Au bord du Styx

2 janvier 2009

Traduction – Cinq Minutes – 8ème Partie

Bonsoir,

Avec toutes les perturbations connues ces dernières semaines, je n’ai plus d’avance dans mes écrits. Je pense que je vais travailler à finir la traduction de Cinq Minutes, tout en essayant de déterminer les grandes lignes de la suite du Projet 12. Je voudrais aussi me mettre à travailler sur une version un peu plus définitive dudit projet et lui trouver enfin un titre. A moins que je crée un concours pour recevoir vos idées de titre…

Une fois que j’en aurai fini avec Cinq Minutes, je pense que je demanderai à Harriet de travailler sur la traduction de ses autres récits de ce fandom. Vu le passage qu’il y a sur la traduction, je pense que ça devrait vous plaire ? 😀

En attendant, voici, en version brut de béton, la suite de Cinq Minutes :

Attention, version définitive : ici dans les archives

Cinq Minutes – 8ème partie

Miranda fit ce qu’elle put les jours suivants pour se sortir de l’esprit ce second incident. C’était cependant plus facile à dire qu’à faire. Alexander ne remarqua rien sortant de l’ordinaire, peut-être parce que Miranda se tuait au travail. Elle le vit à peine, pas plus que ses filles ou toute autre personne en dehors de Chelsea les quatre jours suivants. Au matin du cinquième, elle était d’une telle humeur que personne à Runway ne voulait passer par le couloir si l’on savait qu’elle était dans son bureau. Et bien que Miranda s’en rende compte, ça lui était égal. Elle avait une migraine épouvantable et la douleur était pire que tout. Le Tylenol la soulageait quand elle se rappelait d’en prendre, mais elle se dit qu’il était peut-être temps d’aller consulter le Docteur Sarayen. Nigel aurait sûrement recommandé un antipsychotique. Miranda, à ce stade, aurait sûrement sérieusement réfléchi à cette offre.

Cet après-midi là, le Docteur Sarayen lui posa une centaine de questions sur sa douleur. A la fin, elle secoua juste la tête. « C’est de la tension, Miranda. Vous grincez des dents et vous serrez vos mâchoires. Quand avez-vous votre dentiste pour la dernière fois ? »

Miranda releva un sourcil en réaction. « L’année dernière. Mes dents n’ont rien. »

« J’irais voir quelqu’un bientôt à votre place. Vous pourriez avoir besoin d’un protège-dents. »

« Non, » répondit Miranda sèchement. Elle ne subirait pas l’humiliation de porter une telle chose.

Le docteur leva les yeux au ciel. « Cela pourrait vous aider, particulièrement si vous voulez garder vos dents. En attendant, et uniquement cette fois, je veux bien vous prescrire du Valium en petite dose. Ne buvez pas d’alcool avec ! Prenez 5 milligrammes avant de vous coucher ! Appelez-moi dans une semaine s’il n’y a pas de différence et on passera à 10 !. Mais pas plus. » La femme tapota l’épaule de Miranda et celle-ci tenta de ne pas froncer des sourcils. « Vous faites toujours du yoga ? »

« Non. »

« De l’exercice ? »

Miranda pinça les lèvres. « Pas récemment. Je n’ai pas le temps. »

Le Docteur Sarayen la regarda avec cet air que prennent tous les médecins quand leurs patients font des choses qui ne sont pas bonnes pour eux. « Il faut vous y remettre. Particulièrement au yoga. Cela va vous aider pour vos maux de tête et votre sommeil. » Elle écrivit rapidement quelques mots indéchiffrables sur une feuille de papier. « Voici votre ordonnance. Appelez-moi comme je vous ai dit ! Et pour l’amour de Dieu, faites quelques chose qui vous rend heureuse de temps en temps ! »

Miranda eut un petit rire étouffé, pleine d’amertume. « Heureuse ? »

Le médecin pencha la tête sur le côté. « Oui, heureuse. Vous savez contente. Joyeuse. Réjouie. Même vous, vous devez vous souvenir de ce que cela fait d’être heureuse de temps en temps, non ? »

Même vous, pensa Miranda. Elle cligna des yeux. « Bien sûr. Mais la vie n’est pas seulement une question d’être heureuse. Rien n’est aussi simple. » Le médecin haussa des épaules. « Peut-être. Mais parfois, c’est simple. Regardez un couché de soleil. Lisez un livre. Faites une belle promenade. Passez du temps avec quelqu’un que vous aimez. Essayez juste de vous faire plaisir cinq minutes par jour. » Quand Miranda ouvrit la bouche pour protester, le médecin agita la main pour l’interrompre. « Cinq minutes. C’est tout ce que je demande. OK ? »

« Bon. » Juste parce qu’elle acquiesçait ne voulait pas dire qu’elle devait le faire.

