage. Andrea avait laissé des allumettes et des bougies près du lit quand elles étaient arrivées, rappelant à Miranda qu’elle avait grandi à Cincinnati qui avait son lot de neige en hiver. Miranda s’était alors moqué, mais elle était prête à reconnaître son erreur alors qu’elle allumait une allumette, puis se réchauffait une main près de la flamme de la bougie.

Prenons les chaudes dans l’ordre ! Récupérer Andrea. Secundo : Faire un feu d’enfer. Tertio et quarto : retourner au lit et essayer de ne pas embrasser Andrea accidentellement pendant son sommeil.

Elle laissa une bougie sur la table de nuit et en prit une autre jusque dans la chambre d’Andrea. Doucement, elle s’avança vers le lit pour finalement retrouver Andrea en train de la regarder, les yeux grand ouverts et anxieux. « Eh ! » fit-elle d’une voix tremblante.

« Viens avec moi ! » dit Miranda en repoussant les couvertures. « Tu vas dormir dans ma chambre. Je vais faire un feu. »

« Non, » dit Andrea en frissonnant. « Je suis bien ici. J’ai juste besoin de… »

« Ne m’oblige pas à te traîner, je suis trop vieille, » dit Miranda d’un ton ferme, récupérant les béquilles placées sur le côté du lit. « Lève-toi ! »

A ces mots, Andrea se laissa fléchir : on pouvait l’entendre trembler. « Merde, il fait froid ! »

« Depuis combien de temps es-tu réveillée ? » demanda Miranda. Elle rassembla quelques oreillers pour la jambe d’Andrea ainsi que le deuxième édredon. Elle n’avait pas la moindre idée de l’heure, mais la température allait sûrement continuer de chuter pendant la nuit.

« Oh, pas longtemps, » répondit Andrea.

Miranda ne l’a crut pas. Andrea n’aurait frappé à sa porte sous aucun prétexte pour demander à partager son lit. Même si Miranda le regrettait, il y avait toujours entre elles une barrière dressée par leur professionnalisme. Et il y avait de fortes chances pour que cela ne change pas, à moins que Miranda trébuche. Ou Andrea.

Ça serait bien.

Quand elle se retourna et qu’elle vit Andrea qui l’attendait à la porte, Miranda trembla et pas seulement de froid. Elle devait toujours être ivre si elle pensait à trébucher… dans quelque chose avec son assistante.

Et maintenant, elles allaient se retrouver côte à côte, dans un petit espace, blotties l’une contre l’autre pour rester au chaud.

Miranda cligna des yeux et reprit la bougie tout en écartant ses cheveux de son visage. « Très bien. »

Une fois sous les couvertures, Andrea grogna alors qu’elle cherchait à bien s’installer sur le matelas, glissant sur le côté que Miranda n’avait pas occupé. Miranda vérifia le conduit de la cheminée, puis tordit des feuilles de papier journal avant de placer le bois dans la position que son père avait préférée. Elle alluma le papier et fit partir la flamme qui se transforma en un superbe feu au bout de quelques minutes.

« Wow ! » fit Andrea. « Vous êtes drôlement bonne ! »

Miranda regarda l’éclat du feu, savourant pleinement la chaleur qu’il projetait. « Mon père était un expert. Il m’a appris. » Miranda se rappela avoir attendu son approbation sur ses propres feux quand elle était jeune. Mais elle ne put se souvenir que de ses réprimandes quand le feu partait trop fort, mais s’éteignait avant qu’il ait pris. « Il est en train de prendre. »

« Peut-être que je devrais me rapprocher. »

« Non, j’ai fini, » dit Miranda. « Tu auras plein d’occasions de t’asseoir près du feu demain si le courant ne revient pas. Je pense que nous avons assez de denrées non périssables dans la maison pour que nous puissions nous passer du réfrigérateur sans mourir de faim ? »

« Oh oui ! » répondit Andrea. « Mais le frigo devrait être utilisable si on le garde bien fermé. Non ? »

« Peut-être. Qu’importe ! » Miranda se releva et transporta sa bougie dans la sale de bain pour se laver avant de retourner vers son lit en partie occupé. Elle éteignit les bougies et s’assura qu’elle avait laissé les allumettes à côté, pour le cas où elle en aurait besoin. « Quelle heure peut-il être ? »

« J’ai vérifié mon téléphone. Il est presque trois heures. »

« Mets le réveil pour cinq heures ! »

Andrea sembla choquée, éclairée par l’étrange lueur dans la pièce. « Pourquoi ? »

« Pour que je puisse entretenir le feu, bien sûr. Nous ne voudrions pas que tu gèle toute la nuit. N’est-ce pas ? »

Les yeux d’Andrea étaient tout écarquillés alors qu’elle regardait depuis une pile d’oreillers, la tête emmitouflée dans une couverture. « Oh ! Bien sûr. » Elle se pencha et tripota son téléphone portable pendant quelques instants avant de le reposer. « C’est fait. »

« Es-tu bien installée ? » demanda Miranda doucement, souhaitant pouvoir tendre la main et toucher, réchauffer ce corps froid avec le sien.

« Ça va mieux. Le feu fait du bien? Et votre lit est bien plus chaud. »

« Bien. Réveille-moi si tu as besoin de quoique ce soit. » Miranda ferma les yeux et répéta. « Quoique ce soit. Est-ce clair ? »

« Oui Miranda, » répondit Andrea, un sourire dans la voix. Peu après, quelque chose bougea contre ses cheveux. Quelque chose en forme de main. « Miranda ? » demanda Andrea.

« Déjà besoin de quelque chose ? » dit Miranda d’un ton léger pour écarter la tension qui nouait son ventre.

« Merci, » dit doucement Andrea. « Je suis sincère. Merci. »

Miranda eut du mal à ne pas refermer les yeux sous les sensations que causait le contact délicat de la main d’Andrea. « Je t’en prie, » répondit-elle d’une voix bien plus basse que ce qu’elle aurait aimé.

Andrea tapota ses cheveux une dernière fois avant de ramener son bras sous les couvertures en tremblant brièvement. « Brrr… »

« Dors bien ! » réussit à dire Miranda en observant Andrea qui regardait le plafond.

« Vous aussi, » murmura Andrea.

4ème Partie

Après ce qui ne sembla n’être que trois minutes, Miranda s’extirpa d’un rêve dans lequel elle tenait gentiment Andrea par la taille et passait son visage dans ses cheveux. Elle soupira de satisfaction jusqu’au moment où elle comprit que ce n’était pas qu’un rêve. Miranda avait roulé dans le lit comme elle avait pensé qu’elle pourrait le faire. Au moins, elle pourrait dire que c’était dû à l’attraction inconsciente d’un autre corps pour se réchauffer.

Miranda envisagea de se lever pour raviver le feu, mais bien vite reconnut le poids de la main d’Andrea qui recouvrait la sienne. Elle fit un petit mouvement.. Andrea prit une profonde inspiration et tourna la tête. « Mmm, » elle expira. « Miranda. »

« Oui ? »

« Je ne veux pas de tarte à la citrouille, » marmonna-t-elle. « Aux pommes, s’il vous plaît. »

Miranda se tint très, très immobile, mais il était incroyablement difficile de ne pas rire. « Pas aux noix de Pécan ? » murmura-t-elle.

« P’tet demain. Les noix de Pécan, ça va. »

« Très bien. Demain. »

« Elle vit, dans la faible lumière, la courbe du sourire d’Andrea et entendit un petit bruit de contentement.

Elle s’occuperait du feu plus tard.

Peu après, la sonnerie du téléphone les réveilla toutes les deux. Miranda tenait toujours Andrea qui avait un air légèrement coupable du fait de leur proximité. Il faisait froid et Miranda appréhendait l’idée de quitter  son havre de chaleur sous les couvertures. « Je reviens, » dit-elle.

« OK. »

Rapidement, Miranda ajouta du bois dans la cheminée avec un peu plus de papier journal. Le feu prit rapidement et après un détour par la salle de bain, elle retourna en vitesse dans le lit.

« Mmm… » fit Andrea.

« Ne soit pas pingre ! Tu as chaud et je gèle, » dit Miranda d’un ton ferme, en réoccupant sa place.

