Au bord du Styx

29 septembre 2007

Projet 13 – Strangers in Paradise – la scène manquante

Version complète et définitive ici (dans les archives)

Quelques mots d’avertissements avant de commencer :

– Si vous ne connaissez pas le comics de Terry Moore, Strangers in Paradise, ça va être dur de suivre.

– Si vous avez commencé à lire la version francophone (dont j’ignore où ils en sont de l’édition), vous suivrez un peu mieux, mais en même temps, ça va être un méga-spoiler. Donc vous êtes prévenuEs si vous continuez de lire.

– De même, il y a des références précises à des évènements se déroulant dans les TPB 15 à 19 (Trading Paperbacks équivalent à un album même si ce n’est pas le même format).

– Le texte est encore très « brut »… la difficulté entre ce qui fait l’essentiel de ce que je veux dire et ce qu’il faut rajouter pour que ce soir abordable par le maximum de personnes.

– A ce jour, cette scène manquante commence vraiment après la dernière vignette du Chapitre 89 du Comics Strangers in Paradise (qui en compte 90, le dernier ayant été publié il y a quelques mois).

– Pour plus de précision sur cette bande dessinée : Le Site Officiel et la page consacrée à cette œuvre chez son éditeur français.

– Une dernière observation : je n’ai trouvée quasiment aucune fanfic dans cet univers (une ici située également après la fin de la série et attachée à deux personnages « secondaires », une beaucoup plus ancienne chez PinkRabbit, plusieurs liens référencés sur le site officiel sont anciens et aboutissent souvent dans le vide…)

Et sans plus attendre, place à la lecture…

SIP la scène manquante (89 bis)

Finalement, les deux femmes n’étaient pas retournées derrière la maison. La pluie, qui avait joué à cache-cache avec elles depuis le matin, les avait enfin rattrapées.

Elles prirent la route la plus directe pour leur hôtel. Francine passa tout le trajet assise de côté, ne quittant pas des yeux Katchoo. Celle-ci roulait beaucoup plus vite qu’à l’aller, mais sans prendre de risque. Elle trouva une place proche de l’entrée pour se garer puis sortit rapidement de la voiture, en fit le tour et alla ouvrir la portière de Francine qui rassemblait leurs affaires.

Elles se dirigèrent vers l’ascenseur, sans vraiment se toucher, mais sans laisser non plus beaucoup d’espace entre elles.

Katchoo appela l’ascenseur puis se tourna vers Francine. « Tu me raccompagnes à la porte de ma chambre… » A mi-chemin entre une question et une affirmation…

Un écho à la question posée par Francine la veille au soir…

L’excitation née de la déclaration d’amour et du strip-tease improvisé de Francine à l’ombre de la maison à vendre, semblait être passée.

Francine sourit, se voulant rassurante. Katchoo avait répondu qu’elle l’aimait aussi, mais elle savait que si un pas important avait été franchi, il restait beaucoup de chemin à faire. Leurs vies étaient enchevêtrées depuis le lycée. Elles s’étaient toujours aimées, mais n’avaient pas toujours pu être ce que l’autre voulait au moment où elle le voulait. Francine savait que ses hésitations, ses peurs, ses atermoiements, ses désirs de normalité, avaient été autant de coups au coeur de son amie. Elle, de son côté, avait du surmonter tout ce qu’elle avait appris progressivement ou violemment du sombre passé de Katchoo, particulièrement quand ce passé venait menacer sa vie et celle de ses proches.

Francine avait tout accepté, tout pardonné, même l’infidélité. Katchoo avait eu des réserves de patience, ne poussant jamais, léchant ses plaies quand Francine partait.

Mais au cours des ans, sauf peut-être les dernières années, elles avaient toujours été là l’une pour l’autre en cas de coup dur.

Il y avait David, surgi du passé, amoureux de Katchoo, Casey, devenue l’indispensable copine et dont la vie se mêla bientôt aux leurs.

Et maintenant David était mort, son testament révélant le rôle caché de Casey. De nouvelles blessures…

Francine avait fait ce que l’on attendait d’elle, une grossesse qu’elle n’avait pu mener à terme, un beau mariage, un autre enfant qui n’arrivait pas, puis les infidélités de son mari qui l’avaient obligée à reconsidérer sa vie et ses sentiments.