« Très bien. Maintenant, du balais. J’ai repoussé un cas d’allergie au sumac vénéneux pour vous recevoir et le pauvre gars doit être en train de se gratter au sang.

Ce soir-là, Miranda n’alla pas voir Alexander. Elle quitta délibérément le travail à temps pour dîner avec ses filles pour la première fois depuis un certain temps. Mais une fois entrée dans la maison, le silence la surprit. « Les filles ? » appela-t-elle.

Pas de réponse.

« Il y a quelqu’un ? »

Elle entendit des bruits de pas venant de la cuisine. Michèle s’essuyait les mains avec un torchon. « Bonsoir Mme Priestly. Vous rentrez de bonne heure. »

« Je voulais dîner avec mes filles. »

Le visage de Michèle se figea. « Elles ne sont pas ici ce soir, Madame. Elles passent la nuit chez une amie. Je ne vous attendais pas avant minuit, mais laissez-moi vous préparer quelque chose à manger… »

« Quand ai-je donné ma permission aux filles de passer la nuit à l’extérieur ? »

« Mardi après-midi. Nous vous avons appelée pour avoir votre accord et vous avez répondu que ça allait. »

Miranda la regarda d’un air soupçonneux. Elle n’avait pas le moindre souvenir de cette conversation.

« Je ne les aurais pas laissées y aller autrement, Madame Priestly. Je vous jure. Vous avez été… eh bien… elles savent que vous travaillez dur et elles veulent juste vous faciliter la vie. Vous pouvez avoir votre samedi matin pour vous. Elles seront de retour à midi et ensuite, nous avons des tickets pour l’exposition E. Hopper au Musée Whitney.

Voudriez-vous venir avec ? Je pensais que vous travailleriez ou que vous seriez avec Mr. Huntington, mais je sais que les filles seraient emballées. »

Miranda perdit un peu de son souffle. Il y avait seulement quelques semaines, elle avait mentionné cette exposition à Cassidy et elle avait dit qu’elles devraient y aller toutes ensemble. Le talent artistique de Cassidy avait commencé à s’épanouir l’année précédente et Miranda était sûre  que l’élégance austère de Hopper lui plairait. « Vraiment ? » demanda-t-elle très doucement.

« Bien sûr. Cassidy a dit que vous l’avez mentionné, mais vous avez été si occupée et elle ne voulait pas vous déranger. » Miranda vit que la fille commençait à paniquer. « Vous pouvez prendre mon ticket. Cela m’est égal. » Elle joignit ses mains brièvement avant de les remettre le long de son corps. « Elles préfèreraient passer leur temps avec vous qu’avec quelqu’un d’autre. Elles vous aiment. »

« Mmm, » fit Miranda, le cœur un peu plus lourd. « Non merci. Allez-y toutes les trois ! J’ai des projets avec Alexander. »

Michèle hocha la tête. Miranda se sentit satisfaite de l’avoir effrayée. La jeune femme le méritait. « Très bien. Si vous changez d’avis, dites-le moi ! Je vais partir, à moins que vous n’ayez encore besoin de moi ? »

« Non, » répondit Miranda et la fille décampa, probablement soulagée d’en avoir réchappé en un seul morceau.

Et voilà. Depuis son bureau, elle entendit le bruit de la porte se fermer quelques minutes plus tard et la maison se retrouva parfaitement silencieuse.

