Au bord du Styx

1 septembre 2008

Projet 12 – Ch. 5

Filed under: Ecriture,femslash,Heroic Fantasy,Projet 12 — Catherine @ 19:43

Ce qui devait être le chapitre 5 s’avérant plus long que prévu, je vais le “couper” en deux et vous livre ci-après le chapitre 5. Il me faudra juste décaler la numérotation pour le reste (ce qui n’est rien du tout en soi).

mise à jour du 11/9/08 : finalement, je viens d’écrire une page et demi environ qui achève le chapitre 5 donc la mise à jour est au bout de ce chapitre.

Et cela veut dire qu’il me faudra quand même écrire un chapitre 6 avant de revenir sur la « suite » déjà écrite

Bonne lecture ! ;-D

Chapitre 5

Le lendemain matin, après avoir navigué quelques heures, Tamoryn réalisa que les voyageurs avaient mangé leur pain blanc la veille. Ayant bénéficié d’un bon vent arrière favorable, le navire abordait maintenant la partie la plus délicate du périple, alors que les éléments dominants venaient maintenant  du grand large.

Le capitaine ordonna d’affaler la grande voile carrée, le Prince d’Akhora avançant au près avec sa voile triangulaire. Selon sa carte, le seul problème serait le vent de face. Le tirant d’eau peu important lui permettait de ne plus se soucier des hauts fonds, moins important sur cette partie du détroit. Il y aurait juste, sur la fin du parcours, quelques récifs à éviter. Par contre, certains passages entre deux îlots semblaient étroits, mais la carte ne permettait pas de dire quelle était la marge de manœuvre. La carte avait dû appartenir à une époque au capitaine d’un vaisseau beaucoup plus gros et qui avait annoté la carte selon ses besoins. Le passage qu’il avait emprunté et commenté rallongeait le trajet et Tamoryn et son équipage de fortune auraient eu trop de manœuvres à faire. Il allait falloir risquer un ou deux étroits goulets. Elle appela Track en lui demandant de tenir les gaffes à porter de main.

Daroh et la jeune maîtresse étaient restées sur le pont après le petit-déjeuner, ne sachant pas si leur aide allait être nécessaire. En voyant Track s’affairer, la suivante s’approcha de lui alors que la novice se dirigeait vers la poupe. Celle-ci, pour la première fois depuis le début du voyage, se risqua sur l’échelle qui menait au toit de la cabine d’où Tamoryn dirigeait le navire. Le capitaine lui tendit la main pour l’aider à grimper les derniers échelons et la rejoindre.

Un coup de vent un peu plus fort la fit se rattraper après le bras de Tamoryn qui la ramena vers elle pour qu’elle puisse se tenir à la barre.

« Nous avons le vent face à nous ! »

« Oui maîtresse. Il vient du grand large. Nous avons eu de la chance. Le vent a tourné cette nuit alors que nous étions abrités. »

« Que fait votre matelot ? »

« Je lui ai demandé de sortir les gaffes. Nous allons passer par certains endroits qui semblent très étroits. Les gaffes permettront de garder le bateau éloigné du bord et de protéger la coque. »

Machinalement, la jeune novice s’était placée devant Tamoryn et tenait la barre comme elle. Le capitaine relâcha un peu sa prise pour laisser à la jaune fille le sentiment qu’elle dirigeait vraiment le navire. Un coup de vent latéral lui fit presque perdre la barre, mais le capitaine veillait au grain et rétablit le cap.

« Attention maîtresse ! Il faut diriger le bateau et ne pas vous laisser diriger. »

Ce fut la  dernière remarque que prodigua Tamoryn, qui se sentit bientôt assez confiante pour laisser la jeune fille piloter le navire alors qu’elle allait donner un coup de main aux manœuvres. Elle gardait un œil sur sa carte et revenait au gouvernail pour assurer les changements de cap. Mais bientôt, après avoir donné quelques explications sur la route qu’elle voulait suivre et qui ne nécessitait plus que quelques ajustements de cap, elle laissa la place à son nouveau pilote, sans même s’étonner de la force que pouvait déployer l’ancienne novice à tenir la barre.

