Au bord du Styx

9 mai 2007

30/03/06 : Le Mannequin Chinois – 2b

Filed under: Ecriture,femslash,Le Mannequin Chinois — Catherine @ 15:29

Version complète et définitive de ce récit ici

Voyant la jeune femme s’apprêter à retirer son tee-shirt, elle l’interrompit. « Gardez-le pour l’instant ! Je me propose d’abord de vous faire faire quelques mouvements qui devraient vous aider et ensuite un peu d’acupuncture pour vous soulager. J’espère que vous n’avez rien contre les piqûres ? »


Un sourire hésitant lui répondit.

Le téléphone sonna brutalement et Eleni ne put masquer un geste d’agacement en allant décrocher.

Sandy en profita pour observer le cabinet du médecin tout en s’installant sur la table d’examen.

De hauts murs peints d’une couleur crème très lumineuse sur lesquels se trouvaient plusieurs gravures anciennes, certaines de plantes médicinales, d’autre à caractère scientifiques comme d’anciennes représentations du corps humain. Il y avait également une œuvre d’origine probablement chinoise montrant la carte des points d’acupuncture. L’atmosphère du cabinet était calme malgré sa situation rue de Rivoli, des doubles vitrages aux fenêtres filtrant les bruits de circulation.

Elle observa, à la dérobée, le médecin qui achevait sa conversation en fixant un rendez-vous. De la même taille qu’elle approximativement, elle avait le corps mince et sec de certains sportifs. Elle aurait été prête à parier que le docteur courrait des marathons. Des cheveux sombres courts et bouclés, des yeux noirs légèrement enfoncés, la peau délicatement hâlée. Il émanait d’elle une confiance et une assurance réconfortantes.

Eleni revint vers elle. « Je suis désolée de vous avoir fait attendre. Je pense que nous ne serons plus dérangées. »

« Je vous en prie. »

« Pour commencer, je vais vous demander de vous rapprocher du bord droit de la table et de passer votre bras droit autour de mes épaules. Ensuite, détendez-vous et laissez-moi faire ! Je vais faire faire certains mouvement à votre jambe. Si cela fait trop mal, dites-le moi ! »

Sandy passa avec précaution son bras autour du cou du médecin et essaya de se détendre malgré un trouble soudain né de cette proximité inattendue.

Pendant quelques minutes, Eleni fit faire toutes sortes de mouvements, des extensions, des flexions, forçant parfois légèrement sur les articulations. Elle passa ensuite de l’autre côté de la table de recommença sur l’autre jambe.

« J’ai fini. Vous n’avez pas de sensations désagréables ? »

« Non, ça tire un peu, mais pas plus que d’habitude. »

« Très bien. Je souhaiterais compléter ces manipulations pas une séance d’acupuncture. Vous connaissez? »

« Je connais le principe, mais ce serait la première fois… On le fait… maintenant ? »

« Si vous n’y voyez pas d’opposition. Ca ne prendra pas très longtemps, dix à quinze minutes. »

« OK, Let’s go !« 

« Très bien. Alors retirez votre tee-shirt et allongez-vous sur le ventre, les bras le long du corps ! Les aiguilles que je vais utiliser sont en acier stérile, à usage unique. Elles sont jetées après chaque séance. »

Sandy s’allongea et tourna la tête vers la fenêtre.

« Je sais que ce n’est pas très confortable, mais il faudrait que vous gardiez votre tête de face. »

« Sorry. »

« Non, j’aurais dû vous le dire. Vous ne devriez rien sentir de plus qu’un léger picotement. Une fois encore, si vous ressentez une gêne ou une douleur, dite-le moi ! »

Ensuite, Sandy ne sentit plus qu’une pression régulière du bout des doigts du médecin, suivie à chaque fois du picotement annonçant la présence d’une nouvelle aiguille sur son corps, essentiellement à la hauteur de la nuque, le long du dos, du creux des reins et le haut des fesses.

Eleni retourna ensuite s’asseoir à son bureau et Sandy n’entendit plus que le grattement de la plume d’un stylo sur le papier, bruit léger qui l’accompagna dans une semi-somnolence.

Trop vite, un effleurement sur sa peau nue la ramena à la réalité. Les petites aiguilles d’acier étaient retirées l’une après l’autre.