Elle travailla sans s’arrêter jusqu’à minuit quand la douleur à la mâchoire se rappela à elle. Peut-être que se coucher tôt ne serait pas une mauvaise idée. Elle ferma le Book et monta à l’étage, ignorant la sensation de solitude quand elle jeta un coup d’œil dans la chambre vide de Caroline en allant vers sa propre chambre. Rapidement, elle se prépara pour se coucher et s’installa en soupirant sous l’épaisse couette. Le flacon orange contenait dix petites pilules et elle en attrapa une qu’elle avala avec de l’eau. « Cinq milligrammes, » ronchonna-t-elle. Ça valait la peine d’essayer.

Les mots du Docteur Sarayen lui revinrent à l’esprit alors qu’elle regardait fixement le plafond. Cinq minutes par jour. Miranda considéra qu’elle pouvait trouver le temps avant de s’endormir. Elle pensa à ses filles, mais leur absence lui faisait mal. Elle pensa à Alexander. Elle pensa au travail.

Elle gaspilla trois minutes avant de se rendre à la raison et elle laissa enfin son esprit se concentrer sur Andrea. Miranda imagina ces lèvres pulpeuses le long de sa nuque, lui  murmurant des douceurs, des mots qu’elle ne pouvait pas distinguer même dans son fantasme. Des mains douces massaient son cou douloureux et  soulageaient sa mâchoire sensible avec une tendresse qui lui serra le cœur.

Ce n’était pas réel, mais elle fut heureuse, si ce n’est que pour un moment.

Huit jours plus tard, Miranda prit la main d’Alexander alors qu’il l’aidait à descendre de la voiture. Ils avaient passé le début de la soirée à faire le tour des nouveaux bureaux pour son équipe d’encadrement et maintenant, ils allaient retrouver le reste de la famille à la maison pour un dîner tardif. Alors qu’elle regardait par-dessus son épaule, elle vit Bradley et Andrea s’approchant d’elle tranquillement bras dessus bras dessous tout en riant. Alexander murmura dans son oreille. « Ils forment un joli couple, non ? »

« Mmm, » fit Miranda, incapable de répondre de façon plus explicite.

« Tu… tu aimes bien Andy, n’est-ce pas Chérie ? »

Miranda ouvrit la bouche pour parler, prête à répondre quelque chose de vague quand Andrea tourna la tête et leurs regards se croisèrent. L’éclair qui traversa son corps ne la surprit pas, mais il était particulièrement inopportun. Au lieu de répondre, elle expira avec attention et rejeta en arrière ses cheveux. Elle tapota l’avant-bras d’Alexander alors que le silence entre eux était brisé par les salutations joyeuses de Bradley.

Alors qu’ils suspendaient leurs manteaux et se saluaient à l’intérieur, Miranda éprouva des difficultés à parler. Avec détachement, elle se demanda comment elle allait passer le reste de sa vie, ou du moins une partie, à voir Andrea et à la désirer et à résister à la tentation.

Ou à ne pas y résister.

Miranda pencha la tête sur le côté. Elle avait trompé Alexander, aussi bien en pensée qu’en action. Comment était-elle devenue ce qu’elle avait toujours méprisé ? Deux de ses trois mariages s’étaient achevés pour cause d’infidélité qui n’était pas de son fait. La trahison sous toutes ses formes la révoltait. Aussi, cela ne faisait aucun sens qu’elle y ait succombé aussi facilement et sans en ressentir la moindre culpabilité.

Mais Miranda réfléchit à la véritable question : pourquoi trompait-elle Alex pour commencer ?

Elle tapota son menton d’un doigt. Pourquoi se privait-elle, elle qui était la déesse de l’industrie de la mode, lanceuse de tendances ? Elle avait atteint tous les objectifs qu’elle s’était fixés, elle était au pinacle d’une carrière qui comptait tant de sommets qu’il était presque impossible d’en faire le compte. Mais ici, de l’autre côté de cette pièce se trouvait quelqu’un qu’elle désirait désespérément et qu’elle pourrait avoir si elle tendait simplement la main. Andrea avait été très claire sur ce point. Je t’aurais toujours, toujours choisie, avait dit Andrea et Miranda la croyait. Les mots résonnèrent dans son esprit alors que son mal de tête la submergeait et que sa vision s’assombrit un instant.

