Au bord du Styx

2 juin 2007

Projet 12 – Ch. 4

Filed under: Ecriture,femslash,Heroic Fantasy,Projet 12 — Catherine @ 23:40

Chapitre 4

Comme prévu, le bateau était arrivé à l’entrée du détroit un peu avant la nuit. Un îlot, un peu plus gros que les autres, avaient fourni un mouillage sûr. Après une dernière bourrasque lors du coucher de soleil, le vent s’était calmé. Mais le clignotement des étoiles dans la nuit noire était caractéristique d’une journée fort venteuse à venir. En attendant, tant les passagères que l’équipage avaient pu se reposer. Peut-être pour la dernière fois avant plusieurs jours.

Le ciel commençait tout juste à s’éclaircir quand Track distribua l’épaisse bouillie de céréales et le lait chaud destinés à rompre le jeûne de la nuit. Tamoryn regardait ces trois personnes, ces trois vies qui dépendaient d’elle et de son talent à diriger le navire à travers les voies dangereuses des Colonnes du Ciel. Malgré sa jeunesse et son manque apparent d’expérience, elle n’avait aucune angoisse à aborder ce détroit. Elle avait confiance dans l’enseignement que lui avait donné son père et dans la carte, détenue dans sa famille depuis plusieurs générations. Ses options étaient un peu faibles en terme d’équipage, mais elle était sûre que ses deux recrues de fortune seraient parfaites.

Quand tout le monde se fut restauré, elle fit signe à Track d’emmener Daroh pour lui expliquer ce qu’on attendait d’elle. Celle-ci hésita un instant en regardant sa jeune maîtresse, puis se décida enfin à suivre le matelot. Quand les deux jeunes femmes furent seules, l’ancienne novice regarda Tamoryn d’un air interrogateur.

« Eh bien, Capitaine. Je pense qu’il est temps que vous m’expliquiez ma tâche. »

Tamoryn acquiesça d’un signe de tête et présenta un long rouleau d’une fine cordelette à l’extrémité de laquelle se trouvait un poids.

« Maîtresse, vous savez que l’un des dangers du détroit tient aux brusques variations de profondeur et de nombreux navires qui se croyaient en sécurité ont fini échoués sur des récifs mortels. Je dispose d’une carte dont le trajet a été éprouvé à plusieurs reprises et le Prince d’Akkorah n’a pas un énorme tirant d’eau. Il faut cependant vérifier régulièrement où se trouve le fonds si l’on veut être sûr de survivre les trois prochains jours. » Montrant ce qu’elle tenait à la main, elle poursuivit. « Ceci permet de mesurer la profondeur de l’eau à l’avant du bateau. Le long de la cordelette se trouvent des nœuds, renforcés de tissus de couleur pour qu’on les distingue bien. »

La novice se pencha pour mieux voir et demanda. « Bleu pour la canne et rouge pour la coudée ? »

Tamoryn répondit, admirative et en son for intérieur, rassurée d’avoir pris la bonne décision. « C’est exact, maîtresse. Les matelots, le plus souvent, lancent le poids, puis, quand il touche le fond, le remontent en comptant les nœuds. »

« Ne serait-ce pas plus simple de laisser filer le leste en comptant les nœuds qui passent et comme ça, on sait tout de suite quelle profondeur se trouve sous la quille ? »

« Tous ne sont pas bons avec les chiffres et leur mémoire… Mais ce serait une bonne façon de procéder… Si vous êtes sûre de vous… »

« J’en suis sûre. »

« Très bien. Alors le chiffre que vous devez avoir en tête…. Notre tirant d’eau est de 7 coudées. Il y aura des passages où nous frôlerons le fond. Comme nous ne sommes pas trop chargés, nous avons une légère marge de manœuvre. Je vous signalerai les passages où il faut faire très attention, où ce sont vraiment vos mesures qui nous indiqueront où passer… »

Tamoryn hésita un instant, craignant que son attitude… de capitaine de navire, soit soudain prise pour une forme d’insolence. Certains notables étaient très rapides à pointer et châtier tout ce qui pouvait être pris pour un manque de respect.

« Tout ceci vous convient-il, maîtresse ? »

La jeune novice laissa glisser la corde entre ses doigts, appréciant la taille des nœuds.