Andrea gloussa. « Ce n’est pas un problème. Oooh ! » cria-t-elle. « Vous ne vous êtes absentée que cinq minutes et vos pieds sont deux blocs de glace ! »

« Tu as de la chance d’avoir la jambe cassée sinon ce sont tes pieds qui seraient les blocs de glace.

« Mmm… je sais. Cela m’énerve de me faire servir par vous. Étrange comme les choses peuvent changer. » Miranda sentit un contact hésitant au-dessus de sa main et elle rougit de tout son corps. Des doigts tracèrent une veine, firent un cercle autour d’une phalange. « En fait, je n’aime pas vraiment ça. »

Miranda dut presque se secouer pour retrouver ses esprits, savourant le contact de la peau douce contre la sienne. « Quoi ? »

« Vous faites tout pour moi. J’ai horreur de me sentir aussi… désemparée. »

« Tu es loin d’être désemparée, Andrea. Et puisque ta fonction actuelle est de me servir de bouillotte personnelle, je peux dire que tu fais un excellent travail.

Un autre gloussement sonna comme une musique aux oreilles de Miranda. « Contente d’être utile à quelque chose. » Andrea bailla et Miranda entendit sa mâchoire craquer. « Dieu ! Que je suis fatiguée ! »

« Je n’ai pas l’intention de me lever. Retourne dormir ! »

« C’est ce que je vais faire. Vous êtes confortable ? »

Plus que tu peux t’en douter. « Mmmm. »

La main d’Andrea se fixa plus fermement sur le poignet de Miranda. « OK. Bon’Nuit. »

Des doigts s’agitaient sur le ventre de Miranda et elle ouvrit les yeux. Le jour s’était levé et le soleil qui se reflétait sur la neige illuminait la chambre d’une pâle lueur. Un gémissement attira l’attention de Miranda ainsi que le petit coup provenant d’une paire de hanche derrière les siennes. « Oh ! » fit Andrea, respirant contre l’oreille de Miranda.

Les yeux de Miranda se fermèrent alors qu’une main glissait sous la ceinture de son pyjama de soie. Elle voulait grogner. Elle allait grogner d’un moment à l’autre. Son cœur se mit à battre la chamade et malgré le froid, ses tempes se couvrirent de sueur. C’était si excitant. Elle mordit sa lèvre.

Andrea s’agrippa à elle, haletante jusqu’à ce qu’elle émette un petit cri perçant et se fige. La main disparut ainsi que la chaleur du corps qui s’était pressé contre elle de façon si sensuelle.

Andrea s’était réveillée. Miranda retint sa respiration. Elle ne bougea pas et essaya de respirer comme si elle dormait encore. Mais son esprit était pris dans un tourbillon de désir. Elle palpitait entre les jambes. C’est comme si elle pouvait encore sentir la main d’Andrea sur sa chair. Si seulement elle savait  de qui elle rêvait…

Le lit remua légèrement avec le départ d’Andrea. Miranda ferma les yeux et écouta le bruit assourdi des béquilles sur la moquette jusqu’à ce qu’Andrea disparaisse derrière la porte de la salle de bain.

Miranda roula sur le dos et regarda le plafond. Elle était mouillée entre ses jambes… ce court moment d’intimité avait été suffisant. Tentée de se toucher, Miranda jugea que les évènements devenaient incontrôlables. Et c’était de se faute. A l’exception de ce petit interlude, Andrea n’avait rien fait pour encourager les sentiments de Miranda. Rien bien sûr, sauf être elle-même. Adorable, si adorable.

Ces derniers jours n’avaient rien changé pour Miranda sauf qu’elle comprenait maintenant la futilité de se mentir à elle-même. Elle avait de l’affection pour Andrea. Elle était attirée par elle.

Autant faire face à la vérité : elle était amoureuse.

C’était sans aucun doute une forme d’amour différente de ce qu’elle avait déjà connue. Comme beaucoup de monde, elle tombait amoureuse d’une façade que le temps attaquait progressivement pour révéler le véritable individu en dessous. Comme beaucoup de monde, son amour disparaissait  quand la façade s’écroulait. Avec Stephen, ça avait pris deux ans.

Ce qui était quasiment la période depuis qu’elle connaissait Andrea, seulement avec l’effet contraire.

Ce n’était pas étonnant, pensa Miranda. Il semblait que le Dieu dont elle s’était longtemps éloignée lui faisait une bonne blague. Mais elle se sentait également bénie par ce même Dieu. Il y avait des jours où elle regardait vers le bureau d’Andrea et quand leurs regards se croisaient, la discussion silencieuse qui avait lieu était tout ce qu’elle pouvait vouloir.

Bien sûr, elle pourrait finir avec rien du tout. Était-elle prête à prendre ce risque ?

Peut-être. Peut-être était-il temps.

Le petit-déjeuner fut tout simple et composé de fruits et d’œufs brouillés cuits sur le brûleur à gaz de la cuisinière. Andrea déterra même d’un placard une cafetière et elles purent partager entre elles un pot de café. Avec leurs ordinateurs portables sur batteries et une carte réseau sans fil, elles purent abattre quelques heures de travail. Quand la batterie de l’ordinateur de Miranda fut presque vide, ses doigts étaient gelés et le feu était presque éteint. Tout reposait entre les mains capables de Nigel et Miranda était particulièrement calme à ce propos. Dans le chalet, sous la neige, le magazine semblait si loin. Elle ne ressentait pas l’angoisse à laquelle elle s’était attendue à l’idée de ne pas rentrer comme prévu

De leur côté, les jumelles faisaient la loi à la maison et en profitaient au maximum. Diana avait conservé une voix agréable quand elles avaient parlé, mais Miranda y avait entendu l’épuisement. Au moins, les filles étaient maintenant en classe et Diana pouvait enfin faire une pause. Miranda lui promit des jours de congé et une prime, ce qui sembla lui remonter le moral. Elle s’occupait très bien des filles et Miranda ne pouvait qu’en remercier Andrea. La précédente gouvernante des filles avait démissionné sans préavis l’année dernière après avoir été harcelée par les journalistes pendant le divorce. Andrea avait pris l’initiative d’interviewer plusieurs candidates dans les deux jours qui avaient suivi et avait présenté à Miranda trois choix possibles, tous excellents, avant qu’elle ait eu le temps de reprendre son souffle.

Elle regarda Andrea qui tapait à toute allure avec un petit froncement des sourcils. Ses cheveux semblaient un peu ternes maintenant qu’elle y pensait. Miranda avait la solution à ce problème. Mais avec cette jambe, il y aurait quelques manœuvres à effectuer. « Cette maison a-t-elle un chauffe-eau à gaz ? »

La tête d’Andrea se releva. « Mmm…, oui ? »

« Excellent ! »

Miranda se leva et quitta la pièce, étudiant divers sièges dans la maison jusqu’à ce qu’elle trouve un qui convenait à son projet. Un siège en plastique avec quelques trous serait parfait. Maintenant, il lui restait à convaincre Andrea d’aller sous la douche avec elle et tout irait à merveille.

Andrea était toujours en train de taper quand Miranda annonça, « Nous allons laver tes cheveux. » Elle tenait un sac-poubelle dans la main. « La baignoire est trop grande pour toi et ton plâtre… tu glisserais trop et on ne peut pas prendre ce risque. Enfile ton peignoir et nous allons nous y mettre. »

Des yeux bruns regardèrent fixement Miranda, incrédules. « Pardon ? »

« Enfile ton peignoir ! » dit Miranda très lentement. « Nous allons laver tes cheveux. »

« Mmm… je ne crois pas avoir besoin d’aide… »

« Je ne peux pas te remmener à l’hôpital si tu te casses l’autre jambe alors que tu sautilleras sous la douche sur un pied. Si je te rends si inconfortable… »

« Non ! » cria presque Andrea. « Je veux dire…non. Mais ça semble beaucoup de travail pour pas grand chose. »

« Je te dois bien ça. Je n’ai pas à m’inquiéter pour les filles puisque Diana s’en occupe et c’est grâce à toi. De plus, l’eau nous réchauffera toutes les deux. » Miranda se dirigea directement vers la salle de bain tout en retirant ses chaussettes en mérinos et en remontant les jambes de son pantalon.  Elle plaça la chaise au centre de l’énorme cabine de douche et attendit. Finalement, Andrea arriva revêtue d’une robe de chambre en cachemire bordeaux Loro Piana que Miranda lui avait donnée avant Noël. C’était un cadeau reçu par Miranda dont elle n’avait pas besoin et qui allait très bien à Andrea.