« Ca va ? Vous vous êtes endormie. »

« I think soOui, je crois. »

« C’est bon signe, la preuve que vous étiez vraiment décontractée. Habillez-vous et revenez vous asseoir ! Je vais vous prescrire un traitement homéopathique qui devrait vous soulager. Vous ne devriez pas avoir d’effets secondaires, mais si vous ne le supportez pas, arrêtez tout de suite ! »

« OK »

« Je souhaite également vous revoir dans trois jours pour une nouvelle séance. Mais vous devriez déjà ressentir un mieux certain. Vendredi à 15 heures, cela vous convient ? »

« Très bien. Et après ? Je fais comment ? »

« Eh bien… si tout se passe bien… vous ne deviez plus avoir besoin de voir un médecin, en tous cas pour ce lumbago. Mais si je peux me permettre un conseil, je ne sais pas qu’elle est votre activité, mais essayez de trouver une méthode de relaxation ! Sinon, la prochaine fois, ce sera à nouveau votre dos ou votre nuque ou des migraines dont vous ne pourrez venir à bout. »

« OK Doc, see you next Friday ! »

=*=*=*=

La semaine d’Eleni se poursuivit normalement. Les patients se présentèrent à leur rendez-vous. Par contre, l’artiss’ ne donna pas signe de vie et la patience d’Eleni s’amenuisait.

Le samedi, elle décida de revoir l’antiquaire. Y avait-il une combine là-dessous ? Un autre amateur intéressé ? La collection était-elle déjà vendue ? Toutes les possibilités, même les plus extrêmes lui passèrent par la tête. En d’autres circonstances, elle aurait sûrement abandonné l’affaire. Si quelqu’un n’avait finalement plus envie de vendre, c’était son droit, mais qu’il le dise et qu’il ne fasse pas lanterner les gens !

Cependant, cette collection lui avait tapé dans l’œil et dans le cœur et elle ne s’en désintéresserait que quand elle serait certaine de ne plus pouvoir l’acquérir.

L’antiquaire se leva en souriant dès qu’il l’aperçut à travers la porte vitrée et l’accueillit vivement quand elle entra dans son magasin.

« Docteur Constantinou ! Que je suis heureux de vous voir ! J’allais vous appeler. »

Eleni, au bord de la colère bien que le marchand n’y soit pour rien, répondit sèchement. « Vraiment ? »

« Ah Docteur ! Vous savez comment sont les collectionneurs. Et les artistes ! Je suis désolé qu’elle vous ait fait attendre ainsi, mais j’ai une bonne nouvelle pour vous. »

« Ah oui ? »

« Oui, je suis autorisé à négocier la vente en son nom. En fait, elle souhaite garder l’anonymat. »

« Si c’est régulier, ça ne pose pas de problème. Alors, finalement, quelle est son offre ? »

« Elle accepte de vous vendre le mannequin chinois pour 5.000 euros, mais… »

« Cela m’aurait étonnée qu’il n’y ait pas un mais ! »

« Soyez patiente et arrêtez de m’interrompre ! Elle souhaite que vous preniez toute la collection pour 20.000 euros. »

« C’est une somme. »

« J’en conviens. Et si ce n’est pas vraiment une bonne affaire, cela reste quand même une affaire intéressante. Je vous avoue que je lui ai conseillé de la vendre entre 30 et 35.000. »

« Pourquoi ce rabais alors ? »

« Il me semble qu’elle a des difficultés financières et elle est peut-être un peu pressée. »

« Puis-je revoir les statuettes ? »

« Bien sûr. Suivez-moi ! »

Il la conduisit vers l’arrière du magasin devant un placard fermé. Il repoussa les deux portes et s’écarta. Eleni prit son temps, observant chacun des objets, relevant les défauts ou imperfections, les marques d’usage et les méfaits du temps. Elle reposa la dernière statuette, le mannequin chinois à l’origine de tout, prit une profonde inspiration puis se décida.

« C’est une folie, mais il serait presque criminel de disperser cette collection. Je les prends tous. Je règle comment ? »

« Par carte bancaire si possible. Sinon, un chèque de banque dans la semaine. »

« Je vais payer par carte. » Eleni sortit une carte Visa Premier de son portefeuille. « Pourriez-vous vous charger de faire livrer les statuettes à mon cabinet ? »

« Ce ne sera pas un problème, vous êtes vraiment la porte à côté. Je m’occuperai des les emballer dans la semaine et je vous les apporterai moi-même. »

« Ce serait très gentil à vous. Prévenez-moi juste avant de venir ! »

« Bien sûr. Tenez, composez votre code ! »

Le marchand découpa le ticket. « Si vous voulez bien signer le reçu… compte tenu du montant… et j’aurais également besoin d’une pièce d’identité. »

La transaction achevée, Eleni alla jeter un dernier coup d’œil à ce qui était maintenant sa collection, puis partit d’un pas léger, l’ordre de choses enfin rétabli dans son monde.

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