Au bord du Styx

2 juillet 2009

Traduction : Light Up (Bêta – 9 à 11/11)

Version complète et relue dans les Archives ici

Et voila, c’est fini ! Vous allez pouvoir lire, en version bêta, les trois dernières parties de Light Up.

Je ne sais pas trop ce que je vais faire en terme de traduction maintenant. Il y a une histoire pas très longue, romantique. Et puis il y a la grande série « Small Favors » (soit cinq histoires, trois longues et deux courtes)… Je vais voir.

Et maintenant, lecture !

9ème partie

Quand Miranda s’était levée ce matin, elle n’aurait jamais pu imaginer dans ses rêves les plus fous ce qu’elle ferait douze heures plus tard. La cuisine était silencieuse alors que tous les six étaient assis à table. Le repas était étonnamment délicieux. Cela faisait un certain temps depuis que Miranda s’était laissée aller à manger quelque chose d’aussi simple que du fromage et de la tomate sur du pain. Andrea était particulièrement concentrée sur son repas, fermant les yeux à chaque bouchée.

« C’est bizarre, « dit Caroline. « Je me sens bizarre. Pourquoi personne ne parle ? »

Tout le monde sembla se figer à l’exception d’Andrea qui répondit. « C’est bizarre. Mais c’est le meilleur sandwich au fromage grillé que j’aie jamais mangé de toute ma vie. » Elle jeta un coup d’œil à Miranda. « Peux-tu imaginer combien c’est bon ? » Regardant avec attention le fromage qui coulait au bord de la croûte, elle demanda. « Crois-tu que ce soit parce que j’ai frôlé la mort ? »

Miranda jeta un coup d’œil aux fillettes dont les yeux s’étaient écarquiller en entendant les mots d’Andrea. Elle n’était pas sûre de ce qu’elles savaient exactement, mais demain, tout le monde saurait. Il valait  mieux tout sortir maintenant et ne pas mentir. Omettre peut-être, mais pas mentir. Alors qu’elle envisageait quoi dire, elle remarqua qu’Isabelle avait placé sa main devant sa bouche et de grosses larmes coulaient le long de son visage.

« Chérie, » dit Charles et Andrea se crispa nerveusement quand elle réalisa ce qui se passait.

« Oh Maman ! » dit-elle, quittant sa chaise pour s’agenouiller aux pieds de sa mère. « Je vais bien. Je te promets. Je suis juste… C’est complètement fou. Ne pleure pas, je t’en prie ! »

« Tu es mon bébé, » dit Isabelle. « Je ne sais pas ce que je ferais si… » Elle laissa la phrase en suspens et Andrea l’enlaça.

Miranda observa la scène affectueuse jusqu’à ce qu’elle sente Cassidy tirailler sur sa manche. « M’man ? » Il y avait des larmes dans les yeux de la fillette. Elle ne pouvait pas voir quelqu’un pleurer sans s’y mettre à son tour. Elle tenait ça de son père.

« Viens-là, ma chérie ! » dit Miranda en retenant un grognement quand sa fille se hissa sur ses genoux. Elle regarda vers Caroline qui avait quitté sa chaise et se tenait près de Charles.

« Est-ce que vous allez bien également ? » lui demanda-t-elle.

Charles sourit tristement et regarda Miranda de l’autre côté de la table. Son expression était à la fois pleine de curiosité et de contentement. « Oui, je vais bien. Au fait, laquelle es-tu déjà ? »

« Caroline. »

« Caroline. Merci de demander, Caroline. » Il passa la main une fois dans ses longs cheveux, puis posa sa main sur son épaule comme pour retrouver son équilibre. « Et toi ? »

« Je vais bien. Je voulais juste qu’Andy rentre à la maison et qu’elle aille bien. »

Charles fit oui de la tête, sérieux. « C’est ce que je voulais aussi. »

Les bras de Cassidy se serrèrent un peu plus autour du cou de Miranda.

Quelques minutes plus tard, sur la suggestion de Caroline, tous les six transportèrent leur repas à moitié mangés dans la salle de divertissement. « Je vais mettre un film pour Andy. »

« Je ne crois pas avoir vraiment la tête à regarder quelque chose ce soir… » commença Andrea.

« C’est juste pour l’avoir en bruit de fond. Tu te sentiras mieux. Tu dis toujours que ça te fait cet effet. »

« Qu’allons-nous regarder ? » demanda Isabelle.

« La Mélodie du Bonheur. »

Miranda grogna.

« C’était le film préféré d’Andy quand elle était petite ! » s’exclama Isabelle. « Je ne l’ai pas vu depuis quoi… dix ans ? »

« Ce fut une décade bien tranquille, » grommela Charles et Miranda ressentit une immédiate sympathie à son égard. »

« Commençons par la scène du spectacle de marionnettes, » suggéra Cassidy.

« OK. »

Le long canapé offrait assez de place pour quatre adultes et la banquette qui faisait l’angle permettait aux jumelles de s’étendre. Miranda s’assit près des filles et Andrea se retrouva entre ses deux parents. Docile et silencieuse, Andrea mangea la seconde moitié de son sandwich lentement, le savourant comme s’il devait être son dernier repas. « Si tu as encore faim, tu peux en avoir un autre, » dit doucement Miranda en espérant qu’Andrea l’entendrait malgré la musique.

« Non, c’est suffisant. Il est juste… délicieux. Il est parfait. »

Miranda répondit d’un signe de tête.

Elle ne fit pas attention au film, regardant à la place ses enfants se déplacer sur le canapé pour s’agglutiner autour d’Andrea.. Elles étaient allongées toutes les deux sur ses genoux, leurs jambes étendues sur les cuisses de Miranda et elles faisaient des petits bruits de plaisir alors qu’Andrea passaient ses doigts dans leurs cheveux. Mais bientôt, Miranda fut plus intéressée à observer Charles et Isabelle qui semblaient surpris du rapport entre Andrea et les jumelles. Miranda se demanda pourquoi.