Le Prince d’Akkorah sortit du détroit en fin d’après-midi, ce même jour. La mer était particulièrement formée et le vent soufflait de face. Tamoryn décida de profiter de l’abri offert par un dernier îlet pour la nuit afin d’attaquer la pleine mer. Personne sur le bateau ne critiqua la décision. La jeune maîtresse décida d’aller se coucher sans même attendre le repas et regagna la cabine alors que Daroh jetait un regard sombre vers le capitaine. La servante ne s’attarda pas non plus une fois que son bol fut remplit d’une portion du ragoût préparé par Track.

Les deux marins s’attardèrent encore autour de la carte afin d’étudier la meilleure route à prendre. Le trajet adopté au milieu des Colonnes faisait que le navire était maintenant plus proche des Monts Eleraldan que de la côte  myrilienne. Il ne semblait pas possible de rejoindre la côte nord puis de la longer jusqu’à Oranul. La seule solution était de tenter de rejoindre le grand port de l’ouest par la voie la plus directe, la ligne droite.

Le lendemain matin, le vent était toujours fort, mais la mer paraissait moins creusée. Tamoryn appela ses deux passagères sur le pont au moment où Bor, le premier soleil, se levait. Elle leur fit part de sa décision quant à la route choisie et ne reçut aucune remarque de la part de Daroh. Mais que pouvait dire la servante entre risquer de longer les récifs à proximité des Colonnes pour rejoindre la côte nord avec la possibilité constante qu’un coup de vent ou une vague plus forte les jette sur les rochers ou tracer sa route à travers la pleine mer et ses nombreuses inconnues.

Tout le monde s’activa ensuite à arrimer autant que possible tout ce qui était susceptible de bouger dès que la mer forcirait.

Le Prince d’Akkorah prit la route d’Oranul avec le lever du second soleil, Kemo.

Tamoryn et Track tenaient la barre en alternance tout en surveillant la voilure. Le vent était fort, mais régulier. La mer avait quelques creux, mais rien d’anormal à cette période de la saison. Assez rapidement après le départ, Daroh apparut sur le pont et se précipita vers le bastingage pour soulager son estomac de son repas. La jeune maîtresse, qui ne semblait pas incommodée pour sa part,  la rejoignit rapidement et lui prodigua soins et paroles de réconfort. Les deux femmes restèrent ensuite toute la journée sur le pont.

Peu après que la nuit fut tombée, le vent changea légèrement de direction. Le Prince d’Akkorah n’était pas assez maniable en pleine mer pour garder son cap précis et dut se plier à la loi des éléments, sa course virant légèrement vers le sud. Par contre, avec le changement de cap, le bateau prit les vagues différemment et se trouva beaucoup plus secoué, au grand désespoir de Daroh.

Au petit matin, nul n’était besoin d’être grand navigateur pour trouver que le ciel était bien couvert. Le vent, toujours aussi fort, était devenu irrégulier et la mer était bien plus agitée. Cette fois-ci, Tamoryn et Track unirent leurs efforts pour maintenir un semblant de direction. Même la jeune novice voulut aller aider malgré les vociférations plus pitoyables que menaçantes de Daroh. Mais Tamoryn la convainquit de rester sur le pont, les endroits pour s’agripper étant quasi inexistants sur le toit de la cabine. L’air était devenu lourd malgré le vent et les nuages étaient de plus en plus sombres.

La tempête éclata soudainement. Un coup de vent plus fort arracha la voile triangulaire alors que des trombes d’eau s’abattaient sur le navire et la mer aussi loin que le regard puisse porter.

Le Prince d’Akkorah était devenu ingouvernable.

