Au bord du Styx

9 octobre 2008

Projet 12 – Chapitre 7

Filed under: Ecriture,femslash,Heroic Fantasy,Projet 12 — Catherine @ 17:46

Chapitre 7

En arrivant sur le quai de ce port inconnu, la jeune novice accrochée à son côté, Tamoryn eut vraiment peur pour la première fois de sa vie. Les tempêtes, le passage du détroit, le naufrage même, tout cela était une partie intégrale de sa vie et elle n’en avait pas peur. Elle acceptait ces événements avec fatalisme comme faisant partie de son lot quotidien. Mais là, le comité d’accueil composé de ce qui paraissait être un responsable et de plusieurs hommes d’arme semblait définitivement avoir de mauvaises intentions. Un autre homme rejoint le groupe, apparemment un contremaître, et il se mit à parler avec celui qui était peut-être son patron.

Vivre dans les ports donnait l’occasion de rencontrer des gens venant de tout l’empire et au-delà. La nécessité de communiquer faisait que Tamoryn avait dans l’oreille plusieurs dialectes et comprenait de façon basique de nombreux langages. Et les mots qu’elle percevait de la conversation des deux hommes l’inquiétaient au plus haut point. Il était inadmissible qu’elle soit séparée de la jeune maîtresse après avoir échoué à la conduire à destination.

S’étant tenues tranquilles sur le bateau, elles n’étaient que modérément surveillées d’autant que leurs mains avaient été liées avant de débarquer.  Et  même maintenant sur le quai, le marin qui semblai assigné à leur garde était plus intéressé par quelques filles qui sortaient d’une taverne en riant un peu fort que par le fait que les liens autour des poignets de Tamoryn, à force de tirer dessus, étaient devenus assez lâches pour libérer une main.

Elle se rapprocha doucement de la jeune fille et s’arrangea pour qu’elle passe derrière elle, plus près du bord du quai, puis continuant sa lente progression, elle se trouva à un souffle du garde dont l’intérêt était toujours ailleurs. Il portait à sa ceinture un court sabre d’abordage ce qui convenait parfaitement à Tamoryn. Personne ne s’occupait vraiment d’elles sauf peut-être le chef du groupe et son adjoint qui voyaient bien la jeune maîtresse servant dans certaines maisons alors qu’elle-même pourrait faire l’affaire dans quelques tâches subalternes nécessitant essentiellement de la force.

La conversation arrivait à son terme et Tamoryn devait agir. Elle libéra sa main de l’entrave et sauta sur le garde, la main sur la poignée du sabre. Celui-ci, trop étonné, ne réagit pas immédiatement et se retrouva jeté dans les eaux du port et désarmé.

Les hommes d’armes, à quelques pas de là, ne comprirent pas immédiatement ce qui se passait et l’un d’eux se trouva assommé d’un coup de garde du sabre sur la tempe. Un autre dégaina, mais l’arme avait déjà sauté de sa main et une profonde entaille brûlait son avant-bras.

Tamoryn recula de deux pas et saisit l’épée de son adversaire tombée à terre. Elle changea les armes de main, l’épée lui donnant plus d’allonge et la lame solide du sabre fournissant une bonne protection.

Les autres hommes d’arme avaient retrouvé leurs esprits et encerclaient maintenant les deux jeunes femmes. L’un d’eux tenta une attaque en force, mais Tamoryn esquiva agilement la première passe et profita de la garde trop haute de son assaillant pour s’en défaire d’une touche en haut de la cuisse.

Les autres gardes, encore au nombre de cinq, la regardaient avec défiance, jetant un coup d’œil à leur employeur pour savoir ce qu’il convenait de faire.

Celui qui semblait être le chef s’approcha.

« Eh bien ! On vous sauve la vie et c’est ainsi que vous nous remerciez ? »

Tamoryn ne put retenir un rire sarcastique. « En nous liant les mains et en projetant notre placement en servage ? »

« Il est normal que l’on se paie de nos efforts… »

« Alors laissez-moi travailler pour vous ou pour qui vous voudrez, mais laissez-la en dehors de ça ! »

« C’est elle qui a le plus de valeur à mes yeux… »

« Et je ne vous laisserai pas toucher à ma sœur. »

« Ta sœur, marin ? Vous ne vous ressemblez pas trop. »

« C’est « capitaine » pour toi, bâtard !  Et même si on n’a pas la même mère, Calidia est ma sœur. »

Tamoryn se tenait sur ses gardes. Elle avait répondu sans réfléchir, voulant d’abord préserver la survie de la jeune novice. Elle n’avait jamais entendu parler de véritable demande de rançon en cas de sauvetage par Ysharmir et mettre en avant sa haute naissance ne semblait pas une bonne idée. En faire sa sœur pouvait également paraître tiré par les cheveux, mais son explication sembla passer. Mais  il est vrai que sa stature un peu grande pour une femme, ses muscles, son teint hâlé et ses cheveux clairs presque blanchis par le soleil et l’eau de mer en faisait un presque parfait négatif à la jeune novice, brune, pâle et gracile.

A un signal du chef, deux gardes se jetèrent sur elle. Elle se débarrassa du premier assez facilement alors que son fidèle sabre la préservait des attaques du second. Celui-ci lui donna un peu plus de mal, mais son agilité et un peu de chance lui permirent de s’en défaire également.

« Alors on discute ? » Hurla Tamoryn.