« Je sais que c’est trop beau, mais c’est tout ce que j’ai apporté. »

« C’est très bien. Assieds-toi et je vais envelopper le plâtre. » Andrea obéit et Miranda posa les béquilles en dehors de la douche pour qu’elles puissent être reprises facilement ainsi qu’une serviette de bain toute douce. La pièce était glaciale et il faisait plus sombre qu’elle ne l’aurait souhaité, mais avec un peu de vapeur d’eau, elles auraient chaud. Avec précaution, elle remonta le sac en plastique par-dessus le plâtre, essayant le plus possible d’ignorer la jambe qui se trouvait plus haut. « Voilà ! Tu pourras te doucher après si tu veux. » Miranda se releva et choisit un large peigne parmi ses objets de toilette. « Penche-toi en arrière ! »

Andrea se pencha. Miranda se fit plaisir en peignant les longs et cheveux d’Andrea, défaisant soigneusement les nœuds.

Andrea ne sembla avoir rien à redire. Elle soupira doucement et ferma les yeux.

Quand il sembla stupide de prétendre qu’il y avait encore des nœuds dans les mèches souples, Miranda prit le pommeau de douche et ouvrit les robinets. Elle attendit que ce soit chaud. « Prête ? »

« Mmm… »

Elle commença à l’arrière, mouillant toute la longueur de la chevelure avant de revenir devant. Un petit sourire incurva la bouche généreuse d’Andrea et Miranda sourit aussi. Même si Andrea n’était pas intéressée par Miranda au-delà d’une relation professionnelle, tout le monde aimait avoir ses cheveux lavés. Cela leur ferait du bien à toutes les deux.

Elle arrêta l’eau et versa une bonne quantité de shampoing. Retenant sa respiration, elle fit courir ses mains dans les cheveux mouillés et commença à faire mousser. La pièce était tranquille, mais le bruit de l’eau qui gouttait semblait anormalement fort. Les cheveux d’Andrea étaient doux et brillants. Elle se mit à masser la nuque à la  base de son crâne et Andrea pencha un peu plus la tête en réaction. Le sourire disparut, les lèvres s’entrouvrirent en ce qui semblait une réaction de pur plaisir. Miranda fit remonter ses mains à l’arrière du crâne d’Andrea, les pouces appuyant fermement et abandonnant le prétexte du lavage des cheveux comme objet de cet exercice. Les doigts glissèrent le long des temps d’Andrea, derrière ses oreilles, atteignant tous les points de pression qui poussèrent Andrea à se mordre la lèvre. « Trop fort ? » demanda Miranda, inquiète.

« Nooon, » répondit Andrea. Le mot sonnait distinctement comme un gémissement.

Miranda prit un moment pour calmer sa respiration. Elle continua à masser toute la tête d’Andrea avec des gestes longs et courts, parfois tirant doucement sur les racines de la même façon que Miranda appréciait tant. Ce n’est que quand les pieds de Miranda eurent trop froid qu’elle rouvrit le robinet. Se tenant au côté d’Andrea, elle suivit la racine des cheveux avec une cascade d’eau chaude.

Andrea ouvrit la bouche et exhala, le plus petit des gémissements s’échappant de sa gorge.

Miranda eut besoin de toutes ses réserves pour ne pas se pencher en avant et recouvrir cette bouche avec la sienne. Au lieu de ça, elle acheva ce qu’elle avait commencé, faisant couler encore et encore de l’eau dans les cheveux d’Andrea sans se soucier du fait que ses pantalons étaient trempés ou que de rincer des cheveux ne prenait qu’une minute.  Finalement, elle ferma le robinet et tendit la main vers l’après-shampoing.

Andrea sembla presque surprise quand les mains de Miranda recommencèrent. Cette fois, Miranda choisit une autre technique, se concentrant sue les cheveux eux-mêmes plutôt que sur le cuir chevelu. Elle ne laissa aucune mèche de côté, faisant pénétrer le produit partout et faisant bien attention aux pointes. Le mouvement avait un côté hypnotique. Miranda ne fit pas attention quand son dos commença à se plaindre. Elle attendit même, comme son styliste le lui avait dit, que le produit fasse son effet. Deux minutes. Elle pouvait passer ce temps à ne rein faire ou elle pouvait continuer à passer ses doigts au milieu des mèches de cheveux qui semblaient exiger qu’on les touche.

Elle choisit la deuxième option. Andrea ne dit pas un mot. Finalement, Miranda fléchit. Elle rinça les cheveux d’Andrea une deuxième fois, mais sans le bonus du petit gémissement. Les sourcils d’Andrea commencèrent à se froncer alors que Miranda rinçait l’après-shampoing. « Trop chaud ? » demanda-t-elle doucement et Andrea eut un petit sursaut à la proximité de Miranda.

« Non, » murmura-t-elle et Miranda vit le mouvement de sa gorge alors qu’elle déglutissait. Ses lèvres formèrent une ligne droite.

Quelque chose n’allait pas.

« Trop froid ? »

Une larme s’échappa du coin de l’œil d’Andrea.

Inquiète, Miranda posa sa main libre sur la joue humide d’Andrea. « Que se passe-t-il ? »

Surprise par le geste, les yeux d’Andrea s’ouvrirent brusquement avant de se refermer aussi vite. « Ce n’est rien. Je peux finir… »

Miranda ferma le robinet et suspendit la tête de douche. « Parle-moi ! » Les yeux fermés, Andrea ne dit rien. « C’est une petite maison. Il n’y a nulle part où se cacher. Dis-moi ce qui ne va pas ! » Une autre larme coula le long d’une joue pâle. Miranda ne pouvait  en supporter d’avantage. « Je t’en prie. »

« Ce n’est vraiment rien. » Andrea demeura immobile. « Rien du tout. Ç’a été… tellement bien. Vous êtes si gentille de vous occuper de moi ainsi. Ç’a été différent de partir cette fois, pas comme à Paris ou à Londres. Demain ou après demain, nous rentrerons et tout redeviendra comme avant. Et c’est bien. Super même. » Le visage d’Andrea se tordit de tristesse. « ç’a vraiment été bien d’être avec vous. » Elle retint un éclat de rire qui sonnait comme un sanglot. « C’est tout. Il n’y a rien. »

La regardant, Miranda pensa qu’il était temps de tenter sa chance. « Ce n’est pas rien, » dit-elle. Elle toucha une fois de plus le visage d’Andrea, caressant d’un doigt l’exquise pommette.

« Je vous en prie… Arrêtez ! » gémit Andrea. Elle se redressa et détourna la tête.

Miranda fut très reconnaissante de l’immobilité d’Andrea. Elle tourna autour du siège et releva le menton d’Andrea. « Arrêtez quoi ? » demanda doucement Miranda.

« Ne faites pas ça ! Ne me touchez pas comme ça ! »

L’esprit de contradiction de Miranda la fit continuer et elle caressa cette joue toute douce. « Avec tout ce que tu fais pour moi, tu me refuserais ça, Andrea ? La seule chose que je désire ? »

Aandrea ouvrit les yeux en clignant, confuse. « Pardon ? »

« Tu lis dans mon esprit. Tu connais chacune de mes pensées, tu anticipes le moindre de mes caprices, mais pas ça. J’imagine que l’on a toutes un angle mort et tu es dans ton angle mort. »

L’impression de confusion se maintint. Miranda se rapprocha, passant sa main dans la nuque d’Andrea. « Tu es restée dans mon angle mort pendant longtemps. »

Andrea commença à comprendre ce qui se passait, mais il y avait encore une bonne dose d’incrédulité. « Vraiment ? »

« Oh oui ! Je me suis retrouvée à penser à toi, à vouloir faire des choses pour toi et ne pas comprendre pourquoi; j’ai passé du temps à me demander et à m’inquiéter. Mais tu es… bon, je ne sais pas ce que tu es. Un don du ciel peut-être. Venue pour me sauver de moi-même. »

Il y eut un long silence alors qu’Andrea l’observait, fascinée. « Je… Je ne crois pas que vous ayez besoin d’être sauvée. »

Miranda sourit. « Plus maintenant. »

« Que voulez-vous dire ? » demanda Andrea.

