Au bord du Styx

4 décembre 2008

Projet 12 – Chapitre 11

Filed under: Ecriture,femslash,Heroic Fantasy,Projet 12 — Catherine @ 16:03

J’en suis finalement venue à bout et sans que je fasse attention, le récit a pris un tour que je n’attendais pas. Vous ne le verrez pas obligatoirement, mais mes personnages ont une certaine latitude dans leurs discussion. L’une a posé une question. L’autre a répondu. Et voilà. Vous ne le verrez que plus tard, mais moi, je vois déjà le changement de ligne (comme  la fin de la 2e partie des « Deux morts de Lucas Delvaux » que je n’avais pas vue venir). Dans un sens, ce n’est pas plus mal. Le récit adopte une vie propre, loin de la première idée du projet qui n’était pas heroic fantasy. Trève de bavardage ! Voici le

Chapitre 11

Le changement de la nature des bruits avec l’arrivée du soir réveilla Tamoryn. Le cri des animaux que l’on rentrait des pâtures, les saluts que s’adressaient certains serviteurs qui rentraient chez eux à la fin de leur journée de labeur, tout cela était bien loin du souffle du vent et des caresses des vagues contre les flancs de son bateau. Quand elle ouvrit les yeux, elle constata d’abord que les soleils étaient beaucoup plus bas sur l’horizon, puis que Calidia l’avait rejointe sur le lit. Grâce à la taille menue de sa jeune sœur, les deux jeunes femmes pouvaient tenir ensemble dans le lit, à condition qu’aucune n’ait le sommeil trop agité.

Elle se leva sans prendre trop de précaution, elle aurait bientôt à réveiller Calidia, et alla se passer un peu d’eau sur le visage. S’interrogeant sur les commodités, elle remarqua un petit meuble qui n’avait pas attiré son attention avant et réalisa avec soulagement qu’il contenait un seau d’aisance. Elle savait comment les choses se pratiquaient en mer, mais était plus incertaine à terre. Alors à Ysharmir…

Elle se retourna en entendant Calidia bouger. Elle se rapprocha et posa une main sur l’épaule la plus accessible. Elle exerça une gentille pression.

« Petite sœur, il se fait tard. Je pense qu’on va bientôt venir nous chercher. »

Calidia ouvrit les yeux et se leva presque immédiatement. Elle utilisa également le broc d’eau, pus tenta de remettre un peu d’ordre dans sa chevelure.

Effectivement, quelques minutes plus tard, une servante frappa à la porte et leur annonça que le seigneur Ledrik les attendait dans sa salle à manger privée. Elles la suivirent à travers la cour vers l’aile privée et après avoir dépassé un hall et emprunté deux couloirs, elles entrèrent dans une pièce plutôt étroite et pas très longue. Il y avait de larges banquettes sur trois côtés et des coussins de toutes tailles et formes dessus. Au milieu de la pièce et à porter de main pour les convives, des tables peu élevées qui supportaient divers plats chauds et froids.

Ledrik était déjà assis sur la banquette à la tête de la table, le dos soutenu par un gros coussin allongé. Il fit signe aux deux arrivantes de s’asseoir à côté de lui de part et d’autre de la table. Après un échange de coups d’œil inquiets, les deux jeunes femmes obtempérèrent. Le seigneur fit un autre signe aux serviteurs qui finissaient d’installer la table et ceux-ci partirent sans faire un bruit.

Ledrik regarda ses deux hôtes en soupirant, puis se redressant, tendit une main vers une large assiette vide. Il commença à la remplir avec les différents mets qui garnissait la table. Se rasseyant, il prit la parole.

« Servez-vous ! Profitez-en ! D’autant que nous avons ensuite à parler de choses sérieuses. Il vaut donc mieux que vous preniez des forces. »

Tamoryn se leva la première et commença à remplir l’assiette qui avait été posée à côté d’elle sur la table. Elle essaya d’abord de s’en tenir aux plats qu’elle reconnaissait. Mais comme en dehors de certains fruits et légumes, elle ne pouvait identifier grand-chose, elle se risqua sur ce qui semblait être de la viande et un peu de poisson grillé juste pour le cas où la viande serait une mauvaise idée. Calidia se servit ensuite, mais sembla moins hésitante dans des ses choix.

Tamoryn n’arrivant à rien savourer, fut la première à rompre le silence.

« Tu parlais de choses sérieuses, seigneur. Il y a une difficulté ? »

Ledrik émit un petit rire bref. « S’il n’y en avait qu’une ! »

Les deux jeunes femmes se regardèrent.