Arrivés au moment où le Capitaine et Maria avançaient dans l’église pour se marier, les enfants commençaient à être très fatigués. « Au lit ! » dit-elle en ignorant leurs grognements. « Nous avons tous eu une longue journée. »

« Andy, tu viendras nous souhaiter bonne nuit ? »

« Bien sûr. Maintenant disparaissez ! Je vous vois bientôt. »

Miranda accompagna les fillettes en haut des marches après qu’elles aient salué leurs deux invités. Quand elle alla les border, ce fut dans un seul lit. Sans explication, Cassidy avait grimpé dans le lit de Caroline avec son oreiller. « Bonne nuit M’man, » dirent-elle doucement de leurs voix semblables.

« Faites de beaux rêves ! »

« Et si on a peur ? » demanda Cassidy.

Miranda n’avait pas entendu cette question depuis longtemps. « Vous pouvez venir. Mais souvenez-vous d’être tranquilles. Pas de course d’éléphant et on ne saute pas sur le lit. Compris ? »

« OK, » répondit Cassidy.

Miranda se pencha vers elles. « Je veux que vous sachiez que je vous aime très fort toutes les deux. Je vous aimerai toujours, quoi qu’il arrive. »

Leurs petites têtes se levèrent en même temps pour un autre câlin que Miranda leur donna, le cœur lourd. Les mots d’Andrea raisonnaient dans son esprit. Crois-tu que je me sentirais normale à nouveau ?

Une fois redescendue, Miranda croisa Andrea qui allait monter pour souhaiter bonne nuit aux filles. Cela laissa Miranda seule avec deux personnes qui la rendaient plus indécise que n’importe qui d’autre parmi ses relations. Considérant ce qu’elle avait vécu cet après-midi, les choses auraient dû être faciles. Ce n’était pas le cas.

Miranda éteignit la télévision et se tourna vers eux.

« Sans vouloir être indiscret, cela dure depuis combien de temps ? » demanda Charles.

« Andrea et moi ? »

« Oui. Cela semble… remarquablement familial. »

« Un certain temps. Que vous a-t-elle dit ? J’avais le sentiment qu’elle n’avait pas fait mention de mon existence. »

« Pas de nom. J’aurais eu quelque chose à dire si j’avais su. Quand elle travaillait à Runway, toutes les conversations que nous avions vous concernaient. Et les tâches ridicules que vous lui donniez à faire. » Il s’éclaircit la gorge. « L’opinion que j’avais de vous n’était pas bonne. »

Miranda leva un sourcil. « Eh bien… je ne vais pas présenter d’excuse : C’est entre Andrea et moi et nous avons résolu les désaccords que nous avions à l’époque. Et il n’y avait rien de romantique alors qu’elle travaillait pour moi. Il y avait une certaine… attirance peut-être. C’est tout. Il y a un peu plus de six mois, nous sommes littéralement entrées l’une dans l’autre. Nous nous sommes liées d’amitié. »

« De l’amitié ! » dit Isabelle, incrédule.

Miranda retint son irritation. Était-ce si difficile à imaginer ? « Oui. »

« Et maintenant, vous êtes ensembles. J’aurais dû m’en rendre compte, » dit Isabelle. « Il y avait quelque chose dans sa façon de parler de vous. Puis tout est parti en lambeaux avec Nate. » Elle secoua la tête. « Elle semble vraiment… vous aimer. Elle n’est pas du genre à faire les choses à moitié. »

Ceci causa un petit rire chez Miranda. « Moi non plus. »

« Il faut vraiment que je vous remercie à nouveau, » dit Charles. « Pour aujourd’hui. »

Miranda fit un signe de main. « C’était la seule chose que je pouvais faire pour elle dans la mesure où je ne crois pas que la police aurait apprécié de me voir débouler dans la maison. »

Charles acquiesça en lui-même. « J’y ai pensé également. » Il attira Isabelle un peu plus près de lui. « Je ne veux jamais avoir à faire face à  nouveau à une telle situation. Vous croyez que l’on pourrait la convaincre de démissionner ? »

Fermant les yeux,Miranda soupira. La question sonnait en partie comme une blague, mais elle reconnaissait également la prière dans sa voix. « Je vous laisserai en parler entre vous trois. Ce n’est pas ma place même si je m’inquiète. Et je m’inquiéterai toujours. »

Isabelle la regarda. « Vous ne correspondez pas à l’image que j’avais de vous, Miranda. »

Tout en haussant les épaules, Miranda se laissa aller contre le canapé. « A quoi vous attendiez-vous ? »

« Depuis ces dernières heures où nous avons appris votre existence ? » Elle regarda au plafond. « Quelqu’un de plus dure. De plus exigeante. Autoritaire. »

« Je suis tout cela, je peux vous l’assurer. » Elle soupira. « Mais pas aujourd’hui. » De l’autre côté de la pièce, le téléphone portable de Miranda sonna. « Excusez-moi ! » Charles et Isabelle répondirent d’un signe de tête. Elle vérifia l’affichage. Samuelson. Elle alla dans le couloir. « Bonsoir Inspecteur. »

« Eh ! Vous allez bien ? »

« Oui. Nous sommes à la maison. L’hôpital l’a laissée partir. Ses parents sont ici. »

« Très bien. Je voulais juste vous dire quelques petites choses. Je vais commencer avec le positif. Maria et ses enfants vont bien. Ils sont chez des cousins à Staten Island et Maria dit qu’Andy a sauvé leurs vies simplement pas sa présence. Elle est convaincue que Joey les aurait tous tués s’ils avaient été seuls. »

Miranda trembla. « Eh bien… »

« Ouais. Enfin… Joey vint de sortir de la salle d’opération. Il vivra, malheureusement. Ce qui signifie que l’argent de vos impôts va servir à ce qu’il soit logé et nourri quand il retournera en prison. Pour de bon cette fois, je l’espère. »

« Moi de même. »

« Bon… c’est tout ce que j’ai. Rodine vous contactera sûrement demain, mais je lui ai dit que je vous appellerais ce soir. Juste pour dire bonsoir. »