Se penchant vers l’adorable visage, Miranda franchit son Rubicond. « Lis dans mon esprit ! » dit-elle et elle l’embrassa très légèrement. Son corps prit vie et elle posa encore et encore ses lèvres sur celles d’Andrea, goûtant la douceur de sa bouche.

Le temps se brouilla pour Miranda alors qu’elle se perdait dans l’odeur d’Andrea, sa peau mouillée, sa douce chevelure. Quand elle se retira, Andrea eut l’air ivre de désir.  C’était la réponse que Miranda avait espéré. Frottant son pouce contre la lèvre inférieure d’Andrea, elle demanda, « Alors ? »

« Tu m’as embrassée, » dit Andrea, comme hébétée.

« Oui. »

« Tu… Tu m’aimes ? » demanda-t-elle et l’espoir était si pur dans sa voix que ça brisa le cœur de Miranda. »

« Oui. »

« Oh… » fit Andrea dans un souffle. « Oh mon Dieu ! » Une autre larme s’échappa et ses gestes devinrent saccadés, ses mains se tordant alors qu’elle remuait dans son siège. Elle tendit les bras vers Miranda et agrippa ses épaules. « Tu as intérêt à être sérieuse, » dit-elle, presque en colère. « Je le pense vraiment, Miranda. Si tu n’es pas sérieuse, je… je ne sais pas ce que je ferai. » Ses yeux se posèrent partout dans la cabine de douche avant de retourner sur le visage de Miranda. « Je te ruinerai. Tu m’entends ? Je ruinerai ta vie si tu n’es pas sincère. »

Miranda ne put retenir un sourire. « C’est vrai ? »

« Oh que oui ! Tu ne me crois pas ? »

Dans un éclat de rire, Miranda se pencha et plaça son front contre celui d’Andrea. « Je n’ai pas le moindre doute que tu peux réussir tout ce que tu entreprends. Mais je t’assure que je pense chacun des mots que j’ai dits. » Elle réalisa qu’en fait, elle ne les avait pas dits correctement. Elle rassembla son courage et dit dans un souffle. « Je t’aime, Andrea. » Elle sourit à nouveau. « Andy. »

Les sourcils d’Andrea s’envolèrent. « Ça semble étrange quand ça sort de ta bouche. »

« Je t’appellerai comme tu voudras, à partir du moment où c’est ce que tu veux aussi. » Miranda s’humecta les lèvres. « Est-ce que c’est ce que tu veux ? » Je t’en prie, dis oui !

Elle fit oui de la tête au plus grand soulagement de Miranda. « Oh oui ! Mais si ça ne s’était jamais produit, j’aurais été parfaitement contente de continuer comme avant, juste de rester à ton côté. » Andrea mêla sa main aux cheveux de la nuque de Miranda. « Vas-tu m’embrasser encore ? Pour que je sache que c’est réel ? »

La chaleur entre les jambes de Miranda flamboya et ses mamelons durcirent sous sa chemise. « Oui, » murmura-t-elle. Cette fois, son baiser fut plus assuré et la bouche d’Andrea s’ouvrit immédiatement alors qu’elle s’agrippait au cou de Miranda. Miranda était embrasée et les petits bruits que faisait Andrea l’empêchaient de se retirer. Cela dura jusqu’à ce qu’Andrea ait déboutonné son chemisier et Miranda ait placé un genou sur la chaise entre les cuisses d’Andrea. Elles n’en étaient pas loin, mais finalement, Miranda s’arracha au baiser, haletante. Pourquoi attendait-elle ?  C’était un mystère, mais ça semblait juste pas correct de le faire ici, malgré l’envie qu’elle en avait.

« Je vais… » Miranda s’arrêta quand elle remarqua le rougissement qui envahissait la gorge d’Andrea.

« J’ai juste besoin de deux minutes. Pour…Mmm… » Elle fit un vague geste de la main. « Et puis, je te rejoindrai. Peut-on… » Andrea déglutit. « …continuer ? »

Le souffle court, Miranda se redressa très rapidement. « Ah oui ! Je suis d’accord. Appelle-moi si tu as besoin d’aide ! » Rapidement, elle s’éclipsa, ne voulant pas que son désir rugissant l’emporte sur elle. De plus, elle avait deux ou trois choses à préparer et elle n’avait pas beaucoup de temps.

5ème Partie

Quittant la chaleur embuée de la salle de bain, Miranda se rappela précisément combien la maison était glaciale. « C’est un inconvénient, » marmonna-t-elle en jetant un coup d’œil à la chambre. Elle voulait un matelas et elle voulait un feu crépitant juste à côté. Tout d’abord, elle démarra le feu, ce qu’elle réussit plus rapidement que n’importe quel feu au cours de sa vie d’adulte. Immédiatement après, elle retira le matelas du sommier et le traîna à travers la pièce, puis rassembla tous les oreillers et les jeta dessus.

Son cœur battait maintenant de fatigue quand Andrea sortit de la salle de bain, ses cheveux plaqués contre sa tête. Sa robe de chambre était trempée et ses béquilles se trouvaient sous ses bras alors qu’elle avançait dans la chambre. « Wow, » fit-elle, les yeux illuminés. « Tu es rapide. »

« Quand cela m’arrange, » dit-elle avec humour.

Le bref répit qu’elles avaient pris entraîna Miranda à s’interroger sur le désir d’Andrea d’être avec elle, mais ses craintes disparurent quand Andrea demanda. « Tu veux toujours ? »

Bien qu’une réponse sarcastique lui soit venue à l’esprit, Miranda répondit avec un mouvement de tête. « Oui. »

« Cela semble… étrange. »

« C’est parce que tu es là-bas. Viens t’allonger avec moi !’

Les traits du visage d’Andrea semblèrent se relâcher et deux taches de couleur apparurent sur ses joues. « Ok, » dit-elle dans un souffle et la voix rauque fit trembler Miranda.

Comme dans un rêve, Miranda vit Andrea s’approcher, un peu gauche avec sa jambe cassée, mais pas moins belle pour autant. Elle tomba presque dans les bras de Miranda, la serrant fort contre elle tout en tremblant dans la pièce froide. De l’eau gouttait sur les mains de Miranda alors qu’elle faisait courir ses doigts le long du dos d’Andrea. C’était merveilleux de la tenir ainsi, grande et mince et sentant bon. Elle la désirait tant.

D’une main, Miranda prit les béquilles d’Andrea et les posa près du matelas, puis aida Andrea à s’allonger au milieu d’une pile de coussins. Cela semblait décadent, et chaud, et c’était exactement là qu’elle voulait être. Avec précaution, elle arrangea les coussins pour qu’un faux mouvement ne déclanche pas un incendie. Quand elle s’allongea à son tour, elle eut le souffle coupé en voyant l’expression sur le visage d’Andrea, éclatant dans la lumière ambrée du foyer.

Elle semblait abasourdie. Contente, mais abasourdie.

« ça va ? » demanda Miranda.

Andrea ne répondit pas sinon en se redressant pour embrasser Miranda ce qui la prit totalement par surprise : Disparues, l’hésitation et la nervosité. A tâtons, Miranda chercha la ceinture de la robe de chambre d’Andrea, mais Andrea ignora ses efforts et la repoussa sur son dos. Elle roula sur elle avec un grognement et se positionna au-dessus du corps de Miranda. « Oui, ça va, » répondit-elle en souriant. « Je vais très bien. Et toi ? »

« De mieux en mieux, » dit Miranda tout en trouvant enfin le nœud de la ceinture d’Andrea. Celui-ci se défit et quand Andrea se redressa sur ses bras, son corps immédiatement fut rendu visible. « Oh mon Dieu ! » fit Miranda tout en tirant sur l’étoffe pour mieux voir.

Sa peau avait la pâleur de l’ivoire, mais pour le plus grand plaisir de Miranda, elle était saupoudrée de légères taches de rousseur habituellement invisibles de loin. Tout était magnifiquement proportionné, le doux arrondi de ses hanches donnant dans la courbe d’une taille que Miranda avait terriblement envie de caresser. L’urgence qui avait disparu pendant les préparatifs l’envahit de nouveau et elle tendit la main pour toucher un sein.