Serait-ce si horrible d’aimer Andrea ? Cela la rendrait-elle faible et stupide ? Miranda ne pouvait le dire. La jeune femme était une donnée inconnue. Ambitieuse, sans aucun doute et motivée, mais avec une pureté et un enthousiasme qui, chez toute autre personne, auraient semblés puérils. Et elle était fondamentalement le contraire de toutes les personnes auxquelles Miranda avait été attirée.

Elle jeta un coup d’oeil au décor sobre et élégant. Alexander avait des goûts raffinés qui correspondaient aux siens. Sa personnalité était puissante et tout au long de sa vie, il avait connu autant sinon plus de réussites que Miranda. Ses enfants étaient, Dieu merci, à l’âge adulte et il aimait bien les jumelles pour autant qu’il les connaisse. Il était son égal à tous les niveaux.

Sauf un.

Avant qu’elle ne puisse poursuivre ses réflexions, Miranda entendit à proximité quelques chuchotements furieux. L’une des voix était celle d’Andrea et ses yeux étaient écarquillés quand Miranda les regarda dans ce qui semblait être une dispute entre elle et Bradley. Andrea remarqua que Miranda les observait, mais au lieu de cacher sa tristesse, son chagrin sembla s’accroître. Quelques chose d’horrible s’était passé. Bradley l’avait fait souffrir d’une façon ou d’une autre et c’était inadmissible. Miranda s’apprêtait à charger vers eux quand Jasmine l’intercepta et lui tendit une coupe de champagne. « Voici, Miranda, » dit la jeune femme.

« Merci, » répondit Miranda tout en fronçant les sourcils. Elle prit la coupe, mais garda un œil sur Andrea.

« Vous avez aimé les nouveaux bureaux ? »

« Quoi ? » fit Miranda tout en détournant avec difficulté son regard.

« Sur la 5ème Avenue. Est-ce que Papa ne vous y a pas emmenée ? »

« Oh si. » Miranda sirota son champagne avec impatience. « Très jolis. »

« Je les adore. Papa, quand vas-tu emménager ? »

« Dans huit semaines environ, » répondit Alexander tout en se glissant près de Miranda et en passant sa main autour de sa taille. « Ils commencent les peintures mardi et ils posent la moquette la semaine d’après. »

« Je veux un bureau pour moi, » gazouilla Jasmine et l’attention de Miranda fut brièvement détournée alors qu’elle se demandait ce que Jasmine pourrait faire dans un bureau en dehors d’envoyer des SMS à ses amis et de parler au téléphone. Au moins, Bradley avait montré un certain intérêt aux affaires. Miranda jeta un coup d’œil dans sa direction, un sourcil relevé. Elle n’avait pas choisit son moment car à ce moment précis, il était en train de porter la main d’Andrea à ses lèvres pour la baiser. Andrea haussa les épaules et lui fit un demi-sourire.

Miranda aurait donné cher pour savoir ce qu’il venait de se passer.

« Allons nous asseoir au salon, » suggéra Alexander tout en l’attirant dans cette direction.

Miranda répondit sans marquer d’opposition. « Bien sûr. »

Miranda laissa Alexander et Jasmine bavarder au sujet des bureaux jusqu’à ce que, quelques minutes plus tard, elle entende Andrea s’exclamer, « Oh ! »

Tout le monde dans la pièce se retourna vers elle. Elle avait son Blackberry dans la main et regardait Bradley. « Je dois y aller. Je suis désolée. »

« Que se passe-t-il ? »

« Une collègue qui est sur une histoire ce soir… elle doit s’absenter. Il faut que je la remplace. »

« Oh non, » pleurnicha Jasmine. « Nous devions tous aller au Blue après dîner. Es-tu sûre ? »

« Ouais. C’est un gros sujet et je ne peux pas laisser tomber le journal. » La voix était sincère, mais les yeux racontaient une autre histoire à Miranda. Sans le moindre doute, Andrea était en train de mentir comme un arracheur de dents. « Passez tous une agréable soirée ! » Elle embrassa sur la joue Alexander, puis Jasmine et Bradley. Quand elle s’approcha de Miranda, celle-ci la regarda d’un air appuyé, mais Andrea ne broncha pas. « Toi aussi Miranda, passe une merveilleuse soirée ! » Cette expression de désespoir était revenue une fraction de seconde jusqu’à ce qu’Andrea sourie tristement.  Y avait-il des larmes dans ses yeux ? « Au revoir. » Elle se pencha et posa ses lèvres sur la joue de Miranda et c’est comme si un feu avait été allumé sous sa peau. Puis Andrea disparut, passant pratiquement la porte avant que Miranda n’ait le temps de se tourner pour la voir partir.