Elle avait enfin réalisé qu’elle devait prendre sa vie en main. La mort soudaine de son beau-frère alors qu’il pensait avoir enfin trouvé le bonheur la conforta dans sa décision.

Et elle était là, dans cet ascenseur, accompagnant Katchoo vers sa chambre, quelques heures après l’avoir obligée à entendre sa déclaration, peu conventionnelle… Mais quand avaient-elles suivi les conventions ?

Malgré ses réassurances dans la voiture, Katchoo semblait à nouveau douter. Elle leva la main vers une mèche de cheveux qui cachait le regard de Francine. Puis elle laissa glisser le bout de ses doigts le long de cette joue ronde. Elle prit le visage tant aimé entre ses mains, traça l’arc de sa bouche.

« Francine, si c’est un rêve, ne me réveille pas ! Mais si tu as encore des doutes, ne fuis plus ! Ensemble, nous pouvons tout affronter. Mais si je dois te perdre encore une fois, je… Je ne le supporterai plus… »

Francine se pencha légèrement et l’embrassa sur le front. « As-tu déjà oublié ? J’ai promis de ne plus te quitter. »

« Mais que vaut la déclaration d’une femme à moitié nue dans un jardin qui n’est pas le sien ? »

« Bien plus que n’importe quel autre serment… »

Les deux jeunes femmes étaient sorties de l’ascenseur et se dirigèrent vers le numéro 222, la chambre de Katchoo.

Elle glissa la carte magnétique dans la fente et ouvrit la porte. Elle entra dans sa chambre. En entendant la porte se refermer, elle comprit que Francine l’avait suivie. Au fond d’elle, c’est ce qu’elle voulait, mais elle avait décidé qu’elle s’alignerait sur l’attitude de Francine. Elle ne voulait pas l’effaroucher même si elle sentait en son amie une résolution et une assurance dans l’expression de ses sentiments qu’elle ne se souvenait pas avoir vues une seule fois chez son amie (même le jour de son mariage avec Brad).

Elle se retourna et vit Francine retirer sa veste, laissant voir un généreux décolleté, trois boutons de son corsage étant tombé victimes de sa précipitation lors de son strip-tease.

Elle allait retirer sa veste en jeans quand Francine l’arrêta. « Laisse-moi faire ! » Elle se retrouva à quelques centimètres des seins de son amie – il faut bien qu’il y ait quelques avantages à être de petite taille. Elle put enfin observer le tatouage sur le sein gauche de Francine, à peine recouvert par le soutien-gorge. Francine le lui avait montré quelques mois plus tôt lors du traquenard du studio d’enregistrement organisé par David et Casey pour qu’elles se réconcilient

« Pourquoi as-tu fais ça ? »

« Je te l’ai déjà dit. Pour t’avoir toujours près de mon cœur… »

« Mais c’est le symbole de Darcy… »

« Non, le symbole d’un amour éternel… Combien de personnes le portent encore, ce tatouage ? »

« … »

« Plus beaucoup, exactement. » Francine prit alors la main de Katchoo et la posa sur son sein, recouvrant le dessin. « C’est aussi ma façon de dire que j’accepte tout de toi y compris ton passé… »

La main trembla, puis Katchoo commença à tracer le contour du tatouage sur la chaire douce et chaude. Francine ferma les yeux, assaillie par des sensations qu’aucun des hommes dans sa vie, aussi doués furent-ils, n’avait pu faire naître en elle. Elle ne reteint qu’à moitié un gémissement de plaisir.

Katchoo s’arrêta alors et entreprit de défaire les derniers boutons qui tenaient encore fermé le chemisier, puis passa ses bras autour de la taille de Francine, reposant sa joue sur le tatouage après y avoir posé un petit baiser.

Elle savait qu’elle était sur le point d’atteindre son Eden, mais elle avait tant de souvenirs où elle avait été dans une situation proche et, à cause de l’une ou de l’autre, tout avait échoué. Elle sentit les bras de Francine l’enlacer.