« Qu’est-ce qui m’empêche d’envoyer tous mes gars contre toi et de prendre ta sœur quand tu ne seras plus sur le chemin ? »

« Il en reste trois et tu ne peux pas être sûr de leur réussite. Ce n’est pas ceux que tu as envoyés en premier. »

Il ne releva pas l’allusion. « Je peux aller chercher de l’aide. »

« Et qui sait ce que je peux faire pendant ce temps. De toute façon, ou l’on trouve un accord, ou tu ne nous prends pas vivantes… Et je crois que l’on commence à prendre de la valeur… »

« De quoi parles-tu, capitaine ? Deux serves rebelles !! vous n’avez plus de valeur… »

Calidia s’avança alors. « Seigneur, si tu permets… »

L’homme la regarda se faire retenir par le bras par Tamoryn. « Ah ! La sœur a une langue. Et que fais-tu sur le bateau ? Je te vois mal participer aux manœuvres… »

« Il y a plein de choses que je peux faire sur un navire, mais je m’occupe plutôt des négociations, des transactions… »

« Il n’y a rien à transiger, fillette ! Vous êtes à ma merci et je ferai ce que je voudrai. »

« Je n’en doute pas, seigneur, mais il peut y avoir un moyen qui satisferait tout le monde. »

« Si c’est vous libérer, la réponse est non ! »

« Oh non, seigneur, je ne me moquerais pas ainsi. Dans l’un de ports où nous sommes passées, il y a longtemps, j’ai entendu dire que des combats étaient régulièrement organisés dans cette contrée et que les combattants rapportaient beaucoup d’argent à leur maître. Est-ce toujours vrai ? »

« Oui, bien sûr. Les jeux existent toujours. J’ai d’ailleurs quelques guerriers qui combattent sous mes couleurs. »

« Alors laisse ma sœur apporter encore plus de gloire à tes couleurs ! »

« Tu es folle fillette ! On n’a jamais vu une femme combattre dans l’arène, même à titre de punition. »

Tamoryn n’avait pas réagi, mais elle était prête à répondre la même chose quand elle sentit la main de la novice sur son bras.

« S’agit-il d’une règle ou d’une tradition ? »

L’homme se frotta le menton. « Cela ne s’est jamais fait, mais je ne pense pas que ce soit vraiment interdit. »

« Alors laisse ma sœur combattre pour toi et ne nous sépare pas ! Ma vie dépendra de ses résultats. »

« Tu as bien confiance en elle ! »

« Je n’ai aucun doute. »

« Et si je préfère attendre du renfort pour vous maîtriser ? »

« Je me jetterai sur la première épée. »

L’homme les fixa, voyant soudainement quelque chose qu’il n’avait pas vu avant. « Vous êtes vraiment décidées à mourir à vos propres conditions ? »

Tamoryn retrouva alors sa voix. « Non seigneur. Nous sommes décidées à vivre à nos propres conditions, mais nous pouvons te présenter une solution qui est à notre mutuel avantage. Tu nous as secourues et tu as droit au prix de la vie. C’est la coutume. Si à Ysharmir, ce prix se paie en années de servage…. Soit… Mais si tu peux être désintéressé sans que ma sœur en souffre, je ferai tout ce qu’il faut. Pense au prestige qui peut rejaillir sur toi si je suis aussi bonne combattante que ma sœur le prétend. Et pense à l’intérêt que je peux avoir à me battre de toutes mes forces pour qu’il ne lui arrive rien. La seule condition est qu’elle reste avec moi et que personne ne la touche. »

Le contremaître qui était resté discret jusque là, intervint. « C’est de la folie, seigneur ! Tu ne peux laisser ces femmes te dire quoi faire. Si dans ta grande bonté, tu veux les laisser ensemble, je suis sûre que l’on pourra trouver une maison qui aura besoin aussi d’une femme de peine. Mais pense à la somme que la petite nous rapporterait… »

« Seigneur, je promets de te rapporter davantage en me battant… »

« Assez ! J’ai besoin de réfléchir. Et ce n’est même pas comme si j’avais besoin de cet argent. »

Tamoryn s’était à nouveau reculée en tirant avec elle la jeune novice, se mettant à nouveau devant elle. Elle entendit quelques mots murmurés à son oreille ponctués par une pression sur son avant-bras. « Ne t’inquiète pas ! Tout va bien se passer. » Elle hocha imperceptiblement la tête, montrant qu’elle avait entendu.

Assez rapidement, l’homme s’avança. « Je suis le seigneur Ledrik, propriétaire terrien et négociant en… tout ce qui a de la valeur. Je ne sais pas si je suis fou de penser ça, mais votre offre m’intéresse. Nous mettrons au point les détails plus tard, mais que ce soit bien entendu, capitaine, ta vie est la seule chose qui se tient entre ma volonté et ta sœur. »

« C’est bien compris, seigneur et nous te sommes reconnaissantes d’avoir entendu notre proposition. »

« Trêve de bavardages, suivez-moi ! »

A ces mots, les hommes d’arme avancèrent, voulant prendre les lames de Tamoryn. Sa première réaction fut d’abord de se mettre en garde.

Ledrik explosa. « C’est bien le moment de faire les braves. Rentrez à la résidence ! Je suis sûr que le capitaine va me donner sa parole qu’il ne m’arrivera rien en chemin. »

Tamoryn s’inclina légèrement. « Ma parole, seigneur. »

Les hommes aidèrent leurs compagnons blessés et partirent en lançant des regards noirs aux deux femmes. L’attroupement qui s’était formé autour d’elles se dispersa dans l’excitation de voir éventuellement une femme combattre aux jeux. Avant le soir, toute la ville de Terrajar serait au courant.

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