« Une fille si consciencieuse, » fit Alexander en plaçant une main sur l’épaule de son fils. « Où diable as-tu trouvé quelqu’un de si engagé ? »

Bradley sourit. « J’étais au bon endroit au bon moment. »

Alexander et Jasmine reprirent leur conversation et Miranda saisit sa chance. Le garçon n’aurait pas la moindre idée de ce qui lui serait tombé dessus quand elle en aurait fini avec lui. S’approchant lentement, elle le prit par le bras et l’écarta du reste de la famille. « Alors Bradley, comment ça va avec Andrea en ce moment ? »

Son sourire se fit hésitant assez longtemps pour donner à Miranda l’assurance dont elle avait besoin pour continuer de fureter. « Oh, super ! Je suis fou d’elle. Comment ne pas l’être ? »

« Bradley, » fit Miranda alors que sa voix baissait, prenant un ton dangereusement séduisant. « Vous devez comprendre qu’Andrea et moi nous connaissons depuis un temps certain. »

« Bien sûr. »

« Et que je connais très, très bien Andrea. Peut-être mieux que ce que vous pouvez penser. » Miranda sentit un moment le feu monter à ses joues en disant cela.

Bradley rit nerveusement.

« Elle mentait ce soir, » dit doucement Miranda. « Pourquoi ferait-elle cela ? »

L’inquiétude quitta le visage de Bradley. « Andy ne mentait pas, » fit-il en agitant une main. « Elle a du travail. »

« Non, non, » répondit Miranda, apercevant l’ouverture. Il était détendu, calme. Si elle avait bien interprété correctement la tension entre eux deux, il y avait quelque chose dans l’air. « Elle n’avait pas de travail. Que s’est-il passé ? Vous êtes vous disputés ? »

« Non, pas du tout. Franchement, je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Je..euh… je l’ai prévenu à l’avance de quelque chose… Papa a une petite surprise pour…Hmmm…pour toute la famille. » Il sourit d’un air entendu. « Mais vous n’en saurez pas plus de moi. Je suis tenu au secret. » Il tourna une clef invisible près de sa bouche et la jeta par-dessus son épaule.

« Je vois, » fit Miranda. Il devait y avoir autre chose. « Je sais également qu’elle ment à propos de votre relation. Pouvez-vous me dire pourquoi, Bradley ? »

Brad se figea. « Ne soyez pas ridicule, Miranda ! Pourquoi mentirions-nous ? »

Miranda plissa des yeux. Il n’y avait pas qu’Andrea. Nous. « Je pourrais penser à plusieurs explications. » Peut-être étaient-ils sur le point de rompre. Si Andrea avait été quelqu’un d’autre, elle se serait demandée si elle n’avait pas dit quelque chose à propos de leur… liaison. Mais Miranda faisait totalement confiance à la jeune femme et continuerait jusqu’à preuve du contraire.

« Que vous a dit Andrea ? » Il semblait avoir vu un fantôme.

« Seulement ce qu’elle pensait que je devais savoir. » La vérité était là, à peine hors d’atteinte. Mais dites-le, Bradley !

« Je ne peux pas le croire. Je lui faisais confiance. Pourquoi vous a-t-elle dit quoique se soit ? »

Le cœur de Miranda battait fort. « C’est juste… sorti du placard. »

« Merde. Vous n’avez rien dit à Papa ? »

« Non, » répondit Miranda tout en jetant un coup d’œil à Alexander. « Pas encore. »

« Miranda, je ferai tout ce que vous voudrez. Tout. Mais je vous en prie, par pitié, ne lui dites pas encore. Andy a promis qu’elle serait avec moi quand je le ferai. Je veux dire… ça va le tuer, mais elle m’a fait promettre de tout dire avant la fin de l’année. »

« Oh ? »

« Je veux dire… ce n’est pas comme si j’étais pressé. Je ne vois personne si c’est ce que vous vous demandez. »

« Non ? »

« Eh non ! On ne peut pas vraiment, vous savez, traîner à Chelsea (NDT : quartier gay de New York), » dit-il avec un sourire penaud.