« Merci Inspecteur. Et dites-moi quand a lieu votre prochain gala de charité pour Saint-Vincent ? »

Il éclata de rire. « En avril. »

« Réservez-nous deux places s’il vous plaît. »

« Pourquoi pas toute une table ? »

Elle roula des yeux. « Ne vous inquiétez pas, Samuelson. Ils recevront un très gros chèque cette année en votre nom. »

Il y eut un silence. « Ce n’est pas pour ça que je l’ai fait, vous savez. Peut-être au début, mais plus après. Pour moi, nous sommes quittes. »

Miranda entendit un bruit de pas derrière elle alors qu’Andrea descendait l’escalier. Son teint semblait un peu grisâtre dans la pénombre, mais son sourire était plein d’amour comme si le simple fait de voir Miranda la rendait heureuse. « Je ne pense pas que nous soyons jamais quittes, Inspecteur, mais je vous remercie. Bonne nuit. »

« Bonne nuit. »

« Eh ! » dit Andrea. Elle se glissa entre les bras de Miranda et posa sa tête sur son épaule. « Je suis fatiguée. »

« Un bain et puis au lit ? » demanda Miranda.

« Ouais, mais puis-je utiliser ton téléphone d’abord ? Il faut que j’appelle Doug et Lily. Je ne suis pas allée voir sur Internet, mais ils doivent être en train de paniquer et mon téléphone est… Mmmm… HS. »

« Bien sûr, j’avais complètement oublié. » Elle tendit son portable.

Je ne peux pas croire que personne ne t’ait encore appelée. Tu étais partout aux infos. »

« Ils appellent sûrement l’autre ligne. J’ai éteint le Blackberry. »

« Oh ! C’est futé. J’imagine que tu vas t’efforcer à limiter les dégâts au maximum. »

Miranda secoua la tête. « Pas de dégâts. Quelques mises au point peut-être. Mais rien qui ne puisse être réparé. Je ne suis pas inquiète. »

« Vraiment ? »

Avec un délicat grognement, Miranda toucha les cheveux d’Andrea. « Mes priorités se sont réorganisées plutôt rapidement cet après-midi si tu n’étais pas au courant. »

« Oh oui ! Les miennes aussi. » Elle embrassa Miranda avec chaleur. « Je vais dire bonne nuit à mes parents. Tu les as installés au deuxième étage ? »

« Mmm… Je vais faire couler ton bain et je vais leur montrer la chambre. »

« Merci. » Elle se pencha pour un autre baiser. « Qui était au téléphone ? »

« Samuelson. Il m’a dit que… l’homme, » Miranda ne pouvait se résoudre à dire son nom. « Qu’il a survécu à la salle d’opération. Et Maria et ses enfants sont dans de la famille. »

Les yeux d’Andrea s’écarquillèrent comme si penser à eux l’avait effrayée. « Je veux les voir dès que la neige le permettra. »

Miranda ne s’attendait pas à cette réaction, mais elle fit oui de la tête. « Bien sûr. Nous prendrons la voiture. »

« Tu n’as pas besoin de venir avec. »

Penchant sa tête sur le côté, Miranda dit. « Je ne viendrais pas si tu ne veux pas que je vienne, mais je ne veux pas te laisser hors de ma vue pendant un petit bout de temps. »

Les sourcils d’Andrea se levèrent de surprise. « Oh ! OK. Je veux pas que tu te sentes obligée. »

« Ce n’est pas le cas. »

« Eh bien. Ça serait super. » Elle fronça des sourcils. « Mes parents ne seront peut-être pas très heureux. Ils veulent sûrement que je me trouve le plus loin possible de Maria, que je démissionne de mon job et que je retourne en courant dans l’Ohio. Comme s’il ne sa passait jamais rien là-bas ! »

« Ils auront du mal à me détacher de toi, Chérie, » plaisanta Miranda. « Mais tu es adulte. Ils devront accepter ta décision quelle qu’elle soit. »

A ces mots, Andrea sourit légèrement. « Tu dirais la même chose si Cassidy ou Caroline étaient concernées ? »

« Ha ha ! Demande-moi ça dans dix ans ! »

« Je n’y manquerai pas. Je reviens. »

Elle regarda Andrea passer avant de traverser l’entrée et regarder par la fenêtre. La neige tombait tranquillement et la rue était calme.

10ème partie

Miranda était contente de voir combien tout était tranquille quand elle sortit de la voiture. Elle était également satisfaite de la rapidité avec laquelle elle avait atteint les objectifs qu’elle s’était fixés. Pendant le dîner, elle avait eu tout le temps pour discuter avec Irv ainsi qu’avec deux administrateurs d’une société dont elle n’avait pas horreur. Elle avait bu un verre de vin et avait apprécié un dîner passable. Elle avait facilement convaincu l’agent d’une jeune starlette montante d’Hollywood que la couverture de Runway n’était pas nécessaire pour fournir une excellente publicité à sa carrière. Miranda voulait l’interview, mais pas au point de sacrifier la couverture du numéro d’août à une artiste qui n’avait pas encore fait ses preuves.

Il était à peine 21 heures. Les filles seraient encore debout. Miranda sourit.

Elle les trouva dans la salle de divertissement alors qu’Andrea se penchait au-dessus du pied de Caroline pour lui mettre du vernis à ongle. « Eh M’man ! On organise une séance photo, » dit Caroline.

« Oh ? »

Andrea se tourna vers elle, un sourire espiègle sur le visage. Elle était fortement maquillée. Ses yeux ressortaient de façon dramatique ainsi que ses lèvres rouges. « Tu aimes mon nouveau look ? »

« C’est… particulier. » Bizarrement, ce n’était pas mal. « Qui en est responsable ? »

« Cassidy. Elle est drôlement bonne. »

Le maquillage autour des yeux de Cassidy semblait criard sur son jeune visage, mais Miranda dut reconnaître que c’était fait avec art. « Très bien ma chérie. Beaucoup mieux que la dernière fois. »

Cassidy se rengorgea devant l’attention que lui portait sa mère. « J’ai beaucoup aimé le numéro de décembre avec tous les trucs de Noël et l’utilisation du noir et du blanc. C’est ce que j’ai essayé de faire. Pour le contraste, tu sais ? »

« Andrea est très jolie. » Et c’était le cas. De près, il y en avait trop, mais pour une photo, ça marcherait bien. « Toi par contre, tu portes beaucoup trop de mascara. »

Levant les yeux au ciel, elle choisit d’ignorer Miranda.