Mmm… » fit Andrea. Elle haletait et elle déplaça tout son poids sur son bon genou, se tenant suspendue au-dessus de Miranda.

Une autre caresse produit plus de son. « Oh ! » dit-elle et Miranda regarda admirative le mamelon qui durcissait sous ses yeux. Le corps de la femme est une chose remarquable, pensa Miranda. Là-dessus, elle se redressa légèrement et prit ce même mamelon dans sa bouche. La peau d’Andrea était chaude et moite et la texture était merveilleuse sous sa langue. Elle se sentait déjà hyper excitée bien qu’elle soit toujours habillée et n’ait pas encore été touchée.

« Dieu ! » dit Andrea dans un souffle, « Oh mon Dieu ! »

Miranda voulait plus. Elle plaça sa main directement entre les jambes d’Andrea.

« Oh attends ! » gémis Andrea tout an allant à la rencontre de cette main.

Miranda exhala par le nez, se délectant de ce flot d’humidité qu’elle avait trouvé. « J’ai attendu assez longtemps. »

« Mais… » Andrea plaça une des ses mains au-dessus de celle de Miranda. « Oh ! Attends ! Oh… Oh ! » cria-t-elle à nouveau, ses hanches tressautant jusqu’à ce que son corps se mette à trembler fortement alors que ses gémissements rompaient le silence de la chambre.

Observant le visage ravi d’Andrea, Miranda se dit qu’elle avait peut-être mal apprécié son timing. Mais d’un autre côté, elle se sentait ridiculeusement fière d’elle-même pour avoir pu donner à Andrea un orgasme plutôt puissant en dix secondes.

« Oh ! » fit Andrea en retombant sur le côté et en posant sa tête près de celle de Miranda. Elle rit un peu. « je t’avais dit d’attendre. J’étais plutôt excitée. »

« Je vois ça, » ronronna Miranda.

« Mais ne t’inquiète pas ! Ça ne me prendra pas longtemps pour récupérer. »

« Combien de temps environ ? »

Andrea pencha la tête de côté et regarda Miranda d’un air séducteur. « A peu près le temps qu’il me faudra pour te déshabiller. »

Oh oui! Le corps d’une femme est une chose remarquable. Elle attendit qu’Andrea bouge et quand celle-ci n’en fit rien, elle dit. « Tu sembles traînasser, Andrea. As-tu besoin de plus d’encouragement ? »  Miranda tendit le bras et claqua son derrière.

« Exigeante même au plumard ! On va drôlement s’amuser, » dit Andrea en se redressant pour tirer sur le chemisier de Miranda déjà à moitié déboutonné.

« Je ne serais pas moi sinon, » répondit Miranda avec un reniflement.

Andrea s’attela à la tâche, lutant avec les boutons de son pantalon jusqu’à ce que Miranda s’y mette également et le retire elle-même. Le plâtre sur la jambe d’Andrea rendait tous les mouvements moins aisés, mais bientôt, elles se retrouvèrent nues toutes les deux, en train de s’observer.

« Tu es très belle et je sais que tu le sais, » dit Andrea doucement tout en posant une main sur le sternum de Miranda. « C’est difficile à exprimer. J’ai attendu si longtemps. » Elle déglutit. « Je ne suis pas sûre de savoir par où commencer. J’ai… beaucoup de fantasmes. »

Miranda se sentit palpiter entre les jambes. « Vraiment ? » chuchota-t-elle.

« Pourquoi crois-tu que je sois partie en flèche il y a une minute ? » Andrea embrassa la clavicule de Miranda, puis mordilla le long de son épaule. « Une grande partie de mon job est de te rendre heureuse, tu sais ? Et de temps en temps quand tu as l’air très tendu, je souhaite pouvoir aller dans ton bureau et fermer la porte. »

Miranda se cambra et émit un petit cri de surprise en sentant les lèvres d’Andrea sur sa peau. Elle avait eu les mêmes pensées. Souvent.

« Tu porterais ce chemisier blanc de chez Bill Blass que j’aime, celui avec l’encolure plongeante. »

Miranda fit oui de la tête, le souffle court.

« Je le déplacerais sur le côté et à travers la dentelle de ton soutien-gorge, je… » Andrea descendit de quelques centimètres. « …lècherais. » Ce qu’elle s’empressa de faire, mais cette fois sans la barrière de dentelle entre elles.

Les hanches de Miranda tressautèrent.

« Peut-être que je me déplacerais dans ton cou. C’est un cou si joli, si majestueux et élégant. Particulièrement ici. » Andrea fit courir ses lèvres le long du tendon qui menait à sa mâchoire. « Mmm… Oh oui ! Et peut-être que tu te détendrais un petit peu. Jusqu’à ce que je fasse ça, » dit-elle en mordant un lobe d’oreille.

« Aaahh ! » s’écria Miranda en mordillant l’intérieur de sa joue, voulant embrasser, mais voulant la bouche d’Andrea partout en même temps.

« Et comme maintenant, je voudrais faire durer les choses et te torturer de plaisir, mais je garderais ça pour plus tard. Le soir, dans la voiture ou dans ton bureau chez toi. Et là je voudrais juste que tu sois heureuse et que tu jouisses et que tu jouisses  jusqu’à ce que tu sois bien à nouveau. »

Les deux mains d’Andrea trouvèrent les seins de Miranda, pincèrent et taquinèrent ses mamelons et Miranda écarta les jambes, presque prête à s’occuper d’elle toute seule. La bouche d’Andrea rejoignit ses doigts et Miranda agrippa sa tête, grognant à la sensation.

« Et tu as très bon goût, » dit Andrea au milieu de baisers. « Tu es fantastique. »

Miranda ouvrit un peu plus les jambes, espérant que le message serait assez clair pour qu’elle n’ait pas besoin de supplier.

Andrea s’arrêta un instant et souffla plusieurs fois sur une main. « Pour qu’elles soient chaudes quand je vais te toucher, » expliqua-t-elle.

Tremblant comme une feuille, Miranda gémit, « Ça m’est égal. Ça m’est totalement égal. »

Avec un sourire que Miranda trouva suspect, Andrea répondit. « Mais ça ne m’est pas égal. Je veux le faire bien la première fois. Pour que tu n’oublies jamais. »

D’une façon ou d’une autre, Miranda réussit à rire malgré son désir. « Oh ma chérie ! Il n’y a aucun moyen que je puisse oublier. Pas en un millier d’années. »

Alors Andrea tendit la main et la toucha. Miranda rejeta la tête en arrière, attendant. Mais Andrea ne fit que tourner autour de son ouverture, évitant tout le reste. Doucement, si doucement, elle laissa pénétrer un doigt, à peine, exerçant une gentille poussée. C’était intense et toute l’attention de Miranda était sur cette petite surface de chair.

« Plus, » dit finalement Miranda. « Je t’en prie. »

Un deuxième doigt rejoignit le premier et Miranda était si mouillée qu’ils glissèrent à l’intérieur sans le moindre effort. « Oh Dieu ! » souffla Miranda, prête à jouir comme elle ne l’avais jamais été. « Oui ! »

« C’est bon ? »

« Oh oui ! » Miranda essaya désespérément de ne pas bouger ses hanches.

« Un autre ? »

« Oui. » Sa voix était irrégulière.

Un troisième doigt s’aventura à l’intérieur et Miranda n’entendit plus que le battement de son cœur.

Dans le même temps, Andrea gigota pour descendre plus bas sur le matelas. Les yeux de Miranda s’écarquillèrent. « Je pense que maintenant, c’est parfait, » dit Andrea d’une façon très détachée. Puis ça bouche se retrouva autour du clitoris de Miranda et c’était si bon, si incroyablement bon qu’elle ne put s’empêcher de bouger. Et Andrea bougea avec elle, ses doigts poussant à l’intérieur avec le rythme parfait et elle bourdonnait, pour l’amour du ciel, elle bourdonnait comme si c’était également bon pour elle.

Elles étaient parfaitement synchrones et Miranda était si perdue dans son plaisir qu’elle remarqua à peine  l’orgasme qui l’a saisit et la laissa écartelée. C’était électrique et Andrea gémit, tout se mit à pulser et Miranda cria encore.

