Au bord du Styx

9 mai 2007

15/03/2006 – Le Mannequin Chinois – 1

Filed under: Ecriture,femslash,Le Mannequin Chinois — Catherine @ 15:21

Version complète et définitive de ce récit ici

Mannequin Chinois

Le Chaton Fripon, couché en Sphinx dans son fauteuil préféré, celui si confortable et à distance parfaite de la cheminée, méditait avec l’air impénétrable d’un vieux chef Sioux, les paupières mi-closes et une ébauche de sourire au coin des babines.

Voyant son Barde avancer vers lui une tasse de cette eau fumante qu’elle appelle « thé » dans une main et une assiette de petites choses sucrées dont il raffolait dans l’autre, il se mit à ronronner, montrant ainsi, dans un élan de générosité aussi infinie que désintéressée, qu’il consentait à lui faire une petite place dans SON fauteuil.


« Dis donc, Barde ! Depuis quand ne m’as-tu pas raconté d’histoire ? Tu n’as pas l’impression de me négliger ? »

Une étincelle de malice dans ses yeux bleus de pur Siamois qu’il détourna innocemment vers l’assiette de pâtisseries contredisait les faux reproches.

« Ah oui ? Hé bien, je… » Comme toujours, le Barde savait trouver les mots justes avec son Chaton tandis que la main qui tenait l’assiette de sucreries sembla se figer dans les airs. Sans quitter cette dernière des yeux, le Chaton poursuivit :

« Pour te remettre sur les rails, je te donne le début et tu enchaînes. »

« Tu veux dire que je dois improviser et me débrouiller avec tes idées farfelues, comme d’habitude ? »

Éclatant de rire tous les deux à ces taquineries réciproques, le Chaton retrouva vite son sérieux pour déclamer d’un air théâtral emprunt de dignité toute féline :

« Barde, raconte-moi l’histoire du Mannequin Chinois ! »

Et c’est ainsi que naquit le cinquième des contes du Chaton Fripon

Eleni Constantinou repoussa son fauteuil de son bureau avec un soupir de soulagement en constatant que son emploi du temps lui offrait miraculeusement un entracte de 90 minutes avant son rendez-vous suivant. Il n’y avait là rien d’inquiétant. Elle avait une clientèle fidèle qui lui autorisait un train de vie confortable et un rythme de vie raisonnable, contrairement à certains de ses confrères qui avaient favorisé leur carrière aux dépends de leur vie privée.

Que faire avec une heure et demi de libre ? Se plonger dans le dernier numéro de l’une des revues médicales auxquelles elle était abonnée ? Non, c’était l’une de ses activités du week-end. Taper du courrier ? Non, il y en avait peu et elle ferait ça après son dernier rendez-vous du soir.

Il fallait qu’elle marque cette occasion par quelque chose d’exceptionnel ! Allez marcher dans le Jardin des Tuileries ? Non, le temps était un peu trop incertain en cet après-midi de mars.

Avec un petit sourire, comme si elle ne savait pas ce qu’elle avait vraiment envie de faire, elle se leva, attrapa son trench-coat et se dirigea vers la porte.

Ses longues enjambées la conduisirent rapidement à destination : le Louvre des Antiquaires. Avant d’entrer dans le bâtiment, elle régla la fonction « réveil » de son téléphone portable pour qu’elle puisse retourner à temps à son cabinet. Elle se connaissait bien et savait que le temps n’avait plus d’importance quand elle était au milieu de tous ces objets anciens.

Comme elle aimait l’expliquer à ses amis, c’était encore mieux qu’un musée car il y avait toujours la possibilité de repartir avec quelque chose sans avoir à briser une vitrine et se retrouver privée de liberté.