Deux heures plus tard, après que les filles soient au lit, Miranda se coucha à côté d’Andrea. Sa peau de porcelaine était toute propre, ses joues encore vermeilles après le contact de l’eau chaude. « Tu te débrouilles bien avec elles, » dit-elle.

« J’aime bien être en leur compagnie. La plupart du temps. Elles ne se disputent plus autant qu’avant. »

« J’ai remarqué. » Miranda pensait que c’était parce qu’elles recevaient plus d’attention et d’affection que d’habitude. Passer plus de temps à la maison devenait une habitude. Elle n’en disait rien à Andrea pour ne pas attirer l’attention sur ses résultats en dent de scie à être une bonne mère.

« Tu t’es amusée à cette soirée ? » demanda Andrea en se pelotonnant un peu plus près, sentant bon le menthol. La forte odeur rappela à Miranda le souvenir de leur premier baiser et elle se sentit envahie par une vague de chaleur.

« Oui, » dit-elle dans un souffle, mais je crois que tu m’as promis une autre forme d’amusement plus tôt dans la soirée. Tu te souviens ? »

Andrea regarda le plafond, l’air pensive. « Une autre forme d’amusement… Hmmm… Je ne suis pas sûre de voir ce que tu veux dire. »

« Laisse-moi te remémorer alors ! » Miranda roula par-dessus Andrea et l’embrassa tout en respirant le menthol.

Miranda regarda fixement dans le miroir, la brosse à dents toujours dans la bouche. Elle avait utilisé le dentifrice d’Andrea ce soir-là, ayant terriblement besoin de ce goût et des souvenirs qu’il rappelait. Elle cracha et rinça sa bouche, attirée à nouveau par son propre reflet.

Elle avait l’air terrible. Les yeux cerclés de noir et le teint blafard. La fatigue, quel qu’en soit la cause, ne lui réussissait pas, pas plus que trop pleurer. Jetant un coup d’œil à Andrea qui était allongée tranquillement dans la baignoire, elle se dit qu’Andrea ne pouvait bien voir que d’un œil. Peut-être qu’elle ne ferait pas attention.

S’asseyant sur le bord de la baignoire, elle regarda longuement ce corps qui lui était si précieux, abîmé, mais vivant. Le bras gauche d’Andrea était enveloppé dans du plastique et reposait sur le rebord. Son oeil s’ouvrit. « Tu as vraiment une sale tête, » dit-elle avec un petit sourire.

Surprise, Miranda se retrouva à rire de plaisir plutôt que d’humiliation. « J’ai une bonne excuse. Tu m’as fait vieillir d’au moins cinq ans cet après-midi. »

Un orteil sortit de l’eau et se mit à suivre un dessin sur la robe de chambre de Miranda. « Tu es toujours la plus jolie chose que j’aie jamais vue de toute ma vie. Tu l’as toujours été. »

« C’est vrai ? » Miranda saisit le pied délicat et en caressa le dessus, suivant la ligne du coup de pied.

« Ouais. Je suis prête à parier que j’ai l’air aussi jolie que toi ce soir, hein ? » elle toucha son œil.

« La plus jolie chose que j’aie jamais vue de ma vie, » répéta Miranda.

Après avoir passé sa vie à juger la beauté et la considérer passable ou pire, Miranda avait développé une opinion selon laquelle l’imperfection était inacceptable. Mais regardant la peau gonflée d’Andrea, les hématomes sur son corps et son bras tailladé, elle pensait différemment. Elle se demanda combien cet événement allait changer sa façon de voir le monde et par conséquent sa façon de faire son travail. Parce qu’il était vrai qu’elle repenserait à ce moment et saurait qu’Andrea était belle quel que soit son apparence.

Vingt minutes plus tard, elle se glissait entre les draps. Elles avaient changé de côté ce soir-là pour permettre à Andrea de garder son bras surélevé. Elles avaient également chacune pris un comprimé de Lorazepam. Miranda l’avait placé avec reconnaissance sous sa langue alors qu’Andrea avait résisté à cette idée avant de se rendre à la raison. Miranda n’était pas du genre à pousser à la consommation de médicaments : elle avait vu bien trop d’abus dans son milieu et savait à quoi s’en tenir. Mais elle avait beaucoup à faire le lendemain et avait besoin de se reposer. Andrea, de son côté, était toujours à cran malgré le bain et cela l’aiderait à dormir au moins quelques heures.

« Peut-on laisser une lampe allumée ? » demanda Andrea.

« Bien sûr. Celle-ci ? » demanda Miranda en montrant une petite lampe à côté du lit. Elle n’éclairait pas assez pour permettre de lire, mais elle diffusait une lumière douce dans la chambre.

« OK. Merci. » Elle gigota un peu. « Est-ce que tu peux me tenir jusqu’à ce que je m’endorme ? »

« Et même après, » dit Miranda en se tournant sur le côté et en adaptant la position de son corps pour tenir Andrea. « Repose-toi, Chérie. Je serai là quand tu te réveilleras. »

Andrea soupira et ferma les yeux. Miranda embrassa son front et posa sa tête sur l’oreiller.

Elle avait survécu. Cela avait été une bonne journée. Demain serait encore meilleur.

11ème partie

Neuf mois plus tard

« M’man, vous allez descendre ? » demanda une voix à travers la porte.