Elle était comme dans un brouillard, sentant des cheveux mouillés remonter le long de sa cuisse. Miranda pouvait entendre la respiration saccadée d’Andrea et elle baissa les yeux vers elle. Des yeux sombres l’observaient et les doigts qui étaient toujours en elle se fléchirent alors qu’Andrea léchait ses lèvres luisantes.

« Viens là ! » ordonna Miranda et Andrea obéit, retirant sa main, puis remontant vers elle en rampant à peine maladroitement. Elles s’embrassèrent et contrairement à son habitude, Miranda n’eut pas de mouvement de recul quand elle se goûta elle-même. Sur Andrea, cela semblait délicieux et sensuel. Elle se demanda si Andrea avait été sérieuse quant à son temps de récupération et elle la poussa sur le côté. « Encore ? » murmura-t-elle.

Andrea acquiesça frénétiquement.

Tant de peau si belle à explorer pensa Miranda. Mais elle voulait que ça dure un peu plus longtemps cette fois. « Ne jouis pas avant que je te le dise ! » dis Miranda usant de son ton le plus autoritaire.

Andrea sembla étonnée et elle éclata de rire. « Tu surestimes mes compétences, Miranda. Je peux faire beaucoup de choses, un million de choses pour toi. Mais probablement pas ça. »

Miranda essaya de lui lancer un regard furieux, sans succès. Elle supposa qu’il y avait pire au monde que d’avoir une partenaire qui pouvait à peine se contrôler en ce qui concerne le sexe. »Eh bien… tu auras juste besoin d’un peu d’entraînement. Ou de beaucoup. »

Andrea mordit sa délicieuse lèvre inférieure. « Je peux supporter de l’entraînement. Quand tu veux. » Elle bâtit des cils. « Disons… maintenant par exemple. »

Alors elle s’approcha et embrassa Andrea. Peut-être qu’une approche différente lui donnerait un avantage. Elle tendit la main et, évitant le clitoris d’Andrea, glissa deux doigts pendant que leurs bouches s’exploraient mutuellement. Alors qu’elle s’émerveillait des textures et de l’étrange sentiment d’être à l’intérieur d’un corps si différent du sien, Andrea eut un hoquet de surprise, remua des hanches et jouit.

Miranda découvrit qu’elle aimait particulièrement observer Andrea quand elle reprenait ses esprits après un orgasme alors que ses traits se détendaient et revenaient à leur position normale. « Oh ! Il était bon ! » dit Andrea, la voix épaisse comme du miel.

Miranda sourit en réalisant quel trésor elle avait reçu. Elles pourraient probablement continuer… toute la nuit. « Ça va probablement prendre du temps, » marmonna-t-elle en amenant ses lèvres vers un sein qui ne pouvait pas être ignoré plus longtemps. « J’espère que tu n’es pas fatiguée. »

« Pas du tout, » répondit Andrea en passant une main enthousiaste derrière la tête de Miranda

6ème Partie

Finalement, Andrea se fatigua, ainsi que Miranda qui se réveilla plus tard à la délicieuse sensation d’une peau chaude collée tout le long de son corps. Cependant, bien plus surprenant fut le fait que le reste de Miranda avait chaud également : bien que la chambre ne doit éclairée que par les braises mourantes du feu, le chauffage était revenu. Andrea était endormie, sa respiration égale et un sourire sur son visage.

Miranda ressentait une certaine sensibilité entre les jambes et quand elle bougea pour se retourner, elle réalisa qu’il y avait longtemps qu’elle avait fait l’amour pendant plus de quinze minutes d’affilée. « Je suis vieille, » grommela-t-elle alors que les muscles de ses hanches se plaignaient. Avec précaution, elle se leva du matelas et chercha son téléphone portable. Quand elle le trouva sur la table de chevet, ses sourcils se levèrent quand elle réalisa qu’il n’était que 22 heures. La fin d’après-midi s’était muée en nuit sans qu’elle ne s’en rende compte. Bien sûr, elle avait été plutôt distraite à ce moment. Après avoir lavé les cheveux d’Andrea, tout semblait fondre dans un superbe brouillard de sexe et de doux murmures tout en se tenant mutuellement serrées.

C’était la soirée la plus romantique qu’ait jamais passé Miranda.

L’icône d’un message dans la boîte vocale du Blackberry était activée. Elle récupéra son peignoir à l’arrière de la porte et se glissa dans la pièce principale. Il datait d’un peu plus tôt dans l’après-midi. « Mme Priestly, nous avons laissé un message à votre assistante, mais nous voulions vous informer que les routes seront dégagées dans la matinée et quelqu’un passera dans l’après-midi à votre chalet pour nettoyer  les trottoirs et les voies d’accès. Nous espérons que vous n’avez pas été ennuyée par la prolongation de votre séjour et nous voulons vous remercier de fréquenter notre station. Ne manquez pas de nous dire si nous pouvons faire quoi que ce soit pour rendre plus agréable la fin de votre séjour parmi nous. Au revoir. »

Miranda interrompit le message et espéra que la personne qui avait déneigé devant la maison n’avait rien entendu de trop intéressant. Elle jeta un coup d’œil par la fenêtre et vit un passage dégagé jusqu’à la voiture qui avait également été nettoyée. Tout en la regardant, elle regretta presque la pensée d’avoir à retourner à New York, à leur vraie vie. Ce qui s’était passé aujourd’hui semblait comme un rêve. Mais pourrait-elle transformer un tel rêve en sa vie de tous les jours ?

Elles n’avaient pas parlé d’avenir, mais Miranda était certaine qu’elles en avaient un. Seraient-elles capables de continuer à travailler ensembles ? Est-ce qu’Andrea le voudrait seulement ? Si oui, ce n’était pas vraiment contraire aux règles si deux adultes consentants voulaient commencer une relation tout en étant à des niveaux différents de la hiérarchie dans une entreprise, mais il faudrait le dire à quelqu’un. Quelqu’un qui ne soit pas Irv Ravitz, bien sûr. Ne pas garder le secret permettrait de les protéger toutes les deux et le magazine d’éventuelles poursuites? Miranda connaissait le Service du Personnel de Runway bien mieux qu’elle ne l’aurait souhaité, mais dans le cas présent, cette connaissance allait s’avérer utile. En quelques secondes, elle décida quel employé serait informé et elle était suffisamment sûre que cette personne garderait le silence tant que ce serait requis. Oui, fit elle en même temps qu’un petit mouvement de la tête, c’était un problème gérable.

Si Andrea était d’accord.

L’estomac de Miranda gronda et elle réalisa qu’elle avait sauté le dîner. Peut-être qu’un en-cas nocturne leur ferait du bien. Rapidement, elle assembla un plateau avec du pain, des fruits et du fromage pour deux ainsi qu’une bouteille de Pinot Gris qu’elle ouvrit pour accompagner le tout. Le réfrigérateur était de très bonne qualité, mais Miranda ne voulait pas prendre de risque avec quelque chose qui les rendrait malades après presque 24 heures sans électricité.

Andrea se retourna et sourit quand Miranda s’assit sur le matelas. « Salut ! »

« Bonsoir, » dit Miranda tout en s’autorisant à se pencher pour un baiser.

De douces lèvres l’accueillirent. Andrea tendit la main et toucha son oreille, son cou, ses cheveux d’une façon si pleine de révérence que Miranda sentit son cœur battre plus vite. « Où étais-tu passée ? » demanda-t-elle.