Depuis qu’elle l’avait rejoint ici à Santa Fe, elle avait senti en son amie une nouvelle force ou une confiance qui n’avait jamais appartenu à Francine, même lors de cette soirée de gala où elle était allée, invitée par Freddy, dans l’espoir de voir Francine. Elle l’avait vue, radieuse, éclatante, au bras de son époux. Mais elle avait aussi remarqué, après coup que les sourires qu’elle lançait généreusement n’atteignaient pas ses yeux. Elle l’avait trouvé vieille et avait pensé qu’elles n’auraient plus rien en commun. Elle ne lui aurait pas avoué qu’elle se repassait en boucle un message que Francine avait laissé sur son répondeur pour la remercier d’avoir aidé sa mère à une époque où elles ne parlaient pas : le message se finissait dans quelques mots murmurés « Mon Dieu, Katchoo, tu me manques tant ! »

Katchoo essaya de se libérer de tous ces souvenirs : Francine était dans sa chambre, dan ses bras, en partie nue. C’était une femme qui avait exigé qu’elle la reprenne dans sa vie et qui s’était presque entièrement déshabillée derrière une maison en vente pour prouver la sincérité de sa déclaration. Que savait sa psy en lui disant de tourner la page et de l’oublier ? Tout le monde savait qu’elles étaient destinées l’une à l’autre. David le savait. Il le lui avait encore répété au cours de ces folles heures où ils avaient espéré concevoir un enfant. Il l’avait écrit deux fois dans ses lettres lues en même temps que le testament.

Le monde entier le savait s’il avait vraiment pris le temps de voir les toiles qu’elle avait peintes et qui ne parlaient que de Francine.

Elle la sentit trembler. « Tu as froid ? » Elle était certaine qu’elle n’avait pas peur.

« La clim’ est un peu forte… »

« Nerveuse ? »

Francine eut un petit rire étranglé. « Oui et non… »

« Oui et non ? »

« Oui parce que ce sera la première fois… toi et moi… Mais en même temps, je sais enfin que je ne peux pas et ne veux pas être ailleurs. Je suis faite pour être ici, entre tes bras. Ma vie sans toi n’a aucun sens, aucune raison d’être… Je ne me pardonnerai jamais tout ce temps perdu par ma faute… »

Katchoo ne voulait pas que l’humeur sombre trop bas. « Ne dis pas ça ! Même si toutes ces années ont parfois été douloureuses, si au bout du compte, nous nous retrouvons là, à ce moment précis, alors je ne regrette rien. »

Francine se remémora certaines visions d’une vie sans Katchoo et savait qu’elle avait raison. Elle recula un peu tout en maintenant son étreinte. Katchoo releva la tête, un soupçon d’inquiétude au fond des yeux. Elle se pencha vers elle et prit possession de sa bouche. Elle tenta de mettre dans ce baiser tout son amour pour elle, sa confiance dans leur avenir, son assurance enfin dans ses sentiments. Katchoo buvait ce baiser comme le rescapé d’une traversée du désert qui aurait mal tourné.

Quand enfin le besoin d’air se fit sentir, elle demanda dans un souffle. « Je t’en prie Francine, aime-moi ! »

« Tout ce que tu veux… »

Francine se désengagea et commença à défaire les boutons de la chemise. Katchoo avait laissé ses mains sur les hanches de Francine et se mit à explorer ce corps somptueux.

Une caresse sur son ventre fit frissonner Francine. Depuis son arrivée à Santa Fe, elle avait l’impression qu’une de ses dernières étreintes avec Brad allait enfin porter ses fruits. Il faudrait qu’elle aille voir un médecin pour en être sûre. Mais la caresse de Katchoo avait soudain renforcé cette impression. Rien de physiologique, si elle était effectivement enceinte, c’était encore trop récent pour qu’elle sente quelque chose. C’était juste une certitude venue d’on ne sait où… une bénédiction pour cette nouvelle vie qui commençait pour elles.

Elle retira la chemise avec un peu de difficulté, Katchoo s’obstinant à ouvrir son pantalon en même temps. Elle s’attaqua ensuite à son soutien-gorge qui, par chance, s’ouvrait devant. Avec une aisance dont elle ignorait l’origine, elle libéra les seins de Katchoo. Le mouvement arrêta cette dernière dans son élan.

Francine sourit d’un air indulgent, mit ses mains dans son dos et se débarrassa de l’article de lingerie soudain encombrant.

Elles s’enlacèrent à nouveau, savourant en silence ce premier contact de peau contre peau, puis leurs lèvres se retrouvèrent, un peu plus désespérées.

(A suivre)

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