Miranda cessa soudainement de respirer et sa bouche s’ouvrit sous l’effet de la surprise. Enfin, elle rejeta un grand souffle d’air et vacilla, prise d’un vertige. « Bien sûr, » dit-elle. « Bien sûr, vous ne pouviez pas. »

Bradley était trop pris dans sa propre névrose pour se rendre compte du dilemme de Miranda. « J’aime mon père. Je ne sais pas ce qu’il va faire. Je suis… vous savez… le seul gay de la famille, » chuchota-t-il.

Les yeux de Miranda se fermèrent. Soudain, tout devenait clair.

L’heure suivante s’écoula dans un brouillard, Miranda ne pouvant se concentrer sur autre chose que sur ce petit trésor d’information qu’elle avait découvert. La relation d’Andrea était une comédie. Avait-elle commencé ainsi ? Miranda en doutait, mais elle ne pouvait en être sûre et elle ne pouvait soutirer d’autres informations de Bradley à la table du dîner. Elle fut très gentille avec lui après sa confession, réalisant qu’elle-même cachait un secret similaire, bien qu’elle n’ait pas compris avant ce qu’elle cachait vraiment. Pas qu’elle soit une espèce de lesbienne, mais plutôt qu’elle soit tombée amoureuse, accidentellement, entendons-nous bien, d’une jeune femme qui avait exactement la moitié de son âge.

Voir le visage d’Andrea envahi par le chagrin ce soir-là et découvrir ensuite qu’elle n’était pas liée à Bradley avait permis à Miranda de comprendre bien des choses. La première était qu’elle était très amoureuse, aussi humiliant que ce soit. La seconde était qu’elle devait mettre un terme acceptable à sa relation avec Alexander avant que l’irréparable ne se produise.

Miranda avait pris sa décision et elle ne reviendrait pas dessus.

Mais juste avant le dessert, son plan dérailla.

Alexander s’éclaircit la gorge, demandant l’attention des convives alors que les couverts étaient débarrassés. « Bien, » commença-t-il. « Je suis si heureux de voir que tous ceux auxquels je tiens le plus sont avec moi ce soir, bien qu’il y ait une chaise vide à cette table que j’espérais voir occupée. » Il fit un signe de tête vers le siège d’Andrea. « Mais cela ne va pas me retenir de faire une chose à laquelle je pense depuis quelques temps. »

Miranda ressentit un profond dégoût d’elle-même quand elle vit Alexander mettre la main dans sa poche et en tirer une boîte de velours noir. Sans penser à autre chose qu’à la fierté de cet homme et sa propre santé mentale, Miranda tendit la main et retint son poignet. Il voulut se dégager tout en la regardant fixement.

« Non, » fit-elle, la voix désespérée.

Son sourire se fit hésitant, mais il ne put retenir un petit rire étouffé. « Mmm ? »

Miranda savait maintenant pourquoi Andrea avait fui ce soir. Bradely lui avait dit qu’Alexander allait faire sa déclaration et elle n’avait pu se forcer à y assister. Miranda était si inquiète à propos d’Andrea qu’elle n’avait pas réalisé ce qui allait arriver. « Ne dis rien ! Je t’en prie. »

Alors qu’Alexander la regardait, son visage se transforma en une expression qu’elle n’avait encore jamais vue : une parfait compréhension doublée de peine et d’incrédulité. « Non ? » demanda-t-il, comme pour se rassurer qu’il n’avait pas mal compris.

Miranda fit juste non de la tête.

« Ah ! » A ce mot, il dégagea son bras de la poigne de fer de Miranda et remit la boîte dans sa poche. « Eh bien… si c’est comme ça… »

Miranda jeta un coup d’œil aux deux enfants d’Alexander : Jasmine semblait horrifiée alors que Bradley les observait  avec confusion. Le jeune homme se servit enfin de son intelligence et se leva de son siège. « Jazz, viens avec moi ! »

« Quoi ? » s’exclama Jasmine. « Quoi ? »

Bradley n’attendit pas qu’elle en dise plus et, faisant le tour de la table, il l’attrapa par le bras. « OK ! Merci pour le dîner. On se voit plus tard. » Ils étaient partis en un clin d’œil.

