Au bord du Styx

2 octobre 2008

Projet 12 – Chapitre 6

Filed under: Ecriture,femslash,Heroic Fantasy,Projet 12 — Catherine @ 17:56

Chapitre 6

La tempête passa au petit matin et quelques heures après le lever du principal soleil, le ciel était dégagé comme si la journée et la nuit écoulées n’avaient jamais eu lieu. Le seul signe que la mer n’avait pas été paisible, ce petit rectangle de bois qui supportait tant bien que mal deux personnes.

Tamoryn, soulagée de ne plus avoir froid, savait que les soleils qu’elle remerciait maintenant, seraient bientôt leurs ennemis s’ils continuaient à chauffer ainsi. Quelques instants plus tôt, dès les premières gorgées d’eau avalées de la gourde miraculeusement intacte, elle avait prévenu qu’il fallait commencer à rationner leurs maigres ressources.

De la tentative de point qu’elle fit dès que cela lui fut possible, elle ne put que dire que leur embarcation avait pris une route plein sud. Elle craignit un temps qu’elles soient définitivement perdues dans le grand inconnu, mais quelques heures plus tard, elle distingua à l’horizon des sommets enneigés qui ne pouvaient être que les monts d’Eleraldan. Donc si elles gardaient le même cap, elles arriveraient un jour ou l’autre sur les côtes d’Ysharmir soit par leurs propres moyens, soit sur un navire ysharmir qui croisera leur route. Tamoryn ne savait pas si elle devait compter sur cette dernière possibilité, ne connaissant pas la mer de ce côté de l’empire ni les pratiques des marins à cette saison.

Le radeau de fortune continua son périple plus ou moins droit vers la terre qui était plus facilement discernable au fur et à mesure que le temps passait.

Cependant, la terre semblait encore bien trop loin aux deux passagères. Il leur fallait rester toujours allongé et éviter de bouger au maximum au risque de se renverser. Ensuite, elles étaient continuellement en contact avec l’eau de mer et leur inconfort était grand. Tamoryn s’efforça de faire boire régulièrement sa jeune passagère qui n’avait plus dit un mot depuis le naufrage.

Le temps s’écoula ainsi, à moitié détrempées par l’eau de mer, à moitié cuites par le soleil. Un jour. Peut-être deux.  Les deux jeunes femmes s’étaient assoupies, assommées par la chaleur qui s’ajoutait au bercement du radeau. Tamoryn réagit à peine quand elle ressentit un choc contre leur embarcation, pensant qu’elles avaient enfin atteint le rivage. Elle réussit à entrouvrir les yeux quand elle sentit des mains la saisir. Mais elle n’essaya pas de se débattre. Les mains étaient fermes, mais pas agressives et elle crut apercevoir des sourires. Elle pensa également qu’on lui parlait, mais ne put saisir le sens des mots prononcés. On la porta. Un œil à nouveau entrouvert lui fit savoir qu’elle était sur un bateau, bien plus gros que n’avait été le Prince d’Akkorah. Elle commença soudain à s’agiter, se demandant où était la novice. L’un de ses sauveteurs dut comprendre son angoisse et lui tourna doucement la tête pour lui montrer deux autres marins supportant la jeune fille. Elles furent conduites dans une cabine sur le pont. Il n’y avait qu’une seule couchette où elles furent allongées côte à côte. Des bruits de pas qui s’éloignent. S’abandonner au plaisir de s’enfoncer dans la douceur du matelas d’herbes. D’autres pas qui s’approchent. Quelqu’un la secoue. Elle essaye de se dégager, mais la main sur son épaule ne renonce pas. Tamoryn se redressa enfin. Un matelot lui tendit deux tuniques propres et l’attira vers une petite table où se trouvaient une cuvette d’eau douce, un pichet et un pot d’onguent. Il promis ensuite, avec des mots curieusement accentués, un bol de soupe un peu plus tard.

Elle hésita un moment avant de se déshabiller rapidement. Elle se rinça le visage et le corps, puis enfila une tunique sans même se sécher. Elle renifla ensuite le contenu du pichet. De l’eau également. Elle s’efforça de se contrôler et n’avala que quelques gorgées. Elle se sentit enfin les idées plus claires. La jeune novice n’avait toujours pas bougé.

Tamoryn retourna vers la couchette. Elle approcha la main du visage de la  jeune fille et sentit son souffle contre l’extrémité de ses doigts. Elle toucha son front. Il était chaud, peut-être même trop chaud. Elle essaya de la réveiller, mais même la secousse la plus brusque ne sembla l’atteindre. Tamoryn lança alors une prière aux dieux et entreprit de retirer la tunique encore mouillée de sa passagère, puis de la nettoyer. Elle eut enfin toutes les peines du monde à lui enfiler sa nouvelle tunique. Elle essaya de lui faire prendre un peu d’eau et fut soulager de voir le mouvement de déglutition de la gorge. Ensuite elle s’efforça de l’installer le plus confortablement possible sur la couchette. Puis déchirant un morceau un peu moins sale de sa vieille tunique, elle le trempa dans l’eau et en fit une compresse qu’elle plaça sur le front de la novice.

Elle prit ensuite le pot d’onguent qui avait également été laissé. Un léger parfum de plantes et de fleurs. Elle en appliqua un peu sur sa jambe à un endroit où la peau était particulièrement irritée et en ressentit immédiatement les bienfaits. Elle enduisit rapidement les zones qui le nécessitaient, puis soigna sa passagère, toujours inconsciente. Son souffle était cependant toujours fort et régulier, sa couleur naturelle et maintenant à l’abri, elle semblait avoir retrouver une température normale.