Miranda embrassa son nez. « Nous chercher à manger. Le courant est revenu. »

« Dieu merci ! J’avais assez chaud la nuit dernière, mais je ne voulais pas vraiment revivre ça cette nuit. »

« Chaud ? » dit Miranda. « Je crois me souvenir que c’était plutôt hot, personnellement, » poursuivit-elle avec un sourire malin. « Quand ta main s’est retrouvée à un endroit où elle n’aurait pas dû être ? »

La bouche d’Andrea s’ouvrit. « Tu étais réveillée ? Diablesse ! » Elle éclata de rire, un rire plein qui secoua le matelas. « C’était presque impossible de garder mes mains pour moi et tu étais collée à moi à la seconde où tu t’étais endormie. J’étais à l’agonie ! » Elle gloussa. « Si j’avais su ce que tu ressentais, nous aurions pu commencer dès la nuit dernière au lieu de cet après-midi. Mais je ne me plains pas. »

« Tu parles aussi dans ton sommeil. Tu savais cela ? »

Andrea grimaça. « On me l’a déjà dit. Je n’ai rien dit de trop embarrassant ? »

Miranda gloussa à son tour. « La nuit après que tu te sois cassé la jambe, quand tu prenais des médicaments, tu as mentionné des bonbons. Et la nuit dernière, tu parlais de tarte. »

« De tarte ? »

Même dans la pénombre, Miranda était sûre qu’Andrea était en train de rougir. « De tarte. »

« Mmm… Eh bien… J’aime la tarte. »

« Je te promets que tu auras la meilleure tarte aux pommes de la planète dès que nous serons rentrées à la maison. Maintenant, mange ! Et moi, je vais refaire le feu. »

Miranda rajouta du bois à la pile de braises et de cendre. Il ne fallut que peu de petit bois pour avoir à nouveau un beau feu. Elle tendit les mains en avant pour les réchauffer, les regrets recommençant à l’envahir.

« Nous rentons demain alors ? » demanda Andrea tout en grignotant un quartier de pomme. « Et retire ce peignoir ! Je veux te voir. »

Miranda se retourna et la rejoignit sur leur lit de fortune. « Puisque tu le demandes si gentiment, » plaisanta Miranda tout en retirant son peignoir. Entre la cheminée et le chauffage, elle se sentait très à l’aise sans rien sur elle. « Et oui, nous rentrons. »

« Que va-t-il se passer maintenant ? » Les yeux d’Andrea étaient grand ouverts. Nerveux.

« J’y ai réfléchi, » dit Miranda. « Mais j’aimerais entendre tes propres pensées d’abord si tu n’y vois pas d’inconvénient. »

« OK. Eh bien… Mmmm… Si on pouvait juste… continuer comme ça ? »

Miranda voulut souffler de soulagement. « Tu continuerais à travailler pour moi ? »

Andrea fit oui de la tête. « Je ne veux pas partir. J’aime Runway. J’ai plus appris sur nos activités en cours des six derniers mois que si j’avais passé deux ans à étudier pour un MBA. »

Miranda était d’accord.

« Et… j’aurais horreur de te quitter, » continua Andrea d’une toute petite voix.

Sirotant son vin, Miranda se laissa envahir par la signification de ces mots. « Ç’a été bien, n’est-ce pas ? J’ai à peine besoin de penser à quelque chose que tu sais déjà ce que je veux. »

Presque timidement, Andrea ajouta. « Je pense que j’aime cet aspect du travail autant que le reste. Peut-être même plus. C’est comme un secret que nous serions seules à partager. »

« Et ceci en sera un autre, » dit Miranda en montrant l’espace entre elles. « Que nous garderons essentiellement pour nous. »

« Que veux-tu dire ? »

Miranda soupira. « Je veux informer quelqu’un du Service du personnel de notre relation, pour nous protéger toutes les deux. Surtout toi. Tu en as besoin bien plus que moi. »

« Tu crois ? »

Miranda roula des yeux. « Tu n’as pas oublié que tu dois toujours respecter mes volontés. Professionnellement parlant, j’entends. »

Andrea sourit. « Sans commentaire. »

Etrécissant son regard, elle espéra qu’elle n’aurait à supporter ces impertinences que derrière une porte close, mais tout bien considéré, elles étaient assises nues devant un feu rugissant, en train de boire du vin et de manger du fromage.

« Je comprends, » dit finalement Andrea, « et j’apprécie ce que tu dis. Est-ce que cette personne sera autorisée à en parler à quelqu’un ? »

« Non, » dit Miranda; Ou bien elle aurait son job. Et sa tête sur un plateau d’argent.

« Eh bien… OK… ça serait bien. De plus, je sais que ça pourrait nous prendre du temps pour nous habituer à travailler ensembles et… euh… à être ensemble. Ça pourrait rendre les choses difficiles. Nous ne serons pas souvent séparées l’une de l’autre. »

« Nous n’emménageons pas ensembles, Andy, » dit Miranda, bien que l’idée lui ait déjà traversé l’esprit. « Pas encore. »

Andrea gloussa. « Ça sonne toujours drôle. Que tu m’appelles Andy, je veux dire. »

« Tu n’aimes pas ? »

« SI. C’est plutôt mignon. »

« Mmm… Eh bien… Qu’importe, nous pouvons voir comment ça fonctionne. Ça ne peut pas être pire que de travailler avec toi toute la journée et me voir refuser le plaisir de ta compagnie en dehors des heures de bureau. »

« En parlant de ça, pas de partie de jambe en l’air au bureau, » dit Andrea très sérieusement, forçant Miranda à souffler du vin par le nez de façon fort indélicate.

Après s’être étranglée pendant un moment, elle réussit à dire. « Tu essaies de me tuer, n’est-ce pas ? »

Andrea lui frotta le dos. « Désolée. Je voulais juste en parler franchement. Je reçois assez de critiques de la part des pipelettes du bureau qui me considèrent sous ta coupe. Je ne supporterais pas l’idée d’être surprise par l’une d’elles. » Réalisant que ces mots pouvaient laisser penser qu’elle avait honte de Miranda, elle se dépêcha de la rassurer. « Quand nous serons prêtes à en parler, ça ira. Mais en attendant, je veux faire attention. »

Miranda s’essuya le nez avec une serviette de table et sourit. « Nous sommes d’accord sur ce sujet. Et si tu ne le savais pas déjà, » dit Miranda doucement, « je suis très heureuse. »

Clignant des yeux de surprise, Andrea demanda, « Vraiment ? »

Miranda fit un mouvement de la tête. « Oui. »

« Moi aussi. Je suis si heureuse. » Andrea posa son verre de vin près du matelas et manoeuvra pour se retrouver entre les bras de Miranda.  « Et je serai encore plus heureuse quand je serai débarrassée de ce plâtre pour pouvoir te faire l’amour correctement. »

« Tu t’es admirablement comportée jusqu’à présent, » dit Miranda.

Andrea l’embrassa, passant ses longs bras autour de son cou. « Ça t’ennuie si j’essaie encore une fois ? »

Miranda les allongea toutes les deux au milieu des coussins. « Que crois-tu ? »

« Je crois que tu devrais me laisser faire comme j’en ai envie, » dit Andrea tout en se tournant sur le dos.

Miranda frissonna d’excitation. « Je t’en prie. »

S’attendant à ce qu’Andrea se penche pour l’embrasser à nouveau, elle s’interrogea quand elle vit Andrea se déplacer sur le lit comme un serpent manquant de coordination.  Cependant, il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour comprendre ce qu’elle avait en tête quand elle ses lèvres caressèrent son ventre. Quand Andrea finit de se tortiller, Miranda se tourna pour chevaucher sa tête. Andrea ne perdit pas de temps et se mit à la lécher avec enthousiasme, puis gémissant quand Miranda calqua ses mouvements sur les siens.

Incapable de vraiment se concentrer au-delà de ce qui se passait entre ses jambes, Miranda caressa distraitement Andrea du nez tout en remuant des hanches jusqu’à ce qu’elle soit sur le point de jouir.

Finalement, Miranda fit passer sa langue autour du clitoris d’Andrea en un baiser la bouche grande ouverte. Il lui sembla entendre un cri de surprise, mais Andrea n’abandonna pas ses efforts. Quelques secondes plus tard, Miranda grognait en jouissant et, comme elle l’avait espéré, Andrea tressauta sous sa bouche, l’orgasme la faisait également frémir.

Abasourdie, Miranda se redressa, puis se laissa retomber sur son dos. Le seul son dans la pièce était le sifflement des respirations alors qu’elles récupéraient.

Après une minute, Andrea dit d’une voix sidérée : « Putain ! »

Miranda éclata de rire, puis rit encore de plus belle.

Quand Miranda se réveilla à nouveau, elle était seule au milieu d’une pile de coussins. Elle n’avait pas idée de l’heure, mais elle se sentait bien reposée et affamée. Enfilant son peignoir, elle se hissa debout et décida qu’il était temps de reprendre le yoga si son corps réagissait ainsi à une nuit d’amour enthousiaste.