Miranda ouvrit les yeux, se souvenant peu après où elle se trouvait. Le parfum du gingembre blanc flottait dans l’air depuis la fenêtre ouverte. Elle laissa retomber sa tête sur l’oreiller. A sa gauche se trouvait Andrea, le dos découvert par le drap qu’elle avait repoussé pendant la nuit. Des cheveux à longueur d’épaule étaient étalés sur l’oreiller et malgré le désir qu’elle en avait, Miranda se retint de tendre la main pour caresser la peau douce.

Elle sortit du lit et saisit le peignoir qui se trouvait sur la chaise à côté du lit. L’enfilant rapidement, elle se dirigea vers la porte.

Cassidy, déjà vêtue de sa combinaison, se tenait de l’autre côté. « Nous partons dans quelques minutes. »

« Très bien. Vous avez mangé ? »

« Ouais, il y a un petit moment. Sam a fait la cuisine. »

« Excellent. J’arrive tout de suite. »

« OK. Est-ce qu’Andy a dormi ? »

Miranda caressa la joue de Cassidy. « Oui, mais je vais la laisser se reposer un peu plus longtemps. Tu pourras la voir quand tu reviendras de ta leçon. Peut-être que nous descendrons à la plage pour voir. »

« Cool ! »

Sa fille déguerpit le long du couloir, puis descendit l’escalier. Miranda se dirigea vers les portes-fenêtres et porta la main aux stores à lames qui gardaient le soleil à l’extérieur. Elles avaient laissé quelques fenêtres ouvertes pour que Miranda puisse sentir la brise et entendre le bruit de l’océan pendant la nuit. Non qu’Andrea entende quoi que ce soit.  Des boules Quiès se trouvaient fermement enfoncées dans ses oreilles ce qui expliquait pourquoi elle dormait encore malgré tout le bruit.

Miranda sortit dehors, le soleil donnant dans ses yeux. Plus bas, un sable clair menait directement à une eau si bleue que Miranda avait encore du mal à croire que c’était réel. Des palmiers se balançaient dans le vent et deux énormes Plumeria roses faisaient office de sentinelle de chaque côté de la propriété. Quelques jours après leur arrivée, Andrea avait cueilli des fleurs sur les arbres et avait confectionné quatre leis (NDT : collier de fleurs hawaïen), un pour chacune d’elle. Deux de ces guirlandes étaient maintenant suspendues au mur de leur chambre et embaumaient encore l’air, plusieurs jours après.

Le temps semblait vouloir coopérer ce matin-là contrairement à la veille. Le mois de décembre à Kauai (NDT : l’une des îles de l’archipel hawaïen) était imprévisible. Jusqu’à présent, elles n’avaient eu que deux jours de pluie. Mais même ça semblait paradisiaque comparé à la neige plus ou moins fondue de l’hiver new-yorkais. La pluie ici faisait penser à quelques chose de doux et humide et même Miranda avait eu envie de se retrouver en dessous peu après leur arrivée.

L’estomac de Miranda gronda. Elle savait que le café était fait et attendait. Avec un sourire d’anticipation, elle retourna à l’intérieur et descendit à l’étage du dessous.

La cuisine avait déjà été nettoyée. Sam était un envoyé du ciel. Un mélange fascinant de nounou, de cuisinier, d’homme de ménage et de professeur de surf, il était le compagnon idéal pour les filles et également de très bonne compagnie pour elle-même et Andrea. Il les avait même emmenées voir sa famille qui semblait très étendue et multi-raciale à un point tel que Miranda se demanda vraiment combien de personnes étaient vraiment liées par le sang. Kai, le superbe petit ami de Sam, était également un professeur de surf ainsi qu’un étudiant sérieux de hula (NDT : danse traditionnelle hawaïenne). Quand Sam avait emmené les filles jusqu’au Halau (NDT : nom des écoles de hula) de Kai pour regarder une leçon, Caroline avait immédiatement décidé qu’elle chercherait un cours à New York pour apprendre.

Tout ce qu’elle voulait si ça la rendait heureuse, pensa Miranda.

Quand elle entra dans la cuisine, Sam l’accueillit avec un sourire amical. « Komo mai, Miranda. Prête pour le café ? »

« S’il vous plaît. » Il versa une tasse depuis la cafetière, ajouta du lait et tendit la tasse. Elle respira le délicieux parfum et avala ses premières petites gorgées avec gratitude. « Ohh ! » grogna-t-elle. « Parfait. »

« Il éclata de rire. « Mahalo. Mais vous dites ça tous les jours. »

« Il est parfait tous les jours. Cassidy me dit que vous avez déjà mangé. »

« Oui. Je vais vous faire des œufs. »

« Non, non, je vais le faire. Vous pouvez partir. Nous vous rejoindrons peut-être plus tard. »

« Vraiment, Maman ? » demanda Caroline.

« Mmm… » fit Miranda. « Je sais que vous êtes toutes les deux montées sur vos planches hier et je veux voir ça par moi-même. »

« C’était trop cool ! » s’enthousiasma Caroline. « J’ai hâte d’y retourner. Sam dit que les vagues sont super ce matin. »

« Mais pas trop grosses, » avertit Miranda tout en regardant Sam.

« Bien sûr. Des petites vaguelettes, juste ce qu’il faut pour les filles. C’est tout bon. »

Après une autre gorgée de son précieux breuvage, Miranda hocha la tête. « Très bien. Vous n’êtes pas loin ? »

« Nous sommes sur la plage publique, à deux pâtés de maisons au nord. Vous verrez l’abri des maîtres-nageurs. »

« Très bien. » Elle embrassa Cassidy et Caroline et sourit à Sam. « Amusez-vous bien ! »

 » Oh oui ! » crièrent les filles. « A plus ! »

« Aloha, » fit Sam et il les suivit par la porte de derrière.

Après un moment de réflexion, Miranda se dirigea vers le petit salon situé à côté qui servait en quelque sorte de bureau pour elle-même et Andrea. Elle ne l’avait pas vraiment utilisé, mais elles y conservaient leurs ordinateurs portables et leur routeur WiFi. Elle alluma son ordinateur et envoya un message de quatre mots à Nigel. Il avait une fenêtre de trois minutes pour répondre et malgré l’espoir de Miranda, il répondit en moins de deux.