Tamoryn et Track, sans se concerter, défirent les cordes qui les sécurisaient au gouvernail et se jetèrent à plat ventre sur le toit de la cabine, s’agrippant à quelques irrégularités de la surface pour avancer doucement et rejoindre le pont. La distance à parcourir n’était pas immense, mais suffisante pour qu’à un moment, une vague un peu plus haute fit lâcher prise à Tamoryn. Sans les réflexes de Track qui avait une meilleure prise, le Capitaine serait passé par-dessus bord.

Les deux marins rejoignirent enfin le pont et leurs deux passagères, recroquevillées dans un coin. Il n’y avait aucun endroit sur le pont qui soit à l’abri et  à un nouveau creux de vague plus marqué, il apparut que quatre personnes ne pouvaient rester regroupées au même endroit. Daroh semblait tellement mal en point que Tamoryn suggéra à la jeune novice de la suivre de l’autre côté du pont, laissant la suivante à la charge de Track. Chacune des deux paires tenta ensuite de  s’attacher solidement au bastingage.

Les nuages étaient si bas et si sombres que l’on aurait pu se croire à la tombée de la nuit. Le jeune capitaine faisait son possible pour protéger sa passagère des éléments, mais l’eau, que ce soit la pluie ou les paquets de mer, attaquait par tous les côtés. Le vent continuait de souffler violemment et il était presque impossible de parler. Voyant les lèvres de la jeune fille remuer, Tamoryn crut que celle-ci  grelottait de froid ou de peur avant de réaliser qu’elle devait prier. Son visage restait serein et ne réagissait qu’à peine quand une vague plus violente les atteignait. Elle essaya à son tour de se souvenir des prières qu’avait dû lui enseigner son père, mais aucun mot ne lui revenait. Elle revoyait les derniers jours qui s’étaient écoulés, ne regrettant  même pas sa décision, persuadée que ses passagères avaient une meilleure chance de s’en sortir avec le Prince d’Akkorah. Un court moment, elle se demanda si finalement la novice avait vraiment quitté le temple en bons termes avec la déesse, ce qui pourrait expliquer la tempête, mais la jeune fille ne semblait particulièrement effrayée, ce qui était franchement étrange compte tenu des circonstances. Et pourtant, c’est cette espèce de calme qui émanait d’elle qui convainquit Tamoryn qu’il n’y avait qu’à attendre que la tempête passe et que son navire et les quatre vies qu’il transportait étaient littéralement entre les mains des dieux.

Les heures passèrent et la tempête ne faiblissait ne pas. Il n’y avait aucun moyen de déterminer dans quelle direction le navire était entraîné. Tamoryn supposa uniquement que le vent et les éléments ne les avaient pas renvoyés vers le détroit ou vers les côtes où ils auraient déjà dû être échoués. Mais il n’était pas plus rassurant de se savoir en pleine mer. Les gouvernails survivraient-ils aux assauts des vagues ? Restait-il assez de toile dans la cale pour bâtir une voile de fortune ? Cela pouvait attendre bien sûr, mais penser à ce qu’il faudrait faire après la tempête lui évitait de réfléchir à l’impuissance dans laquelle elle se trouvait à ce moment précis.

Une légère accalmie lui permit à un moment de se déplacer sur le pont, de voir que Track et Daroh allaient aussi bien qu’il était possible et de distribuer un peu de nourriture. Elle constata également avec dépit que la tempête n’avait laissé que quelques lambeaux de voiles totalement inutilisables. Mais très vite, la nature déchaînée se fit à nouveau entendre.

Avec la venue de la nuit, les choses ne s’arrangèrent pas. La protection de fortune que Tamoryn avait imaginée lors d’un moment d’accalmie à partir de morceaux de bâche imperméabilisée, avait tendance à s’envoler dès que le vent trouvait une faille pour s’engouffrer. La température avait fortement baissé et il ne servait à rien de tenter de mettre une cape ou un vêtement plus chaud, il se serait retrouvé détrempé à la vague suivante. Tamoryn ne voulait pas non plus chercher abri dans la cabine dont elle doutait de la solidité.