« Toute la ville est au courant de notre accord. Le maître des jeux est passé me voir pour fixer une date et selon lui, il ne faut pas traîner. J’ai juste pu obtenir que tu sois mise en face d’un autre combattant débutant comme tous ceux qui participent pour la première fois. Ensuite, on verra tes possibilités. »

Tamoryn sentit une boule se former dans son estomac. « Quand est prévu cette première rencontre ? »

« Dans dix jours. Cela te donne juste assez de temps pour t’habituer aux pratiques de l’arène. Demain matin, tu rencontres mon maître d’armes et il sera ton meilleur ami d’ici ta rentrée dans l’arène. »

« Et mon entraînement se passera…? »

« Je pensais d’abord te mener au centre où se trouvent mes autres combattants. Mais c’est mieux de conserver un effet de surprise. Tu resteras ici et c’est mon maître d’armes personnel qui s’occupera de toi. Autant préserver mon investissement. J’ai entendu dire que les paris s’affolaient depuis l’annonce de ta participation et la fixation de ton premier combat. »

Ledrik se leva et se resservit à manger. Puis, se rasseyant, il dit d’un ton anodin. « J’ai parié sur toi bien sûr. »

« Sur moi ? Merci… je pense. »

« J’ai confiance et souviens-toi des enjeux ! »

« Je ne pense qu’à ça. » Les yeux de Tamoryn firent le tour de la pièce avant de s’arrêter sur Calidia. « Où allons-nous dormir, ma sœur et moi ? »

Ledrik releva la tête, étonné. « Ici pour commencer. Dans la chambre où vous avez été installées. Plus tard, on verra comment les choses progressent… » Il s’interrompit. « Vous semblez surprises. »

Calidia prit la parole. « Seigneur, nous sommes désolées de t’importuner avec nos questions stupides, mais… ça ne se passe pas de la même façon dans le reste de l’Empire. Il n’y a pas de servitude pour les survivants d’un naufrage. Il n’y a pas de combats organisés pour le plaisir des foules sur lesquels on peut parier de l’argent. Même si nos activités sur le bateau nous tenaient éloignées de la vie courante de l’Empire, il y a quand même beaucoup de choses nouvelles auxquelles nous allons devoir nous habiter. »

Ledrik s’essuya les mains et la bouche avec une fine serviette, puis adopta une attitude plus détendue sur l’un des gros coussins derrière lui. Il prit son verre de vin, le porta lentement à ses lèvres et en but une petite gorgée. Puis il releva la tête et les regarda, soudain déterminé. « Connaissez-vous l’histoire d’Ysharmir ? »

Les deux jeunes femmes s’avancèrent inconsciemment, la curiosité soudain plus forte que tout. « Non, seigneur. Cette province est peu connue du reste de l’Empire en dehors de folles rumeurs bien sûr. »

« Ysharmir est un nom qui a toujours existé avant même que l’Empire n’y pose le pied. Il y avait là un peuple qui y vivait, un peuple de guerriers… paisibles. Ils savaient se battre, aimaient se battre, mais ne cherchaient pas particulièrement la dispute avec leur voisin du sud. Comme beaucoup de peuples guerriers, ils avaient un code de l’honneur relativement complexe. » Semblant passer du coq à l’âne, il demanda alors. « Vous vous souvenez de la Grande Faim ? »

Calidia répondit pour les deux. « C’était il y a très longtemps. Des années de sècheresses avaient laminé toutes les ressources. Et la population a commencé à se disperser à la recherche de régions plus clémentes. C’est à cette période que le passage à travers les monts Ulerahan fut trouvé et que ce qui allait être la Myrilie fut colonisée. De là, des navires tentèrent la traversée pour occuper les terres de l’autre côté, Ysharmir, mais aucun bateau n’est revenu. Et par la terre, les difficultés pour traverser le désert de Kemo ont rendu ensuite toute exploration des monts Eleraldan impossible. Quand bien plus tard, des gens sont apparus, dans un état pitoyable, racontant revenir de cette région s’appelant Ysharmir où des marins avaient survécu lors des premières expéditions, l’Empire a décidé que la province était de fait annexée. »

Ledrik remplit à nouveau son verre de vin, mais le coupa d’un peu d’eau. « Certains bateaux des diverses expéditions sont effectivement arrivés jusqu’à ces rivages, mais dans un tel état que bien souvent, ils ne devaient la vie sauve qu’aux navires d’ici qui les avaient sauvés. Et la règle ici était qu’une vie sauvée appartenait à son sauveteur pour une certaine période. Celui-ci pouvait demander ce qu’il voulait à celui qui lui était redevable, mais dans le respect de l’honneur. Et comme tout s’est passé de façon honorable, tous les rescapés se sont fondus dans la population locale en conservant toutefois certaines de leurs habitudes qui furent adoptées par le reste de la population quand il y avait un avantage. Et quand ils furent libres de repartir, la plupart préféra rester. Comme la Grande Faim dura encore un certain temps, d’autres vagues de navires passèrent et ils furent acceptés de la même façon : une période de service forcé, puis l’inclusion dans la population.