Elle ne cherchait rien en particulier. Tout pouvait attirer son regard, d’un tanagra à une salle à manger des années 20, d’un secrétaire Louis-Philippe à une collection de tsuba. La plupart du temps, elle ressortait les mains vides. Le simple plaisir de pouvoir admirer tous ces objets était suffisant. Et honnêtement, beaucoup des prix pratiqués allaient bien au-delà de ses moyens. Mais parfois, elle se laissait tenter.

Et elle sentait qu’aujourd’hui encore, ce pourrait être le cas. Cet antiquaire s’était spécialisé en curiosités du monde entier et dans tous les domaines. Et il exposait ce jour une collection de statuettes, principalement en bois, représentant le corps humain à des fins pédagogiques : des petits bonshommes articulés pour artistes, des figurines pour médecins représentant des écorchés, certains avec des pièces amovibles. Mais celui qui attirait le plus son regard était un mannequin chinois. Elle se devait de posséder cette représentation.

Elle entra d’un pas décidé dans la boutique et l’antiquaire présent vit immédiatement en elle une vente potentielle. Il lui sourit.

« Bonjour. Puis-je vous renseigner ou souhaitez-vous uniquement regarder ? »

« Bonjour. Je souhaiterais voir de plus près le mannequin chinois que vous avez en devanture. »

« Un mannequin chinois ? Je ne crois pas avoir d’objet chinois exposé… »

« Effectivement, il s’agit d’un terme générique. Je pense qu’il s’agit plutôt d’une statuette japonaise ou coréenne. »

« Ah oui ! Je vois de quoi vous voulez parler. » L’antiquaire ouvrit la vitrine et sortit avec précaution le curieux petit personnage. « Nous parlons bien ceci ? »

Eleni se pencha pour mieux regarder. « Oui, c’est ça. Pourriez-vous me dire pour combien vous vous sépareriez de lui ? »

L’antiquaire posa le mannequin et son support sur son comptoir. « Il s’agit d’un modèle japonais de la fin du 18ème siècle en carton laqué et qui exhibe tous… »

Eleni l’interrompit. « Tous les points d’acupuncture du corps humain. Combien ? »

« Je suis un peu ennuyé. Cet objet est en dépôt-vente avec tous ceux de cette vitrine et qui appartiennent à une même collection. Leur propriétaire ne désire faire qu’une vente globale. »

Eleni avait admiré l’originalité de la dizaine de figurines rassemblées et se dit que si le prix était raisonnable, elle pourrait se faire violence. Elle sourit de son sourire le plus engageant.

« Combien ? »

« Je ne saurais vous dire. La vendeuse souhaite parler du prix directement avec tout acheteur potentiel. C’est une artiste. Elle est un peu…. » Il s’arrêta, cherchant un terme non blessant.

« Originale peut-être ? »

Il regarda cette cliente d’un air soulagé. « Oui, c’est exactement ça. Elle est un peu originale et souhaite traiter l’affaire directement. Quelque chose à voir avec la façon dont ses « bébés » seront traités… »

« Ses bébés ! Tiens donc ! J’espère que vous touchez votre commission. »

L’antiquaire sourit. « Bien sûr ! Les affaires restent les affaires. Et un peu d’originalité est monnaie courante en matière d’antiquités. C’est ce qui rend la vie intéressante. Alors, souhaitez-vous acquérir cette collection ? »

La sonnerie de son téléphone la coupa avant qu’elle ne puisse répondre. « Je suis désolée. Je vais devoir partir. » Elle chercha son portefeuille de sa poche intérieure, l’ouvrit et en tira une carte de visite. « Voici mes coordonnées professionnelles. Elle prit un stylo sur le comptoir. « Et je vous rajoute mon numéro de portable. Elle peut me joindre quand elle veut. Si je suis en rendez-vous, elle peut laisser un message. A bientôt, j’espère. »

En deux battements de cœur, elle était hors de la boutique et se dirigeait vers la sortie la plus proche.

L’antiquaire prit la carte entre les mains et lut « Docteur Eleni Constantinou – Médecine générale – homéopathie – ostéopathie – acupuncture ».

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