Elle dirigea la webcam au-dessus de l’écran et passa sa main dans ses cheveux, les repoussant derrière l’oreille. Peu après, le visage paniqué de Nigel emplit l’écran. « Oh Dieu merci ! » s’exclama-t-il. « Karl est en train de nous faire une crise ! Il insiste pour que tu supervises la séance photo pour le numéro d’Avril. »

Miranda roula des yeux et se dit qu’elle aurait bien aimé avoir un Bloody Mary dans sa main. « Nigel, tu es un adulte. Tu travailles avec Lagerfeld depuis quinze ans. Qu’as-tu pu oublier au cours des dix derniers jours ? »

« Rien ! Mais Miranda, tu ne l’as pas vraiment prévenu que tu serais partie. En fait, tu n’as prévenu personne. A quoi t’attendais-tu ? »

Cela l’irrita. Elle se redressa dans le siège de bureau inconfortable. « J’attendais que tu diriges le magazine de façon convenable pendant mon absence. Nous ne soignons pas le cancer pour l’amour de Dieu. Apporte quelques bouteilles de Veuve Cliquot sur le plateau et ne porte pas trop d’eau de toilette. Tu t’en sortiras. »

« Mais Miranda… »

« Je ne reviens pas, je répète, je ne reviens pas à New York pour mettre de l’ordre dans cette pagaille, Nigel. Débrouille-toi ! » Elle inspira et se força à se souvenir de se détendre. Comme elle le lui avait dit, ce n’était pas une question de vie ou de mort. « Un jour, tu ne pourras plus me déranger avec tous tes problèmes. Cela relèvera de ton entière responsabilité. Je te suggère de t’habituer à diriger sans moi. »

Il y eut un petit cri d’étonnement en arrière-plan et Miranda pensa qu’Emily pouvait traîner dans les parages hors de vue. Nigel béa de surprise. « Quoi ? »

Elle n’avait pas eu l’intention de laisser entendre qu’elle pourrait s’éloigner un peu de Runway, mais il n’y avait pas vraiment de bon moment alors pourquoi pas maintenant. « J’envisage… un congé sabbatique. »

Nigel se figea littéralement et Emily le repoussa pour prendre le siège à côté du sien. « Quoi ? » dit-elle une voix étranglée. « Vous ne pouvez pas ! »

« Je peux, » dit Miranda, un sourcil se levant d’un air de défiance. « En juillet. Pour au moins quelques mois. » Ou plus longtemps. Elle n’avait pas encore décidé.

« Miranda, plus longtemps tu seras partie et plus dur ce sera de revenir. Irv, » dit Nigel tout en tentant de s’éclaircir la voix, « Irv va essayer de te garder à l’écart. »

« Sans aucun doute. » Miranda ne s’en souciait pas. Elle pouvait faire comme elle souhaitait, qu’importe ce que voulait Irv Ravitz. Son statut d’icône de la mode et sa personnalité publique avait fait un bond exponentiel l’année écoulée. Mais des mois à voir sa relation avec Andrea sous le microscope du public avait appris à Miranda qu’il y avait un niveau de popularité qu’elle ne souhaitait pas atteindre.

« Miranda, je ne peux pas croire que tu jetterais vingt cinq ans en l’air… » dit Nigel sans finir sa phrase et en laissant quelques mots non dits.

Pour une fille qui a la moitié de ton âge, Miranda savait ce qu’il pensait. Et il aimait bien Andrea. Mais même après tout ce temps, il ne comprenait pas. Pas plus qu’Emily ou n’importe qui à Runway. Ils avaient réagi avec incrédulité quand Miranda avait commencé à déléguer plus de responsabilités aux divers chefs de département, les amenant à prendre les décisions que Miranda avait prises quand elle microgérait le magazine. La structure interne de Runway ressemblait davantage maintenant à celle d’autres magazines, ce qui donnait à Miranda plus de temps à la maison. Mais personne ne pouvait comprendre pourquoi. Ils pensaient qu’elle passait par une phase. Une attaque précoce de la maladie d’Alzheimer ou la crise de la cinquantaine.

Peut-être était-ce le cas. Mais c’était une crise que Miranda avait l’intention de faire durer. Elle voulait passer le restant de ses jours avec Andrea. Et quand elle regardait dans les yeux d’Andrea, elle y voyait un même désir.

Les amis d’Andrea avaient un peu mieux réagi à leur relation : Doug et Lily virent très rapidement la profondeur des sentiments de Miranda et y répondirent en conséquence. Tous les trois n’étaient pas vraiment copains, mais Miranda se trouva  à apprécier bien plus leur compagnie que celle de ses soi-disant « amis ». Les employés de Runway n’y faisaient pas exception.

« Nigel, si tu crois que passer quelques mois avec ma famille revient à foutre sa vie en l’air, je ne t’ai pas rendu service. Un jour, je te présenterai des excuses. Mais pas aujourd’hui. Débrouille-toi avec Lagerfeld ! Et ne m’appelle pas ! Je serai sur la plage en train de regarder mes filles faire du surf. Les parents d’Andrea arrivent demain pour les vacances alors tu ne devrais pas entendre parler de moi avant le 26. Compris ? »

Nigel cligna des yeux. « Miranda, es-tu sûre que c’est ce qu tu veux ? »

« Passer Noël avec des gens venant de l’Ohio ? » dit Miranda, ignorant délibérément le sens de la question.

Il souffla d’un air exaspéré. « Tu sais ce que je veux dire. Quitter Runway… »

« Nigel, je sais que tu es inquiet parce que tu te soucies pour nous et je t’en suis reconnaissante. Nous pourrons en discuter à fond à mon retour. Pour l’instant, concentre-toi sur le travail ! Voici l’occasion que tu attendais. Vas-tu vraiment la gaspiller parce que tu t’inquiètes pour moi. Pour moi !

Cela sembla le déstabiliser. « Eh bien, » commença-t-il.