Tamoryn hésita quelques instants, puis renonça à essayer de réveiller à nouveau sa compagne d’infortune. Il serait temps quand un repas leur serait apporté. Par curiosité, elle mit sa main sur le loquet de la porte et comme il n’était pas bloqué, sortit de la cabine. Elle se retrouva dans une petite coursive qui menait directement sur le pont. Là, personne ne l’arrêta. Quelques matelots la regardèrent. L’un d’eux lui fit un signe de la main accompagné de quelques mots qu’elle ne comprit pas. Elle répondit d’un sourire un peu hésitant et cela sembla satisfaire son interlocuteur. Elle poursuivit jusqu’à la proue. Le soleil était déjà bas sur l’horizon. Le bateau qui les avait recueillies, longeait la côte. Ayant à nouveau ses esprits, Tamoryn  était sûre  maintenant qu’il s’agissait des côtes d’Ysharmir, mais le navire les emmènerait-elles jusqu’à la capitale, Semozann ? Ne connaissant pas la côte, le jeune capitaine ne pouvait pas mieux apprécier leur position.

Un cri derrière elle la fit se retourner. Un marin qui portait une petite marmite et deux écuelles de bois lui fit signe de retourner dans la cabine. Le cuistot posa sa charge sur la table et sortit un morceau de pain et des cuillères d’un sac de toile qu’il portait en bandoulière. Il jeta un coup d’œil à la cruche d’eau et constatant qu’elle était bien entamée, ressortit en faisant signe à Tamoryn de le suivre et montra le tonneau d’eau douce situé sur le pont à un endroit abrité. Elle remplit la cruche et retourna dans la cabine.

La marmite sentait bon la soupe de légumes et Tamoryn y remarqua quelques gros morceaux de poisson. Le pain était encore relativement frais. Elle alla s’asseoir au bord de la couchette et prit le temps d’observer la jeune femme ? Jeune fille ? C’était vraiment difficile de lui donner un âge. Elle avait vécu une vie préservée derrière les murs d’un temple où elle n’avait pas dû s’occuper des taches les plus humbles. Son visage ne portait pas les marques des vicissitudes de la vie. Mais dans d’autres circonstances, née dans une autre famille, elle pourrait déjà être mariée avec un enfant dans les bras. Quand elle s’était occupée d’elle un peu plus tôt, elle n’avait relevé aucune marque particulière, aucune cicatrice ou tatouage rituel comme pouvaient en arborer certaines prêtresses plus avancées en âge, tout au plus une petite bosse sur son index, caractéristique de ceux qui passaient beaucoup de temps dans les librairies à écrire et recopier. Que lui arriverait-il une fois débarquée à Ysharmir ? Des histoires folles courraient dans les ports sur le prix à payer quand on avait le malheur d’être secouru par un navire d’Ysharmir. Tamoryn ne voulait même pas y penser. Qu’il y ait une période de servage pour elle, ce serait compréhensible, mais elle n’avait jamais entendu parler de demande de rançon si le survivant avait la chance d’appartenir à une famille aisée. Que pourrait-elle faire alors ?

Elle observa soudain la jeune maîtresse s’agiter. Elle lui parla doucement pour la rassurer et l’aider à se réveiller, puis tendit le bras pour attraper la cruche d’eau fraîche et lui permettre de boire un peu. Quand elle ouvrit enfin les yeux, elle se jeta d’abord sur l’eau, mais Tamoryn s’attendait à cette réaction et la força à se modérer. Elle essaya de lui parler un peu, mais n’obtint aucune réponse. La novice ne semblait pas effrayée, un peu curieuse tout au plus. Son regard était normal et il ne semblait pas que son esprit ait rejoint les dieux à l’avance, trop effrayé par l’expérience vécue. Tamoryn se leva et alla remplir une écuelle de soupe qu’elle présenta à sa compagne d’infortune. Celle-ci regarda un long moment la nourriture avant de prendre le plat rustique et la cuillère de bois. Elle mangea lentement, se servit à nouveau à la cruche. Elle nettoya bien l’écuelle quand Tamoryn lui tendit un morceau de pain. Mais elle ne prononça pas une parole. Pourtant quand le capitaine lui raconta le sauvetage, ses observations quand elle était remontée sur le pont et ce qu’elle pouvait se souvenir des us et coutumes d’Ysharmir, elle savait sans pouvoir l’expliquer qu’elle avait toute l’attention de la jeune femme. Mais bientôt, la fatigue les rattrapa et elles s’organisèrent pour partager la couchette et son unique couverture.

Tamoryn dormit d’un sommeil sans rêve et c’est un coup sourd dans la porte qui la réveilla au petit matin. Sa jeune maîtresse s’était également redressée, mais elle semblait tout aussi peu disposée à parler que la veille. Elles se partagèrent le reste de soupe froide et le pain, ne sachant pas quand serait leur prochain repas, puis montèrent sur le pont. Le navire se dirigeait, toutes voiles dehors vers un port de moyenne importance. Tout l’équipage était pris de l’agitation qui précédait un débarquement de plus ou moins longue durée.

Tamoryn put attraper un marin qui passait et montrant le port, elle demanda. « Semozann ? »

Le marin secoua la tête et lança avant de filer. « Terrajar ! ».

Carte de l'Empire

Carte de l

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