« Oui, vous avez été très claire dans vos explications. Je sais que je pourrai le faire. Et vous serez là si quelque chose ne va pas ? »

« Bien sûr, maîtresse… Alors… je vais voir sir tout se passe bien entre Track et Daroh, puis je crois que l’on pourra lever l’ancre. »

=*=*=*=*=*=

La première journée se passa bien. Le vent dominant venait toujours de la Grande Mer Intérieure et les courants n’étaient pas encore trop forts. A deux reprises, il avait fallu vérifier la profondeur d’un ou deux passages et Tamoryn avait été heureuse de constater la fiabilité de sa carte et des annotations qui y étaient portées. Daroh avait suivi les ordres sans trop rechigner. La jeune maîtresse s’était également montrée efficace et avait annoncé le défilement des coudées comme si elle avait fait ça toute sa vie. Tamoryn sourit en repensant à la journée. A un moment, pendant la première manoeuvre un peu délicate, elle avait voulu appeler la jeune novice et avait réalisé qu’elle ne connaissait toujours pas son nom.

Le mystère qui entourait ce voyage continuait de l’agacer. Elle pressentait des dangers contre la jeune femme, mais en même temps, elle était emplie d’un sentiment d’optimisme concernant sa propre mission. Ces impressions conflictuelles étaient des plus dérangeantes pour le jeune capitaine qui s’était toujours considérée comme une réaliste. Si les dieux s’étaient penchés sur son berceau à sa naissance, aucun ne semblait lui avoir laissé une parcelle de sa puissance comme il était dit de ceux qui développaient des pouvoirs particuliers. Parfois, il suffisait d’un rien. Certains grands capitaines étaient réputés avoir vu le sourire de Menula parce qu’ils avaient une intuition quasi-irréelle pour tout ce qui touchait à la mer et au temps.

Toute personne ayant des pouvoirs plus puissants était immédiatement embrigadée dans les temples et pas toujours avec son consentement. Le clergé était le socle sur lequel s’appuyait l’empire. Les hauts dignitaires de l’empire provenaient du clergé ou avaient des liens très étroits avec lui.

Tamoryn, qui se considérait au dernier échelon des libres marchands, n’était pas supposée entrer en contact avec les membres du clergé ou les hauts dignitaires de l’Empire. Toute l’affaire était étrange depuis le début. Et le fait que la jeune novice et sa suivante aient accepté de donner leur aide pour la manœuvre dans le détroit était inimaginable. En fait, Tamoryn aurait pu sûrement se faire fouetter sur les quais de Kerima si elle avait seulement exprimé la possibilité qu’une telle aide puisse être requise.

Elle regarda une fois de plus la carte qui lui montrait le meilleur mouillage à la fin de cette première journée. Les eaux commençaient à être un peu plus agitées, mais il était encore possible de trouver des îlots assez importants pour les protéger des vents et courants. Ce serait une nuit calme de plus ainsi gagnée.

La manœuvre s’effectua sans trop de difficulté. Track aurait pu faire sa part les yeux fermés et l’aide de Daroh n’était pas négligeable.

Le soir, autour du ragoût de poissons et de graminées confectionné par Track, Tamoryn, comme par miracle, avait réussi à convaincre la jeune novice et sa suivante à rester dîner sur le pont.

Alors que tout le monde regardait le second soleil, Kemo, se coucher, Tamoryn lança la conversation.

« La journée fut bonne. Nous avons bien avancé. Vous n’êtes pas trop fatiguée, maîtresse ? »

La jeune femme sourit. « Je n’ai pas eu la tâche la plus dure contrairement à vous tous. »

« Peut-être pas la plus dure, mais sans vos mesures, nous pouvions nous échouer. Si nous continuons ainsi et si la mer est bonne de l’autre côté du détroit, nous arriverons vite à Oranul… Etes-vous pressée d’arriver, maîtresse ? »

La novice baissa la tête. « Je fais ce que Menula m’a ordonné… »

« Et votre père, jeune maîtresse ! » Interrompit Daroh.

« Oui Daroh. Je fais également ce que mon père a ordonné… »

Tamoryn réessaya. « Mais maîtresse, mmmhh… excusez-moi, je ne connais pas votre nom, mais vous apparteniez au temple de Menula ? »

Daroh intervint à nouveau. « Et vous n’avez pas besoin d’en savoir plus, capitaine. Votre mission est de nous conduire à Oranul et vous avez été payée pour ça. Venez, maîtresse ! Si vous avez fini de dîner, il faudrait mieux aller vous reposer. La journée fut longue. »

Tamoryn ignora l’interruption. « Pardonnez-moi, maîtresse. Je ne voulais pas vous offenser. »

Peu après, les deux femmes se retiraient dans la cabine, laissant les deux marins et leurs questions.

« Ah, capitaine… je ne sais pas si une attaque de front était raisonnable. »

Tamoryn sourit. « On en a appris un peu… »

« Vraiment ? »

Elle se leva. « Oui et bien plus que Daroh n’aurait voulu… Bonne nuit, mon ami. La journée de demain sera dure. »

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