Si les navires d’Ysharmir sont meilleurs qu’à l’époque et le sauvetage de naufragés n’implique plus la même quantité de risques, la tradition est restée de mettre en servitude pour une certaine période les nouveaux arrivants. »

Tamoryn ne put se retenir. « Et votre code de l’honneur autorise de placer des jeunes filles dans des maisons de plaisir ? »

Ledrik eut l’air gêné. « La société a évolué. Nos voisins du sud font maintenant partie d’Ysharmir. Nous ne sommes plus une société guerrière et le code d’honneur n’est plus suivi avec la même rigueur. J’avoue que par le passé, certaines survivantes se sont retrouvées dans ces maisons. J’aimerais que vous me croyiez si je vous dis qu’il n’était pas dans mon intention d’autoriser cela pour ta sœur, capitaine. »

Tamoryn fronça les sourcils. « Ce n’était pas mon impression quand j’ai dû te rappeler que nous n’étions pas des faibles femmes. »

« Capitaine, je ne peux te demander de me faire confiance alors que tu te retrouves ainsi privée de liberté. Mais comme j’ai accepté ta parole en considérant que tu saurais agir avec honneur, crois en ma parole quand je t’affirme que je n’aurais pas laissé faire ça. En fait, je suis à la recherche d’un nouveau contremaître. »

Calidia tenta de diffuser la tension qui montait. « Les combats sont-ils également un héritage de ces anciennes traditions ? »

« Oui, mais ce ne sont plus que des spectacles. Toutefois, il y un aspect positif : c’est que la mort, sauf accident, n’est plus la fin obligée. »

Cette réflexion coupa soudain l’appétit de Tamoryn, mais Calidia continua comme si de rien n’était.

« Mais si Ysharmir était menacé, la population serait-elle capable de prendre les armes pour défendre sa terre ? »

« Qui viendrait nous attaquer ? Et avant de venir croiser le fer, il faudrait traverser les montagnes ou la mer… Non jeune Calidia, Ysharmir n’a rien à craindre. Et de paisibles guerriers, nous ne sommes plus que paisibles. »

Tamoryn, voyant que Ledrik en avait fini, voulut revenir à des informations plus pratiques.

« Seigneur Ledrik, concrètement, sommes-nous prisonnières ? »

Ledrik, une fois de plus, sembla étonné. « Non, vous êtes en servitude. Je verrai à vous faire établir des laissez-passer et à enregistrer notre accord dans les registres de la ville. Ceci vous donnera une certaine liberté de mouvement, mais si un citoyen libre a un doute à propos de vos activités quand vous êtes loin de mes propriétés, il peut vous retenir jusqu’à ce qu’il ait vérifié votre statut avec moi. Vous serez libres d’aller et venir si tu me confirmes que j’ai toujours ta parole. Je te recommande toutefois de rester ici avant ton premier combat. Après, tu seras facilement reconnue en ville et il ne devrait pas y avoir de difficultés. Et de toutes façons, si mon maître d’armes remplit correctement son office, tu ne devrais pas avoir envie de baguenauder une fois qu’il en aura fini avec toi.

Quant à toi, Calidia. L’engagement de ta sœur t’épargne toute activité laborieuse. Tu peux faire ce que tu veux avec les limitations que j’ai déjà données. Et si tu veux travailler, nous pourrons discuter alors une forme de rémunération. »

« Merci seigneur. Je crois qu’avant de prendre une décision, je préfèrerais voir comment se déroulent les entraînements  et les combats. »

« Libre à toi ! Mais il commence à se faire tard et ta prochaine journée sera chargée, capitaine. Je vous suggère d’aller vous coucher. Au fait, j’ai donné des ordres. Vous pourrez aller partager vos repas en cuisine avec les autres. Mettez-vous juste d’accord  avec Leara ! »

Les deux jeunes femmes se levèrent alors et Tamoryn salua pour les deux. « Nous te remercions, seigneur. Pourrons-nous venir d’importuner si nous avions d’autres questions ? »

« Bien sûr, mais vous pouvez aussi interroger qui vous souhaitez. Comme je vous l’ai dit, dans les limites de notre accord, vous êtes libres. »

Tamoryn força un sourire sur ses lèvres. Elle n’avait visiblement pas la même définition de la liberté que son nouveau seigneur.

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