Il était impossible de faire un semblant de point, les nuages masquant les étoiles. Le Capitaine espérait uniquement que le Prince d’Akkorah était seul sur les flots à cet endroit de la mer car il aurait été impossible d’éviter une collision. .

L’absence totale de lumière rendait maintenant tous les bruits encore plus inquiétants : les hurlements du vent, le mugissement de la mer, les craquements sinistres de la coque.

Sentant une pression sur son côté, Tamoryn observa la jeune novice qui semblait s’assoupir, son corps suivant les mouvements du navire. Instinctivement, elle passa son bras autour des épaules de la jeune fille pour l’empêcher d’être trop ballotter. Elle ne put retenir un gloussement, se demandant comment elle pouvait dormir dans ses conditions, puis réalisa que c’était peut-être pour le mieux. Quant à elle, capitaine d’un navire qu’elle ne pouvait diriger,  elle ne pouvait que poursuivre sa veille.

Quelques temps plus tard, elle sursauta. Il était toujours impossible de voir quoique soit. Elle se demanda ce qui l’avait fait réagir après avoir réalisé qu’elle avait dû somnoler à son tour. Un nouveau craquement sinistre répondit à sa question. Elle tenta de se redresser, mais le bateau était plus chahuté que jamais. La pluie semblait ne pas avoir faibli. Ce n’était pas la coque qui se plaignait de ce traitement. Un troisième bruit, énorme, comme une explosion se fit soudain entendre. Suivi d’une espèce de sifflement puis d’un nouveau craquement. Le bateau trembla, gémit. Tamoryn eut soudain peur. Elle avait une bonne idée de ce qui avait pu se passer. Sa passagère s’était réveillée et, instinctivement, s’agrippait à sa tunique. Tamoryn hésita un instant, puis indiqua à sa passagère de la suivre à quatre pattes en se calant autant que possible le long de la cabine. Elles traversèrent le pont, Tamoryn en tête. Celle-ci appelait Track à intervalles réguliers, mais aucune réponse ne se faisait entendre. Quand elle approcha de l’autre bastingage, elle avança avec encore plus de précaution et se rattrapa de justesse quand sa main ne trouva soudain que du vide. Elle se colla contre le pont et avança la main à l’aveuglette : le grand mat s’était brisé et en tombant, avait emporté une partie du bastingage et du pont. La coque semblait aussi avoir souffert et des paquets d’eau s’engouffraient dans la calle. Il ne faudrait pas longtemps au Prince d’Akkorah pour couler.

Tamoryn n’eut que le temps de quelques respirations pour réfléchir à ce qui pourrait leur servir de radeau. Elle fit reculer doucement sa passagère et logeant à nouveau la cloison de la cabine, elle se dirigea vers sa porte qu’elle entreprit de sortir de ses gonds. C’était un assemblage de planches bien équarries et bien assemblées. Les interstices avaient été calfatés pour offrir une meilleure protection à l’intérieur de la cabine (dans des conditions de temps  normales). Elle attrapa un rouleau de corde resté à l’intérieur, jeta un coup d’œil rapide sur ce qu’elle devrait prendre alors que l’eau montait et dépassait ses chevilles. Elle saisit une gourde et un petit sac de toile imperméable qui contenait de la viande séchée qu’elle avait placé en hauteur pour tenter de les protéger.

Son radeau de fortune semblait tenir l’eau. La jeune fille était déjà allongée dessus et s’agrippait à l’une des planches transversales qui avait donné de la  rigidité à la porte. Alors que le bateau sombrait, Tamoryn profita de sa dernière prise sur le pont et d’une vague un peu moins haute pour éloigner le radeau

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