Le bruit de la vaisselle s’entrechoquant lui apprit qu’Andrea était dans la cuisine et l’odeur du café le lui confirma. Miranda la trouva en train de remplir le lave-vaisselle avec la grande pille d’assiettes que Miranda avait laissées là au cours des derniers jours. Elle n’avait jamais aimé faire la vaisselle et d’habitude, elle emmenait un chef et une gouvernante lors de voyages comme celui-ci. Par chance, elle n’en avait rien fait cette fois.

Le ciel en soit remercié ! Cela aurait été très inopportun.

« Bonjour ! » dit-elle en se léchant les lèvres. Andrea portait un short et un tee-shirt et elle appréciait la vue.

« Salut ! Tu as faim ? »

« Quelle heure est-il ? »

« Presque 7 heures. C’est tard pour toi si l’on considère que l’on a dormi des heures bizarres cette nuit.

« Des heures bizarres effectivement, » répondit Miranda en traversant la pièce. « Pourquoi fais-tu le ménage ? »

Andrea passa ses bras autour de la taille de Miranda pour un baiser matinal. « Parce que je n’aime pas laisser de la pagaille. »

« Je paie une somme conséquente pour rester ici, Chérie. Ils peuvent se débrouiller pour laver la vaisselle et faire quelques lits. »

Andrea secoua la tête. « Il n’est pas question que nous laissions le matelas où il est. Il retourne à sa place. »

« Et dis-moi qui va le déplacer ? »

« Nous le ferons ensembles. »

Miranda roula des yeux. « Bien ! Mais je refuse de faire la lessive. »

« Pas de problème, » dit Andrea. « Alors… A manger ? »

« S’il te plaît. Je meurs de faim. »

« Nous sommes limite en provision à cause de la coupure de courant. Alors il n’y a pas de lait, mais je peux te faire des flocons d’avoine et il nous reste encore un peu de fruits… »

« Je vais faire les flocons d’avoine. Va t’asseoir ! Lève ta jambe ! Après toutes tes acrobaties de la nuit dernière, c’est un miracle que tu puisses encore bouger. »

« Ah ! » fit Andrea tout en saisissant les fesses de Miranda. « Je t’ai dit que je récupérais rapidement. Mais je suis un peu sensible. Ce n’est pas trop grave. Et ça en valait la peine. »

« Mmm… Oui. »

Andrea s’allongea sur le canapé et Miranda la regarda brancher tous leurs matériels électroniques pour qu’ils se rechargent avant de jeter un coup d’œil à son Blackberry. « Nigel a une crise de panique. »

« Comme d’habitude ! »

« Il a besoin de ton avis sur la double-page consacrée aux sacs à main. Pronto ! Je vais imprimer les pages.

Miranda agita une main. « Très bien. Je regarderai ça pendant le petit-déjeuner. »

Et c’est ainsi qu’elles prirent leur petit-déjeuner. Et pendant que Miranda corrigeait les pages avec un stylo rouge et notait ses modifications dans les marges, Andrea envoyait des SMS à un grand nombre de personnes, gérant tous les détails dont Miranda n’avait jamais plus à s’occuper depuis qu’elles avaient commencé à travailler ensembles. Elle prenait aussi des notes quand Miranda lui dictait quelque chose à toute allure et elle confirma le nouveau planning de la semaine, prévoyant du temps supplémentaire avec les filles à cause de leur absence.

En une demi-heure, elles avaient bien avancé et quand Miranda leva les yeux de sa maquette, elle trouva Andrea en train de la regarder avec un air émerveillé.

« Quoi ? »

« Je ne me sens pas différente. »

Miranda cligna des yeux. « Oh ? » fit-elle d’une voix faible.

« Ça va tout à fait marcher, » dit Andrea avec assurance.

« Ce n’est que le premier jour, » dit Miranda, incertaine.

Souriant de ce sourire bête que Miranda adorait, Andrea regarda son Blackberry qui s’était mis à vibrer. « Oh que non ! Ça va être super ! » Elle exhala avec ce qui sembla, pour Miranda, être du soulagement et commença à taper sur le minuscule clavier.

Miranda retourna à son travail, mais ses lèvres s’incurvèrent de plaisir. Ça l’est déjà, pensa-t-elle.

En quelques heures, elles avaient fait leurs valises et Miranda les avait chargées dans la voiture. Andrea fit le tour des pièces et acheva un nettoyage de dernière minute malgré la demande insistante de Miranda qu’elle s’arrête. Il était temps de partir et Miranda ressentit un pincement au cœur à cette idée. Cet endroit serait gravé dans sa mémoire. Peut-être qu’elle l’achèterait et reviendrait tous les ans avec Andrea.

Mais elle mettait la charrue avant les bœufs. Survis une semaine avant de penser à acheter une maison !.

« Peut-on aller marcher un peu dans la neige avant d’y aller ? J’ai l’impression de ne pas en avoir profité, » plaida Andrea. « Juste pour quelques minutes. »

Miranda soupira. Les béquilles n’allaient pas la faire ralentir un seul instant. « Très bien. Mais il faudrait mieux protéger ton plâtre. »

« Oh, ne t’inquiète pas ! Je n’ai pas l’intention d’aller construire un bonhomme de neige. »

Avant de monter dans la voiture, elles se préparèrent pour leur ballade. Miranda ferma la porte de devant du chalet et posa sa main un instant sur le bois chaud avant de se retourner pour suivre Andrea. Les trottoirs étaient dégagés, mais il y avait plusieurs dizaines de centimètres de neige sur les côtés. L’air était vif et froid. « Ça fait du bien après être restée enfermée si longtemps, » dit Andrea

Miranda acquiesça. « C’est vrai. C’est joli par ici. Peut-être que nous pourrions… revenir. Une autre fois. »

« Tu n’as qu’un mot à dire, » répondit Andrea en tournant son visage vers le soleil. « Tu sais… J’étais en train de penser… Quand nous serons rentrées à la maison, je connais plein d’autres jeux de cartes. Le poker et… euh… d’autres trucs. »

Miranda l’observa. « Vraiment ? »

« Mmm… »

« Et quel serait l’enjeu ? » demanda Miranda dont les joues rougissaient.

La commissure des lèvres d’Andrea se plissa. « Je pense que c’est négociable. »

Miranda prit une profonde inspiration. « Je l’espère bien ! »

Puis une béquille glissa sur une plaque de glace invisible. « Oups ! » cria Andrea alors qu’elle se tombait dans un mètre de neige.

« Grand Dieu ! » dit Miranda en se penchant pour épousseter le visage d’Andrea alors que celle-ci gisait dans la poudreuse. « Es-tu blessée ? »

Andrea cligna des yeux. « Non, » dit-elle sans faire le moindre geste pour se relever.

« Donne-moi ta main, » dit Miranda en se demandant s’il faudrait lui trouver une tenue de rechange avant qu’elles prennent la voiture.

Andrea attrapa son gant et tira Miranda vers elle jusqu’à ce qu’elle tombe à son côté. La bouche pleine de neige, Miranda tourna son regard le plus dur vers Andrea qui riait de façon incontrôlable. « Je devais le faire, » insista Andrea, qui riait toujours tout en attirant Miranda à elle. « Je devais. Sérieusement. Tu aurais fait la même chose. »

Mon Dieu, tu es vraiment folle ! » dit Miranda, mécontente de sentir de l’eau glacée dégouliner à l’intérieur de son col et dans le dos de son pantalon. « Comment ai-je fait pour tomber amoureuse d’une folle ? »

Andrea toucha ses lèvres avec ses doigts mouillés, arrêtant enfin de rire. « Eh ! » dit-elle doucement.  » Au fait, je suis amoureuse de toi. »

Ces yeux sombres étaient irrésistibles et l’irritation de Miranda disparut en un instant.

« Je t’aime comme une folle, » continua Andrea. « Peut-être que tu es dingue aussi et que nous sommes faites l’une pour l’autre. »

« Oh ! » fit Miranda. Elle ne savait quel sentiment était le plus fort en elle : l’étonnement ou le plaisir ou la joie. « Oh ! Bien. » Elle sourit. « Peut-être. » Elle se pencha et embrassa la bouche très, très froide d’Andrea.

Fin

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