Maintenant qu’il n’y avait plus qu’Alexander et Miranda dans l’immense salle à manger, le silence régnait. Miranda déglutit avec difficulté. « Je suis désolée, » réussit-t-elle à dire et elle ressentit une immense tristesse l’envahir. Jamais aurait-elle pensé que la façade qu’elle présentait constamment pourrait causer tant de tension.

« Moi aussi, » répondit Alexander tout en dénouant sa cravate. « Je pensais que j’avais compris. J’imagine que je me trompais. Nous n’en avions pas discuté en détail, mais j’ai trop présumé. »

« Je ne sais pas quoi dire, » commença Miranda. « Je me suis ridiculisée. »

Le visage d’Alexander se durcit. « Et moi avec. »

« Non, » soupira Miranda. « Pas du tout. J’avais… j’avais vraiment l’intention de… »

« Qu’est-ce qui a changé ? »

Tout en sachant qu’elle faisait une erreur, Miranda tenta de s’expliquer. « Nous nous accordons si bien à tous les niveaux. Nous serions plus forts ensemble que séparément, professionnellement parlant. Et je me suis abusée en pensant que les relations professionnelles prenaient la préséance sur les rapports personnels. »

Il jeta sa cravate sur la table. « Alors tu m’as utilisé. »

Jetant un coup d’oeil à son verre vide, Miranda répondit. « Peut-être. Mais uniquement par habitude. Il n’y avait rien de prémédité. Je te promets. »

« Par habitude, » répéta Alexander. Il soupira avec un rien d’amusement. « C’est… quelque chose que je peux comprendre. » Il croisa enfin son regard. « Tu ressembles énormément à ma femme, vois-tu ? Je crois que nous aurions fait un beau couple. Si tu m’avais aimé. »

Elle voulait démentir ses mots et dire qu’elle l’aimait. Que tout cela était une ruse et qu’elle l’épouserait. Parce que tout cela était bien plus pénible que tout ce qu’elle avait pu imaginer. « Je ne voulais pas te faire de peine, Alex, » dit-elle avec des sanglots dans la voix.

Il acquiesça, l’air de plus en plus abattu sous ses yeux. « Cela aurait pu être pire, » fit-il avec un demi-sourire. « Ma première idée était d’organiser une énorme réception et de demander ta main devant tous les gens que nous connaissons. »

Oh mon Dieu, pensa Miranda. Quel désastre ! « Peux-tu me pardonner ? »

Ses yeux étaient doux et bien plus pensifs que Miranda croyait le mériter. « J’ai de l’affection pour toi, Miranda. Comme je l’ai dit, nous formons une bonne équipe. Mais je ne demanderais jamais plus que ce que tu peux m’offrir. Et je veux croire que tu ressens la même chose pour moi. Combien cet amour aurait pu grandir, personne ne peut le dire maintenant. Mais je regrette de ne jamais le découvrir. »

Intérieurement, elle poussa un soupir de soulagement. Il ne ferait rien qui lui porterait préjudice, en terme de carrière ou autrement. Peut-être qu’un jour, ils pourraient être amis. Tendant le bras, elle toucha sa main avec gentillesse. « Moi de même, » répondit-elle. C’était un pieux mensonge et elle n’en ressentit aucune culpabilité.

Alexander lui serra les doigts avant de les laisser. « Alors, » fit-il en se détendant dans sa chaise. « Nous sommes arrivés au terme d’une fructueuse relation. »

« Oui, » répondit-elle. « C’est cela. »

« J’ai apprécié chaque minute en ta compagnie. Tu es une femme formidable, Miranda Priestly. J’envie l’homme qui saura remporter ta pleine affection. »

Miranda renifla bruyamment.  Si seulement tu savais, pensa-t-elle. Elle espéra qu’il ne serait pas trop abattu quand la vérité serait connue. Miranda croyait qu’elle ne serait pas capable de garder longtemps le secret. Et peut-être que cela lui était égal.

Si le monde n’appréciait pas qu’elle puisse être amoureuse d’Andrea Sachs, il pouvait aller au diable.

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