« Ne me déçois pas, Nigel ! Vous non plus, Emily. » Elle soupira et arbora son regard le plus sévère. « Je vais préparer le petit déjeuner. Y a-t-il autre chose ? »

« Vous cuisinez ? » demanda Emily d’une voix aiguë.

« Oh mon Dieu ! » dit Miranda en roulant des yeux. « Envoyez-moi un mail s’il y a une catastrophe et peut-être que je répondrai. Sinon, je vous parlerai lundi. A la même heure. »

« Si tu le dis. Passe de bonnes fêtes ! » dit Nigel.

« Toi aussi. Et Emily, allez voir le deuxième tiroir de mon bureau, le dossier sur le devant. Vous pourriez y trouver quelque chose d’intéressant. » Quand il apparut qu’aucun ne bougeait, elle dit simplement « Au revoir » et mit fin à la connexion. Ils feraient mieux d’apprécier leur bonus cette année. Miranda les avait bien récompensés, peut-être mieux que ce qu’ils méritaient vu que Nigel ne pouvait même pas s’occuper d’un chaton comme Lagerfeld. Ce qui était fait était fait. Elle avait en tête des choses beaucoup plus intéressantes.

Comme de faire le petit-déjeuner. Les fruits étaient déjà coupés et elle plaça des tranches de pain dans le grille-pain avant de verser quelques œufs dans un bol. Alors qu’elle battait les œufs, elle réfléchit aux efforts qu’il avait fallu pour qu’elle se retrouve dans cet endroit tranquille et agréable.

Des mois ininterrompus à avoir des appareils photos brandis sous son nez. Tenter de travailler chaque jour avec une équipe distraite. Des regards en biais et des commentaires de la part des gens de son milieu.

Et pire. L’angoisse d’Andrea. Son incapacité à dormir plus de quelques heures, puis à simplement dormir. Son refus initial de voir un thérapeute ou d’accepter un traitement. Son opinion qu’elle n’avait pas besoin de revenir sur quelque chose dont elle avait déjà parlé un millier de fois.

La goutte d’eau avait été un appel téléphonique que Miranda avait reçu d’Andrea au milieu d’une crise d’angoisse. Sa perception modifiée de ce qui l’entourait avait terrifié Miranda. Quand Andrea avait dit qu’elle pensait faire une crise cardiaque, Miranda avait quitté son bureau comme une trombe et avait retrouvé son amante quelques pâtés de maisons plus loin, appuyée contre un lampadaire sous une pluie battante.

Le jour suivant, Andrea allait voir un thérapeute pour la première fois. Les choses s’améliorèrent par palier. Elle commença à porter son traitement avec elle, pas pour le prendre, mais pour l’avoir sur elle. Cette simple idée l’aida plus que tout. Elle dormit, pas très bien, mais quand même un peu. Son comportement hypervigilant commença à s’assouplir. Elle accepta de porter des boules Quiès pour dormir même si elle continuait de sursauter si un bruit fort se faisait entendre à travers la cire.

Parallèlement, elle continua de travailler. La plupart du temps, elle restait derrière son bureau, conduisant ses interviews par téléphone ou en ligne ou face à face à son bureau. Tout cela convenait à Miranda. Puis quand son angoisse commença à diminuer, Andrea s’aventura à nouveau sur le terrain, en étant toujours très prudente, appelant toujours Miranda en arrivant sur les lieux de ses enquêtes et juste après en être repartie. Cela convenait aussi à Miranda. Elle voulait savoir que tout allait bien. Le thérapeute d’Andrea pensait que la relation évoluait peut-être en une forme de co-dépendance, mais aucune ne s’en souciait. Cela leur permettait de faire face à leur journée et c’est tout ce qui importait.

Les mois passèrent. Andrea connut moins de sautes d’humeur et elle pouvait dormir à nouveau toute la nuit. Et juste quand les choses recommençaient à aller bien, Andrea descendit d’un train à Penn Station, revenant d’une fantastique interview à Trenton et se retrouva au milieu d’une alerte à la bombe. Au lieu de s’effondrer, elle prit son médicament et pataugea à travers la neige sale et la gadoue depuis la 34ème rue jusqu’à l’immeuble Elias-Clarke. Elle déboula dans le bureau de Miranda sans être annoncée et déclara très fermement, « j’ai besoin de faire un break. Est-ce qu’on peut partir quelque part ? »

Trois semaines plus tard, elles se retrouvaient à bord d’un vol d’American Airlines en direction de Kauai. Les filles avaient fini leurs derniers examens quelques  jours plus tôt et elles pourraient célébrer Hanoukka et Noël sur la plage. Les parents d’Andrea avaient accepté avec gratitude de les rejoindre. Miranda avait loué une maison et l’un de ses nouveaux amis du Comité pour la Diversité à Dalton (NDT : école privée que fréquentent Cassidy et Caroline) avait recommandé Sam comme baby-sitter. Tout s’était parfaitement arrangé comme si c’était destiné.

Jusque là, Miranda pensait que c’était la meilleure décision qu’elle ait pu prendre.

Elle partagea les œufs entre deux assiettes, ajouta les fruits et toasts et bien sûr, le café. Avec précaution, elle souleva le plateau et le monta en haut de l’escalier. Andrea n’avait pas changé de position sur le lit alors Miranda posa silencieusement le plateau par terre et se glissa au-dessus du drap. D’une main douce, elle caressa le dos d’Andrea jusqu’à ce que celle-ci se retourne et sourit.

Elle retira ses boules Quiès de ses oreilles. « Bonjour ! »

« Bien dormi ? »

« Mmm… comme un bébé. J’adore ce lit. »

« Peut-être que nous pourrons le remporter à la maison. »

Andrea éclata de rire. « Peut-on remporter la vue qui va avec ? »

« Mmmm, » fit Miranda. « Ce serait bien, » dit-elle en penchant la tête sur le côté. « As-tu envie de petit-déjeuner ? »

« Oui. Je peux aller nous faire quelque chose… »

« Ne bouge pas ! » ordonna Miranda. Elle descendit du lit et présenta le plateau de nourriture, excessivement satisfaite de la joie qu’elle vit dans les yeux sombres. Andrea appréciait chacune des petites choses que Miranda faisait pour elle ce qui rendait l’action de donner encore plus satisfaisante.

« Tu as cuisiné ? Oh mon cœur, ça a l’air fantastique. »

« Ce sont des œufs. Ça ne prend que cinq minutes. »

« Eh bien, j’adore ça. Merci. » Elle se pencha par-dessus le plateau et offrit un baiser à Miranda qui l’accepta. « Les filles sont déjà parties ? »

« Oui. Voudrais-tu aller les voir sur la plage quand on aura fini ici ? »

« Mmm, bonne idée, » répondit Andrea avant de prendre sa première bouchée. « Miam, » marmonna-t-elle entre deux bouchées.

Elles mangèrent en silence, profitant du bruit des vagues et parfois du cri d’une mouette. Quand Miranda eut fini, Andrea dévora le dernier morceau d’ananas de son assiette. Elle prit alors le plateau pour le remettre par terre et elle put enfin s’allonger à sa place sur le lit. Andrea profita immédiatement de la situation en écartant son peignoir.

Elle passa légèrement un doigt sur un mamelon de Miranda, souriant quand le vit se durcir sans avoir à le cajoler beaucoup. « Hmmm, » dit-elle. « Que penses-tu que cela signifie ? »

« Es-tu en train de me taquiner ? » dit Miranda, le souffle un peu court. Cela faisait plus d’une semaine qu’elles avaient fait l’amour, distraites par l’organisation des vacances et les jumelles et le travail à laisser  derrière.

« Ce n’est une taquinerie que si je ne continue pas. »

« Oh ! » Miranda déglutit, ressentant déjà un chatouillement entre les jambes. « J’ai promis aux filles… »

« Nous irons les voir. Un peu plus tard. Nous avons plein de temps. »

Miranda réalisa qu’Andrea avait raison, sur tant de points. Mais qu’importe le temps qu’elles avaient, Miranda ferait en sorte que chaque moment compte. Elle tira Andrea à elle pour un baiser brûlant, roulant par-dessus le corps de son amante et repoussant du pied le drap hors du lit. « Pourquoi ne me laisserais-tu pas faire tout le travail, » murmura Miranda en mordillant un sein ferme. « Tu n’as qu’à t’allonger et penser à l’Angleterre. »

Andrea éclata de rire et se cambra de plaisir.

Plus d’une heure après, elles descendirent vers la plage en se promenant, fraîchement douchées et encore rayonnantes de leurs récentes activités. Andrea portait un large chapeau et une adorable robe soleil avec un bikini en dessous. Elle s’était recouverte tous les jours de protection solaire, mais le temps hawaïen avait immédiatement mis fin à la pâleur fantomatique causée par les hivers new-yorkais.  Miranda partageait le même sort, protégeant sa peau, mais incapable de résister à un peu de couleur pour une fois.

« Les voici ! » dit Andrea en pointant du doigt plus bas sur la plage. A une dizaine de mètres. Tu vois ? »

Miranda voyait. Les fillettes étaient dans l’eau, attendant la vague. Sam flottait sur sa planche entre elles deux. Cassidy les repéra en premier et agita un bras en l’air énergiquement. « Maman ! » cria-t-elle. « Andy ! »

Andrea répondit de même alors que Miranda avait sa main serrée juste au-dessus du coude d’Andrea. Elle caressait légèrement son bras gauche, faisant passer ses doigts le long de plusieurs cicatrices blanches qui disparaissaient peu à peu. Une était plus longue et plus épaisse que les autres. La toucher était devenu une habitude, une habitude qu’elle ne briserait jamais.

Bientôt, elles furent au bord de l’eau, attendant, et après quelques minutes, Miranda aperçut la vague qui se formait derrière les filles. Andrea fit un pas en avant, émettant un petit cri de frayeur. « Elle est si grosse, » chuchota-t-elle. « Faites attention ! Ne tombez pas ! » leur cria-t-elle.

Mais Miranda ne fit que caresser à nouveau son bras, tout simplement. « Elles vont bien, » dit Miranda, pleine de confiance, d’espoir.

Sam les encouragea à prendre la vague et au plus grand bonheur de Miranda, les deux fillettes montèrent sur leur planche avec difficulté et se tinrent debout. Leurs rires résonnèrent par-dessus le bruit de la mer. Cassidy était pleine de grâce, déjà une experte alors que Caroline avait plus de mal, mais conservait quand même l’équilibre. Elles tinrent jusqu’au bout et sautèrent de leur planche en arrivant sur le sable où elles coururent vers elles. Cassidy tomba dans les bras de Miranda, son corps et ses cheveux mouillés détrempant son paréo. « Est-ce que tu as vu, Maman ? On l’a fait ! »

Miranda enfouit son nez dans les délicieux cheveux salés de Cassidy et rit. « J’ai vu, ma chérie. Vous y êtes arrivées. » Elle jeta un coup d’œil à côté d’elle où Caroline s’accrochait serrée après Andy.

Caroline avait presque le souffle coupé d’excitation. « Tu as vu Andy ? On va bien ! On n’est pas tombées. »

Andrea cligna des yeux et croisa le regard de Miranda. Elle balança d’avant en arrière Caroline dans ses bras et dit. « Tu as raison, ma puce. Il n’y avait pas de raison d’avoir peur. »

Pour la première fois depuis de nombreux, nombreux mois, Miranda la crut.

Fin

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2 commentaires »

  1. J’ai adoré cette histoire. C’est sans doute ma préférée parmi celles que tu as traduites, même si j’ai bien aimé les autres aussi. Merci beaucoup.

    Commentaire par Gaxé — 2 juillet 2009 @ 20:44 | Réponse

  2. un très belle histoire.
    et bravo pour cette traduction réussite.

    Commentaire par traduction — 3 juillet 2009 @ 00:41 | Réponse


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